Gaëtan Pelletier
Marcher,
c’est frémir un peu… Il n’y a de poésie que dans l’œil ouvert, le pas
lent, et toute la beauté du monde. Même celle qui fait un peu douleur.
Entre l’automne et l’hiver, quand la pluie a peur de mourir pour devenir
neige, que les arbres souffrent, on reste béat.
Je ne sais pas ce qu’est "Dieu".
Je ne connais rien de toute cette beauté que personne ne pourra jamais
analyser. Les universitaires ne font pas de doctorat au sujet du grésil,
ni des pas des petites bêtes qui traversent les sentiers. Les mots sont
parfois comme des dessins d’enfants pour tenter de traduire. Le grand
langage est celui des émotions. Intraduisible. Trop grand pour être
enfermé. Comme les nuages dans une cage d’oiseaux. Comme le vent à
saisir dans une main. Comme une vie dans toutes les vies. Là, dans le
silence, parfois traversé par un chant d’oiseaux, là où personne ne voit
le spectacle, là où la pensée est étranglée – cette pensée toujours en
action, torrentielle, brûlante par ses peurs, ses craintes de manquer de
tout, du grand vide intérieur sculpté par les sociétés – là, il se
passe tout dans ces lampions de glace.
Mourir ?
On vend des paysages, des photos, des écrits, de la poésie, des chants…
Mais dans ce tout lié, le sauvage aux dents d’or vous vendra bientôt
les larmes des arbres. Qui donc a peur de mourir dans ce mouroir de
craintes, de terroristes falsifiés par les petits Satan. Ne pas vivre
décemment, ne pas avoir un toit, ne pas avoir cette aventure de
l’esprit, ne pas avoir cette simplicité, mais seulement un "conte" en banque, c’est être mort depuis longtemps. Alors la mort, ou la peur de "disparaître"
en ego a depuis longtemps cessé de me hanter. Et le premier amour est
celui de soi. On ne peut aimer les autres sans s’aimer. Si la "culture" est livresque ou numérique, sans âme, c’est une faucheuse pire que la grande.
On
rejoint la Vie à travers les autres, et les autres à travers la Vie.
Les choses, les animaux, les plantes, la moindre et infime brindille.
L’ultime point de rencontre n’est pas de comprendre au sens
intellectuel, c’est qu’à un certain moment, il y a comme une
illumination soudaine et incompréhensible avec une partie du cerveau. Il
faut plus que des diplômes pour y arriver. Il faut plus que de la "littérature".
Il faut simplement être. S’accomplir et une lutte perpétuelle contre
l’orgueil et la haine. C’est ainsi… Les arbres n’ont pas d’orgueil. Ils
se couchent, meurent, subissent tous les sévices de la nature comme nous
subissons tous ceux des sociétés qui nous ont fait accroire que nous
serions à l’abri de tout.
Nous
payons cher pour les armes qui font sauter les abris. Il n’y a jamais
eu, dans toute l’Histoire de l’humanité, homme plus démunis, plus nu,
ayant plus froid, plus peur, être plus craintif et déchiré dans son âme.
Le "progrès" est une arnaque à laquelle nous participons tous. Le faux. Celui qui vous apprend qu’il y a plus d’ennemis que d’amis.
Je
ne sais si dans 50 ans, il y aura encore des arbres. Ni même une
abeille… Comprenez qu’en détruisant ce qui est et nous nourrit nous nous
détruisons. Marchandiser la Nature à outrance est nous marchandiser.
Nous en faisons partie. Et qui sait si le réel savoir ne vient pas
d’elle ?
Gaëtan Pelletier - (texte et photos) - 5 décembre 2013
La Vidure


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