Emilien Urbach
Pour
l’eurodéputée Marie-Christine Vergiat, la loi Collomb est un des
rouages du projet d’Europe forteresse voulu par les États membres de
l’UE.
Gérard Collomb a pris l’habitude d’en appeler aux « bonnes pratiques »
de nos voisins européens pour justifier les mesures les plus dures de
son projet de loi. En quoi cette nouvelle réforme du Ceseda (Code de
l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) s’inscrit-elle
dans la logique globale de l’Europe forteresse ?
Marie-Christine Vergiat
« Les bonnes pratiques de
nos voisins européens » ont bon dos et devraient plutôt inspirer le
ministre quand elles permettent une meilleure protection des réfugiés.
La France est l’un des six pays membres de l’Union européenne qui
accordent le moins la protection internationale. Or, la réduction du
délai d’examen des demandes d’asile risque d’aggraver les choses.
Partout dans l’UE, les politiques vis-à-vis des étrangers en situation
de séjour irrégulier se durcissent, sans grand lien avec la réalité des
mouvements migratoires. Il y a quasiment autant de migrants qui quittent
les pays européens que de gens qui y arrivent. On est loin des
fantasmes entre « bons réfugiés » et « mauvais migrants économiques ».
Ceux qui sont catégorisés comme tels sont essentiellement ceux qui
viennent du Sud, à qui on ferme de plus en plus les voies légales vers
l’UE alors même qu’ils fuient, pour la plupart, des situations
insupportables sur le plan humain. Ce sont donc les réfugiés qui sont
les principales victimes de l’Europe forteresse. Et dans ce domaine, la
France est un des pires pays, souvent celui qui inspire ces politiques.
L’augmentation de la durée de rétention légale est un bon exemple. Si la
France a la durée légale la plus courte de l’UE, elle est championne
européenne en matière d’expulsions. Ce n’est donc pas une question de
temps. L’immense majorité des expulsions se font dans les douze premiers
jours et, plus la durée s’allonge, moins on expulse.
Les associations de solidarité avec les exilés appellent à
une profonde révision du règlement de Dublin III. Quelle est votre
position ?
Marie-Christine Vergiat
Elles ont raison. Ce
règlement a été mis en place dans la logique de la suppression des
frontières dans l’espace européen. Mais il aurait dû être accompagné de
la mise en place d’un véritable droit d’asile européen. Ce que les États
membres ont refusé. Sa réforme est indispensable pour assurer la
solidarité entre les États membres et ne pas rejeter la responsabilité
de l’accueil vers les seuls pays dits de première entrée, c’est-à-dire
ceux qui sont le plus confrontés à l’arrivée de demandeurs d’asile.
C’est le sens de la bataille que mène actuellement le Parlement européen
contre les États membres qui, eux, veulent durcir le dispositif en
rendant obligatoire le «dublinage».
Le gouvernement français reste réticent à modifier
l’article de loi instituant le délit de solidarité. La criminalisation
des actions de solidarité est-elle également devenue une tendance
européenne ?
Marie-Christine Vergiat
Je n’irai pas jusque-là.
Cela existe dans quelques pays européens, le pire étant actuellement la
Hongrie. Mais la tendance est plutôt la criminalisation des migrants
eux-mêmes, leur enfermement et leur fichage de plus en plus
systématiques. Plusieurs textes européens sont en cours de discussion
là-dessus, dans une certaine indifférence, ce qui m’inquiète
profondément. Les discours de haine se développent et lorsqu’ils sont
portés par les gouvernements eux-mêmes, cela a des effets ravageurs.
La
suppression du délit de solidarité devrait être une priorité quand on
prétend allier humanisme et fermeté. Malheureusement, c’est plus souvent
la seconde notion qui prévaut dans les politiques actuelles.

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