Jean Ortiz
Salauds
les pauvres !! Ils portent la responsabilité de leur situation, vu
qu’ils pourraient être riches s’ils le voulaient. « ¡¡ A trabajar !! »
« Au travail !! »
Assez
de vivre à nos crochets ! Assez de pique-assiettes aux minimas
sociaux ! Ça coûte la peau des fesses et on maintient dans la paresse
des millions de feignasses ! Allez, au boulot, tire-au-flanc, et à coups
de pieds dans le postérieur. Pour « partager » les richesses, il faut
le mériter... Les droits sociaux ne sauraient être éternels.
Assez
« d’assistanat », qui coûte, lui, plus que la peau des fesses ! Celle
du cul des sans-culottes !! Alors que la classe sociale « macroniste »
s’empiffre éhontément ; pour le « bonheur de tous », la création
d’emploi, la diminution des charges et prélèvements pour les plus
riches, bref, le « ruissellement », « arme » contre la paupérisation,
qui frappe même les classes moyennes. Ça tombe bien, il a beaucoup plu
en Béarn.
On vient de trouver plus menteur que les arracheurs de dents ! Le monarque présidentiel...
La
pauvreté ne cesse d’être en crue, et de plus en plus perceptible.
Combien de mendiants, de SDF, d’enfants, qui tendent la main, de femmes
seules, sous des porches ? Cette réalité est devenue si quotidienne que
parfois l’on s’en accommode, avec une tendresse spéciale pour les
services sociaux et les associations qui s’occupent de ces « exclus »
qui s’excluraient eux-mêmes parce qu’ils voudraient être exclus !
De
temps à autre, on leur fait la charité, mais peu la solidarité de
classe. Ce gâchis social s’avère délibérément, méthodiquement, organisé
par les plus riches, avec arrogance et soif incommensurable de profits
et de dividendes. Pour les autres, pour la majorité, « la vie, le
malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté sont des champs de bataille
qui ont leurs héros, héros obscurs plus grands parfois que les héros
illustres » (Victor Hugo).
Nous pourrions ironiser ici jusqu’à
plus de mots sur des clichés tellement réacts qu’ils fonctionnent encore
et nécessitent une permanente critique sociale. Ce nouvel esclavage est
promu à nos yeux comme de la « modernité ». L’intervention de E. Macron
au Congrès de la Mutualité a provoqué un tollé et un dégoût légitimes ;
ce mépris du peuple, cette condescendance d’une classe qui, opulente,
se croit supérieure... Cette violence de classe, la « fuite » sciemment
organisée par la comm’ présidentielle contre les aides sociales (« on
met un pognon de dingue dans les minima sociaux... ») prépare le terrain
non pas vers un « tournant social », mais vers un « big bang » dont se
félicite en « Une » le « Figaro » du 14 juin. Les classes dominantes
plongent les salariés, les précaires, les sans-emplois dans une
souffrance de plus en plus insupportable, reléguant des millions
d’exploités, de non-invités au banquet, à l’exclusion sociale, à la
survie quotidienne.
Tout cela pour assouvir leur insatiable
cupidité dans l’accumulation du capital... Nous ne rentrerons pas ici,
mais cela serait nécessaire, dans l’analyse des rapports de classe, des
concepts de pauvreté, d’aliénation d’exploitation... Pour changer les
choses, il convient plus que jamais de dépasser l’émotionnel. Notre
réflexion s’inscrit dans l’immédiate guerre des idées, et riposte à
l’indécence présidentielle. Macron ment comme il respire...
Selon
le mode de définition du seuil de pauvreté (hypothèse basse : 50% du
revenu médian, soit 846 euros pour une personne seule), la France compte
entre 5 et 8,9 millions de pauvres au 15 octobre 2017, selon
l’Observatoire des inégalités (soient 600.000 de plus entre 2005 et
2015), le plus souvent mal indemnisés, ou pas du tout, peu éduqués,
condamnés au chômage destructeur, facteur d’éclatement social et de
communautarisme... Cette « armée de réserve du capital » permet au
système de laminer le « modèle social », les acquis, les salaires (le
salaire minimum actuel relève de l’indécence : 1160 euros par mois),
etc...
Que seraient ces millions de victimes du capitalisme, si
Macron et les siens parvenaient à recomposer totalement la société, à
faire régresser encore davantage le niveau de vie ? Sans protection, ils
seraient à la rue. Les chômeurs et inactifs représentent plus de 70%
des près de neuf millions de pauvres, autant d’hommes que de femmes,
plutôt jeunes, et un quart (seulement) d’immigrés. Près de deux millions
d’entre eux sont des enfants et des ados... Pas à Manille, à Paris !
Le
rêve de Macron et des siens, du Medef, de la finance, c’est une
société-jungle, le tout-privatisé, avec quelques miettes minimalistes,
microscopiques, en guise de mutuelles, de couverture sociale,
d’allocations chômage, d’assurances. Juste le minimum pour éviter
l’explosion. Qu’en est-il alors de la dignité de l’être humain, hommes
femmes et enfants, aliénés, piétinés ? Eux qui ne demandent pourtant
qu’à travailler, à avoir la place qui leur revient dans une société plus
juste et fraternelle. La pauvreté met finalement en danger ce qu’il
reste de démocratie, et les désormais si vides droits de l’homme et de
la femme. Ce qui coûte un pognon délirant, ce sont plutôt les sept
milliards d’euros de cadeaux aux grandes fortunes, c’est la liquidation
de l’indépendance et de la souveraineté nationales, c’est la mise à mort
des service publics, la mise au pas des syndicats (ça pue les années
30 !), c’est la fraude et l’évasion fiscales ; bref, c’est le gavage de
vos amis, Monsieur le président, avec votre morgue et votre assentiment.
Cette
situation, ce champ de ruines, sont vécus comme intolérables par la
majorité. La colère, sourde, gronde. Les eaux cachées finissent toujours
en résurgences, insurgées. À nous, les militants anticapitalistes
-communiste en ce qui me concerne- de « rendre visibles les
invisibles », de dénoncer les souffrances infinies, provoquées par la
classe sociale de Macron, de mener le combat de classe, de proposer un
monde aux couleurs de toutes et de tous. Relisons « l’Assommoir »,
« Germinal », de Zola. Alimentons la colère, et le désir d’une société
libérée du fric. Soyons pleinement révolutionnaires.
Le 9 juillet 1849, dans un grand discours à l’Assemblée, Victor Hugo s’écriait : « Je suis de ceux qui croient que l’on peut détruire la misère ». Tout ne peut être d’airain ou de fer. En avant ! Aucun pas en arrière, pas même pour prendre de l’élan, disait Che Guevara.

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