Christi van der Westhuizen
Revue de presse : Mail and Guardian, Afrique du Sud, 7-13 novembre 2014*
Une visite en Israël atteste que ce pays «est un mouvement juif de colonisation »
Prayer’s Road (Route de la Prière)
à Hébron en Cisjordanie symbolises au mieux les projets coloniaux
d’Israël en Palestine. Des maisons datant des dynasties Mamelouk ou
Ottomane des huit derniers siècles sont tombées sous le coup des
bulldozers pour faire place à une route reliant les colonies
israéliennes de Kyriat Arba aux caveaux des Patriarches et Matriarches.
Cette
route coupe à travers des maisons palestiniennes. Un tunnel traverse
même une maison en deux dans ce qui était autrefois une salle de séjour.
Au cours du Ramadan de 1994, un colon de Kyriat Arba avait abattu 24
musulmans à l’intérieur de la mosquée d’Ibrahim qui abrite les restes
des patriarches et des matriarches, provoqua des protestations qui
firent de nombreuses victimes, et un prétexte pour l’expansion des
colonies au sein de la Vieille Ville d’Hébron. La mosquée entourée de
fortifications gardées par les Forces Armées Israéliennes (IDF) se partage entre Musulmans et Juifs.
Israël a fermé plus de 520 magasins palestiniens dans la rue commerçante qu’est la Shuhada Street,
réduisant à zéro le gagne-pain de milliers de Palestiniens. Cette route
passe par un quartier palestinien dont certaines sections sont
interdites à ses habitants, qu’ils soient en voiture ou à pied, comme le
sont d’autres rues d’ailleurs. Si vous descendez cette rue, vous pouvez
voir des fenêtres murées, des portes soudées. L’armée israélienne a
bouché toutes les ouvertures mais derrière ces murs et ces fenêtres, des
Palestiniens vivent.
Dans le reste de la Cisjordanie et Jérusalem est, les mêmes conditions de vie se répètent, faisant du mot « vie »
un euphémisme : la Cisjordanie est une prison et on peut voir comment
le phénoménal Mur en béton scinde le paysage, excluant les villages
palestiniens et regroupant les colonies de peuplement. C’est ainsi que
10% des terres palestiniennes ont été annexés par Israël.
Se
déplacer entre Israël et les territoires occupés, que ce soit pour le
travail ou toute autre raison, est pour les Palestiniens un calvaire qui
demande de naviguer entre les points de contrôle, les miradors
militaires, les caméras de surveillance, les chevaux de frise, les zones
interdites à la circulation, les scanners et les fouilles au corps.
Des
adolescents-soldats brandissant des armes automatiques décident de
votre passage. Les Palestiniens doivent obtenir, par avance, un permis
des militaires qui est, généralement, refusé. Où que vous alliez, vous
pouvez lire en hébreu, arabe ou anglais des pancartes disant « Cette
route conduit à la zone A de l’Autorité Palestinienne. Il est interdit
aux Israéliens de pénétrer, dangereux pour votre vie et en violation de
la loi israélienne »
Ces pancartes font partie de la
propagande de guerre par laquelle Israël rappelle à ses citoyens que les
Arabes sont une menace (semblable en fait au die swart gevaar de l’Afrique du sud de l’apartheid = Danger, Noirs)
Tout
comme le renforcement de son emprise sur Hébron, ces mesures pour
contrôler la liberté de circulation ont été mises en place au lendemain
des accords d’Oslo. La preuve en est qu’ au lieu d’œuvrer à la solution
de deux Etats comme promis dans ces accords, Israël s’est abrité
derrière le processus de paix pour accroître son expansion (souligné par nous). Depuis la signature des accords d’Oslo, le nombre de colons est passé de 200 000 à 500 000.
Dans
la vallée du Jourdain occupée, convoitée pour ses espaces verts où de
riches cultures sont possibles, les colonies israéliennes accaparent
l’eau et les terres alors que les Palestiniens doivent payer plus cher
l’eau et sont évincés de leurs terres. Il leur est même interdit
d’ériger des structures permanentes ou d’agrandir leur village.
Dans
Jérusalem-Est, future capitale de la Palestine, reconnue
internationalement, 517 maisons palestiniennes ont été démolies au cours
des dix dernières années ; les colons israéliens achètent les maisons
au travers d’organisations, en occupent d’autres, s’y installent en
l’absence des propriétaires ou bien produisent de faux documents de
propriété.
Un vieil homme m’a fait visiter sa maison dont la
moitié a été prise par des voyous israéliens, sa famille étant cantonnée
à l’arrière du bâtiment.
Avec la destruction de bâtiments historiques à Hébron, les fouilles archéologiques battent leur plein pour « préserver l’histoire
» à Jérusalem-Est car une seule Histoire a le vent en poupe. Fouilles
archéologiques à visée politique, elles visent à ressusciter la Cité de
David dans le district palestinien de Silwan,
Comme on peut le
voir, l’Etat sécuritaire d’Israël a politisé la religion et l’histoire
pour valider sa version particulière du colonialisme. La menorah
ou chandelier à sept branches, symbolise le judaïsme et est l’emblème
national de l’Etat juif. L’occupation- judaïsation se manifeste
physiquement dans les deux menorahs qui flanquent les miradors militaires des collines surplombant Hébron.
Le
sionisme s’est montré très adaptif depuis la fondation d’Israël en 1948
avec une poussée virulente depuis les années 1970. Cependant la menorah
confirme la continuité, continuité qui peut être retracée de 1948
jusqu’à la récente réitération de Benjamin Nethanyaou, à savoir que les
Palestiniens doivent non seulement reconnaître l’existence d’Israël
comme prévu dans les Accords d’Oslo, mais doivent le reconnaître comme «
Etat juif ». Entremêlé avec le judaïsme politisé est la
menace, toujours présente et brandie, de l’antisémitisme. Rien ne
caractérise mieux ce duo que le musée de l’Holocauste, Yad Vashem à
Jérusalem, posé en haut d’une colline, sa structure de béton austère,
couleur de métal, faisant penser à un gigantesque canon en exercice sur
les collines de Judée. Il rassemble les horreurs de l’holocauste et
Israël y est présenté comme étant la seule alternative. Même si
l’holocauste est en toute légitimité fondé sur les crimes contre
l’humanité abominables, le récit offert prive l’antisémitisme des Nazis
de toute historicité et oblitère le fait que le nazisme était une
entreprise impérialiste, certes centrée sur l’Europe, tandis que les
autres pays européens possédaient, eux, des colonies en Afrique ou
ailleurs, comme l’a écrit Hannah Arendt.
La présentation du Yad
Vashem humanise le peuple juif, avec leurs noms et les histoires
personnelles de ceux que le nazisme avec son racisme scientifique
cherchaient à reléguer à l’état sous-humain. Mais il n’a pas réussi à
replacer l’holocauste dans le colossal crime de déshumanisation que
l’impérialisme et le colonialisme ont perpétré dans le cadre du racisme
scientifique. Il a, au contraire, créé ce qu’Arendt nomme « l’illusion » de l’antisémitisme comme phénomène immuable, global, que seul l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif peut contrecarrer.
Le
point faible du Yad Vashem, vu dans la perspective impérialiste du
racisme scientifique, est lié à la genèse du sionisme en tant que « mouvement juif de colonies de peuplement » sur la base d’une « distinction radicale entre juifs privilégiés et non-privilégiés » comme Edward Saïd l’a décrit. Le sionisme profère l’idée que la nation juive « repossède » sa terre en recourant à la vieille formule coloniale : « la Palestine est une terre sans peuple pour un peuple sans terre
». Il a fait siens les principes du racisme européen par lequel les
Israéliens ont le droit d’exercer leur domination sur des Palestiniens «
non-existants » et « arriérés » selon les termes de E. Saïd.
De temps à autre, les Palestiniens de tous horizons sociaux ont confié à notre délégation qu’ils étaient considérés comme « des êtres inférieurs ». Saïd a écrit que le but du sionisme était de « sauver les juifs en tant que peuple de leur absence de foyer et de l’antisémitisme et, de les restaurer dans une nation » « ce qui est tout à fait justifié ». Et, poursuit-il, le sionisme a été « vécu exclusivement et institutionnellement » au sein d’une culture occidentale qui a permis « aux Européens de regarder les non-Européens comme inférieurs, marginaux et inadéquats ».
Telle est, en Israël, la hiérarchie sociale de type darwiniste qui positionne les Palestiniens comme « l’autre, indigène et inférieur ».
Maintenant,
les Israéliens peuvent tirer profit de la notion raciale de terroristes
inspirée des Américains pour criminaliser les Palestiniens qui
s’opposent à l’occupation. Même les membres de notre délégation ont fait
l’expérience du profiling racial des Israéliens : ils durent subir « les contrôles de sécurité ».
Il
en résulte que les Palestiniens sont, maintenant, un peuple sans terre.
Indépendamment des permis dont ils ont besoin pour se déplacer entre
Israël et les territoires occupés, les Palestiniens ne détiennent en
Cisjordanie et à Jérusalem-est qu’un statut de « résidents » que les Israéliens peuvent annuler à tout moment, ou après une absence de 7 ans.
Près
de 780 000 Palestiniens ont fui ou furent obligés de fuir lors de la
guerre de 1948. Ils n’ont pas ni leurs descendants le droit du retour.
Les faits démontrent qu’Israël vise à éliminer les Palestiniens de la
terre de Palestine.
L’ironie de la situation ne pourrait être plus
amère : un peuple sans terre, désireux de parer à la vague de terreur
qui s’abattait sur lui a rendu un autre peuple sans terre et les a
réduits, par la violence d’Etat, à un état d’urgence humanitaire. Un
peuple à la recherche de son humanisation aux yeux du monde a
déshumanisé un autre peuple.
Vous pouvez entourer les autres d’un mur sans vous y enfermer vous-même, c’est ce que nous avons appris en Afrique du sud.
Photo : Blocs de béton barrant Shuhada street à Hébron
Traduction et Synthèse : Xavière Jardez
*Auteur
et analyste, le Dr. Christi van der Westhuizen a fait partie d’une
délégation de la société civile qui a visité le mois dernier Israël, la
Cisjordanie et Jérusalem Est, à l’initiative de la Fondation Heinrich Böll et de Open Shuhada Street.

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