Olivier Cabanel
Alors que la plupart des citoyens de ce pays ont compris à
quel point Hulot n’était qu’une caution destinée à colorer de vert un
gouvernement peu inspiré en matière de protection de l’environnement,
Hulot a prouvé qu’en matière de langue de bois, il avait fait beaucoup
de progrès...
Interviewé sur l’antenne de France Inter, le 6 juin, il a « positivé », assurant que l’interdiction du glyphosate serait dans la loi... d’ici 2022.
Et il a surtout contourné les questions, dans une posture d’aveuglement.
L’introduction que fait l’intervieweur Nicolas Demorand avait pourtant le mérite de la clarté : « pas
d’interdiction du glyphosate, peu de chose sur la vidéo-surveillance
dans les abattoirs, rien sur la souffrance animale, les poussins
continueront à être broyés, les porcs castrés à vif, les poules
resteront en cage, on pourra toujours continuer à répandre des
pesticides à proximité des habitations, rien non plus sur l’interdiction
de la pub sur les aliments transformés dans les programmes pour
enfants, comment le ministre de l’écologie a-t-il reçu cette loi ? » questionne le journaliste.
Contre toute attente, droit dans ses bottes, Hulot affirme « il est notoire que je ne me satisfais jamais de cette situation ».
Mais qui pourrait s’en satisfaire ?
Pourtant il persiste dans la plus banale mauvaise foi : « j’engrange des progrès », affirme-t-il, assurant qu’il essaye d’être le « plus objectif que possible ».
Et il déroule alors un discours surprenant basé sur le bilan qu’il entend défendre : « séparation
de la vente et du conseil sur les pesticides... ça on n’en parle pas...
on a obtenu le retrait du titane... ça on n’en parle pas... on a obtenu
que dans les cantines, un repas sur deux (donc 50%) soit ou bio, ou de qualité, ou de proximité... »
Arrêtons-nous à cette dernière affirmation.
La réalité est autre.
En effet, cet objectif devrait être atteint d’ici 2022...dans 4 ans
donc...et on est en droit de se demander quelles sont les obscures
raisons qui interdisent d’appliquer cette loi tout de suite ?
De plus, la loi prévoit que la part des produits bio devra atteindre au moins 20% de la valeur totale... on est donc bien loin des 50% annoncés triomphalement par Hulot. lien
Ça n’a d’ailleurs pas échappé à plusieurs associations ou ONG qui évoquent « un
texte encore flou... décevant... ne reflétant pas la richesse des
travaux réalisés... pointant du doigt le fait que les financements
attribués à l’agriculture biologique ont été baissés drastiquement » et ajoutant « qu’une cinquantaine d’organisations avaient plaidé pour que l’objectif bio soit porté à 30% au lieu des 20 % prévus dans la loi ».
Ajoutons que la loi ne prévoit aucune contrainte, pas plus que d’incitations financières. lien
On pourrait aussi s’interroger sur l’échéance fixée par Macron qui est toujours, soit pour le glyphosate, soit pour le bio à la cantine, à la date de 2022...alors que son mandat finira le 13 mai 2022...
Serait-il déjà convaincu d’être réélu...ou est-ce une posture permettant de passer le bébé au suivant ?
L’avenir nous le dira.
Mais reprenons les réponses de Hulot.
« Sur la condition animale, moi je vais engager une réflexion sociétale sur ce sujet-là »...évoquant la nécessite de faire « une introspection sur notre relation avec la souffrance animale ».
C’est Clemenceau qui disait : « lorsqu’on veut enterrer un problème, il faut créer une commission »... et on voit que Nicolas Hulot a bien retenu la leçon.
Puis il revient sur le glyphosate, affirmant « est-ce que l’objectif de son interdiction est remis en cause ?... pas une seconde » assure-t-il.
Ce qui prêterait plutôt à sourire, si la situation n’était pas si
dramatique, car l’on sait que, même après son éventuelle prochaine
interdiction, la nocivité du produit restera active de nombreuses
années.
Pas étonnant dès lors que les Faucheurs Volontaires ariégeois aient décidé de déposer une plainte le 15 juin prochain contre les fabricants de pesticides... et ceux qui ont autorisé leur mise sur le marché.
Cette plainte est la première phase d’une campagne intitulée « j’ai du glyphosate dans mes urines et toi ? ». lien
Hulot pose ensuite la question des alternatives, laissant croire qu’elles n’existent pas aujourd’hui, assurant « qu’on va se donner les moyens d’évaluer notamment avec l’Inra toutes les alternatives »...semblant oublier que c’est cette même Inra qui a produit un rapport prouvant que ces alternatives existent depuis belle lurette. lien
Puis il se lance dans une fiction d’opérette affirmant « bientôt on aura des étiquettes sans glyphosate... », assurant que « les industriels vont anticiper »... lien
Qui pourrait le croire ?
Le plus drôle ayant été le moment où le ministre, champion de la nuance, a préféré que soit utilisé les termes de « non avancée », plutôt que celui de « recul ».
Par contre, notre optimiste ministre de l’écologie est très
silencieux sur la décision prise récemment par son gouvernement
d’autoriser Total à produire de l’huile de palme, se rendant donc complice de la disparition des orangs-outans, dû au saccage des forets d’Indonésie.
Pourtant, il y a peu, il assurait avoir agi au sein d’une commission européenne pour « lutter contre la déforestation importée »... sans beaucoup de résultats apparemment. lien
En tout cas, les jeunes agriculteurs, et la FNSEA
sont très remontés contre le gouvernement, qui, en actant la
déforestation indonésienne provoque une concurrence déloyale, faisant de
l’ombre à leur culture du colza.
Il s’agit tout de même de 550 000 tonnes d’huile de palme, qui viendront s’ajouter aux 136 000 tonnes d’huile de palme destinée à la consommation alimentaire, le Nutella en tête. lien
On trouve sur le net une courte vidéo, celle d’un orang-outan tentant en vain de sauver sa forêt.
Le ministre de l’agriculture, devant les blocages de raffineries, assure qu’il n’y aura pas de retour en arrière. lien
C’est l’occasion de faire le point entre les « agro-carburants », et
les « éco-carburants », les premiers sont bien sûr du domaine des
énergies renouvelables, mais ils sont rarement respectueux de
l’environnement... alors que les éco-carburants fabriqués par exemple en
transformant les déchets verts sont renouvelables aussi, mais surtout
propres.
Hulot reste très silencieux sur le sujet pour
l’instant, mais nul doute que dans les jours à venir, il trouvera le
moyen de proposer des réponses diplomatiques.
Il aura peut-être déjà oublié que sa fondation assure « agir contre la déforestation », laquelle fondation a déjà récolté 75 000 euros pour agir, sans trop de résultats manifestement. lien
Parallèlement la déforestation se poursuit en Amazonie,
mais soyons rassurés le ministre de l’écologie avait dénoncé ce système
frauduleux assurant que, d’ici à quelques mois, une stratégie nationale
sera mise sur pied pour mettre fin à la déforestation importée,
d’autant que le plan climat, adopté en juillet 2017 par le gouvernement français avait la volonté de mettre fin à cette déforestation...sans beaucoup d’effets à ce jour. lien
Par contre, ce que personne (ou presque) ne dit, c’est qu’il y a un deal... les rafales de Dassault en échange de l’huile de palme : lien
Mais revenons au glyphosate, les incriminés ont trouvé déjà une première parade : Monsanto a changé de nom, mais les pesticides seront tout aussi dangereux, tout comme la Fondation Nicolas Hulot qui, elle aussi, avait changé de nom, devenant la Fondation pour la Nature et pour l’Homme...gardant, probablement par souci d’économie, ou par duplicité, les initiales FNH. lien
Il n’y a pas si longtemps, le ministre de l’écologie avait évoqué son éventuelle démission à l’été 2018, « si la cause animale n’évoluait pas », s’il faut croire les propos de Brigitte Bardot à ce sujet, mais aujourd’hui, il semble qu’il n’en soit plus question. lien
En tout cas, avec un savant mélange de langue de bois, et de promesses floues, Hulot a fait la démonstration lors de l’interview mené par Nicolas Demorand,
qu’il était plus facile de manier la parole, d’agiter des écrans de
fumée, d’avancer des promesses fallacieuses, voire infondées, que
d’acter de vrais décisions.
Pas surprenant donc que Brune Poirson, secrétaire d’état auprès de Nicolas Hulot, s’est entendue soupçonner par Charline Vanhoenacker, le 4 juin dernier, sur l’antenne de France Inter, de passer son temps à s’occuper à tailler les rosiers. lien
Pas étonnant aussi que Dupont-Aignan ait déclaré qu’après l’affaire de l’huile de palme, Hulot devrait démissionner. lien
Comment ne pas le comprendre, car il n’y a finalement aucune réelle
avancée dans le domaine de la défense de l’environnement : du nucléaire,
au recul de la date de la transition écologique, en passant par l’huile
de palme, le glyphosate, la détresse animale, et le reste, le bilan du
ministre vert n’est pas vraiment glorieux.
Comme dit mon vieil ami africain : « c’est quand le vieux seau est encore là qu’il faut en fabriquer un nouveau ».

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