
L’insécurité n’est
pas un sentiment, mais des conditions de vie précaires qui paraissent
insurmontables au point de risquer sa peau pour aller voir s’il est
possible d’avoir un avenir plus stable ailleurs. Cette insécurité,
générée par les guerres et le pillage économique perpétrés par les pays
occidentaux, pousse des hommes, des femmes et des enfants à traverser la
mer pour atteindre les rives du côté confortable de l’injustice. En
chemin, nombre d’entre eux périssent.
Une fois sur place,
l’insécurité continue pour les migrants. Loin de prendre en
considération le parcours et les raisons qui ont amené des populations
sur leur territoire, les autorités multiplient les agressions et les
humiliation en France ou ailleurs. Cette ligne de conduite légitime
des comportements individuels d’une rare violence et d’un mépris total
pour la personne humaine. Permettant à des « opinionistes » comme Soral et
Zemmour de faire leurs choux gras du racisme et de la xénophobie en
reprenant en chœur les arguments de Manuel Valls and Co – « on ne peut
pas accueillir toute la misère du monde ». Il faut fermer les
frontières, et chasser les gens qui viennent manger le pain des
français. Pour produire un consensus, il faut taper sur les plus
démuni(e)s et inciter les minorités mieux logées à se joindre aux
dominants. C’est ainsi que Rroms et Sans-Papiers deviennent les cibles
de toutes les attaques les plus délirantes :
« On
a un afflux massif, je dirais, de la pire racaille que l’humanité ait
porté, c’est-à-dire les roms de l’est, albano-roumano-etc, qui sont les
spécialistes de la traite humaine, de la mutilation d’enfants, etc, et
on a ça qui déferle partout, on en a même à Saint-Germain-des-Prés qui
mendient dans la rue. Et on est face à une déferlante de ces roms qui
viennent là pour spolier, qui viennent là pour parasiter, j’espère que
ça aidera la France et les Français à comprendre qu’il faut qu’on
reprenne le contrôle de nos frontières, le destin de ces gens-là est de
rentrer dans leur pays d’origine, qui est la Roumanie, la Hongrie, la
Bulgarie et le je-sais-pas-quoi, l’Albanie… » (Alain Soral, le 19 septembre 2013)
Quand on regarde
de près les conditions de vie des Roms, il n’y a pas de richesses
spoliées dans leurs bidonvilles. Lors d’un démantèlement de camp, il n’y
a que de la misère à disperser. Cette misère, ou celle de la vie d’un
sans-papiers, c’est l’insécurité, la vraie. L’insécurité c’est dormir
dehors et ne pas pouvoir se soigner. Ce n’est pas un « sentiment ».
Le sentiment d’insécurité
dont on nous parle sans cesse dans les médias, c’est ce qui pousse à
avoir la peur et la haine de plus pauvre que soi. La peur d’être
dépouillé du peu qu’on a réussi à mettre de côté. Cette angoisse est
légitime, parce qu’il n’est pas certain que d’ici 20 ans les retraites
ne soient pas plus qu’un lointain souvenir ou un luxe. Il n’est pas sûr
qu’on puisse avoir accès aux soins, à la scolarisation, à des logements
sociaux : des marchés potentiels à offrir à des puissances économiques
privées.
Mais cette peur, elle n’est pas du fait des pauvres.
Ce ne sont pas les Roms qui sont à l’origine du chômage, ou les
sans-papiers qui génèrent le dérèglement du marché du travail. Les vrais
enjeux de l’insécurité se situent à ce niveau. Et ni les Roms, ni les
immigrés avec ou sans papiers, ni les Musulmans, les Juifs ou tout autre
minorité n’est responsable par nature ou par sa fonction de ce
processus économique.
La captation des biens publics
par des intérêts privés, la reproduction d’un schéma de domination
économique et culturel, l’individualisation des rapports sociaux
touchent le monde entier. Les personnalités politiques, les « idéologues
» qui présentent les plus pauvres ou une minorité comme responsables de
leur misère et comme des parasites n’ont pour seul but que la
préservation de leurs privilèges économiques et le bon fonctionnement du
système.
Lorsqu’ils expliquent
que la vie des migrants est facile, leur démonstration tourne au
ridicule ou à l’expédition punitive comme en Grèce ou en Italie. Leurs
homologues français sont moins téméraires ou plus conscients des
mensonges qu’ils racontent. C’est pourquoi ils sévissent généralement
sur internet, les plus fougueux dérivent dans le métro, aux heures de
pointe, ciré jaune sur le dos pour rassurer les usagés des transports.
Si c’est la belle vie
d’être dans une baraque, pourquoi Soral et Zemmour ne souhaitent-ils
pas y habiter ? Ils n’ont pas les moyens d’habiter ailleurs qu’à Paris
?
L’insécurité la vraie, c’est de ne pas savoir de quoi demain sera fait.
Le sentiment de peur pour l’avenir est compréhensible. Ceux qui
exploitent cette crainte et poussent les différentes composantes des
classes populaires à se regarder en chiens de faïence sont les ennemis
des pauvres.
Source : Quartiers Libres

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