samedi 16 novembre 2024

Prison et inéligibilité pour le RN : détourner 6,8 millions ça paye, mais ça peut coûter cher

Antoine Chantin

Mercredi le Marine Le Pen a dû faire face à une nouvelle déconvenue dans le cadre du procès sur les assistants du RN. Les procureurs ont requis des peines records contre les apparatchiks d’extrême droite, faisant planer une inéligibilité pour la dirigeante du parti aux prochaines présidentielles.

Mercredi 13 novembre, le parquet a rendu ses réquisitions dans le cadre du procès des assistants du RN. Une véritable douche froide pour le parti d’extrême-droite et particulièrement pour sa présidente Marine Le Pen. Les procureurs ont en effet requis des peines inédites dans une affaire de détournement de fond publics elle-même historique. Comme l’ont rappelé les procureurs : « les faits ont un caractère inédit par leur ampleur, leur durée, et leur caractère organisé et systémique ».

Le procès d’un immense système de détournement de fonds

Le parti d’extrême-droite est en effet accusé de détournement de fonds publics, de « recel » et de « complicité » dans le cadre d’emplois fictifs au Parlement européen de 2009 à 2016, dont le préjudice est évalué à 6,8 millions d’euros. À l’issue de cette journée, les principales têtes du parti risquent, en plus de très fortes amendes, des peines de prison ferme mais également des peines d’inéligibilité qui seraient immédiatement applicables. Un véritable coup dur pour le parti, et particulièrement pour sa cheffe Marine Le Pen. Les magistrats du parquet ont requis à son encontre 300 000 euros d’amende ainsi que deux ans de prison ferme, immédiatement applicables même en cas d’appel, et trois ans avec sursis. Une peine qui, si elle était prononcée, empêcherait à la figure du RN de se présenter aux prochaines échéances électorales, notamment aux présidentielles de 2027.

Pourtant, la dirigeante d’extrême-droite a donné de sa personne tout au long du procès pour éviter un tel scenario. En plein cœur des discussions sur le budget au Parlement, elle s’est rendue trois demi-journées par semaine au tribunal afin de répondre des accusations visant son parti. Malheureusement pour l’extrême-droite, Marine Le Pen n’a pas fait mouche devant les magistrats du Parquet qu’elle cherchait à convaincre, au cours de ses prises de parole, que son parti était en réalité victime d’une véritable machination judiciaire.

D’après elle, l’ensemble des éléments présentés à charge contre le RN auraient été construits de toute pièce par les magistrats en charge de l’instruction. Une posture également mobilisée contre la présidente du tribunal elle-même, face à laquelle Marine Le Pen s’est lamentée : « J’ai le sentiment qu’à maintes reprises, votre opinion était déjà faite ». Ce masque de victime s’est heurté au vide abyssal des éléments portés par la défense. Des contradictions que les procureurs n’ont pas manqué de soulever au cours de leurs réquisitions. « La fiction alternative qui vous est soutenue en défense n’est corroborée par aucun élément », lance par exemple un procureur après avoir exposé le véritable système mis en place par le parti.

Un système assimilé à une « entreprise de détournement systématisée » qui, loin de l’image « anti-système » que cherche tant bien que mal à se donner le RN, assurait des « salaires confortables (…) aux proches et aux fidèles de la famille Le Pen », finançant par exemple un majordome au service de Jean-Marie Le Pen financé grâce à ce détournement...

Marine Le Pen menacée d’inéligibilité

Marine Le Pen a joué un rôle central dans toute cette opération. Prenant la suite de son père la tête du parti, la députée aurait cherché à « faire des économies grâce au Parlement européen » et donné une mission « d’équilibrage et d’optimisation financière » à son bras droit en charge du détournement de fonds, selon les procureurs. « Les embauches sont décidées par Marine Le Pen sans que les députés soient consultés préalablement » ont également rappelé ces derniers, d’où les réquisitions qui la visent.

Si la posture victimaire n’a pas attendri les magistrats, elle a en revanche parlé à certaines figures du régime qui n’ont pas hésité à voler au secours du RN et du clan Le Pen. L’ancien ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron, Gerald Darmanin, a poussé des cris d’orfraie à l’issue des réquisitions. « Il serait profondément choquant que Marine Le Pen soit jugée inéligible et, ainsi, ne puisse pas se présenter devant le suffrage des Français. Combattre Madame Le Pen se fait dans les urnes, pas ailleurs. Si le tribunal juge qu’elle doit être condamnée, elle ne peut l’être électoralement » a expliqué l’ex-ministre de l’Intérieur.

Une position qui vise avant tout à dialoguer avec l’électorat du RN, que Darmanin convoite depuis de longues années, puisant régulièrement dans le programme de l’extrême-droite. Or, si les peines d’inéligibilité constituent en effet des mesures anti-démocratiques, le ministre est moins préoccupé de cet enjeu lorsque les tribunaux les prononcent automatiquement contre les soutiens de la Palestine, réprimés au titre de « l’apologie du terrorisme »… « Ils distribuent des peines d’inéligibilité automatiques à la pelle pour des tweets de soutien à la Palestine mais crient au scandale et se victimisent quand ça touche l’un d’entre eux » a ainsi dénoncé Elsa Marcel sur X.

Quelle que soit la peine prononcée, une chose est sûre, le procès aura permis de souligner combien le Rassemblement national est un parti bourgeois corrompu, prêt à détourner de l’argent public à son profit dès que l’occasion se présente, en tirant profit de ses positions dans les institutions. Alors que le RN est l’un des soutiens essentiels de la surenchère austéritaire et néolibérale du gouvernement...

....son intégration profonde à un système où la corruption est la règle pourrait d’ailleurs être son principal atout pour éviter une condamnation aussi lourde que celle requise par la procureure.

Révolution Permanente

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