Bernard Gensane
Un maître de conférences en sciences de l’information et de la communication expose sur son site affordance.info que les universités vont investir dans le recrutement de vigiles en puisant dans des fonds réservés aux handicapés. Extraits :
Je
n'en ai pas cru mes yeux. Je n'ai pas trop suivi les polémiques
concernant les jeux olympiques à Rio mais j'ai, peut-être comme vous,
entendu parler du déficit qui allait être en partie comblé en allant
taper dans la caisse des jeux paralympiques. Coubertin doit avoir le
fondement légèrement douloureux mais depuis le temps, il a l'habitude.
Et
là j'apprends que l'Etat va débloquer 30 millions d'euros dans le cadre
de la sécurité, les attentats, qui seront versés au crédit du budget
des universités afin de payer des vigiles. 30 millions d'euros pour
payer des vigiles qui, tout le monde le sait, ne serviront de toute
façon à rien en cas d'attentat, alors même que la plupart des
universités en sont depuis des années à mendier des postes d'enseignants
et de personnels administratifs et techniques. Mais bon, en cas de coup
dur on pourra toujours compter sur les vigiles pour venir assurer des
TP d'informatique ou venir faire des emplois du temps.
Et
puis j'ai découvert que ces 30 millions d'euros allaient être prélevés
sur le budget du FIHFP. Le FIHFP c'est le "Fonds pour l'insertion des
personnes handicapées dans la fonction publique". Donc pour payer des
vigiles à la fac on va taper dans la caisse qui devrait servir à
financer l'insertion des handicapés à la fac.
Mais
il y a mieux. Ladite caisse du FIPHP est notamment abondée par – vous
allez voir c'est magnifique – les ... les ... les ... universités !!
Lesquelles universités, si elles ne remplissent pas l'obligation
d'emploi de personnes handicapées, doivent payer une amende, versée au
fameux FIHFP.
Donc
pour filer aux université de quoi payer des vigiles, on tape dans la
caisse qui devrait leur permettre d'employer des personnes handicapées,
caisse qu'elles alimentent elles-mêmes à force de payer des amendes vu
qu'elles ne remplissent pas leur obligation d'employer des personnes
handicapées. Et donc la cerise de l'absolu foutage de gueule sur le
gâteau du cynisme comme profession de foi, c'est que ces amendes que
paient les universités, sont minorées. Parce que les universités
bénéficiaient jusqu'à présent d'un taux dérogatoire qui fait qu'elles ne
payaient qu'environ un tiers du montant de l'amende qu'elles auraient
vraiment dû payer. Et que cette dérogation aurait dû prendre fin cette
année. Ce qui fait qu'au lieu de verser 15 millions d'euros au FIHFP,
les universités allaient cette année devoir en payer 45 millions.
Reste à faire une soustraction : 45 millions - 15 millions = 30 millions d'euros.
Même Jean-Loup Salzmann, le président de la CPU (la Conférence des Présidents d'Universités) s'écrie, je cite, que :
"C'est un vrai soulagement. Ces 30 millions sont dans nos caisses et serviront à payer les vigiles."
Le
gouvernement vient donc de lui annoncer qu'en plus de ne pas remplir
ses obligations en termes d'emploi de personnes handicapées, en plus de
payer des amendes minorées, la différence sur le montant de l'amende
réelle qu'il devrait payer allait pouvoir être affecté au recrutement de
vigiles, et le Jean-Loup nous gratifie d'un "c'est un vrai
soulagement".
Comme tout cela paraît incroyable, je garde ici précieusement une copie d'écran de l'article d'Educpros
dans lequel vous pourrez vérifier la véracité de ce que je viens de
vous raconter, et ensuite aller comme bon vous semble, ou vomir ou
pleurer.
Soit
tout le monde est devenu dingue, soit tout le monde s'en cogne. Dans
les deux cas c'est d'un niveau de cynisme hallucinant. Aussi bien du
côté du gouvernement que de la CPU.
"Si
tu veux ma place, prends on handicap", et si tu veux de la thune pour
payer des vigiles, sers-toi dans la caisse qui devrait permettre aux
personnes handicapées de trouver du taff à l'université.
Quand
on est un spécialiste de la com’, on est moderne et on aspire à un
maximum de visibilité. Alors, on donne à son site une appellation
“anglaise”. On se plante un tout petit peu, le mot affordance
étant du jargon connu de quelques spécialistes. Comme souvent en
anglais, ce mot ne veut pas dire grand-chose car il veut trop dire. Il
vient du verbe « to afford » : fournir, procurer mais aussi avoir les
moyens de, être en mesure de. En psychologie, il est passé dans le
français avec l’idée de «toutes les possibilités d'actions sur
un objet» ; en érgonomie, il évoque la «capacité d’un objet à suggérer
sa propre utilisation».

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