Il finit de s’effondrer moralement dans les
connivences du libéralisme. Sa nécrose clientéliste et bureaucratique
le prive même des ressorts du sursaut comme le prouvent l’évanescence
des frondeurs et leur pusillanimité. L’actuel premier secrétaire du PS,
Jean-Christophe Cambadélis, avait annoncé la fin du PS issu d’Epinay. Il
se plaint à présent publiquement que certain veuillent la mort du PS.
La belle affaire ! Il n’y a pas de PS possible en France autrement que
sur les bases de rupture avec le capitalisme qui furent celles endossées
par le PS d’Epinay. Par conséquent, la situation présente ne demande
pas de grandes enquêtes pour savoir qui veut la fin du PS. Ceux qui en
ont réuni les conditions sont à l’intérieur des murs. De l’extérieur,
nous ne faisons rien d’autre que de prendre sur la tête les éboulis de
l’effondrement ! C’est bien pourquoi dorénavant plus personne ne veut
s’allier avec le PS, de sorte que la principale fracture que les
dirigeants PS avaient ouvert dans les rangs du Front de Gauche est
refermée pour aborder les étapes suivantes. Cette étape sera celle à la
fois de l’implication citoyenne mise au poste de commande et de la
coalition des oppositions de gauche.
Nous ne partons pas de rien. Le Front de
Gauche fournira sa part des fondations de la nouvelle alliance. Mais il
doit tirer la leçon de ses propres limites. Ni avant, ni pendant, ni
après la conquête d’une majorité, on ne peut agir sans s'appuyer sur un
ressort populaire plus large que celui de nos partis. Les assemblées
citoyennes, les vraies, sont notre avenir. C’est la condition de base.
La conjonction des partis de l’opposition de gauche est évidemment
nécessaire. Mais on voit que ce n’est pas un exercice facile. Les
pesanteurs du passé moelleux, la peur panique du déclassement qui anime
les nantis du système politique, la force des chantages de toutes
sortes, tout cela compte beaucoup. Parmi ces âmes molles, la tentation
de donner au moins disant le pouvoir de décision est si forte ! La pente
est si bien huilée ! On a vu comment les « frondeurs » sont passés du
vote contre à l’abstention « pour être plus nombreux » et de là au
silence à l’heure de Rémi Fraisse.
Les aguichages concurrents des universités d’été socialistes sont finis.
Le PCF vient d’en tirer la leçon à sa Convention Nationale. Pierre
Laurent a été parfaitement clair dans son émission de dimanche à France
3. Il n’est plus question d’alliance avec le PS. L’arc de force visé est
celui que nous défendons aussi depuis des mois : le Front de Gauche,
les oppositions de gauche d’Europe Écologie-Les Verts, Nouvelle Donne,
les socialistes affligés et ceux des groupes rompant avec la politique
de Valls. Pour autant, tous les efforts accomplis par Pierre Laurent
n’auront pas été vains. Ils ont permis de bien voir quelles étaient les
limites des divers groupements concurrents de « la gauche » du PS de
Hamon-Emmanuelli à Martine Aubry en passant par Emmanuel Maurel. Je n’en
suis pas surpris. Ils ont donné le change. Rien de plus. Bien sûr il
faut maintenir la porte ouverte. Bienvenue à qui veut combattre. Mais
encore faut-il qu’ils veuillent combattre. Pour l’instant et pour de
longs mois, tout ce petit monde va rester dans les méandres et les
reptations des investitures cantonales et régionales et du congrès du
PS.
Le congrès du PS sera intéressant. On peut
présager sans mal que la « gauche » sera diluée et ce qui en restera
sera écrasé. Au total, qui compterait dessus se lierait pour des mois à
un poids mort. Je pense qu’en avançant, en agissant, se créé une
dynamique plus efficace qu’en restant assujettis au règne des colloques
et parlotes et de la diplomatie inter-groupusculaire. J’en veux pour
preuve le mouvement opéré par Liêm Hoang Ngoc et les « socialistes
affligés » accompagnés par un nombre significatif de dirigeants du
mouvement des jeunes socialistes en adhérant au Mouvement pour la sixième République.
En même temps qu’eux, ce sont des dirigeants de premiers plans, deux
des trois co-présidents du mouvement « Nouvelle Donne » qui ont
également décidé de s’impliquer dans le déploiement du Mouvement pour la
sixième République. Il s’agit de la députée Isabelle Attard et du
conseiller régional Patrick Beauvillard.
Dans ces conditions, la
question du passage à la sixième République est en train de s’inscrire
comme une idée centrale dans le programme de l’opposition de gauche en
construction. Et c’est bien le but si l’on veut qu’elle devienne demain l’idée capable de fédérer le peuple tout entier.
Tiré de l'article "Le lendemain et même ensuite"
Jean-Luc Mélenchon


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