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vendredi 11 mars 2016

La destabilisation du Maghreb par tous les moyens

Abderrahmane Zakad            

Lettre à Monsieur l’ambassadeur Mezri Haddad (Tunisie)

Suite à votre texte intitulé : « Qu’avez-vous chers compatriotes à vous soulever contre votre libératrice Al-Jazeera ? », je tiens à vous faire connaître ma sympathie militante pour votre combat contre le terrorisme et le néo-colonialisme et à vous féliciter pour le gain de votre procès contre la journaliste Khadidja Benguenna.
Je tiens également à remercier la Tunisie, le peuple tunisien et feu Bourguiba d’avoir hébergé et aidé l’Algérie en guerre contre la France coloniale. Sans la Tunisie de Bourguiba, le Maroc de Mohammed V et la Libye du roi Senouci qui ont permit à l’ALN de s’installer et de monter ses bataillons et sa logistique, je me demande ce qu’aurait pu être le déroulement de notre combat libérateur. Nous devons beaucoup à la Tunisie et aux Tunisiens, les algériens ne l’oublient pas.
À l’époque, nous nous sommes sentis concernés par le bombardement de Sakiet Sidi Youssef ainsi que par l’attaque de Bizerte. C’était une époque de la vie de nos peuples en combat contre le colonialisme et l’occupation. Epoque où nous envisagions l’avenir d’un Maghreb uni après la conférence de Tanger. Un Maghreb ouvert à toutes les espérances consolidées par la création de l’UMA en 1989. Nous continuons d’y croire, ici, en Algérie car nous savons lire l’Histoire qui rappelle que la Numidie antique n’était, déjà, que ce Maghreb en construction jusqu’aux limes romains d’abord et au-delà vers Volubilis sous le règne des Juba et qui s’était poursuivi à l’époque des Mérinides, des Zianides et des Hafcides. Par la raison, par la géographie, par l’Histoire, par la culture, pour des intérêts économiques et sécuritaires, le Maghreb est condamné à se faire et se construire.
Citoyen algérien, ancien officier de l’ALN et militant pour l’union du Maghreb, je suis avec appréhension les événements qui se déroulent en Tunisie et parmi les manipulations, vous dénoncez celle d’El Jazeera et son tuteur le Qatar. Avec l’expérience de l’Algérie du fait des événements qu’elle a connus lors de la décennie rouge des années 1990, la Tunisie doit veillée au rapprochement avec mon pays pour combattre le terrorisme et toutes les manipulations que vous dénoncez. Comme vous le dites « la liberté vient après la sécurité de nos peuples » surtout le pseudo « liberté de la Presse » qui souvent, cette presse, parlée ou écrite, n’est qu’une caisse de résonance pour grossir et aggraver les événements, induire en erreur les lecteurs et servir de pont d’information pour les officines, les réseaux sous terrains, les cyber activistes.
Dans mon livre « Le terroriste » qui vient de paraître chez EDILIVRE/Paris, il est soulevé la question des commanditaires des actions terroristes en rapportant les techniques d’endoctrinement de notre jeunesse formatée par des chouyoukh autoproclamés, lançant des opérations sous couvert de « Printemps arabe », de chariaâ et d’islamisme, tout cela inventée et mis en œuvre par les Etats-Unis et certains pays occidentaux dans le cadre du GMO.
Cordialement et de tout coeur avec vous et le peuple tunisien.
"Il pleut sur Tunis 
Comme il pleut dans mon coeur"
Des cimes aux cybers 
Ne chutent que des rumeurs.
Rumeurs palestiniennes 
Qui geint et subi m’abandon 
Rumeurs Libyennes
Aux larmes lasses qui durent 
 Rumeurs Tunisiennes 
En des el Jaazirates impures.
Quand vous reverrai-je, 
Vérité, Honneur, Patrie  
Etes-vous éphémère neige
Dans un Maghreb meurtri
Il faut repeupler nos forêts
De platanes de pins et de mots
Eduquer les sots avec des poèmes 
Récolter la pluie comme l’a fait Hanon 
Parti de Carthage pour unir les peuples. 
 Abderrahmane Zakad – Urbaniste/Ecrivain –Alger

samedi 2 janvier 2016

Je ne dis pas bonne année...

 Abderrahmane Zakad
 
À l’occasion de la nouvelle année calendaire, je ne dis pas bonne année.
Je dis bonne année aux fellahs pour le cycle des saisons qui règle leur vie et leur travail.
Je ne dis pas bonne année au calendrier administratif. Du papier.
 
Chaque jour qui passe est bon ou mauvais quel que soit le mouvement des planètes, le cycle des saisons, les phases lunaire, pour mesurer le temps et l'humeur de ceux qui nous gouvernent.
Je dis bonne année à Tycho Brahé, à Newton et Copernic.
Je ne dis pas bonne année parce que cela fait 50 ans que j’attends que l’année soit bonne. Chez moi, en Algérie. Ailleurs, en Palestine, depuis 1947.
Je ne dis même pas bonne année aux femmes ci-dessous que je décris parce que je sais qu’elles vont continuer à souffrir telle cette femme sur la photo. Ma mère. Nos mères
Réflexion : Ce n’est pas parce que qu’on a mis des filles derrière les guichets des PTT que la femme est libérée. Jeunes filles aguichantes, faire passer la pilule.
Je suis dans les montagnes de Kabylie.
Je vis le siècle d'Alexandre et celui de Périclès. La misère.*
Il fait froid, elles ont froid. Et l'hiver approche, incisif.
Dans les contrées perdues, où même le colonialisme n'a jamais mis les pieds, les vieilles femmes marchent leur pensées jetées au devant elles (Victor Hugo, Nizar Kebani), leus robes bigarrées jamais changées depuis l'indépendance malgré la Sonitex et les Sonitruc du sergent Garcia et des Colonels, à la grecque. L'Algérie gérée par des pseudonynimes, anonymes, comme ces femmes flétries que je vois. J'ai été du côté des Ait Smaïl, Sémaoun, dans l'Akfadou et ailleurs.
Là ou les opérations Jumelles et Emeraudes ont tout décimé. Je cueille quelques rumeurs. Celles de Massu, Bigeard et une godasse d'un maquisard, martyr oublié.
Où les femmes portent encore les paraphes des bombes incendiaires et le ronronnement des avions T6. Cheikha Djenniya l'a chanté : Ya DCA ahachmi / mateqtelnach echabab/ Ya el ghaba Naouri, naouri (DCA, un peu de reetnue/ Ne nous tue pas la jeunesse algérienne/ O forêt, germe et pousse pour les protéger).
Nous devrions y jeter un regard sur ces femmes. Pour voir et comprendre.
La colonisation nous a laissé en héritages des veuves et des femmes isolées. Toujours veuves, toujours isolées depuis la charte d'Alger et la sixième Constitution de la République Algérienne démographique et Populeuse. Mon pays.
Une Algérie sans hommes, immense continent, sans terres. La Palestine sans terre, avec des hommes.
La famille élargie s’est effritée, la touisa est un vieux souvenir.
Thadjemaât, Vava Inouva et zouit Rouit sont installées en bord de Seine.
Comprendra qui voudra, certain auront compris.
Ces femmes kabyles ou chaouies ne demandent pas de l’aide.
Elles espèrent seulement qu’on les regarde.
Car les regarder, c’est découvrir sa mère ou sa grand-mère.
Les regarder, c’est comprendre qu’elles n’ont pas leur droit. Des yeux qui parlent, bouche cousue.
J'ai rencontré de vielles femmes qui vont toujours chercher du bois.
J'en ai vu d’autres, une bouteille de gaz sur le dos.
J'ai vu des hommes qui traînent encore derrière eux, la femme.
J'ai vu des femmes alignées devant des unités de soins, grelottant.
Qui ne soupçonnent même pas de quoi elles sont malades.
J'ai vu des femmes en grappes, par bouquets, les hommes éparpillés.
J'ai vu les mulets et les boeufs, propres, sabots curés. Les femmes pieds nus, d'ongles décharnés.
J'ai vu une femme portant des louis d'or au cou, un autre louis en fibule, un vieil homme la traînant comme une banque.
J’ai vu des campagnes d’aide aux pauvres organisées par des associations médicales pour soigner les malades. L'espoir, une goutte d'eau. J’y été avec les médecin de Béjaia à Ait Smail.
J’ai vu un écrivain, fellah, puisatier, maçon, diplômé des universités parisiennes, qui sillonne la Kabylie pour aider, pour recueillir les dernières bribes de souvenirs et pour vivre comme vivent les gens de Kabylie. Afin de parapher " La mort absurde des aztèques ", (Mouloud Mammeri). Cet écrivain, anonyme, c’est Rachid Oulebsir qui a écrit plusieurs livres sur la Kabylie. Dont on ne parle pas. Les médias sont faits pour parler des filous et des copains. Son dernier livre « Le Rêve des Momies ». Un maître livre ethnographique.*
Ce que je n'ai pas vu :
Les " intellectuels " des boulevards et des salons d'Alger venir se ressourcer et découvrir l'Algérie des années 1930 -" Misères de Kabylie "- , qu'un pied-noir a écrit et qu'aucun "ECRIVAIN" algérien n'écrira de peur d'attraper des poux en côtoyant ces femmes, nos femmes.
Je n'ai pas vu, irguazène, les hommes, prendre la charge des femmes qui ont trop donné.
Mais les hommes sont fatigués.
Pas vu, les jeunes, aujourd'hui instruits, pour donner l'éveil à leur mère et grand-mère.
Mais les jeunes sont pris par Facebook et les tablettes. Ils grattent en marchant la tête dans leur tablette ou leur Ipad. L’Algérie va devenir un Ipadistan futur payssous les ordres de son conseiller Facebook (Inaâlbouk)
Je n’ai pas vu les arrivistes parfumés, le ventre bedonnant, s’occuper de ces femmes, isolées, qui les ont enfantés.
Les arrivistes s’occupent des affaires et des relations à maintenir comme pour s'assurer que le feu du Kanoun ne s'éteindra pas. Le feu de la réchoua, de la corruption et des passe-droits...
Je n’ai vu ni l’Etat ni les responsables ni les hommes s'impliquer pour faire apprendre aux filles - future mères- ce qu’est la conscience citoyenne (Gramsci).
Leur apprendre à se rebeller afin d’être reliées à la société. Etre dans la société.
Leur apprendre pour agir afin de se défaire des contraintes, se soustraire aux hommes, à la chute du prix du pétrole et aux dangers climatiques. Les icebergs fondent, le thermomètre monte. Plus 2 degrés de gagné pour les riches afin que les pauvres crèvent. Les femmes de Kabylie s'en foutent, elles sont là depuis Aristote et Héraclite. Elles ont même vu passer Ibn Khaldoun, Sartre, Nietzsche et Camus. Faire entendre leur cri pour une élection locale ou une députation rurale, comme au temps de Mao, de Ché Guevara et Bachir Hadj Ali.
Non ! on leur apprend à être esclave en leur donnant des portables, du Facebook , des pizzas et des cafés jetables.
Tout cela devrait être expliqué aux hommes du Pouvoir et à tous les hommes
Parce que : " L'Algérie, c'est la femme ". (Pierre Bourdieu-Sociologue -1960)
 
C’est pour cela que je ne dis pas bonne année. Parce que dans 48 heures on aura oublié tout ce que je viens d’écrire ci-dessus, happés que nous sommes par le consumérisme et le ekhti rassi ( Après moi le déluge).
 Notes
 
*Voir à ce propos le livre du Professeur François Charvériat qui a fait avec sa femme un voyage en Kabylie en 1889. Livre « À travers la Kabylie et les questions kabyles ». Livre disponible sur le Net en pdf.
* Rachid Oulebsir , diplômé des universités Paris Nord et Paris Panthon I, Panthéon Sorbonne (1978) Sorbonne (Paris), qui a écrit : " L’olivier en Kabylie entre mythe et réalité ". (2008) / " Les derniers Kabyles " (2009)/ " Le rêve des Momies " (2014).
 
Abderrahmane Zakad - Ingénieur/Urbaniste - Béjaia 30.12.2015 -

lundi 11 août 2014

Mot d'enfant

Abderrahmane Zakad
Ghaza/Beit Ezeitoun
Premier tableau
La petite fille aux yeux bleus a cinq ans. Elle a vu saigner les poules et égorger le mouton de l’Aïd El Kébir. Elle sait qu’on tue les animaux pour se nourrir de leur chair. Elle a aussi entendu parler de la mort. Ce mot qu’on voudrait qu’elle ignorât, elle le prononce parfois ; il provoque en elle de graves réflexions ; « les gens on ne les tue pas, pourtant… », se dit-elle ; et un jour, levant vers son père ses yeux d’un bleu candide, elle demande : «Papa, les gens, comment qu’ils font pour être morts… ».
Deuxième tableau
La petite fille aux yeux bleus, un jour où son père était absent, sort dans la rue et voit des cadavres d’enfants. Elle les regarde. En haut, dans le ciel, des avions passent en lâchant des boîtes. Pour la petite fille c’est des boîtes qui font boum !
Elle a vu saigner les poules et égorger le mouton de l’Aid. Elle n’avait jamais vu mourir des enfants et se faire tuer avec des boîtes qui font boum !
Elle a eu peur, s’est mise à pleurer et rentre paniquée à la maison.
Troisième tableau
- «Papa, j’ai vu tomber du ciel des boîtes qui font boum et des enfants mourir comme les poules et le mouton de l’Aïd.»
- «Oublie ça, ma fille, ce ne sont que des boîtes. Tu comprendras quand tu seras grande».
- « Et quand je serais grande ? »
- «Peut-être, si Dieu le veut, bientôt»
- « Et je verrai des boîtes tomber, quand je serai grande».
- « Je n’en sais rien, ma fille.»
-« Papa, j’ai vu des enfants morts comme les poules et le mouton de l’Aid. Ca aussi je le verrai quand je serai grande.»
- « Je n’en sais rien, ma fille. Peut-être pas.»
- « Papa, achète-moi des boîtes pour tuer les poules et le mouton de l’Aïd. Je ne tuerai pas des enfants.»
- « Non ma fille, je ne t’achèterai pas des boîtes pour tuer les poules et le mouton de l’Aïd. Je t’achèterai des boîtes de bonbons pour les offrir à tous les enfants du monde.»
Abderrah ane Zakad – Urbaniste/Romancier – Alger – Août 2014
* Le mot HUMOUR paraîtrait déplacé à certains alors que des Gaghaouis meurent par centaines. Je rappelle que l’humour est un moyen et une arme de dérision qui permet l’éveil. Les poètes, les écrivains, les billettistes (assassinat de Mekbel) ont été à l’avant-garde du combat par  l’esprit.  Pour la justice et la liberté. (A.Z)

dimanche 3 août 2014

Poème pour la Palestine.

Abderrahmane Zakad 
 
Ils vivent dans le sang ou l’absence
Ils vieillissent sans âge ni rêves.
« Quand, enfin, les palestiniens
Mourront-ils de mort naturelle ? »
 
Soldats d’Israël, qu’il fait nuit dans votre âme
Ainsi que sur vos murs ou s’écrit  un drame
Vous tenez de l’enfer un terrible pouvoir
A détruire un peuple que vous ne daignez voir.
 
Vos généraux noircis par d’horribles haleines
Paradent dans leur boucherie, ivres de haine
Chacun de leurs gestes aura un tribunal
Comme Joad, jadis, ils répondront de leur mal
 
Vous qui parlez de paix avec un faible bien
Vous brisez l’espérance, vous rompez les liens
Gardez-vous d’ignorer les plaies palestiniennes
Le sang phénicien coule encore dans leurs veines
 
Naguère, vos tribus  avaient pour chef un juge
Dans la ville sacrée ou s’aimaient les semblables
Elles n’ont pas respecté l’ordre, il y eut le déluge
Arrêtez les massacres, n’ignorez pas la table.
 
Vous paraphez sur le mur une époque terrible et bête
Vous séparant du monde vous baissez les yeux
Arrivera ce jour où il vous faut lever la tête
Pour voir la Palestine jeune toujours dans les lieux.
 
Vous découvrirez que les femmes libérées n’ont plus peur
Que les enfants sourient enfin, ne connaissent pas de larmes
Vous verrez les familles camper à Jéricho, à Ghaza et ailleurs
Vous découvrirez la Palestine heureuse, ses rires et son âme.
 
Je date, je signe et je te dénonce : Israël.
Dans un an, dans mille tu perdras tes ailes
Comme Icare jadis tu oses affronter le vide
Ce que n’ont pas osé faire ni Hérode ni David
 
Abderrahmane Zakad – Alger (De son recueil « Le Patrimoine »-ONDA)

mardi 29 juillet 2014

Le ramadan, vu en haut et en bas....


Abderrahmane Zakad                 

Saha 3idkoum

L’avion quitte l’aéroport de Barajas*. Il grimpe vers les nuées, se redresse, les ailerons stabilisateurs claquent et le voilà déjà survolant l’Andalousie perdue, chère à Babaci le président de la Fondation Casbah à qui on a volé un canon, la caissette du dey Hussein et quelques logements pour le recasement des gens de la Casbah.

Dans l’avion, le ministre algérien de l’alimentation revient d’une conférence à Madrid où on a parlé d’oliviers, d’olives et d’huile d’olive. Il est satisfait, on aura notre quota à l’OMC comme on avait arraché notre quota de pêche pour le thon et l’espadon.

On nous a toujours dit que les côtes algériennes sont gavées de poissons. Avec un littoral de 1.200 km dans la Méditerranée chère à Braudel, la mer pourrait faire vivre tous les algériens en restant au lit, sans travailler et, de surcroît, le poisson mariné dans de l’huile d’olive kabyle ou celle de la plaine du Hadra* nous revigoreait avec des calories, chères à Hadj M’hamed El Anka lui qui appréciait l’huile d’olive et l’espadon, d’où son surnom Le Phénix.

En attendant, le projet traîne depuis l’ère Medelci au ministère de l’alimentation légère et du sergent Garcia* (1985/86) père du slogan « ELLES SONT NEES CHEZ NOUS ». Vous pouvez toujours les voir, les panneaux, accrochés sur les façades d’immeubles aux Annassers à Hussein Dey ou place du premier mai. C’était l’époque de Chadli, du sergent Garcia, du FMI et de l’Hebdo-Libéré, hebdomadaire qui permettait quelques respirations grâce à son directeur, le regretté Abderrahmane Mahmoudi.

Depuis, nous important les boîtes de sardines du Maroc, le thon en miette d’Espagne et les écrevisses en chair de Concarneau (Bretagne) que les mannées* casbéennes grillent dans la poêle sans savoir ce que c’est. « Mange et tais-toi, ne cherche pas à comprendre ! » Crie-t-elle à la petite Fadéla sa mousmée qui embête « manée » avec des questions idiotes du genre :   « manée, qu’est-ce ces boîtes qu’on ouvre et d’où sortent des sardines ?  « mannée qu’est-ce ces sachets d’où tombent des batatas frites en rondelles.»



Que sont devenues les années

Du temps jadis

Ou on allait goutter les huîtres

A Sidi Ferruch.

Le vin blanc mordoré

Scintillait sur nos lèvres

Et nos copines charmées

Excitaient notre fièvre.



(C’est de moi. Bon. Merci et poursuivons.)



L’avion est à 8.000 mètres d’altitude, hauteur ou personne ne vient vous embêter.

Le ministre suspend sa réflexion, s’empare d’un journal, zappe les évènements de Gaza, stationne sur quelques recettes de cuisine et passe à la page des sports. Il apprend que le Tour de France se termine en même temps que le ramadan. Il sourit, poursuit sa lecture quand soudain une hôtesse ibérienne lui présente une flûte de champagne et des macarons LUSTUCRU.

Il se gave de macarons et de champagne pendant qu’en-dessous, sur le territoire national cher à Saidani, Belayat et Benkhadem, les algériens trainent leur corps déshydraté, la bouche sèche et l’estomac en accordéon. C’est le ramadan ! Allah ghaleb.

Le ministre de l’alimentation revient à ce qui s’était dit lors de la conférence à Madrid. Il ne connaissait les problèmes de l’olive et du thon que par les dossiers que lui transmettent ses conseillers et aussi par quelques souvenirs épars. Des relents gravés dans sa mémoire gustative et olfactive du temps où il allait chez Sauveur à la Madrague, lui reviennent.

 Il s’enfonce ensuite dans une réflexion platonicienne du temps de Périclès où les olives et le thon avaient nourri tout le peuple hellénique. Même pendant les guerres du Péloponnèse (Vème siècle a.v J.C), l’intendance d’alors avait compris que les guerres ne pouvaient se gagner que par une bonne bouffe et la bonne bouffe c’est l’huile d’olive, le thon et l’espadon. Ce que n’ont pas compris nos gouvernants amazighs qui, pour eux, Périclès est un joueur du Bayern de Munich et le Péloponnèse, un stade situé quelque part au Brésil !

Il se renseigne chez le passager assis à sa gauche qui le corrige et lui explique : pendant la guerre du Péloponnèse, Il y eut beaucoup de morts autant chez les spartes que chez les athéniens de la ligue des Délos. Des morts dus aux flèches, aux massues, aux lances et aux clous tridents en forme de grappins qu’Israël utilise aujourd’hui à Gaza dans ses bombes à déflagration et qui déciment les enfants palestiniens. Hélas, il n’y a avait pas encore l’ONU au Vème».

Aujourd’hui à Gaza,  24 siècles après Périclès, il n’y a toujours pas d’ONU. L’ONU, ce machin comme dit l’autre, qui peut empêcher les guerres, envoyer les casques bleus pour stopper le massacre des enfants palestiniens.

Mais ne nous dispersons pas. Donc, du temps de Périclès, il n’y avait pas l’ONU, mais il y avait de l’huile, du thon et de l’espadon qui nourrissaient les Hellènes alors que de nos jours les enfants de Gaza se sustentent d’ordures car on leur interdit de pécher suite a un embargo israélien que l’ONU tait et que l’Europe applaudit. « C’est quoi cette histoire de Gaza, crie le président du MEDEF, c’est quoi ces ghazaouis. Deux millions d’habitants confinés sur une plage où il n’y a même pas un port pour faire accoster nos vraquiers, nos RO-RO* et tout ce que nos usines produisent. Ces gens-là n’ont pas d’argent et mangent peu. Pas d’affaires à espérer».

Les cris du ventre vide des enfants palestiniens ne montent pas les ascenseurs. Ils ne parviennent donc pas aux oreilles au MEDEF, mais ils se répercutent et percutent l’Elysée, la mosquée de Paris et le mur des lamentations. Un cri d’enfant ça résonne fort et ça va loin ! Même ceux portés par le ventre des mères palestiniennes. Les mêmes cris que ceux d’Auschwitz ou de Treblinka tels que le crie la shoah. On efface tout et on recommence, chante le coryphée.

À Ghaza, les enfants de la rue ont faim, les mères pressent le sein, aucune goutte ne sort.  Les champs, les blés, les oliviers, ont été saisis par les colons juifs pendant que la Ligue arabe saisit l’ONU qui a saisi le gouvernement israélien par SMS lequel gouvernement  a saisi son chef d’Etat-major qui a saisi la manette pour envoyer des missiles tuer 1.000 palestiniens et blessés gravement 3.000 autres.  Sans compter ceux par milliers saisis de peur, de pleurs et…..de haine qui se perpétuera « jusqu’à la fin des temps » comme dit la Thora et le prescrivent les fabricants d’armes.

Le ministre réfléchissait. Il change de logiciel, la flute de champagne toujours à la main. Il découvre que la catastrophe de la pénurie d’huile en Algérie a commencé en 1968 lorsqu’un « mokh » avait ordonné de procéder à l’arrachage de la vigne. Ceci avait engendré la peur de nos bons fellahs de Kabylie de voir aussi disparaitre leurs oliviers par un décret pondu par le dit « mokh ». Comme la poule pond des œufs, le « mokh » pendait des décrets pour interdire le vin, des circulaires pour mettre fin au travail des cireurs - « Un homme ne se met jamais à genoux », clamait-il. Ce que fait la Ligue Arabe aujourd’hui. Les fellahs, influencé par les gesticulations du « mokh », abandonnent les oliviers soumis à la tristesse et l’usure du temps. Plus tard l’essaimage des sachets de plastique noir et des canettes de bières bigarrées défigureront la Vallée de la Soummam tel un tableau de Gauguin dans ses périodes de crises. Les kabyles se mirent alors à penser, telle l’œuvre de Rodin. Penser à ce qu’ils devraient faire de leurs oliviers puisqu’on a arraché la vigne. Un cousin, de retour de Tunisie leur dit qu’il avait entendu le « mokh » haranguer la foule en criant « ehna a3rab, ahna a3rab, ahna a3rab ! Trois fois. Alors que les kabyles se croyaient profondément kabyle. Ils  ont eu peur.

De tout cela, il en parlera au Président lors du prochain conseil, pensait le ministre.

«  Attention nous allons atterrir sur l’aéroport Houari Boumediene » annonce le pilote.

Le ministre avale le dernier macaron, lape le reste de champagne et boucle sa ceinture alors qu’au même moment, sous l’avion, à Baraki, derrière un muret, un maçon mangeait des biscuits BIMO.

Il mangeait, guilleret, mastiquant dru jusqu’à la dernière mie. Soudain un gendarme surgit : « Tu es pris », crie le gendarme. Le maçon se lève et lève les mains en l’air. « Tu sais que c’est le ramadan et tu manges. Ma tahchemche ! »*

Le maçon, hagard, le cœur battant dit simplement : « J’avais faim »

Les deux hommes avancent, le gendarme jubile, le maçon devant, lui derrière. La DGSN, pour son bulletin mensuel aura ses statistiques de délits commis.

Le lendemain, on présente le maçon au juge du tribunal de Baraki.

- Nom et Prénom, demande le juge.

- …….       

- Tu sais pourquoi tu es là ?

- Oui, j’ai mangé.

- Tu n’as pas honte. Tu sais que c’est le ramadan.             

- J’avais faim et soif aussi. Je suis maçon, j’ai un dur travail.

- Moi aussi je travaille, dit le juge.

- Oui, je le vois.

- Dis-moi… comme ça… entre nous, tu es laïc ?

- Non, je suis kabyle.

- Que fait ton père.

- C’est l’imam de Baraki.

- De mieux en mieux, dit le juge.

- Sais-tu que c’est hram et que Dieu te regarde, même caché derrière un mur.

- Je ne le savais pas.

- Comment ça tu ne le savais pas. Ton père est imam.

- Je ne savais pas que Dieu regarde derrière les murs, je veux dire. Ouallah !

- Dieu est partout, surveille tout, sait tout. En plus tu nous compliques notre existence à faire des dossiers, des statistiques et nos camions cellulaires à consommer de l’essence pour te transporter jusqu’ici. Le sais-tu ?

- Non je ne le savais pas. Je pense que j’ai fais une petite bêtise, je reconnais, mais je ne suis pas impliqué dans le détournement d’une banque ou dans des transactions financières comme Moumène Kellifa ou Chakib Khellil. Moi, j’ai seulement mangé BIMO que j’ai acheté 50 dinars. Dieu doit le savoir si vous le dites.

- Dieu est intraitable sur les cinq piliers de l’islam. Tu as transgressé l’un des piliers, crie le juge

Le maçon regarde à gauche, regarde à droite puis dit :

- Dans sa mansuétude, je suis sûr que Dieu pardonnera. Je suis un petit maçon !

- Mais c’est le ramadan, crie le juge en colère.

- Je suis fatigué, monsieur le juge dit le maçon. Je reconnais tout.  J’ai triché en mangeant un biscuit BIMO. Que peut-il m’arriver alors que d’autres ont volé nos banques et notre pétrole.

- Pas de comparaison. Eux ne troublent pas l’ordre public.  Je vous donne une semaine d’enfermement en cellule. La séance est levée.

Au moment où le juge finissait sa phrase, l’avion d’Air Iberia atterrit sur le tarmac de l’aéroport Houari Boumediene. Le ministre quitte l’aéroport, monte dans la voiture de service, la portière arrière claque, la voiture démarre. II est 13 heures, l’heure de la prière.

- Aissa, dit le ministre au chauffeur, emmène-moi à la grande mosquée. Je ne veux pas rater la prière du dohr*.


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* Barajas : aéroport de Madrid.

*Hadra : plaine de l’Oranie, communément appelée la plaine du Sig dans la Medjerra et aussi La Macta où s’étaient déroulées la bataille de la Macta lors de la conquête coloniale (Bataille de la Macta)

*mannée : terme algérois pour grand-mère.

* matahchemche : tu n’a pas honte.

*Dohr : prière du milieu de la journée, au soleil zénithal. Celle de Vendredi, sans être obligatoire, elle est cependant recommandée afin de rassembler les fidèles.

*mokh : intelligent, un géni

* Vraquier, RO-RO : gros bateaux pour le transport des céréales ou de containers.



Abderrahmane Zakad - Urbaniste/scénariste- Alger- Juillet 2014

(Histoire créée par l’auteur. Tiré de son recueil humoristique en cours d’édition.)