Choqué par le vœu adopté en Conseil de Paris à propos de la résolution
de l’Unesco sur Jérusalem, Elias Sanbar, écrivain, poète et délégué
permanent de la Palestine auprès de l’Unesco, a écrit le 9 novembre à la
maire de Paris pour exprimer « l’indignation et le sentiment
d’injustice » qu’il a fait naître chez les Palestiniens.
Nous publions ci-dessous cette lettre.
Nous publions ci-dessous cette lettre.
En pièce jointe, le vœu tel qu’il a finalement été adopté et qui ne figure toujours pas sur le site du Conseil de Paris.
Les élus EELV, PCF et PG, ainsi qu’une élue socialiste ont voté contre.
Madame la Maire de Paris,
Je viens de prendre connaissance du "voeu" que vous venez d’adopter à
la Mairie de Paris sur proposition de l’exécutif municipal et je vous
écris pour vous dire la consternation de la délégation de la Palestine
auprès de l’UNESCO.
Quant à la forme pour commencer avec sa liste de "considérants", qui
ressemblent fort aux "attendus" d’un jugement émis par un tribunal de
l’Inquisition qui, dans la grande tradition de cette dernière, ne se
serait pas encombré d’entendre la version de la partie injustement
incriminée.
Quant au fond également. Vous auriez-vous donné la peine de lire le
texte de la Résolution coupable selon vous de négationnisme, vous auriez
découvert que le texte en question souligne, en toutes lettres et à deux reprises, la centralité de Jérusalem d’une part, d’Hébron et de Béthléem d’autre part, pour les trois religions monothéistes.
Auriez-vous poussé un peu plus loin votre nécessaire quête de la
vérité, vous auriez découvert que le texte que vous accusez de tous les
maux est un projet conjoint rédigé à la fois par la Palestine et la
Jordanie.
La Palestine que j’ai l’honneur de représenter, dont vous avez
dernièrement honoré le Président pour son adhésion tenace à une paix
juste et à une réconciliation véritable.
La Jordanie qui, comme vous le savez est signataire d’un Traité de
paix avec Israël, et dont le monde entier, gouvernement israélien en
tête, s’accorde à louer la politique constructive et pacifique.
La Palestine et la Jordanie qui se retrouvent accusées selon vous d’œuvrer à délégitimer une religion, "en l’espèce le judaisme", propos que nous jugeons proprement insultants pour sa Majesté le Roi de Jordanie et le Président de l’Etat de Palestine.
Insultants également pour les vingt-quatre Etats souverains qui ont
voté en faveur de l’adoption de la résolution, rétifs aux pressions et
menaces de représentant de l’actuel gouvernement d’extrême droite
israélien.
Vous abordez la question d’une "dénomination", celle que nous avons effectivement refusé d’adopter.
Permettez-moi de vous dire qu’auriez-vous pris la peine de nous
joindre, nous vous aurions expliqué que notre refus relève d’une seule
et unique conviction : la demande persistante du délégué israélien, aux
antipodes d’un quelconque respect des religions, ne vise qu’à une
légitimation de l’annexion de la Ville occupée en 67 sous couvert du
respect de la foi des citoyens juifs d’Israël. Pratique "toponymique"
commune à tous les occupants de quelque religion qu’ils se prévalent.
Nous vous aurions également montré que notre mandat ne vise qu’à une
seule délégitimation, celle de l’occupation de Jérusalem-Est, capitale
occupée de l’Etat de Palestine.
Le ton de ma lettre peut vous paraître choquant. Il reflète
l’indignation et le sentiment d’injustice flagrante que votre décision à
fait naître chez nous. Vous ne nous avez pas habitués à cela.
Je termine en vous affirmant que, convaincu du grand danger que
constitue le mélange de la religion et de la politique, je demeure à
votre disposition pour toute explication claire et amicale.
Je joins à toutes fins utiles le texte de la Résolution incriminée et
vous prie de croire, Madame la Maire de Paris, à mes respects et à
notre désir de dissiper par le dialogue le malentendu né de cette
décision injuste et malvenue.

- Voeu au conseil de Paris - Unesco

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