
L’Irak est Vietnam*
« La vie a le dernier mot »
Jabbar Yassin Hussin
Kim et Zahra sont un sillon, une trace, un écho, une mémoire de l’outrage; c'est un témoignage du hurlement soutenu de la guerre au cœur d’un monde qui, pourtant et par grâce, défend avec ses rêves le droit de rêver.
« Nous pouvons apporter la paix à l'Irak » [sic], a dit George W. Bush et sa paix a fait éclater près d'un million de martyrs. Sa gourmandise de Pouvoir ne visait pas à assassiner les ombres mais l'aurore : l'Irak a été l'aube, le premier bruissement de la civilisation. Là est née la première démocratie, la harpe royale et la flûte de canne du peuple ; le calendrier, l'écriture et beaucoup plus. Et ce berceau de la culture ajoute aux près d’un million de morts, des millions de mutilés, d'orphelins, ou de prisonniers. C'est la conséquence de l'occupation appelée guerre, par les États-Unis.
De l'Irak, sont les premiers poèmes épiques, comme « Gilgamesh » ou « La Création ». Là et dans la péninsule de l'Arabie, on fêtait la naissance des poètes, ainsi qu’on célèbre le sourire de Dieu ; ses hommes et femmes sentent le musc, et leurs yeux ont le regard profond couleur datte, tel le fruit de l’arbre national.
La géographie de l'Irak —traversée du nord au sud par les rivières Tigre et Euphrate— répond à la signification de son nom, dont la traduction castillane signifie littéralement « bord de l'eau ». Ses vallées, steppes, montagnes et déserts devraient abriter les milliers de poètes que son ciel engendra et dont le verbe illumine le monde. Cependant, la majorité a dû s’exiler : le mot poétique peut être un impardonnable méfait.
L’Irak —aux réserves les plus importantes de pétrole du monde, après l'Arabie Saoudite— était un mets pour l’affamé Bush. C'est, de plus, un endroit stratégique pour contrôler le Moyen-Orient, l'Iran et l'Afghanistan; et pour limiter tout accès possible de la Russie en Asie centrale. Un peuple stoïcien, douloureux, toujours agressé, cultivé. Les bombes du Régime jouaient un requiem dans cette même terre millénaire de même que résonnaient, les premières notes d’instruments musicaux millénaires de l'humanité. Et partout, retentissait le Maqâm de Bagdad ; ce concert de cithares, violons, tambourins et poésie, d’une magie impensable à l’Occident et dont la délectation ne sera jamais ressentie comme telle par l’envahisseur.
Horizons fugitifs
Je suis comme la nuit : Silencieuse, profonde, horizon
Je suis comme les étoiles : incertitude, distance, scintillement
(Nazik Al Malaika)
L’augmentation de «guerre préventive » —justifiant toutes les horreurs— est illégitime et immorale, d’après l'historien américain Arthur Schlesinger Meier, Jr., de même que pour tant d'autres voix ; et illégitime et immorale fut pour les USA l’attaque préventive du Japon contre Pearl Harbour, Le 7 décembre 1941. Face à la guerre yankee en Irak, comme dans tous les cas, la majorité des nord-américains se sont montrés comme militaristes, chauvinistes, grâce à la fraude des armes de destruction massive que leur gouvernement avait inventée. Après cinq ans passés, beaucoup de nord-américains la ressentent comme un cauchemar. « L’Irak est le nouveau Vietnam » cette phrase se propage dans le pays des Oscars, des hamburgers, et de la limonade multinationale.
Le Vietnam, cette autre guerre bestiale, a été l'un des germes qui a fait fleurir le Mai Français, auquel se sont joints des millions de jeunes gens et de peuples des cinq continents, avides de liberté.
Les citoyens américains s’éveilleront-ils lorsque le suprême inventera un nouveau mensonge ? Combien pourront maintenir la lucidité au cœur du chaos, la pauvreté croissante du Géant, les mensonges de la presse et la détresse devant l’intempérie ? Tous ensemble et tous seuls dans un Empire qui semble glisser vers la fin d’un abîme qui s’avère/ ne pas avoir de fin ; l’État-providence commence à émerger sous leurs yeux comme un autre horizon fugitif. Ceux qui l’ont en mémoire, rappellent l’adage, selon lequel « la première victime de la guerre est la vérité ». Ces mots qui en 1917 furent prononcés par Hiram Warren Johnson, lors des parlementaires des USA aurait pu être accusé de terrorisme par George W. Bush.
Les Irakiens pour leur part sacrifiés dans leur patrie ou dans l'exil, rappellent leur illusion d'un avenir où brillait une auréole lumineuse. Ils rêvaient un pays où les bois formaient une ceinture verte qui embrassait les villes et empêchait l'avancée du désert. Ils rêvaient, croyaient, ils créaient : L'Irak était un pays d’avant-garde. Chaque jour inventait un mot, un musée était ouvert, il y avait une nouvelle bibliothèque; chaque jour plus de sculptures peuplaient les places et les parcs, et plus d'universités s'offraient au savoir. Mais la paix a toujours été seulement une trêve entre deux violences, entre deux guerres; un éden entre deux enfers.
La culture est dangereuse :
Chargez, visez, feu !
(Gilgamesh)
La poésie était un style de vie en Irak. Aujourd'hui, dispersés dans le monde, ses poètes souffrent parce que la pensée unique les montre —plus qu'à tout son peuple— comme l'axe du mal. Comme une menace.
Et il est évident qu'ils le sont. Je crois, avec Rimbaud, que « la poésie n'est pas prose rimée et gloire d’innombrables générations d’idiots ». Elle appelle à la conscience profonde, à un susurrement avec puissance de cri. Al Hallaj a été crucifié à Bagdad il y a cinq cents ans, parce que sa poésie illuminait. Federico García Lorca, Robert Desnos, Paul Celan, Paul Éluard, Juan de Yepes —aujourd'hui le Saint Jean de la Croix—, Nazim Hikmet, Ovide, César Vallejo, et plus encore, ont été assassinés, incarcérés dans des camps d’extermination ou furent exilés, par le péché du mot. Pour illuminer. C'est pourquoi le Pouvoir l'enferme dans des cachots ou — dans le meilleur des cas — la censure, mais... « Qui enferme un sourire, qui mure une voix? » (Miguel Hernández).
L’Irak est une puissance en matière de poètes. Après Sapho de Lesbos (VIe siècle av. J.-C.), la première poète du monde est l'Irakienne Angiduana (IIIe siècle avant J.-C) et l’Irakienne Nazik Al-Malaika est considérée comme l'initiatrice de la poésie arabe moderne. De plus, et au-delà des religions: le « Coran » n'est-il pas une œuvre maîtresse de poésie ? « Bien que les humains et les génies se réunissent pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, jamais ils ne rendraient rien pareil, bien qu'ils se fussent mutuellement aidés» (le Coran 17:88).
Les livres, la culture… l'art, sont des terroristes, pour les tyrans.
Oui. Le 2 février 2007, les journaux du monde ont intitulé : « Les États-Unis bombardent la bibliothèque de Bagdad ». Des hommes exilés dans leur propre enfer, dans la nuit des temps avaient déjà commis ces barbaries. Il suffit de rappeler le Frère Diego Cisneros, brûlant les livres des musulmans à Grenade ; ou que le Coran en arabe —dans l'édition de Paganini de 1537— a été détruit par ordre de l'un des papes les plus cultivés de son temps. Ou, est-ce que le Frère Juan de Zumárraga, créateur de la première bibliothèque du Mexique, n'a pas brûlé les codex des Mayas en l530 ?
Durant la destruction de la Bibliothèque de Bagdad, il y a eu plus d'un million de livres assassinés, des objets très antiques soustraits ou dépecés, et mille intellectuels irakiens exécutés. Celui-là fût un dîner, copieux. Avant, ça n’avait été qu’un en-cas : ils avaient pillé et brûlé le Musée Archéologique de Bagdad. Dans « Histoire universelle de la destruction de livres », Fernando Báez, docteur en bibliologie, assure —et il y a des preuves dans le pouvoir de l'ONU et d'autres organismes internationaux— que le responsable d'une telle sauvagerie résultait du gouvernement de Bush. Gommer la mémoire, c’est de cela dont il s’agissait.
Des éditions antiques ont disparu telles que celles des « Mille et une nuit » des « Traités mathématiques d'Omar Khayyam », des œuvres d'Averroes, et d'autres joyaux du patrimoine de l'humanité.
En Irak, où trois mille deux cents ans av. J.-C. l'écriture avait été inventée, les livres ont été pulvérisés. Des paradoxes de la vie, quand elle cède lieu à l'Empire.
Ne faites pas peur aux nuages de Bagdad avec vos avions.
N’ensemencez pas de soldats dans notre jardin
(Muhsin Al-Ramli)
Après des siècles de monarchie, l'Irak s'est converti en république en 1958 et a eu plusieurs présidents, dont le dernier était Saddam Hussein, un dictateur brutal; fait prisonnier, destitué et condamné à la potence en décembre 2006 pour crimes de guerre. Lui a succédé Jalal Talabani, qui n’est rien de plus qu'un nom —sans pouvoir— pour la présidence. Le premier ministre est Nuri Al Maliki, qui est conforme à ce que les forces des envahisseurs poursuivent ainsi « pour freiner l'agression étrangère et pour des raisons de sécurité interne » [sic]. Peuple de l'Irak, connu pour la Loi du talion, pour les amputations de membres aux désobéissants, pour les lapidations à ses femmes : pour toutes conduites qui semblent étrangères à la nature humaine. Ce sont ses lois, et elles sont contenues dans le Code de Hammurabi de 1686, qui applique de fait ledit populaire: «œil pour œil, dent pour dent».
Le Code est contenu dans une sculpture taillée dans un bloc de diorite [une roche éruptive granuleuse] d'environ 2,50 m de hauteur par 1,90 m de base, et avait originellement été placé à Sippar, le temple de deux villes de l’ancienne Basse Mésopotamie, séparées d’à peine sept kilomètres. Après beaucoup de va-et-vient, à la suite des invasions permanentes subies par les Irakiens, la sculpture est exhibée aujourd'hui au Musée du Louvre de Paris.
Peuple cultivé et souffrant, ravagé. Son agresseur, les États-Unis de l'Amérique du Nord, exerce sur lui des brutalités encore pires que celles du Hammurabi millénaire. Généreusement, ils envoient des grappes. Grappes de bombes, qui —à une certaine hauteur du sol— s’ouvrent et tirent des centaines de bombes plus petites, de hauts pouvoirs meurtriers. En Irak, 98% des victimes sont civiles. Et la majorité, des enfants les confondent avec des jouets, par leurs couleurs brillantes et éblouissantes. À la recherche de l'arc-en-ciel, ils trouvent leur fin.
Jusqu'à quand l'homme sera-t-il le loup de l'homme ? Le mystère le sait. Pour leur part, les citoyens américains paraissent s’éveiller, il était dit ; dans une enquête récente, 80% d'entre eux disaient que leur pays était contrôlé par les intérêts de certains se préoccupant seulement d’eux-mêmes.
L’Irak trouvera-t-il paix avec Barak Obama ? Je ne le crois pas. L’armée des USA y continuera durant des années. Sera-t-il pour repaitre de bonbons les enfants ? Sera-t-il pour les cajoler ?
Kim Phuc, le Viêt-Nam; Zahra, l'Irak : et maintenant, quoi ?
La guerre continue à travailler jour et nuit / en inspirant chez les tyrans de longs discours / en donnant des sujets aux poètes, / en dessinant des sourires dans les visages du leader. /la guerre travaille infatigable / mais pour elle il n'y a pas un mot / La vie a le dernier mot (Dunya Mikhail).
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«Irak es Vietnam»
«LA VIDA TIENE LA PALABRA»
Por Cristina Castello
Irak, antes, parecía una leyenda, un lugar oscuro y misterioso, un espacio rico en vestigios de relatos. / La patria nos parecía un enigma antiguo, un paisaje nacido de la arcilla, hecho de adobes y arroyos de cúpulas doradas. Irak antes de las guerras, era un lugar en pleno vuelo. Parecía un lugar de los milagros.
Jabbar Yassin Hussin
Kim y Zahra son un surco, una huella, un eco, una memoria de la vejación; son un testimonio entre millones de que el aullido de la guerra persiste en un mundo que, sin embargo y por gracia, defiende con sus sueños el derecho de soñar.
«Podemos llevar la paz a Irak» [sic], dijo George W. Bush y la paz hizo estallar cerca de un millón de mártires. Su gula de Poder no apuntaba a asesinar las sombras sino el amanecer: Irak fue el alba, el primer susurro de la civilización. Allí nacieron la primera democracia, el arpa Real y la flauta de caña del pueblo; el calendario, la escritura y mucho más. Y esa cuna de la cultura suma hoy a sus cerca de un millón de muertos, millones de mutilados, huérfanos, o prisioneros. Es la consecuencia de la ocupación llamada guerra, por parte de los USA.
De Irak son los primeros poemas épicos, como «Gilgamesh» o «La creación». Allí y en la península de Arabia se festejaba el nacimiento de los poetas, como se celebra la sonrisa de Dios; sus hombres y mujeres huelen a almizcle y sus ojos miran hondo y color dátil, como el fruto del árbol nacional.
Aunque el ataque a Irak estaba planeado y firmado desde el noveno mes del 2000, fue al día siguiente del 11 de septiembre del ‘01 que el gobierno del Norte lo decidió. Lo acusó de tener armas de destrucción masiva y lo embistió en 2003; y aunque está demostrado que esas armas no existían, nada le importa al invasor. Del mismo modo, antes del apresamiento de Saddam Hussein, el secretario de Defensa norteamericano profirió un disparate similar: «Nosotros no lo hemos encontrado [a S.H.], pero nadie se atrevería a decir que él nunca existió», dijo Donald Rumsfeld. ¡Vaya argumento y vaya humor! Humor que se fundamenta en la ética de este Donald que no es el de Walt Disney... ¡qué dolor!: «La gente libre es libre de cometer fechorías», arguyó. Sí, la gente puede perpetrar cualquier alevosía... si la gente es el Poder.
La geografía de Irak —atravesada de norte a sur por los ríos Tigris y Éufrates— responde al significado de su nombre, cuya traducción al castellano significa literalmente «borde del agua». Sus valles, estepas, montañas y desiertos deberían cobijar a los miles de poetas que su cielo engendró y cuyo verbo alumbra el mundo. Sin embargo, la mayoría debió exiliarse: la palabra poética puede ser una fechoría imperdonable.
Irak —con las reservas de petróleo más importantes del mundo, después de Arabia Saudita— resultaba un manjar para el hambriento Bush. Es, además, un sitio estratégico para controlar el Medio Oriente, Irán y Afganistán; y para limitar cualquier posible acceso de Rusia en Asia Central. Pueblo estoico, doliente, siempre agredido, cultivado. Las bombas del Régimen tañen un réquiem en la misma tierra milenaria y al mismo tiempo que resuenan las primeras notas de los instrumentos musicales milenarios de la humanidad. Y también por doquier se escucha el Maqâm de Bagdad; ese concierto de cítaras, violines, tamboriles y poesía, de una magia impensable en Occidente y cuyo deleite nunca será tal para el invasor.
Horizontes fugitivos
Soy como la noche: callada, profunda, horizonte
Soy como las estrellas: incertidumbre, lejanía, destello
(Nazik Al Malaika)
El argumento de la «guerra preventiva» —que todo horror justifica— es ilegítimo e inmoral, según el historiador norteamericano Arthur Meier Schlesinger, Jr., y tantas otras voces; e ilegítimo e inmoral consideraron los USA el ataque preventivo de Japón contra Pearl Harbor, el 7 de diciembre del ’41. Comprensible: la paz debe ser sólo para ellos. Hoy, el gobierno de los EE.UU. es un régimen de ocupación y —a pesar de que atraviesa una de las peores crisis de su historia— sigue su huida hacia adelante. Como un animal en celo, su siembra de muerte le pide más y más; como si su meta fuera un horizonte fugitivo, que exige cada vez más sangre para ser alcanzada.
Frente a la guerra yanqui en Irak, como en todos los casos, la mayoría de los norteamericanos se mostraron casi como militaristas y chauvinistas, gracias al engaño de las armas de destrucción masiva que su Gobierno había inventado. Hoy, a cinco años de su comienzo, también muchos norteamericanos la sienten como una pesadilla. «Irak es el nuevo Vietnam», empieza a propagarse cada vez más en el país de los Oscar, las hamburger y la gaseosa multinacional.
Vietnam, aquella otra guerra bestial, fue uno de los gérmenes que hizo brotar el Mayo Francés, al que se sumaron millones de jóvenes y pueblos de los cinco continentes, ansiosos de libertad.
¿Despertará la ciudadanía yanqui, cuando el supremo conciba una nueva mentira? ¿Cuántos pueden mantener la lucidez en medio del caos, la pobreza creciente del Gigante, los embustes de la prensa, y el desamparo ante la intemperie? Todos juntos y solos en un Imperio que parece resbalar hacia el final de un abismo que no parece tener final; el Estado de Bienestar empieza a surgir ante sus ojos como un horizonte fugitivo... otro más. Los memoriosos recuerdan aquel adagio según el cual «la primera víctima de la guerra es la verdad». Palabras que en 1917 pronunció Hiram Warren Johnson, entonces parlamentario de los USA: hoy sería acusado de «terrorista» por el presidente actual.
Los iraquíes, por su parte, sacrificados en su patria o en el exilio, recuerdan su ilusión de un futuro donde brillaba una aureola luminosa. Soñaban un país donde los bosques formaran un cinturón verde que abrazara las ciudades e impidiera el avance del desierto. Soñaban, creían, creaban: Irak era un país de avanzada. Cada día se inventaba una palabra, se abría un museo, había una biblioteca nueva; cada día más esculturas poblaban las plazas y los parques, y más universidades se ofrecían al saber. Pero la paz fue siempre sólo una tregua entre dos violencias, entre dos guerras; un edén entre dos infiernos.
La cultura es peligrosa:
¡Carguen, apunten, fuego!
[Un festival] con gente cantando y bailando en las calles,/los músicos tocan liras y tambores/ y hermosas sacerdotisas esperan frente al templo de Ishtar
(Gilgamesh)
La poesía era un estilo de vida en Irak. Hoy, dispersos por el mundo, sus poetas sufren porque el pensamiento único los muestra —más que a todo su pueblo— como el eje del mal. Como una amenaza.
Y claro que lo son. Creo, con Rimbaud, que «la poesía no es prosa rimada y gloria de innumerables generaciones de idiotas». Es un llamado a la conciencia profunda, un susurro con potencia de grito. Al Hallaj fue crucificado en Bagdad hace quinientos años, porque su poesía alumbraba (alumbra). Federico García Lorca, Robert Desnos, Paul Celan, Paul Éluard, Juan de Yepes —hoy San Juan de la Cruz—, Nazim Hikmet, Ovidio, César Vallejo, y tantos más, fueron asesinados, recluidos en campos de concentración, o estuvieron exiliados, por el pecado de la palabra. Por iluminar. Por eso el Poder la encierra en mazmorras o —en el mejor de los casos— la censura, pero... «¿quién encierra una sonrisa, quien amuralla una voz?» (Miguel Hernández).
Irak es poderoso en poetas. Después de Sapho de Lesbos (siglo VI antes de Cristo), la primera poeta del mundo es la iraquí Angiduana (siglo III AC) y se considera a la también iraquí Nazik Al-Malaika la iniciadora de la poesía árabe moderna. Además, y más allá de las religiones, ¿no es el «Corán» una obra cumbre de poesía? «Aunque los humanos y los genios se reunieran para producir algo semejante a este Corán, jamás harían nada parecido, aunque se ayudasen mutuamente» (Corán 17:88).
Los libros, la cultura... el arte, son terroristas, para los tiranos.
Sí. El 2 de febrero de 2007 los diarios del mundo titularon: «Estados Unidos bombardea la biblioteca de Bagdad». Hombres exiliados en su propio infierno, en la noche de los tiempos ya habían cometido estas barbaries. Baste recordar que Fray Diego Cisneros, quemó los libros de los musulmanes en Granada; o que el Corán en árabe —en la edición de Paganini de 1537— fue destruido por orden de uno de los papas más cultos de su tiempo. ¿O acaso Fray Juan de Zumárraga, creador de la primera biblioteca de México, no quemó los códices de los mayas en l530?
En la destrucción de la Biblioteca de Bagdad hubo más de un millón de libros asesinados, objetos antiquísimos sustraídos o destrozados, y mil intelectuales iraquíes ejecutados. Aquella fue la cena, opípara. Antes, había sido el tentempié: habían saqueado y quemado el Museo Arqueológico de Bagdad. En «Historia universal de la destrucción de libros», Fernando Báez, doctor en Bibliotecología, asegura —y hay pruebas en poder de la ONU y de otros organismos internacionales— que el responsable de tal salvajismo fue el gobierno de Bush. Borrar la memoria, de eso se trataba —se trata. Desaparecieron ediciones antiguas de «Las mil y una noches», de los «Tratados matemáticos de Omar Khayyam», de obras de Averroes, y otras joyas del patrimonio de la humanidad.
En Irak, donde tres mil doscientos años antes de Cristo se había inventado la escritura, se pulverizaron los libros. Paradojas de la vida, cuando cede su lugar al Imperio.
Racimos de arco iris
No sembréis soldados en nuestro jardín
(Muhsin Al-Ramli)
Después de siglos de monarquía, Irak se convirtió en república en 1958 y tuvo varios presidentes, el último de los cuales fue Saddam Hussein, un dictador brutal; derrocado, hecho prisionero y condenado a la horca en diciembre de 2006 por crímenes de guerra. Lo sucedió Jalal Talabani, quien es nada más que un nombre —sin poder— para la presidencia. El primer ministro es Nuri Al Maliki, quien está de acuerdo con que las fuerzas de los invasores continúen allí «para frenar la agresión extranjera y por razones de seguridad interna» [sic].
Pueblo el de Irak, conocido por la ley del talión, por las amputaciones de miembros a los desobedientes, por las lapidaciones a sus mujeres: por conductas que parecen extrañas a la naturaleza humana. Son sus leyes, y están contenidas en el Código de Hammurabi —del año 1686 AC—, que aplica el decir popular: «ojo por ojo, diente por diente».
El Código está contenido en una escultura tallada en un bloque de diorita [roca eruptiva granulosa] de unos 2,50 m de altura por 1,90 m de base, y había sido colocado originalmente en Sippar, el templo de dos ciudades de la antigua Baja Mesopotamia, separadas apenas por siete kilómetros. Después de muchos vaivenes, a raíz de las invasiones permanentes sufridas por los iraquíes, la talla se exhibe hoy en el Museo del Louvre de París.
Pueblo culto y sufrido, arrasado. Su agresor, los Estados Unidos de la América del Norte, ejerce sobre él brutalidades aún peores que las del Hammurabi milenario. Generosamente, le envía racimos. Bombas de racimo, contenedores que —a cierta altura del suelo— se abren y disparan centenares de bombas más pequeñas, de alto poder mortífero. En Irak, el 98% de sus víctimas son civiles. Y la mayoría, niños que las confunden con juguetes, por sus colores brillantes y llamativos. En busca del arco iris, encuentran su final.
¿Hasta cuándo el hombre será lobo del hombre? El misterio lo sabe. Por su parte, los ciudadanos norteamericanos parecen despertar, estaba dicho; en una reciente encuesta, el 80% de ellos dijo que su país está controlado por intereses de unos pocos, que se preocupan sólo por ellos mismos; dicho de otra manera, por los menos que luchan por los menos. ¿Encontrará Irak la paz con Barack Obama? No lo creo. El ejército de los USA continuará allá durante años. ¿Será para regalar caramelos a los niños? ¿Será para mimarlos?
Kim Phuc, Vietnam; Zahra, Irak: y ahora, ¿qué?
La guerra sigue trabajando día y noche/inspirando en los tiranos largos discursos/dando temas a los poetas, /dibujando sonrisas en los rostros del líder. /La guerra trabaja incansable/pero para ella no hay una sola palabra / La vida tiene la palabra (Dunya Mikhail).
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* Este artículo es de libre de reproducción, a condición de respetar su integralidad y de mencionar a la autora.


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