François Cocq
La souveraineté européenne est désormais utilisée par M. Macron comme
un cache-sexe de sa politique européenne. Chantre de la « refondation
de l’Europe », il convient pourtant pour lui de ne point trop en dire.
Passée la formule d’une « souveraineté européenne réinventée », M.
Macron en est resté une fois encore au concept abstrait : selon lui, «
les propositions [ont été] faites il y a plusieurs mois. C’est désormais
le temps de l’échange ». Manière insidieuse pour ne pas révéler la
rupture à venir : la souveraineté européenne n’est pas juste une
souveraineté de plus mais une souveraineté qui exclut toutes les autres,
à commencer, car tel est le but, par celle des peuples, en
s’affranchissant pour cela des cadres nationaux dans lesquels s’exprime
la souveraineté populaire.
À défaut de décliner cette souveraineté européenne, M. Macron use
d’une méthode grossière pour corseter le débat public. Il crée à dessein
un paysage binaire qui obligerait à « choisir entre ceux qui veulent
une Europe du repli et ceux qui sont prêts à porter une Europe d’une
souveraineté réinventée, d’une démocratie vivante ». Ainsi donc, qui
n’avalerait pas la dépossession de souveraineté exigée par M. Macron
serait immédiatement et immanquablement rangé au rang de tenants d’une «
Europe du repli ». Et en la matière, M. Macron emploie la Grosse Bertha
: parlant dune « guerre civile européenne qui réapparaît » ou encore de
« fascination illibérale », nous devrions selon M. Macron soit «
décider d’abandonner la démocratie », rien de moins, soit « construire
une nouvelle souveraineté européenne pour apporter une réponse aux
désordres du monde ». Présenté comme ça…
Une telle façon de mener la discussion n’est pas acceptable. Elle
porte en germe une dimension extrêmement autoritaire qui interdit
moralement toute contradiction politique avec la pensée dominante. On
voit ainsi bien le piège se refermer : qui ne serait pas aux côtés de M.
Macron serait un adversaire de la démocratie et pourrait être dès lors
regroupé dans un paquet confus que les commentateurs dociles ne
manqueraient d’assimiler aux « extrêmes ». M. Macron verrouille la
parole et le débat démocratique.
Car dans son propre camp, on est au garde à vous. Le 17 avril, M.
Macron prolongeait ainsi l’exercice à Epinal en lançant les «
consultations citoyennes », campagne LREM qui se pare des atours
institutionnels et financée par l’Etat. Mascarade que le journal Le
Monde a bien été obligé de rapporter : « Un jeu très fair-play, tant
l’auditoire, composé en majorité de partisans de La République en
marche, a peiné à être critique contre l’Europe. Au point que le
président lui-même a fini par demander « si quelqu’un avait des
critiques ou des doutes » sur le fonctionnement actuel de l’UE… ».
Tandis qu’à Strasbourg, le président de la Commission européenne,
Jean-Claude Juncker se réjouissait « La vraie France est de retour. Je
salue le retour de la France parmi nous », se croyant autorisé à juger
ce qu’est la France et quand elle est « vraie » ou elle est « fausse ».
Infamant.
La façon de mener la discussion imposée par M. Macron n’est
décidément pas au niveau du débat que méritent ce pays et la question
européenne. Ce n’est surtout pas de la sorte que l’on peut
subrepticement passer par-dessus bord la souveraineté populaire qui
fonde la nation en tant que corps politique constitué.
Rendez-vous le 26
mai 2019 dans les urnes ou avant tant la pratique du pouvoir
macronienne en tout domaine relève du manichéisme visant à imposer la
seule bien-pensance qui selon lui vaille : la sienne et celle de ses
maîtres.

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