La lecture du rapport adressé début juin au Préfet du Pas de Calais
et au nouveau ministre de l’Intérieur par Camille Louis et Etienne
Tassin, celle ensuite du rapport du Défenseur des Droits, ne peuvent
que nous interpeller tant les termes utilisés résonnent tragiquement
dans notre mémoire.
Les exactions commises, froidement décrites par les enquêteurs et le
Défenseur des Droits évoquant, en des termes sans équivoque, une volonté
d’élimination et de « déni d’existence » des migrants, ne posent pas
seulement de simples questions éthiques, « humanitaires », de simples
questions financières ni même, celles de l’image de la France. Non Il
s’agit de toute autre chose.
D’autant que si nous ajoutons à ces rapports les images et les
informations à propos des conditions inhumaines infligées aux migrants
regroupés à Paris Porte de la Chapelle, celles sur le sort des migrants
qui tentent de franchir la frontière italienne dans la région de la
vallée de la Roya, victimes de véritables chasses à l’homme, nous
sommes obligés d’observer – bien que ce soit sous des formes différentes
– une volonté identique à rendre la vie impossible et aléatoire à court
terme à ces réfugiés et demandeurs d’asile ayant eu l’effronterie
d’avoir survécu à la traversée de la Méditerranée.
Dans ce pays où les questions liées à Vichy - de l’internement à la
déportation des Juifs de France, de l’antisémitisme d’ État - sont en
toutes occasions évoquées, une telle volonté, clairement affichée par
les plus hautes autorités françaises de bafouer les normes élémentaires
de l’accueil et la protection des personnes en danger, cette volonté
donc, n’est possible que, parce que le respect des droits fondamentaux
de tous les êtres humains, tels qu’ils sont définis dans le Droit
International et le Droit International Humanitaire, est sans cesse
bafoué par Israël. Pays modèle, Pays de référence, qui prétend
représenter tous les Juifs du monde, la morale légendaire du judaïsme et
être le gardien de la mémoire de la destruction des Juifs d’Europe –
quand il applique, sur son propre sol et dans les Territoires
Palestiniens Occupés- un régime d’apartheid et commet, à intervalles
réguliers, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité à Gaza.
Apartheid, crimes de guerre et crimes contre l’humanité - relèvent,
l’un et l’autre, de la seule compétence de la Cour Pénale Internationale
mise en place par le Statut de Rome en 1998.
Pratiques israéliennes criminelles illicites, quand leurs auteurs
dénoncent sans vergogne toutes les formes de critiques internationales
de leur politique abjecte, aussi minimes fussent-elles, comme étant des
manifestations d’antisémitisme, tentant de briser la solidarité de la
société civile internationale avec le peuple martyr palestinien.
Pratiques criminelles illicites qui ne peuvent être perpétrées qu’avec la complicité active des pays occidentaux, de la France particulièrement.
Pratiques criminelles illicites qui ne peuvent être perpétrées qu’avec la complicité active des pays occidentaux, de la France particulièrement.
Tous soucieux, autant Israël, de contourner, quand ce n’est pas les
détruire, le Droit International et le Droit International Humanitaire
tels qu’ils ont été rédigés au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.
Nous comprenons mieux alors la politique actuelle menée à Calais, à
Paris où dans la vallée de la Roya, la disproportion des méthodes
répressives utilisées, la mise en garde faite par le Défenseur des
Droits lorsqu’il écrit ces mots effroyables « déni d’existence » qui ne
signifient rien d’autre, en dernière analyse, qu’une incitation au
crime, première étape dans le processus des crimes de masse....
Nous pouvons également mieux comprendre les propos du général
israélien Mishel Barruch, directeur de la coopération au ministère de
la Défense israélienne, à propos de la présence d’entreprises
israéliennes d’armement au récent salon de l’armement qui s’est tenu au
Bourget quand il déclare : « Les pays européens font actuellement face à des challenges au niveau
sécuritaires très complexes : attaques terroristes meurtrières,
protection des frontières, immigration illégale. Contre toutes ces
menaces, les industries israéliennes ont beaucoup à offrir ».
Déni d’existence en Palestine Occupée, à Gaza principalement, déni
d’existence ici. Dans les deux cas, non respect du Droit international,
des Conventions de Genève, des Conventions européennes pourtant sur la
protection des mineurs, sur l’accueil des réfugiés..
Se pose alors, pour nous citoyens, la nature de nos responsabilités,
tant vis à vis des responsables politiques que, vis à vis de ces
populations en danger, au regard de notre propre histoire, de
l’injonction constante qui nous est faite « au devoir de mémoire » et de
la lutte contre le racisme, réduit au seul antisémitisme ( réel ou
supposé ), tout en criminalisant la solidarité avec ces malheureux en
danger.
Le silence complice des institutions juives françaises qui prétendent
par ailleurs s’exprimer en notre nom quand ils n’ont qu’antisémitisme à
la bouche participent de fait à la mise en œuvre de cette barbarie
annoncée.
Entendons nous bien, il ne s’agit pas pour nous d’établir une concordance avec les méthodes de Vichy mais de mettre en lumière la continuité de
certaines pratiques profondément ancrées dans l’histoire de la France,
dans notre l’histoire coloniale.
Il s’agit de comprendre la modernité de concepts tels qu’apartheid,
crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Comprendre que ce sont des
concepts qui, l’un et l’autre, se sont émancipés de leurs matrices
originelles. Comprendre la modernité des politiques et pratiques mises
en œuvre aujourd’hui vis à vis de ces « populations en trop » - que ce
soit en Palestine occupée, à Gaza particulièrement, en Europe devenue
une forteresse, en France aujourd’hui.
La barbarie, elle aussi, est et sera autre, mais la nature des crimes commis non !
Nous utilisons régulièrement le terme « israélisation de la société »
à propos des accords militaires, policiers et autres, qu’ils soient
européens - voir le projet criminel LAW TRAIN - ou ceux établis entre
nos deux pays. Tous ces accords ont comme objectif, en dernière analyse,
de rendre les pays signataires complices des pratiques criminelles
illégales qui sont celles d’Israël, quelles que soient par ailleurs les
concordances idéologiques que nous observons de la part du personnel
politique français, qu’il soit de droite ou de gauche.
C’est de cela qu’il s’agit si nous n’y prenons pas garde : devenir les complices de politiques criminelles d’ Etat comme le sont devenus – involontairement ou non - les israéliens.
C’est de cela qu’il s’agit si nous n’y prenons pas garde : devenir les complices de politiques criminelles d’ Etat comme le sont devenus – involontairement ou non - les israéliens.
Accepter que soient muselées et criminalisées les luttes de la
société civile comme c’est le cas à propos de la campagne BDS – Boycott,
Désinvestissements et Sanctions, accepter que soit criminalisée la
solidarité avec les réfugiés – demandeurs d’asile, ne pas voir ce que
signifient aujourd’hui les descentes de police dans des des structures humanitaires telles qu’ Emmaüs, jusqu’alors la bonne
conscience des politiques à l’origine de la misère généralisée
entretenue dans notre pays, au prétexte que celles ci aideraient des
réfugiés.
Accepter que des hommes, des femmes et des enfants soient gazés, parqués, nassés, privés d’eau et de nourriture, comme à Calais et à Paris, c’est accepter
que soit à nouveau classée l’humanité entre celles et ceux qui ont le
droit de vivre et celles et ceux qui ne l’ont pas, assignés à être
invisibles avant d’être chassés très exactement. C’est ce que signifie
la prolongation de l’état d’urgence et le retrait de la France de la
Convention Européenne des Droits de l’Homme, lui permettant de déroger
aux responsabilités qui sont les siennes.
Dans ces temps où est commémoré à grand bruit, dans toute la France,
le 30e anniversaire du procès de Klaus Barbie – chef de la Gestapo
lyonnaise - ( tout en le vidant de toute la modernité des enjeux
politiques actuels ) sa condamnation au soir du 4 juillet 1987, à la
réclusion à perpétuité pour avoir commis, à Lyon, des crimes contre
l’humanité, nous avons le devoir de comprendre et d’expliquer, plus que
jamais, la modernité et l’actualité de cette notion criminelle à
laquelle, rappelons le, nul ne doit participer et qui est, de par sa
nature, imprescriptible.
Le temps nous est compté, la barbarie est à notre porte, la vigilance
s’impose. Briser le silence devient une obligation impérative.
Georges GUMPEL - Enfant juif caché 1943/1944
Fils de Déporté, Convoi du 11 août 1944 parti de Montluc à Lyon,
Mort pour la France en avril 1945 à Melk (Autriche).
Partie civile au procès de Klaus Barbie.
Fils de Déporté, Convoi du 11 août 1944 parti de Montluc à Lyon,
Mort pour la France en avril 1945 à Melk (Autriche).
Partie civile au procès de Klaus Barbie.
Union Juive Française pour la Paix

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