IARPP
Des experts en santé mentale ont demandé à l’Association
internationale pour la psychanalyse relationnelle et la psychothérapie
[IARPP], de reconsidérer sa décision de tenir sa réunion internationale
de 2019 en Israël en raison de l’agression systématique de cet État à
l’encontre des Palestiniens.
Aux membres du conseil d’administration de l’Association internationale de psychanalyse relationnelle et de psychothérapie :
Nous vous écrivons pour exprimer notre opposition à la récente
décision du Conseil d’administration de l’IARPP de tenir sa réunion
internationale de 2019 en Israël, décision rendue publique par son
président sortant, le Dr Chana Ullman. Nous demandons respectueusement
au Conseil de reconsidérer cette décision.
Notre opposition est profondément motivée par la grave crise que
représente l’occupation israélienne et ses attaques croissantes contre
le peuple palestinien – des attaques reflétant une politique globale de
nettoyage ethnique et de saisie des terres, de restriction de la liberté
de mouvement et de contrôle des ressources naturelles. L’occupation a
lancé dès le début une attaque massive contre les droits de l’homme et
la dignité humaine. Toutes ces atrocités ont été bien documentées par
des organisations telles qu’Amnesty International, les Nations Unies et
ses divers groupes de travail, ainsi que par d’innombrables
universitaires, historiens et chercheurs. Néanmoins, pour de nombreuses
personnes aux États-Unis et en Israël même, la culpabilité de l’État
d’Israël a été masquée par une campagne massive de désinformation et de
black-out.
L’annonce par le président Donald Trump, en décembre 2017, de la
décision de relocaliser l’ambassade américaine à Jérusalem constitue une
priorité particulièrement urgente pour notre appel. Israël n’a pas
hésité à profiter de cette occasion pour redoubler d’efforts pour forcer
le déplacement de milliers de Palestiniens hors de Jérusalem et pour
s’emparer de leurs maisons, de leurs terres et de leurs entreprises. Ce
processus a été caractérisé dans l’immense majorité des cas par
l’absence de procédure régulière et le recours à l’intimidation, aux
assassinats ciblés et à la torture des Palestiniens – y compris la
torture d’enfants, souvent accompagnée d’agression sexuelle.
Nous nous préoccupons du problème urgent de l’occupation d’abord en
tant qu’êtres humains, ensuite en tant qu’agents de santé mentale voués
aux valeurs humanitaires et profondément conscients de l’importance de
ces valeurs pour le bien-être des enfants, des familles et des
communautés. En tant que travailleurs de la santé mentale connaissant
bien l’impact de la violence sur la santé individuelle et le bien-être
collectif, nous estimons que nous avons une responsabilité
supplémentaire de faire entendre notre voix.
Nous considérons que l’État d’Israël est responsable des blessures à
grande échelle subies par le peuple palestinien, par son assaut
incessant sur les esprits et les corps de ses habitants et par sa
volonté implacable d’anéantir l’histoire, la culture, l’économie, le
patrimoine, l’architecture et la vie communautaire. Selon nous, la tenue
de conférences internationales liées à tout domaine professionnel en
Israël représente une acceptation tacite du comportement de l’État
d’Israël et perpétue une « normalisation » fictive des relations entre
Israël et la Palestine occupée. Organiser de telles conférences ne peut
que contribuer à faire avancer les intérêts de l’État d’Israël en
laissant entendre que cet État fait bon accueil à un libre échange
d’idées – sans parler de remplir ses hôtels, ses restaurants et ses
auditoriums d’un public reconnaissant. S’opposer au choix d’Israël comme
lieu des conférences internationales est une manière de mettre au
premier plan la conduite de l’État d’Israël en tant que sujet de
discussion et de débat, afin que l’étendue de la dépossession et de la
souffrance du peuple palestinien puisse être reconnue.
Il est particulièrement ironique et douloureux de voir Israël
sélectionné comme lieu d’une conférence internationale lorsque le thème
central de l’organisation est la compréhension en profondeur des
relations humaines.
La majorité des membres de l’IARPP vit aux États-Unis et le deuxième
plus grand groupe national vit en Israël. Certains membres de l’IARPP
israélien ont suggéré que la conférence de 2019 pourrait améliorer le
problème posé par le choix d’Israël comme lieu de rencontre en invitant
des orateurs palestiniens et en sollicitant des présentations par des
organisations israéliennes progressistes de professionnels de la santé
mentale concernés par un conflit politique. Pourtant, inviter des
orateurs et des participants palestiniens à la conférence peut se
révéler simplement impossible à cause des check-points, des restrictions
de mouvement, des listes noires de militants et d’autres expériences
quotidiennes familières aux Palestiniens – abus de pouvoir qu’aucune
conférence en Israël ne peut changer et qui inévitablement reproduira la
dynamique de pouvoir de la situation politique dans le microcosme de la
conférence.
Néanmoins, nous sommes d’accord sur le fait que prendre ces mesures
en théorie peut orienter l’IARPP dans la bonne direction ; nous sommes
convaincus que le groupe israélien poursuit ces activités dans le cadre
de son fonctionnement régulier tout au long de l’année et non seulement
lorsque des étrangers sont présents. Mais indépendamment de ces
considérations, ces efforts bien intentionnés pour faire mention de la
perspective palestinienne dans la conférence internationale ne parlent
pas de la question centrale : la nécessité de démontrer au monde
qu’Israël doit rendre des comptes pour son comportement.
La cible de notre protestation est le comportement de l’État
d’Israël. Notre objection ici n’est pas à un individu ou à l’IARPP en
tant qu’organisation. Nous reconnaissons pleinement qu’il y a des
membres de l’IARPP qui soutiennent activement la Palestine et beaucoup
d’autres qui peuvent être très disposés à écouter des voix exprimant
leur dissidence de la politique israélienne. Notre objection s’applique à
la décision du Conseil de l’IARPP de tenir la conférence de 2019 en
Israël. Nous considérons que cette décision est répréhensible parce
qu’elle protège Israël contre l’exposition publique de ses atrocités –
une exposition qui a bien trop tardé.
Nous espérons entendre que nos collègues du Conseil de l’IARPP vont rouvrir le débat sur cette décision.
Sincèrement vôtres,
Samah Jabr MD
Psychiatre, Jérusalem-Est
Psychiatre, Jérusalem-Est
Elizabeth Berger MD, MPhil
Pédopsychiatre, New York
Pédopsychiatre, New York
Rebecca Fadil, LCSW
Travailleur social, Washington, DC
Travailleur social, Washington, DC
Christine Schmidt, LCSW
Psychanalyste et membre de l’IARPP, New York
Psychanalyste et membre de l’IARPP, New York
27 décembre 2017 – The Palestine Chronicle
Traduction : Chronique de Palestine

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