Ugo Funke
Bruno Retailleau a annoncé vendredi sa volonté de mettre en place des établissements scolaires à la « discipline militaire » pour y envoyer « la jeunesse à la dérive » dans le cadre de sa nouvelle loi contre le narcotrafic. Une nouvelle offensive de taille qui se profile contre la jeunesse des quartiers populaires.
Alors que le ministre de l’Intérieur est lancé depuis la rentrée dans une surenchère autoritaire, celui-ci a déroulé un véritable florilège de propositions et de remarques plus réactionnaires les unes que les autres, lors de son passage sur l’antenne de Sud Radio, ce vendredi. Interrogé sur une jeunesse supposément « à la dérive », Bruno Retailleau propose d’envoyer des enfants, « dès l’âge de 10 ans, 11 ans, 12 ans » dans des internats à la « discipline militaire (qui) prendraient ces jeunes pour les encadrer strictement ». Une proposition que le ministre explique nécessaire en grande partie du fait du rôle néfaste que joueraient pas moins que… les jeux-vidéos : « cette violence qui s’insinue partout, en fin de compte, bah ça produit de la violence non plus virtuelle, mais réelle ». Derrière ces paniques morales bien connues et devenues habituelles à droite, se cache également un sous texte qui flirte avec l’idéologie de l’extrême droite. Tout comme Gérald Darmanin, son prédécesseur au ministère de l’Intérieur, qui s’alarmait d’un « ensauvagement » de la société, Bruno Retailleau appelle lui à « reciviliser » la jeunesse.
Cette sortie témoigne de la détermination du nouveau ministre de l’Intérieur à se placer dans la continuité des politiques réactionnaires de ses prédécesseurs en matière de mise au pas de la jeunesse. L’ex-premier ministre, Gabriel Attal, qui a bâti son credo politique sur le « réarmement civique » lors de son passage à l’Éducation nationale ne s’est en effet jamais caché de sa volonté de faire plier une jeunesse. En plus du SNU et de l’introduction de l’uniforme à l’École, celui-ci avait également œuvré à la mise en place d’une loi visant à jeter les enfants des quartiers populaires dans des internats aux allures de casernes militaires tout en créant des peines spécifiques aux parents. Cette politique, résumée par Attal par la formule « tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies, tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter » , est donc en grande partie reprise par Retailleau. Dans un contexte où la jeunesse, à de nombreuses reprises, a montré sa combativité ces dernières années, de la réforme des retraites aux révoltes des quartiers populaires en passant par le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien, la multiplication des offensives à son encontre n’est pas anodine.
Les lycées ont cette dernière année été, par exemple, en première ligne des offensives réactionnaires du gouvernement, avec notamment l’interdiction de l’abaya à la rentrée 2023 et les annonces de généralisation du SNU et de l’uniforme à l’horizon 2026. De plus, cette annonce intervient dans le contexte de recul des droits démocratiques dans les universités suite à la publication par le ministère de l’ESR de la circulaire Hetzel, réclamant des présidences qu’elles intensifient la répression des étudiants s’exprimant politiquement, en criminalisant tout particulièrement ceux mobilisés contre le génocide en Palestine.
Ce n’est donc pas un hasard si Retailleau reprend aujourd’hui à son compte la rhétorique réactionnaire qui avait été celle du gouvernement au moment des révoltes pour Nahel, à coups de « responsabilisation des parents » et d’incursions dans le statut juridique de minorité. C’est sur fond de débats nauséabonds sur la suppression des allocations pour les familles de « délinquants mineurs » à laquelle il se dit favorable, que le ministre de l’Intérieur a déclaré vouloir s’attaquer aux jeunes des quartiers populaires « dès l’âge de 10 ans, 11 ans, 12 ans » dans une perspective assumée de gestion coloniale et de « recivilisation » de ceux-ci.
Ce contrôle social accru que le gouvernement entend faire peser sur cette jeunesse se place aussi dans la droite continuité de la généralisation par Gabriel Attal du 8h-18h, par lequel celui-ci espérait faire marcher au pas jusqu’aux collégiens en REP, ou encore l’instauration de la comparution immédiate pour les mineurs dès l’âge de 16 ans. Et si la création de ces établissements à la « discipline militaire » sont une concrétisation de la rhétorique belliciste accompagnant les « réarmement civique » et autres offensives autoritaires contre la jeunesse et en particulier les lycéens depuis plusieurs mois, ils s’inscrivent dans un contexte international de militarisation et de réarmement au niveau européen depuis le retour de la guerre sur le continent. En accompagnant l’escalade militariste de l’État français, l’institution scolaire se double dans sa vocation à former des travailleurs dociles, de celle de les préparer à servir de chair à canon.
De plus, il est important de rappeler que ces offensives prennent place un an après les révoltes ayant suivi le meurtre de Nahel, et promettent de s’intensifier avec la nomination d’une spécialiste de la défense qui s’est d’ores et déjà prononcée sur la nécessité de « cultiver le militarisme chez les jeunes », à l’Éducation Nationale. L’objectif de mater définitivement cette jeunesse explosive, qui a montré avec une force inédite sa détermination à lutter contre le racisme d’État et les violences policières, reste une des priorités du gouvernement alors que celle-ci a été dans la dernière séquence une des franges les plus combatives de notre classe.
Il appartient donc aujourd’hui plus que jamais à toute la jeunesse d’exprimer sa solidarité avec les quartiers populaires, qui sont les premiers exposés à une répression qui vise l’ensemble des secteurs mobilisés contre le génocide en Palestine ou la casse de l’Université. Il y a plus que jamais nécessité à construire un rapport de force à même de faire plier le gouvernement et mettre un terme à cette surenchère autoritaire. Celui-ci ne pourrait être que le fait d’un mouvement d’ensemble qui, à rebours des tentatives du gouvernement de diviser notre classe, serait le fruit de l’alliance de la jeunesse et des quartiers populaires...
...sur la base de mots d’ordre anti-coloniaux et démocratiques radicaux clairs.

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