Antoine Bordas
À la veille des législatives, le gouvernement temporise sur la réforme des retraites et cherche à esquiver un recul de l’âge légal de départ à la retraite.
Pour autant, le fond de l’attaque reste à l’ordre du jour et contre un gouvernement qui entend négocier avec les directions syndicales, il faut se préparer à lutter.
Depuis sa réélection, Macron est resté très discret sur la réforme des retraites, un dossier pourtant central pour le prochain quinquennat. Le nouveau gouvernement, nommé tardivement cherche pour l’instant à mettre de côté le dossier, Macron ne l’aurait même pas abordé durant le premier conseil des ministres.
Olivier Dussopt, nouveau ministre du travail, était invité sur RTL ce mardi où il a mis l’accent sur la concertation et le dialogue qui devraient s’ouvrir à la rentrée, en promettant « un calendrier qui tienne compte de la négociation et de la formalisation d’accords ».
Il a réaffirmé, dans le sens des précédentes déclarations d’Elisabeth
Borne, que le recul de l’âge légal de la retraite à 65 n’était pas un
totem, dans une volonté d’esquiver un des points le plus brûlant de la
réforme : l’âge pivot. Pour autant, le ministre du travail, ne liquide
pas la réforme et martèle la « nécessité de retrouver l’équilibre » avec une réforme « responsable », il a défendu : « aujourd’hui
il y a beaucoup d’hypocrisie autour de l’âge de départ à la retraite,
les réformes déjà votées augmentent la durée de cotisation ». Il a
ainsi dessiné la possibilité d’esquiver formellement la question de
l’âge pivot tout en s’appuyant sur la réforme Touraine de 2014, qui
applique d’ores et déjà un rallongement de la durée de cotisation. Ainsi
le départ à la retraite pourrait être pris plus tôt… mais avec des
pensions de plus en plus basses. Sur la question de la suppression des
régimes spéciaux, Olivier Dussopt n’a par contre pas hésité, répondant
un oui franc et promettant de poursuivre les attaques promises au
précédent quinquennat.
Dans leur volonté de noyer, pour un temps, la question de la réforme des retraites, le ministre a surtout insisté sur leur volonté d’appliquer une mesure d’indexation des pensions sur l’inflation, à appliquer au lendemain des législatives. Dans une piqûre de rappel à une partie de son électorat –les actuels retraités- Olivier Dussopt a rappelé que celle-ci était suspendue à l’obtention de la majorité à l’assemblée.
Le gouvernement cherche à temporiser avant les législatives et répondant à la pression qui s’exprime à sa gauche, il joue sur le terrain des mesurettes sociales, remettant à la rentrée les gros chantiers d’attaques sociales.
Le gouvernement arrondit les angles et adoucit le discours, mais n’a en rien annoncé le retrait de l’attaque contre nos retraites.
À l’heure où l’inflation a considérablement rogné sur les conditions de vie et où Macron promet une casse sociale d’ampleur à l’automne, il est nécessaire de préparer un plan de lutte pour contre-attaquer, à rebours donc des directions syndicales qui répondent présent à l’appel à négocier du ministre du travail.

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