mardi 10 juin 2014

Note(s) pour les chercheurs des générations futures qui se pencheront dans quelques siècles sur le cas d’Alain Finkielkraut

Sébastien Fontenelle            


1. Tous les mois, le penseur de médias préféré de Nicolas Sarkozy - Alain Finkielkraut, donc – dit, dans une publication décomplexée dont nous tairons ici le nom, ses avis sur la vie.

(Et, souventes fois, sur sa vie, en particulier, qui, à l’en croire, ressemble des fois à une espèce de longue épreuve où d’infâmes antiracistes le poursuivent d’une vindicte haineuse, alors que lui, pardon, mais il n’a rien fait d’autre que de constater que la boulangerie de madame Desouche avait encore été remplacée par une mosquée halal - mais même ça, hein : on n’a plus le droit de le dire, dans cette époque ployée sous le joug de la tyrannie de la bien-pensance.)
Ce mois-ci : ses péroraisons portent (notamment) sur le résultat, d’une part, des dernières élections européennes – d’où le parti pénique est comme on sait sorti vainqueur…
…Et sur l’effronterie, d’autre part, d’un certain Aymeric Caron, qui a commis le crime odieux de ne pas joindre sa voix à celles du chœur où l’éditocratie, depuis bien plus d’années que nous n’en pourrions compter sur les doigts de nos deux mains, célèbre Alain Finkielkraut en «libre-penseur anticonformiste» (rires) – pour considérer plutôt, dans un livre paru récemment, que le gars était un pénible réac.

2. Dans son commentaire de la victoire électorale du FN, Alain Finkielkraut décrète - comme il fait désormais à chaque fois qu’il se produit dans la presse et les médias - que «l’Europe est impuissante à enrayer (…) l’immigration» (et «l’insécurité»), et que «pire encore, au lieu de ralentir les flux, elle les facilite, elle les accélère».
De sorte que : «Sa civilisation est mise sous le boisseau pour que rien n’entrave ce que Jean-Luc Mélenchon appelle, sans en tirer toutes les conséquences (1), le “grand déménagement du monde“.»
Et ça, n’est-ce pas : c’est flippant, Gontran.
Mais le pire, geint ensuite le «philosophe» à réaction, est que, «quand des électeurs protestent contre cette évolution en votant pour le Front national, les porte-parole des processus dénoncent les “pulsions délétères et détestables du national-populisme“» : il y a là, estime Alain Finkielkraut, un «rejet» du «peuple» qui «ne traduit rien d’autre qu’un mépris de classe à l’encontre de ceux qui sont exposés à la violence de tous les flux».
Après avoir ainsi suggéré que les électeurs du FN ont tout de même quelques raisons, mon bon Dupont, de voter comme ils font - et que l’une (mais non la moindre) de ces raisons est que la (glorieuse) civilisation européenne est en passe d’être submergée, dans un «grand déplacement» qui fait une rime riche avec le fantasmatique «grand remplacement» qui obsède MM. Camus (Renaud) et Zemmour (Éric), par une immigration dont la Pen a donc, au fond, bien raison de considérer qu’il conviendrait de l’enrayer : Alain Finkielkraut narre qu’il n’a, pour ce qui le concerne, pas voté pour cette formation.
Car, explique-t-il : «jamais» il n’aurait «donné» sa «voix au parti du “tous pourris sauf nous“, nullement gêné de choisir pour modèle politique Vladimir Poutine, l’autocrate qui s’est enrichi dans l’exercice de ses fonctions au point de constituer l’une des plus grandes fortunes d’Europe et qui poursuit, sans vergogne, une politique impériale».
(Note de service pour les historien des générations futures, qui se pencheront dans quelques siècles sur les dessous de la pensée de médias française, circa 2014 : ce n’est donc pas du tout parce que le Front national est un parti dont la propagande peut des fois se mélanger d’un peu de xénophobie qu’Alain Finkielkraut ne lui donnerait jamais sa voix…
…Et cela, au fond, n’a rien d’étonnant, puisque ses angoisses, dans les matières touchant à «l’immigration» et à «l’insécurité» - de même, nous allons (très) bientôt le constater, qu’à «l’islam» -, ressemblent d’assez près, on l’aura compris, à celles de ce parti.)
 
3. Dans son commentaire de l’affront que lui a fait Aymeric Caron (2), Alain Finkielkraut mobilise par ailleurs, contre l’impudent auteur qui a donc osé le compter, dans un récent livre, au nombre des réacs dont les «idées dominent désormais le débat» public, l’ «argument» suivant : «À le lire, la France ne rencontre pas de difficultés avec l’immigration, la délinquance n’explose pas et l’islam ne pose aucun problème à l’Europe.»
Si les mots ont un sens (3), cela confirme (on le supposait un peu, à le voir se désoler qu’elle ne soit pas mieux «enrayée») que, pour Alain Finkielkraut (qui les mélange bien sûr avec «la délinquance»), «l’immigration» est difficultueuse, et «l’islam», problématique – et que ses préoccupations sont décidément bien les mêmes, là, que celles de la Pen.
Mais – nouvelle note pour les chercheurs des générations futures (qui se pencheront en l’an 3030 sur le cas de ce personnage, et sur l’étrange fait que ses imprécations délirantes n’auront pas du tout empêché qu’il soit propulsé dans l’Académie française) : ne pas tirer, surtout, de conclusions trop hâtives de cette proximité.
Ne pas se méprendre, surtout, sur le sens exact de l’obstination qu’Alain Finkielkraut met à réciter, sous le sceau d’un iconoclasme à deux balles cinquante, des proférations identitaires où les immigré(e)s et les musulman(e)s sont rageusement stigmatisé(e)s.


Notes
(1) Faut-il préciser que lorsque Mélenchon emploie cette formule, ce n’est, contrairement à ce qui est ici suggéré (avec une particulière honnêteté), bien évidemment pas pour fustiger «l’immigration»?
(2) Dans cette même prédication - et par une délicatesse où se mesure l’étendue de sa dignité : Finkielkraut amalgame Caron avec l’antisémite Léon Daudet…
(3) Et tel est encore le cas, nonobstant que d’aucun(e)s s’emploient depuis tant d’années à les vider de leur signification…

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