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samedi 11 mai 2024

Ecoutez, réfléchissez et le 9 juin...votez et faites voter Union populaire

Antoine Manessis

Faut-il voter aux Européennes ou aller à la pêche, s'abstenir, voire, comme disent quelques Vinchinsky de sous-préfecture, boycotter ?

De fait l'abstention est souvent forte aux élections autres que la présidentielle. Nous l'avons déjà dit cela est le résultat de deux facteurs.

L'incapacité de la droite et de la social-démocratie à régler les problèmes qui se posent à la société et particulièrement aux classes populaires. Cela est théorisé par Margaret Thatcher dans sa célèbre formule "There is no alternative". Et, en effet, s'il n'y a pas d'alternative, à quoi sert de voter ?

Mais ce discours thatchérien nous renvoie à la volonté délibérée de la bourgeoisie de s'affranchir du vote populaire, du suffrage universel en instillant un vote censitaire. Système qu'elle avait instauré dès les  Révolutions anglaise, étasunienne et française. Il a fallu le gouvernement révolutionnaire de 1792 pour passer au suffrage universel masculin mais il fut rapidement aboli dès 1795. Il n'est finalement instauré que par Louis-Napoléon Bonaparte, alors Président de la République, en 1850. 

Enfin il faudra attendre une ordonnance de 1944 pour que les femmes puissent devenir citoyennes et voter.

Le suffrage universel fut longtemps une revendication du mouvement ouvrier

Cela ne signifie pas qu'en certaines circonstances, rares, on ne puisse pas estimer que s'abstenir est une possibilité. Entre deux candidats aux étiquettes différentes mais qui vendent la même marchandise frelatée, il peut paraître juste de ne pas choisir. Encore qu'on se souvient qu'en 1969 le PCF choisit l'abstention entre 2 candidats de droite, Georges Pompidou et Alain Poher. Mais telle ne fut pas l'analyse du PC d'Union Soviétique qui fit savoir, au grand dam du PCF, qu'il préférait Pompidou jugé moins atlantiste. Comme quoi appeler à l'abstention doit être solidement argumenté si l'on ne veut pas faire le jeu de la bourgeoisie qui a privé le peuple de ce droit durant environ un  siècle et beaucoup plus longtemps en ce qui concerne les "indigènes" des colonies qui n'ont accédé au suffrage universel qu'avec leur indépendance. Comme quoi les "valeurs universalistes de la République" sont très relativement...universalistes.

Pour en revenir aux européennes nous vous proposons, comme contribution au débat, d'écouter un échange entre militants de gauche dans une émission de PDH ("parole d'honneur" est un site de débat politique) avec Alma Dufour, Paul Elek, Cassandre, Youssef Boussoumah :

https://www.youtube.com/watch?v=thZVoc05ex8

La qualité des intervenants et de leurs propos devraient vous convaincre. Ecoutez. On est loin du "café du commerce", de BFM et de C-News. Et le 9 juin je parie qu'après avoir écouté ces jeunes et leurs arguments, vous voterez pour la liste de l'Union populaire.

Ce vote est un "impératif catégorique" comme dirait ce bon vieil Emmanuel Kant.

Antoine Manessis 

vendredi 29 mars 2024

Le boycott et l'abstention favorisent RN et Macronie

Antoine Manessis

Quelques groupuscules ont réuni leur impuissance et leur asthénie respective pour appeler au boycott des élections européennes.

Ils l'avaient déjà fait il y a quelques années, en 2014, avant de s'entre-étriper, se dénoncer les uns les autres, les "petits timoniers" respectifs ne supportant pas la concurrence,  bref de véritables tempêtes dans un dé à coudre.

Même si l'abstention a reculé depuis, malgré le bilan calamiteux de l'UE néolibérale, 58% en 2014, 50% en 2019. Bien entendu des élections où les classes populaires sont sous-représentées puisque les abstentionnistes favorisent les droites. Les vieux riches votent. Comme le dit avec humour la campagne de la France Insoumise "Les riches votent et vous ?

Eh bien il se trouve des gens se disant révolutionnaires qui expliquent aux classes populaires :  "les riches votent, laissez-les voter. Vous ne votez pas !" Complices du vote censitaire, nos révolutionnaires en peau de lapin doivent sans doute penser que le taux d'abstention va être mis à leur actif. 

Qu'ils se réveillent nos braves camarades ! Personne ne sait même qu'ils appellent au boycott ni même ne sait qu'ils existent. Faites l'expérience. Interrogez vos ami-e-s, vos proches, vos collègues, vos camarades. Si vous vous rappelez encore de leurs noms d'ici là (Pardem, Fiers, Prcf...)

Pourtant, même des disciples du "camarade Staline"(RC rassemblement communiste) arrivent à comprendre que "Face au danger fasciste et à la fascisation, il convient d’appuyer les forces de la résistance, et la plus claire d’entre-elle, la FI et sa liste d’Union Populaire". Et oui, il y a même des groupuscules qui s'essayent à l'intelligence de la situation. Mais surtout ce qui est effarant c'est que ces groupuscules ont une vision tellement monolithique et biaisée des choses qu'ils insultent même leurs camarades des partis communistes, comme le PCP (parti communiste portugais) ou le KKE (parti communiste de Grèce) ou le PTB (parti du travail de Belgique), qui, eux, ont l'intelligence élémentaire, quel que soit leur rejet de l'UE néolibérale, de participer aux élections européennes !

Lisez plutôt :

"Les listes et les candidats qui participent à ce simulacre électoral en faisant croire qu’ils pourront changer quoi que ce soit en devenant « eurodéputés », portent une responsabilité écrasante. Aucun misérable calcul concernant la notoriété de telle ou telle personnalité, ou l’illusion de pouvoir jouer un rôle dans ce théâtre d’ombres qu’est le « Parlement » européen n’est à la hauteur des enjeux. Ils seront complices de toutes les décisions qui sont prises par la Commission européenne et le Conseil européen. Ils serviront les intérêts des puissants contre ceux des citoyens, contre la nation. Et bientôt, demain, avec la création d’un « Etat fédéral européen » dont le projet est en cours, ils seront co-responsables de la destruction totale de la liberté et de la souveraineté des Français et des autres peuples pris dans le piège européiste."

Voilà, si vous ne boycottez pas les Européennes vous êtes des traîtres. La finesse de l'analyse impressionne !

Alors que l'abstention des classes populaires est déjà un véritable boulet pour les forces de gauche, le boycott c'est-à-dire une abstention volontaire est carrément un soutien objectif au RN et à la Macronie.

Antoine Manessis

lundi 5 février 2024

Européennes : urgence de la mobilisation face à l'extrême-droite

Antoine Manessis

Les derniers sondages sur les élections européennes sonnent l'alerte.

Le RN mené par Jordan Bardella est donné largement en tête (entre 27 et 30%).

La Macronie parvient péniblement à 20%, son noyau dur les CSP+ pour qui tout va bien. La droite LR part en capilotade entre 8 et 6%. Pas d'effet Attal...Tu m'étonnes. Devancée même dans certains sondages par Reconquête conduite par Marion Maréchal Le Pen. Ce dernier parti étant donné à 7%.

À gauche la France Insoumise est entre 8 et 7%. Ce n'est évidemment pas satisfaisant mais compte tenu du LFI bashing on pouvait craindre pire. Mais impossible d'en rester là. Mobilisation dès maintenant pour l'Union populaire.

La liste PS, avec Raphael Glucksmann à sa tête, navigue entre 8 et 10%. "L'effet" Glucksmann, inventé par les médias pour affaiblir la FI, semble devoir faire flop même si 10% peut sembler beaucoup si l'on se demande qui peut bien avoir envie de voter pour un PS mené par un non-socialiste au discours droitier et belliciste.

Le PCF coule entre 2 et 4%. Comme d'habitude. Déjà Fabien Roussel est désolant mais Léon Deffontaines est calamiteux.

Les Ecolos sont, loin de leurs folles espérances, entre 6 et 8%. Loin de ce qui les a motivé pour refuser une liste d'union de la NUPES.  Il est important de montrer aux diviseurs de la NUPES que la division ne paye pas. Alors qu'ils devraient avoir une autoroute devant eux, leur incapacité à porter un message écologique anti-capitaliste et social les marginalise. Le soutien de Daniel Cohn-Bendit, macroniste repenti et crapule confirmée, ne peut que leur faire perdre un ou deux points dans les sondages.

Notons que le PRG et le groupuscule de Bernard Cazeneuve arrivent péniblement au niveau de Lutte Ouvrière...entre 1et 2%.

Par ailleurs, la part des sondés certains d’aller voter, se situe entre 41 % et 45 %. Cette part est appelée à progresser au fur et à mesure que l’échéance approche. En 2019, aux dernières élections européennes, la participation était de 50,6 % (+ 8 points par rapport à 2014). On peut donc penser que l'électorat populaire et les jeunes, plus abstentionnistes que les catégories privilégiés et les vieux, vont se mobiliser davantage et que cela pourrait, devrait profiter à la liste d'Union populaire, à la France Insoumise et donc à la gauche.

Voter aux européennes, face à une extrême-droite placée à 37% dans les sondages, est une urgence politique.

Antoine Manessis 

jeudi 28 septembre 2023

Le coût d’un oukase

Michel Soudais

Les élections sénatoriales du dimanche 24 septembre ont permis à la droite de conserver une large majorité au sein de la chambre haute du Parlement. Mais la gauche aurait pu renforcer davantage ses positions en se regroupant. Un nouvel exemple à méditer de la nécessité de l’union des formations de la Nupes.

L’union fait la force. À ce qu’il paraît. Et si ce n’est pas toujours le cas, la désunion en revanche n’est jamais payante. Les élections sénatoriales de dimanche en offrent un nouvel exemple que les gauches et les écologistes devraient méditer. Cette élection réservée à un tout petit nombre de happy few – 78 000 électeurs dits « grands » par opposition aux quelque 48 millions d’autres qui ne comptent pour rien –, se déroulait dans 45 départements selon deux modes de scrutin : majoritaire à deux tours dans les 18 départements élisant un ou deux sénateurs, au scrutin proportionnel à la plus forte moyenne ailleurs. Il s’agissait de renouveler 170 des 348 sénateurs de cette chambre conservatrice que Lionel Jospin avait fort justement qualifiée d’« anomalie démocratique » car « héritière des vieilles chambres aristocratiques ». Le résultat de dimanche ne le dément pas : 95 sénateurs sont réélus, la droite conserve une large majorité. Et la gauche ? Hormis entre 2011 et 2014, elle n’y a jamais été majoritaire sous la Ve République, la composition du corps électoral lui étant défavorable. Le PS, le PCF et EELV espéraient toutefois passer la barre des 100 sièges, contre 91 précédemment. Leurs communiqués se félicitant d’avoir grappillé deux ou trois sièges ont quelque chose de ridicule si l’on veut bien se souvenir que la gauche en avait encore 151 en 2014, quand elle a perdu la majorité. D’autant que la gauche aurait pu renforcer davantage ses positions en s’unissant. Le PS, le PCF et EELV ont bien conclu un accord dans 15 départements. Mais le refus des deux premiers de faire droit aux insoumis, qui réclamaient modestement de faire entrer un élu au Sénat, a conduit LFI à présenter partout des candidats sur le programme de la Nupes. Le refus de l’union a fait perdre « une demi-douzaine » de sièges, estime LFI, accusée d’« irresponsabilité » par ceux qui l’ont exclue. « Tous les partis traités avec autant de mépris auraient fait ça », soutient la sénatrice Raymonde Poncet Monge (EELV).

 Dans les Hauts-de-Seine, Catherine Candelier (EELV), seconde derrière un sénateur PCF, rate en effet la marche de 3 voix quand LFI en rassemble 56. Dans le département voisin de l’Essonne, une jeune communiste, Sara Ghenaïm, seconde de liste d’un socialiste, manque l’élection de 9 voix ; 114 se sont portées sur LFI. Dans l’Isère, où la droite obtient trois des cinq sièges (1 215 voix), la liste EELV-PCF-PS voit son chef de file écolo, Guillaume Gontard, réélu seul (714 voix) alors qu’avec les 133 voix de la liste LFI, un second siège, promis à la communiste Frédérique Penavaire, était gagnable au détriment d’un macroniste. Dans le Nord, il manque 5 voix à l’écologiste Céline Scavennec pour être élue, LFI en a eu 91. Toutefois, dans ces deux derniers départements, ce sont surtout d’autres listes dissidentes qui ont coûté des sièges.

Il faut tordre ici le cou à une affirmation aussi erronée que malveillante colportée sur les réseaux sociaux par quelques fanatiques rousselistes principalement : les listes LFI n’ont pas permis l’élection de trois sénateurs Rassemblement national. Ni en Seine-et-Marne, ni dans le Pas-de-Calais, ni dans le Nord, où la désunion était à son paroxysme avec cinq listes de gauche (PS, PCF, EELV, PS-dissidente, LFI). Le RN, en progrès partout, le doit essentiellement à une radicalisation à l’extrême droite des divers droite, nombreux parmi les « grands électeurs ». 

Face à cette percée, l’union des formations de la Nupes aux européennes s’impose, car toute liste à moins de 5 % ferait perdre des sièges. Six l’ont été en 2019 du fait du cavalier seul des hamonistes et des communistes.

politis.fr

samedi 19 mars 2022

Des sondages sans profondeur...

Olivier Cabanel

Dans cette campagne électorale plate comme un mauvais roman, il n’y a guère que les sondages qui parviennent à surprendre, surtout lorsque les instituts officiels affichent des résultats peu conformes avec d’autres sondages.

On se souvient du sondage lancé la semaine dernière par RTL, lequel en 3 jours a réuni 54 976 votants, qui, à la question « souhaitez-vous la réélection de Macron ? » ont répondu NON à 95,35 %, et on s’interroge aujourd’hui sur la disparition de ce sondage…Fort heureusement, il n’y a pas eu que RTL

Sondage Actu 43 a pris la même initiative, avec un résultat quasi similaire : seulement 3 % ont répondu OUI. Lien

Quant au sondage réalisé par Sud Radio, il a obtenu 5899 réponses, et il s’est trouvé 96 % des sondés à répondre NON à Macron, malheureusement ce sondage a connu le même sort que celui de RTL, il a disparu des écrans.

C’était sans compter sur Georges Abitbol qui a repris celui-ci, obtenant 30 3556 réponses et seulement 5,4 % favorables à Macron. Lien

Çà fait donc au moins 5 sondages qui, globalement on fait apparaître qu’une grande majorité de sondés ne souhaitaient pas la réélection des Macron.

Mais alors, comment expliquer l’énorme décalage entre ces résultats et ceux proposés par les instituts de sondages officiels ?

Le choix des sondés est-il pertinent ?

L’INSEE a déterminé l’échantillonnage idéal. lien

Si l’on prend comme exemple IFOP, l’un des principaux instituts de sondage, l’échantillon, dans le cadre d’un sondage en continu, (rolling) se limite à 500 personnes interrogées quotidiennement.. sans que l’on sache vraiment comment se fait l’échantillonnage. lien

Le site inkidata met en garde les sondeurs qui utiliseraient ce que l’on appelle «  la méthode empirique », car s’il est vrai « que cette méthode représente un bon indicateur des tendances, il n’offre des estimations plutôt qu’un chiffrage véritablement précis », affirment les rédacteurs du site. lien

Quant à l’autre méthode, celle des quotas, elle a l’inconvénient de ne sonder qu’un tout petit nombre de personnes, permettant toutes les manipulations possibles.

Inkidata rappelle « qu’il est nécessaire de s’assurer que le taux de réponse est suffisant afin que les données puissent véritablement refléter l’avis de l’ensemble de la population cible ». lien

Comment dès lors valider la publication des sondages de ces instituts, si il n’y a personne d’indépendant, pour contrôler leur gestion, à part les responsables de ces instituts eux-même  ?

Bien sûr, il y existe une commission des sondages, laquelle agit seulement si elle est saisie.

Ça été le cas lors de précédentes élections, et la commission saisie à conclu que « les méthodes de travail de Cluster 17 et la faiblesse des moyens mis en œuvre font douter de la qualité des sondages produits. Est particulièrement mise en cause la représentativité d’échantillons provenant, non d’un panel constamment entretenu et renouvelé des répondants qualifiés, mais d’un stock d’adresses électroniques acquises à bas coût sans aucune garantie sur l’origine de ces adresses sur la qualification des personnes qu’elles représentent et sans aucun contrôle de cluster 17 sur cette base ». lien

Certains affirment y voir l’influence que pourrait avec le président de la république sur de nombreux instituts de sondage…On sait que le fils de la 1ère dame est largement impliqué. Il s’appelle Sébastien Auzière, et travaille en effet pour l’institut Kantar Health, et s’occupe d’études de marché dans le domaine de la santé... donc en principe pas dans celui de la politique... mais ne reste-t-il pas une possibilité de porosité dans cet institut de sondage, entre ceux qui sont dans le domaine de la santé, et ceux qui se consacrent à la politique ?

En tout cas, devant la rumeur persistante, «  le parti présidentiel  » a réagi rapidement en assurant qu’il s’agissait d’une fake news. lien

Dès lors fatalement comment porter du crédit aux divers sondages dont nous abreuve la presse officielle, mettant Macron largement en tête devant tous ? Il n’est donc pas surprenant que TV5 monde s’inquiète de l’influence évidente qu’ont les sondages sur l’opinion des électeurs, montrant du doigt « ces entreprises faiseuses d’opinion... tout comme des conflits d’intérêts qui pèsent sur leurs dirigeants ». lien

Comme dit mon vieil ami africain : « dans la tromperie, on trompe soi-même avant tout ».

agoravox.fr

vendredi 3 juillet 2020

Alliés d’un jour ou alliés de toujours ?


Denis Sieffert

Tout dépendra de l’aptitude des nouvelles équipes à montrer à nos concitoyens que les choses peuvent changer dans leur vie quotidienne.

La responsabilité est énorme pour les Verts, pour la gauche, et plus encore pour la démocratie.
Il faut bien sûr se méfier des effets de loupe. L’avenir dira si nous avons vraiment assisté dimanche à un « tournant historique » ou à un pur moment de grâce. La prudence est d’autant plus de mise que l’abstention a atteint un record qui mérite en soi analyse. La peur du virus n’explique pas tout. Malgré cela, ce n’est pas ici à Politis, fondé en 1988 sur l’idée d’un croisement du social et de l’écologie, que l’on boudera notre plaisir. D’autant plus que la vague verte qui a déferlé sur la France confirme l’ancrage des écologistes à gauche. C’est à la fois une victoire de l’écologie, et d’une gauche recomposée avec un PS en cours de repentance, le PC, et souvent La France insoumise. Un succès des stratégies unitaires pour lesquelles nous n’avons jamais cessé de batailler. Mais il y a surtout une bonne raison de croire qu’il s’est passé le 28 juin quelque chose d’important qui sort de l’éternel mouvement de balancier faussement démocratique. La percée politique de l’écologie est avant tout un phénomène culturel. L’écologie est à présent dans tous les discours, à droite, à gauche, dans les entreprises, dans la publicité, à l’Élysée. C’est à la fois un piège – on sait le capitalisme habile dans l’art du « recyclage » – et le signe d’une évolution des consciences. Mais la conscience est un rempart fragile quand les intérêts, ceux des lobbys, bien sûr, mais aussi ceux de tout un chacun confronté à la question de l’emploi ou du pouvoir d’achat, paraissent contraires.
 
Alors « tournant historique » ? 

Ce sont en fait les écologistes et leurs alliés qui détiennent la réponse. Alliés d’un jour ou alliés de toujours ? Tout dépendra de l’aptitude des nouvelles équipes à montrer à nos concitoyens que les choses peuvent changer dans leur vie quotidienne. La responsabilité est énorme pour les Verts, pour la gauche, et plus encore pour la démocratie. Car il y a dans le comportement des Français quelque chose qui procède du tâtonnement. On essaie du neuf. On veut croire à la sincérité de ces nouveaux élus, femmes et hommes de conviction, dont la cohérence personnelle, la jeunesse en politique inspirent en effet confiance. Mais il leur faudra concilier l’écologie avec des impératifs vécus parfois comme contradictoires. Des patronats locaux, des bétonneurs, et des vieux politiciens revanchards attendent déjà les nouveaux élus au « tournant historique ». Il faut donc impérativement que les coalitions de gauche survivent au-delà de la campagne électorale et se fortifient dans l’action. Le défi est considérable dans des métropoles où se posent, comme à l’échelle nationale, des questions régaliennes de police et de sécurité. Des politiques sociales de prévention vont devoir être mises en œuvre. Et l’on sait qu’en France on a tôt fait de se heurter à l’État. Une grande ville ne se gère pas aisément face à un pouvoir centraliste omnipotent. On pense notamment au maintien des services publics. Des lits supprimés dans un hôpital et c’est le maire qui « paye ».
C’est bien pourquoi une autre question vient à l’esprit. Si cette nouvelle gauche, sous leadership écolo, a pu gagner dans tant de grandes villes, pourquoi ne pourrait-elle pas préparer une candidature solide pour la présidentielle ? Le cap est énorme. Les institutions de la Ve République font du scrutin présidentiel une élection hors sol, presque décorrélée de toute autre consultation. C’est la personnalité du candidat, la puissance financière de ses soutiens et sa parole dite régalienne qui l’emportent. L’humiliante défaite que son parti vient de subir n’empêche pas Macron d’être toujours le favori de la course à l’Élysée, si l’on en croit les sondages. Il affronterait encore Marine Le Pen, dont le parti n’a guère brillé non plus, hormis la victoire du « clandestin » Louis Aliot à Perpignan. Cet abîme entre les élections locales et la présidentielle est, en soi, un énorme problème démocratique. Élire un roi tous les cinq ans, qui règne sans partage, et peut mépriser des centaines de milliers de manifestants, apparaît encore plus archaïque après le coup de jeune de ces municipales. Étrange pays qui scrute la moindre expression du président pour savoir qui sera Premier ministre la semaine prochaine ! Après une subtile partie de bonneteau, Emmanuel Macron va virer quelques gaffeurs (son gouvernement n’en manque pas !) et « changer pour que rien ne change », selon la célèbre formule de Tancrède dans Le Guépard. Le paradoxe de ce pays, c’est que le président de la République peut être terriblement affaibli, sans être vraiment menacé.
Le pays change parce que la société le change. La Convention citoyenne pour le climat, sans préjuger de l’usage qui en sera fait, en témoigne. De même, le procès Fillon montre que des privilèges d’ancien régime ne sont plus possibles. Pourquoi faudrait-il que seule l’institution présidentielle soit éternelle ? On peut espérer que les municipales vont servir de laboratoire et d’encouragement pour construire une force de gauche nationale. Mais c’est une autre histoire. La présidentielle est une institution perverse qui pousse à la guerre des ego. Une guerre fratricide dont on aperçoit déjà les belligérants. 

Mais n’y pensons pas encore. Nos maires écolos ont l’air tellement sympathiques !

politis.fr

mardi 30 juin 2020

Municipales : abstention historique, claque pour LREM et percée écologiste


Julian Vadis

Dans un scrutin marqué par une abstention historique, les résultats du second tour des municipales permettent de tirer quelques enseignements. 

Pour LREM, la déroute annoncée a bien eu lieu. Pour Europe Écologie les Verts, la poussée est significative, dans la continuité des européennes.

0,5 % de participation : une abstention jamais vue pour les municipales

Tout au long de la journée, les analystes politiques médusés n’ont pu que constater une abstention qui s’annonçait historique pour les élections municipales. À 20h, le verdict est tombé : 40,5 % de participation, selon une première estimation Harris Interactive-Epoka pour LCI, soit 21,5 points de moins qu’au second tour du scrutin municipal en 2014.
Bien sû, le contexte sanitaire a très certainement joué sur cette abstention record, mais il n’explique pas tout. Alors que les Maires sont, d’une manière globale, les élus les plus populaires de l’ensemble de la V° République, les élections municipales n’échappent pas à la tendance générale de montée de l’abstention qui touche l’ensemble des scrutins depuis les années 2000. Entre le second tour de 2001 et celui de 2014, le taux de participation, au premier comme au second tour, a continuellement baissé, passant de 69 à 62% concernant le second tour.
La cuvée 2020 marque donc un tournant, avec pour la première fois un taux de participation en dessous des 50% de participation, sans aucun doute amplifié par la situation actuelle, mais qui s’explique avant tout par une tendance de fond qui dévoile une défiance de plus en plus marquée envers les représentants politiques, y compris locaux.

EELV, la poussée

Ce n’est pas une grande vague, mais une poussée significative. Dans la continuité des élections européennes, Europe Écologie les Verts a fait une véritable poussée ce 28 juin. Dans diverses combinaisons, incluant ou non des alliances, EELV a non seulement gardé, sans surprise, l’hôtel de ville de Grenoble, mais s’est également imposé dans une série de villes moyennes, comme à Besançon, Annecy ou à Poitiers.
Mais c’est aussi dans de très grandes villes qu’EELV a remporté de grandes victoires. La plus importante, sans aucun doute, est la prise de l’hôtel de ville de Lyon avec 53,5% des voix, fief du soutien historique d’Emmanuel Macron, Gérard Collomb. Selon les premières estimations, la candidate écologiste l’a également emporté à Strasbourg, tout comme à Bordeaux historiquement à droite, et à Marseille.

LREM : Édouard Philippe, l’arbre qui cache la forêt ?

Pour La République En Marche, si Édouard Philippe (qui n’est pas adhérent au parti présidentiel) a largement été réélu avec 58,8% au Havre, le résultat des élections municipales prend des allures de claques pour la formation présidentielle. Lyon est donc tombé, et LREM n’aura au final gagné aucune grande ville, contrairement aux objectifs initiaux. Au final, c’est y compris l’objectif extrêmement minimal de 10 000 conseillers municipaux qui risque d’échapper à En Marche.
Surtout, c’est la percée écologiste qui met une nouvelle épine dans le pied de Macron, en particulier en vue de 2022. Les alliances - majoritairement à droite - n’auront finalement pas endigué la chute. À Paris, Agnès Buzyn n’aura obtenu que 16% à Paris, où Anne Hidalgo a largement remporté le scrutin (50,2%). À ce titre, la confirmation d’EELV après les européennes lorgne sur « l’aile gauche » d’En Marche, ce qui devrait amplifier la tendance des manœuvres de parti présidentiel visant à occuper l’espace au delà du centre-droit.

RN : Une victoire symbolique à Perpignan qui cache le « raté » en terme d’ancrage territorial

L’autre information phare de la soirée, c’est la victoire du candidat Rassemblement National Louis Aliot à Perpignan (53% des voix). Une première pour le parti d’extrême droite, qui sera donc aux affaires dans une ville de plus de 100 000 habitants.
Si la formation de Marine Le Pen gagne-là une victoire symbolique extrêmement forte, qui plus est dans une ville marquée par un fort chômage, le bilan à l’échelle de l’ensemble des élections municipales est plus que mitigée. L’objectif initial, c’est à dire opérer un véritable ancrage sur l’ensemble du territoire en vue de la conquête de l’Élysée en 2022, est loin d’être atteint. Au contraire, la progression du Rassemblement National aura été somme toute marginale.

À Bordeaux, malgré la pression du vote utile, Poutou stabilise son score historique du 1er tour

Seul candidat anticapitaliste et révolutionnaire encore en lice au second tour, Philippe Poutou, candidat de Bordeaux En Lutte, aurai obtenu des résultats sensiblement équivalent à ceux du premier tour, soit aux alentours des 10%.
Un résultat extrêmement satisfaisant, tant la pression au « vote utile » était forte à Bordeaux. Au final, le candidat écologiste Hurmic aura raflé l’hôtel de ville, mettant fin à plus de 70 ans de règne de la droite à Bordeaux. Dans ce cadre, Bordeaux En Lutte sera en mesure de siéger au « parlement bordelais » et ainsi être un point d’appui pour les luttes sociales. Une véritable victoire, dans un contexte social et économique explosif.

Révolution Permanente