Claude-Marie Vadrot
Dans un rapport des universités de Berkeley et d'Oxford, des chercheurs
alertent sur l'importance des futures migrations liées au réchauffement.
Une nouvelle étude rendue publique cette semaine dans l’Environmental Research Letters,
conjointement publiée par l’université californienne de Berkeley et
celle d’Oxford au Royaume-Uni, tente de faire le point sur le nombre de
réfugiés qui chercheront à quitter leurs pays au cours des prochaines
décennies, à cause de la montée du niveau des mers, de l’insuffisance
des récoltes, de l’augmentation des événements météorologiques extrêmes.
Des dizaines de millions de personnes seront concernées.
Pour lancer cet avertissement, des chercheurs ont établi un modèle de
probabilités tenant compte de l’importance de populations concernées,
des caractéristiques géographiques et des évolutions climatiques déjà en
cours et prévisibles. Des spécialistes de l’université de New York ont
notamment pris comme exemple la partie sud du Bangladesh où 2 millions
d’habitants seront contraints de fuir uniquement à cause de l’élévation
du niveau de la mer, qui commence à envahir une région dont l’altitude
est parfois inférieure à 1 mètre.
Des prévisions effrayantes
Toutes les régions du monde exposées à l’envahissement, définitif,
périodique ou temporaire, par des eaux salées, verront leurs populations
contraintes à la migration, soit dans leurs pays vers les capitales
déjà hypertrophiées, ou plus loin. Vers d’autres pays du Sud où en
direction de l’Europe. Les chercheurs responsables de ce rapport
prospectif sur le nombre des réfugiés climatiques à venir, se sont,
honnêtement et logiquement, refusés, sauf pour le Bangladesh, à donner
des chiffres précis. Mais lorsque l’on prend en considération les
espaces frappés par les sécheresses, les inondations marines, la chute
des productions agricoles et les événements climatiques dévastateurs,
les prévisions deviennent effrayantes.
Selon les sources, d’ici à 2050, le nombre des réfugiés climatiques,
c'est-à-dire ceux qui ne pourront survivre qu’en fuyant ailleurs, est
estimé entre 100 et 400 millions. Cette dernière estimation étant celle
des services secrets des États-Unis, établie il y a deux ans dans un
rapport déjà oublié. D’après les chercheurs, pour les affiner et les
préciser, il suffit aux nations occidentales d’utiliser l’outil qu’ils
viennent de mettre au point en se servant de l’exemple et des paramètres
élaborés pour le Bangladesh :
Nous espérons que l’outil que nous avons développé puissent être utilisé par les scientifiques et les planificateurs politiques pour voir comment il faudra examiner les déplacements de ces réfugiés du climat et imaginer des stratégies économiques et politiques pour faire face à ces défis.
Les inconnus de l'histoire de la planète
Mais tant que les réfugiés climatiques ne seront pas pris en compte,
reconnus en tant que tels et dotés d’un statut par les Nations unies et
les instances internationales, ces populations chassées par les
conséquences du dérèglement climatique resteront des oubliés et des «
inconnus » de l’histoire de la planète. Lorsque l’on examine l’évolution
de nombreux pays africains, d’Asie et du pourtour méditerranéen, il est
facile d’imaginer que les mouvements migratoires actuellement connus
par l’Europe, ne représentent qu’une infime partie du flot d’hommes, de
femmes et d’enfants qui chercheront à trouver, dans les pays déjà
pauvres et dans les nations développés, un espace de survie.
Des
dizaines d’Aquarius ne suffiront pas pour sauver ces millions
de personnes fuyant les catastrophes climatiques alors que les centaines
de camps du HCR accueillent déjà 65 millions de personnes chassées par
les guerres et les conflits politiques.

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