mardi 31 mai 2022

Quand des trotskistes invitent des jdanoviens

Antoine Manessis

Quand une secte rencontre une autre secte, qu'est-ce qu'elles se racontent ? Des histoires de sectes.

Ainsi Lutte Ouvrière, groupe trotskiste, a-t-elle invité à sa fête annuelle le PRCF, groupe jdanovien.

Quand on sait que le PRCF a traité LO de "pseudo-internationalistes", dénonçant son soutien à Walesa ou aux Afghans antisoviétiques, reprochant son antipatriotisme, son abstention lors du référendum sur Maastricht, son refus de condamner l'UE et de prôner la sortie de celle-ci, de ne pas défendre le "produire en France", de rouler pour le PS, de laisser la France, son drapeau, sa langue, la Marseillaise à la disposition du RN, de disposer d’un accès permanent aux médias, etc... On imagine bien l'ambiance de la rencontre...

Il n'y a pas très longtemps encore le PRCF dénonçait Anasse Kazib et Nathalie Arthaud qui, en bons euro-trotskistes, portent le seul drapeau rouge dissout dans l’UE du Capital et versent dans l’antipatriotisme primaire qu’illustra pitoyablement Trotski dans « L’avenir des armées de Hitler » au printemps 1940 : « Les soldats de Hitler sont des ouvriers et des paysans allemands. »

Mais il faut dire que depuis ces reproches adressés à LO en 2017 et en 2021, un positionnement a rapproché les deux organisations. Leur détestation commune pour Jean-Luc Mélenchon et l'Union populaire. 

Pour Arthaud, Mélenchon est "un illusionniste qui ballade les travailleurs" et pour le PRCF "le paléo-« socialiste » et désormais ex-« insoumis »" est "le digne successeur de son mentor, Mitterrand".

Voilà donc pourquoi les "groupies" de Staline saluent LO qui "a fait entendre courageusement sa voix dans la campagne présidentielle"  et les "groupies" de Trotsky  invitent à leur fête les partisans "de la dictature stalinienne qui fut le fossoyeur des espérances de 1917".

L'enfermement sectaire, l'incapacité de saisir les situations politiques dans leur dynamique, la répétition ad nauseam des mêmes slogans dépourvus du moindre impact sur le réel, l'ignorance des rapports de forces et du "mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses" (ce qui est la définition même que Marx donne du communisme), l'incapacité à la moindre remise en cause et auto-critique, le règne du dogme, une fixité de pensée mortifère et poussiéreuse, voilà ce que nos sectaires pourront partager. Peu de temps car très vite leur vieille, ridicule et réciproque détestation reprendra le dessus.

Mais surtout et avant tout, ils pourront confronter leur absolue impuissance politique.

Antoine Manessis

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