Dans le Nord
de la France, les socialistes guesdistes, très implantés dans la
région, tentaient d’organiser les ouvriers. Le futur fondateur du parti
ouvrier français, Paul Lafargue alors l’un des dirigeants nationaux des
socialistes guesdistes, incita à la grève générale du 1 mai consacré à
la revendication de la journée des 8h et à la hausse des salaires.
La ville de Fourmies,
Vieille cité industrielle du Nord de la France, a atteint son apogée
industrielle et démographique à la fin du XIXème siècle grâce au
textile. Elle compte alors 15 000 habitants, en majorité des ouvriers.
Sa distance la séparant de Paris n’est que de 200 km. À plusieurs
reprises, des grèves ont éclaté. Une grande manifestation de
revendication est prévue le 1er mai 1891.
Pour montrer
leur opposition aux revendications des ouvriers, les patrons ont fait
apposer sur les murs de Fourmies, le 3O avril 1891, une affiche
affirmant leur détermination à ne pas faire de concessions. Sous leur
impulsion, le maire de la ville demanda l’envoi de 2 compagnies
d’infanterie du 145ème régiment de ligne au sous-préfet d’Avesnes.
La grande manifestation
du 1er MAI devait se dérouler dans une ambiance festive et pacifique. À
10 heures, les ouvriers devaient porter leurs revendications à la
mairie. Des festivités l’après-midi et un bal en soirée étaient inscrits
au programme. Les organisateurs recommandaient aux travailleurs de
défiler dans « le plus grand calme, sans tumulte, et sans récriminations
personnelles ».
À 9 heures,
après une échauffourée avec les gendarmes à cheval, quatre manifestants
sont arrêtés. Des renforts sont demandés à la sous-préfecture qui
envoie deux compagnies du 145e de ligne casernée à Maubeuge.
Le 84e RI d’Avesnes est déjà sur place.
Dès lors
le premier slogan : « c’est les huit heures qu’il nous faut » est
suivi par « c’est nos frères qu’il nous faut ». 18h15 : 150 à 200
manifestants arrivent sur la place et font face aux 300 soldats équipés
du nouveau fusil Lebel dont les balles peuvent, quand la distance
n’excède pas 100 mètres, traverser trois corps humains sans perdre
d’efficacité.
Les cailloux volent,
la foule pousse. Pour se libérer, le commandant Chapus fait tirer en
l’air. Rien ne change. Il crie : « Baïonnette ! En avant ! » Collés
contre la foule, les trente soldats, pour exécuter l’ordre, doivent
faire un pas en arrière. Ce geste est pris par les jeunes manifestants
pour une première victoire. Kléber Giloteaux, leur porte drapeau
s’avance. Il est presque 18h25….le commandant Chapus s’écrie : « Feu !
Feu ! Feu rapide ! Visez le porte-drapeau ! »
On dénombrera neufs morts
et trente cinq blessés en quarante cinq secondes. Avec ce nouveau
drame, le 1er mai s’enracine dans la tradition de lutte des ouvriers.
Quelques mois plus tard, l’Internationale socialiste renouvelle, à
Bruxelles, le caractère revendicatif et international du 1er mai.
Après la première guerre mondiale,
le 23 avril 1919, la Journée de huit heures est instaurée et le Sénat
fait du 1er mai suivant une journée chômée. Dès lors, les manifestations
du 1er mai ne se cantonnent plus à la revendication de la journée de 8
heures. Elles deviennent l’occasion de revendications plus diverses de
la classe ouvrière.
Il faudra toutefois
attendre 1947 pour que le gouvernement, issu de la Libération, fasse du
Premier Mai un jour férié et payé… mais pas pour autant une fête légale.
Autrement dit, le 1er mai n’est pas désigné officiellement comme Fête du
Travail.
Pour rappel,
avant le symbole du muguet, les manifestants du 1er mai défilent en
portant à leur boutonnière un triangle rouge. Il symbolise la division
de la journée en trois parties égales : le travail, le sommeil et les
loisirs.

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