Affichage des articles dont le libellé est Les pensées doubles de Caleb. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Les pensées doubles de Caleb. Afficher tous les articles

vendredi 19 avril 2019

Branco, les journalistes et la réalité


Caleb Irri
 
Cela fait des mois que les gilets jaunes expriment leurs colères, leurs questions, leurs volontés, leurs malheurs. Des mois que les journalistes tentent ou font semblant de tenter de les comprendre. 

Alors quand arrive un type qui, au lieu de les prendre pour des cons ou des violents, ce type leur explique comment le système fonctionne, que ce type donne son livre en pdf, défend (gratuitement ?) les leaders du mouvement, cela semble difficile à croire : il ne ferait ça ni pour de l’argent, ni pour le pouvoir, ni pour la notoriété ?
Et oui, il y a encore quelques gars comme ça, ça peut paraître un peu désuet mais que voulez-vous, il a sans doute été nourri au romantisme de la classe à laquelle il appartenait.
Un gars qui au lieu de demander aux gilets jaunes si ils sont violents, antisémites ou complotistes, préfère leur donner une explication rationnelle du monde capitaliste, comme il fonctionne pour de vrai.
Un gars qui dit qu’il n’y a pas besoin de complot ni de juifs ni de reptiliens pour engendrer un monde pourri comme celui dans lequel nous vivons. Que se plaindre ici en France d’un manque de démocratie n’est pas cracher dans la soupe mais constater que si nous pouvons nous permettre de vivre et de gaspiller comme nous le faisons tous les jours c’est PARCE QUE nous en exploitons d’autres… et nous le regrettons. Que si les pauvres en chient à remplir le frigo ce n’est pas parce qu’ils sont des losers ou des mauvais, mais parce que des types comme Bernard Arnault ou je ne sais qui (on s’en fout des noms et des personnes vous ne comprenez toujours pas ?) se fait des millions ou des milliards sur notre dos, ou sur celui de notre voisin -qu’il soit étranger ou non- avec qui on est constamment mis en concurrence.
Vous les journalistes, qui presque tous lui tombez dessus après avoir fait semblant de l’ignorer jusqu’à maintenant, vous ne comprenez manifestement rien à la réalité. Je ne sais pas si c’est parce que vos situations sont vraiment trop éloignées de celles des gilets jaunes, mais il y a un problème : que Juan Branco ne soit pas parfait, qu’il ait fait des erreurs ou qu’il ressente des frustrations, tout le monde s’en contrefout à vrai dire. Les gens en ont ras le bol. Ras le bol vous entendez ?
Ils travaillent tous les jours, toute l’année, pour eux, pour leurs enfants, et ils s’épuisent, perdre sa vie à la gagner comme on dit.
Ils vont se battre du début de leur vie pour arracher un apprentissage jusqu’à la fin de leur vie pour se payer un EPHAD insalubre ou crever sans peser sur leurs gosses à qui ils ont durant toute leur vie tout sacrifié pour leur donner l’illusion d’être « comme tout le monde ». Vous ne connaissez pour la plupart ni la peur de la carte qui ne passe pas, ni celle de devoir annoncer aux enfants qu’on ne partira pas en vacances à Pâques, cette fois-ci encore…
Vous n’avez finalement je crois rien compris à ce qui se passe : les gens, eux, finissent par comprendre, grâce à des mecs comme lui, que si le monde est tel qu’il est, c’est à cause de quelques types qui s’arrangent entre eux pour amasser toujours plus de pognon et de pouvoir. Que si la démocratie a été confisquée, c’est par ces gens-là qui rachètent les journaux pour pouvoir balancer leur propagande et empêcher la réalité d’être exposée. À l’ancienne, mais en plus grand, en plus fort, en plus technologique, avec l’illusion de faire du pluralisme. Et vous ne dites rien. Vous laissez faire.
Vous les journalistes, qui avez cru qu’être journaliste c’était informer, montrer la réalité, qui avez cru que vous étiez de gauche parce que les copains de droite du lycée vous traitait de « coco » -parce que que vous étiez le rebelle de votre famille ?-, vous vous retrouvez à servir la soupe en vous disant que, quand même, le monde n’est pas si mal… Et puis vous l’avez bien méritée votre place, non ? Pourquoi ce serait à vous de balancer vos propres lâchetés individualistes à la face d’un monde qui les partage sans le dire non plus ?
Vous vous plaignez que les gens ne lisent plus vos journaux mais lorsqu’ils ne sont pas toujours orientés dans le même sens, les articles sont désormais payants ! Et puis les gens vont sur internet non pas parce qu’ils ne croient plus les journalistes, mais tout simplement parce que les journalistes mentent. Ou omettent. On ne vous a pas appris au catéchisme que le mensonge par omission était un péché ?
Vous faites partie des 10%, c’est bien logique que vous pensiez ainsi. Mais vous vous trompez. Vous n’êtes que des cons : vous n’avez jamais rien compris, ni rien fait pour comprendre. Orwell allait habiter avec les mineurs pendant 6 mois. Les gens ne veulent pas brûler ni les flics ni la France. Ils veulent juste vivre bien, comme nous sommes en droit de le réclamer dans un Etat riche et développé. Sans aumône, sans charité, sans mépris.
Vous auriez dû remarquer que les gilets jaunes ne demandent pas du travail mais de la justice fiscale. Ils ne demandent pas qu’on pende les élus mais qu’on instaure le RIC. Ils ne demandent pas qu’on baisse le prix du diesel mais qu’on change de modèle économique pour sauver la planète. Ils ne veulent pas de la charité mais de la dignité.
Juan Branco fait partie de ces gens qui, comme Marx, ont eu la chance d’appartenir aux deux mondes qui se font face et d’avoir choisi le bon côté. Signifiant ainsi que ceux qui n’ont pas basculé sont du mauvais. Vous le savez au fond de vous, vous qui me lisez, que tout ceci est un scandale monumental.
Personne ne vaut des milliards d’euros, personne ne vaut rien non plus. Il vaut mieux aider les gens qui ont besoin que ceux qui n’ont besoin de rien, mais il vaudrait mieux faire en sorte qu’ils n’aient besoin de rien. Quand ils entendent que des caissières se font renvoyer pour un paquet de gâteaux volés tandis que certains politiques sont encore en poste malgré des malversations avérées. Quand ils voient que la femme du président de groupe LREM à l’assemblée trouve un poste en or par miracle, que la fraude sociale à 5 milliards oblige nos gouvernants à tracer le moindre gars au RSA tandis qu’on continue de ne rien faire contre les près de 100 milliards de fraude fiscale. Que ceux qui manifestent sont accusés d’être à loisir antisémites ou casseurs, populistes ou anarchistes, tandis que ceux qui les provoquent, les humilient, les insultent -à loisir aussi- sont bien au chaud derrière leurs cordons de CRS, pauvres d’eux qui doivent subir le mépris de leur hiérarchie, et la colère des manifestants leurs frères.
Qu’est-ce que vous nous faites chier avec Juan Branco ? Et vous Juan Branco, qu’est-ce que vous nous faites chier avec les médias ? On n’en a plus rien à foutre des médias. Chacun s’informe comme il peut, s’il veut, il les aura les infos, regardez ! On s’informe, on apprend, on s’organise, doucement mais sûrement : les assemblées où l’on parle du RIC, de l’Assemblée Constituante, de l’écologie comme moteur d’une nouvelle démocratie, de la lutte inévitable contre le capitalisme… C’est cela la vraie question. On le fera tout seuls notre RIC, elle finira bien par advenir cette Assemblée Constituante. Il n’y a pas d’alternative, c’est cela la réalité.
Après, que les journalistes s’occupent comme ils peuvent, par exemple en nous expliquant sérieusement en quoi monsieur Bernard Arnault mérite-t-il de posséder une telle fortune, comment il l’a construite (sur le dos de qui ?), et surtout ce qu’il fait de tout cet argent. D’où vient tout cet argent, et où va-t-il ? C’est pas une enquête à faire ça ? Combien de personnes vivent avec ces 80 miliards, et combien pourraient vivre si on lui prenait tout ? C’est pas une bonne question ça ?
Le mérite, c’est un bon début pour la réflexion : celui qui travaille 40 heures par semaine dans des conditions pénibles pour un salaire de misère mérite-t-il moins que celui qui fait fructifier son argent même en dormant ? Le fait d’avoir une idée géniale ou un bon coup de pied est-il plus méritant que le fait d’être né dans une famille pauvre ou avec des capacités intellectuelles ou physiques diminuées ?
Croyez-vous sincèrement que Bernard Arnault est un génie, un être exceptionnel qui mérite d’être aussi riche ? Mais s’il est un être aussi exceptionnel, pourquoi ne partage-t-il pas sa fortune avec les plus démunis ? Il y en a suffisamment pour devenir pauvre à son tour !

Aidez-nous à montrer la vérité au lieu de vouloir attaquer les seuls qui osent faire.

lundi 10 septembre 2018

Europe, écologie : il faut repartir du bon pied


Caleb Irri

«  Ils ne seront conscients qu’après s’être révoltés, mais ils ne se révolteront qu’une fois conscients ».
Voici ce qu’écrit Winston Smith à propos des prolétaires, dans le célèbre 1984 de George Orwell.

Cette phrase exprime à la perfection la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui encore, 70 ans après sa publication.
Il faut que les « prolétaires » (c’est-à-dire les individus qui ne font pas partie du « Parti » – la majorité des citoyens en réalité) se révoltent contre le système établi, alors qu’en réalité ils n’ont pas conscience qu’il faudrait qu’ils le fassent.
Pourtant, il existe de nombreux faits qui devraient faire réagir le peuple dans le sens de la révolte. Mais comme la propagande tourne à plein régime, divisant et opposant ses victimes au gré de ses volontés, les réformes s’enchaînent les unes derrière les autres sans qu’on puisse espérer même les ralentir.
Il existe certains sujets sur lesquels il s’agirait de s’opposer sérieusement, si seulement certaines informations « alternatives » parvenaient à traverser les fourches caudines pour parvenir aux oreilles des citoyens. Car il faut, avant toute transformation potentielle du mode de fonctionnement de notre société, que certaines deviennent évidentes pour tous les citoyens.
Au sujet de l’Europe tout d’abord : le problème de l’Europe n’est pas l’immigration, mais de savoir comment on La veut (l’Europe !), et avec qui on veut La faire. Et puis surtout pour en faire quoi. Le « problème » des migrants devrait être un sujet clos depuis longtemps : toutes les études montrent le peu d’impact économique et social des migrations ; d’autant que lorsqu’on considère les 500 millions d’habitants de l’Europe, 5 millions d’immigrés ne font toujours qu’un pourcent de la population totale… autant dire que le « grand remplacement » n’est pas pour demain !
En réalité, le problème de l’immigration est un faux problème destiné à servir de leurre pour permettre le retour aux frontières nationales pour les néo-fascistes, et de repoussoir aux pays riches pour que les citoyens acceptent sans broncher l’abaissement de leurs libertés et les réformes décidées au nom de la sauvegarde de l’Europe justement.
Les deux options qui nous sont offertes actuellement sont d’un côté une Europe impérialiste de droite « néo-libérale » dans laquelle l’Allemagne et la France dominent les autres pays, que ce soit de manière élargie ou à quelques pays autour desquels gravitent des satellites vassaux. Et puis, d’un autre côté, il y a l’Europe éclatée, l’Europe des Nations, ouvertement raciste et nationaliste, dans laquelle chacun fait sa loi contre les autres, jusqu’à la mort de l’Europe.
Il manque ici l’existence d’une troisième voie représentant la gauche (la seule, la vraie), qui n’est ni raciste, ni nationaliste, ni capitaliste. La vraie gauche a besoin d’une alternative désirable pour obtenir l’écoute et l’adhésion de tous les citoyens qui croient encore aux valeurs de la démocratie et de l’internationalisme, du socialisme. Entre la fin de l’Europe et l’absence totale de démocratie en Europe nous avons besoin de propositions pour une Europe véritablement de gauche.

Le dérèglement climatique maintenant

Le sujet du climat est sans doute la clé de voûte de toute alternative à gauche, pour peu qu’on veuille bien prendre les choses par le bon bout.
Car, malheureusement, les alternatives qui apparaissent actuellement ne sont que des luttes perdues d’avance. Les objectifs poursuivis ne tendent pas à un futur désirable mais à éviter l’effondrement total de la biodiversité. À la décroissance subie ils préfèrent la décroissance choisie, faisant sans le vouloir le jeu des deux options de droite et d’extrême-droite précédemment évoquées.
Le fait est que cette option écologiste ne prend pas en compte « le reste du monde » et se retrouve confronté à des choix qui tendent à se tromper de cible. En réalité, si ces derniers ne se trompent pas sur les conséquences du dérèglement, ils font erreur sur ses causes. Ce ne sont pas les Hommes qui sont responsables du dérèglement mais leurs comportements. Ils ne sont le fruit ni d’un péché originel ni d’une méchanceté intrinsèque de l’Homme mais tout simplement la conséquence logique du fonctionnement du capitalisme. Et cet élément est décisif. Sans cela on ne peut qu’arriver à la - mauvaise - conclusion que l’Homme est le problème (avec comme corollaires qui sont les gentils, qui sont les méchants, qui a le droit de se reproduire ou de posséder, selon quels critères…). Comme la maltraitance animale (ou même humaine dans les Hepad), on ne peut accuser les Hommes de vouloir faire le mal, il faut accuser plutôt le système qui engendre de tels comportements.
Il faut comprendre une fois pour toutes que la seule et unique chance de sauver la planète (et nous avec) n’est pas de rendre l’écologie rentable. C’est impossible car contradictoire aux intérêts capitalistes qui ne se calculent qu’à court terme (comme l’a « avoué » Nicolas Hulot l’autre jour ; tandis que ceux de la nature comme de l’Humanité fonctionnent sur le long terme.
Le capitalisme s’oppose à la fois à la démocratie et à la Nature.
Tant que les écologistes ne se seront pas rendus à cette évidence (depuis 1988, 100 entreprises multinationales sont responsables de 71% des émissions de gaz à effet de serre de la planète), nous serons condamnés à nous lamenter sur les chiffres effrayants qui alimentent les rapports successifs.
On le voit bien d’ailleurs, de nombreux spécialistes qui croyaient, les décennies précédentes, pouvoir influer « de l’intérieur » s’y sont cassés les dents. La plupart ont soit abandonné la partie (du genre c’est mieux que rien), tandis que les autres se sont résolus à combattre le capitalisme au nom de l’écologie.
Pour sauver les animaux, il faut combattre le capitalisme, pour vivre en démocratie il faut se battre contre le capitalisme, pour éviter que des enfants meurent de faim ou de guerre il faut lutter contre le capitalisme. Rien ne sert de vendre aux peuples la « frugalité heureuse » ou la décroissance raisonnée : ceux qui les subissent au quotidien un peu partout dans le monde ne peuvent pas l’entendre. Il ne faut pas baisser notre consommation de pétrole pour sauver la planète, il faut utiliser une autre technologie. Il ne suffit pas de voter tous les 5 ans pour un président qui ne pense qu’à sa future réélection mais réformer les institutions pour permettre de véritables changements comme celui qui concerne le pétrole. On a beau dire et savoir que les méthodes de permaculture sont plus productives que les méthodes intensives, mais remettre en cause tout le fonctionnement de l’agriculture subventionnée ne serait-ce qu’en Europe est impossible sans remettre en cause de manière globale le fonctionnement de ce système avec ses lobbies si puissants.
Pour chaque problématique, les blocages sont liés à des considérations financières qui empêchent d’accéder aux technologies propres, gratuites et illimités. Nous savons faire mais nous n’avons pas les moyens. Pourquoi ? Parce que les quelques pourcents les plus riches de la population refusent de rendre aux peuples l’argent qu’il leur vole tout au long de l’année, et possède de ce fait les moyens de rendre légal le vol qu’ils accomplissent quotidiennement sur le travail des citoyens.
Maintenant il ne faut pas se tromper de combat, ni évacuer les défis qui sont les nôtres : partir de la crise écologique comme point de départ est à mon avis une erreur majeure à ne pas commettre. Se battre pour l’écologie sans remettre le capitalisme en cause est comme vouloir la démocratie. Dans des premières réflexions, j’avais posé la question de savoir si le capitalisme était un « genre » ou « une espèce ».

Il apparaît aujourd’hui clairement qu’il est au-dessus de la démocratie comme de l’écologie. Il faut faire cesser cela.

mercredi 16 mai 2018

Le Blitzkrieg de Macron


Caleb Irri

« On n’établit pas une dictature pour sauver la révolution, on fait une révolution pour établir une dictature ».

Voilà une phrase qui devrait éclairer d’un jour nouveau la politique de « Blitzkrieg » mise en place par le gouvernement Macron.
Car il faut être honnête, et regarder les choses en face : soit Macron ne comprend pas qu’il est en train de favoriser à la fois la convergence des luttes et la montée de la colère dans la population toute entière -et il faudrait le remercier pour ça car il accélère ainsi la prise de conscience de milliers de citoyens qui n’avaient pas encore compris qu’ils ne faisaient pas partie de l’ascension cordée-, soit Macron est un homme intelligent qui a bien compris que pour continuer à gouverner les riches ne pourront pas faire l’économie d’une dictature fondée sur le contrôle total des masses. C’est pour eux le seul moyen de sauver le capitalisme (et leurs fesses avec) dans un monde qu’on ne sait plus comment diriger autrement tant les défis pour sauver notre planète sont incommensurables.
Ne pouvant pas se permettre de mettre en place une dictature à partir d’un illégitime coup d’Etat, ils tentent de créer une contestation suffisamment grande et violente pour justifier la mise en place d’une dictature -en réponse à cette violence qu’il aura créée.
En réalité ce qui se passe en France est dans la continuation de ce qui se passe partout dans le « monde occidental » : les riches ayant refusé le « retournement du capitalisme » au profit des pays émergents, ils doivent s’attaquer désormais à « l’ennemi intérieur » que représente l’extrême-gauche, en utilisant les outils de contrôle et de répression permis par les lois anti-terroristes antérieurement adoptées.
Le vrai ennemi des riches n’est pas le terroriste mais le pauvre ; surtout lorsqu’il est encore conscient que sa situation n’est pas une fatalité mais le résultat logique d’une volonté politique qui refuse d’adopter des alternatives pourtant vitales à l’Humanité, mais qui sont susceptibles de mettre fin à la domination des riches sur la planète.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : laisser penser aux peuples qu’il n’y a pas d’alternative, et que le pouvoir des riches est la condition de survie des pauvres ; et qu’il ne pourrait en être autrement.
Les riches ont compris le danger que représentent des gars comme Friot, comme Lordon et quelques autres, et veulent tuer dans l’oeuf l’idée même du salaire à la qualification personnelle en détruisant tout ce qui pourrait permettre de l’envisager. Ils veulent tuer jusqu’au concept d’une véritable alternative au capitalisme en faisant l’amalgame entre revenu de base et salaire à vie : une fois la sécu détruite, le statut des fonctionnaires ou des cheminots désagrégé, le CDI enterré et la retraite anéantie, les gens n’auront même plus de référence sur lesquelles s’appuyer pour ne serait-ce que penser une alternative.
L’objectif des riches est de remettre sous servitude toute la population qui se fait petit à petit rejeter du monde du travail, en attendant que les robots les rendent totalement obsolètes -ou « de trop » ?
Ils prometteront aux pauvres des pays riches l’esclavage des populations conquises des pays pauvres en échange de leurs libertés, qu’ils seront contraints de laisser derrière eux au profit d’une dépendance qui s’apparente à une mise sous tutelle globale de 90 pourcents de la population. Si vous êtes trop pauvre dans le monde qui vient, vous serez nourri et logé mais vous serez contrôlé dans vos moindres faits et gestes. Vous n’aurez le droit de faire des enfants qu’à certaines conditions, et vous ne pourrez plus effectuer librement les arbitrages qui concernent votre vie privée (dépenses/loisirs/travail).
Il faut se rendre compte que Macron sera gagnant sur tous les plans : soit la contestation sera si forte qu’il sera « contraint » d’utiliser la force pour « rétablir le droit », soit la contestation sera faible et le gouvernement aura bouleversé le cadre institutionnel d’une telle manière que la peur de la répression suffira à faire taire la contestation pour longtemps. Après la saturation engendrée par l’ampleur des attaques de ce Blitzkrieg, les citoyens Français s’apercevront bientôt qu’ils ont abandonné ce qui faisait de la France un modèle pour tous les peuples oppressés du monde, en marche vers le néo-féodalisme que j’évoquais il y a peu.

On aura beau jeu alors de dire qu’on avait rien vu venir ; il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir.

dimanche 11 mars 2018

Complotiste ?


Caleb Irri

Ca commence à bien faire. En quelques années le terme « complotiste » est devenu une manière aisée de décrédibiliser son interlocuteur, voire carrément une insulte.

Personne n’ose plus évoquer le mot « complot » de peur de passer pour un de ces misérables -et dangereux- individus qui osent encore se poser des questions. La double-pensée est désormais utilisée très clairement, à savoir que, tout en accordant qu’effectivement des complots ont eu lieu et ont lieu encore aujourd’hui, il est impossible de remettre en questions les versions officielles sous ce motif. Deux injonctions contraires acceptées toutes les deux en même temps tout en refusant de l’admettre. Voilà qui est fort.
À longueur de dessins animés, de séries, de livres, de films, de jeux vidéos, on se coltine des complots à tout va, mais croire qu’il puisse en exister « pour de vrai » est devenu interdit.
Alors qu’on nous parle sans arrêt de prendre du recul sur les informations qu’on nous fournit, de développer son esprit critique et de se méfier des « fake-news », il semble que nous n’avons pas le droit de remettre en questions les informations qui nous sont fournies par les organes validés par l’Etat. Mais tout le loisir pour le faire lorsque ceux-ci ne le sont pas. Toujours la double-pensée…
Pourtant, n’est-il pas sain de se poser des questions, de s’interroger sur les infos qu’on nous impose comme vraies ? Les antécédents ne sont-ils pas suffisamment nombreux pour qu’on soutienne les jeunes qui se disent que peut-être là aussi on leur ment, ou qu’on ne leur dit pas tout ?
Quand ils voient le monde tel qu’il est et le monde tel qu’on leur vend, comment ne pourraient-ils pas s’interroger sur ce qui permet à moins de 100 personnes de posséder autant que 3,5 milliards d’autres personnes ?
À vrai dire, comment expliquer cela autrement que par le complot ? C’est la solution de facilité. Aller plus loin dans la recherche, c’est quand on est toujours pas satisfait par les réponses obtenues. Ceux qui trouvent que les illuminatis contrôlant le monde est une théorie qui se tient s’arrêtent là. Les autres continueront à chercher, et finiront par se rendre compte que le capitalisme explique bien mieux par son fonctionnement cet état de fait que le complot des extra-terrestres juifs d’extrême droite stalinienne.
Sous-entendre qu’on est complotiste induit en réalité qu’on n’a pas le droit non pas de croire ce qu’on veut mais tout simplement qu’on ne doit pas se poser de questions du tout… Le problème en réalité n’est pas le complot (il y en a eu, il y en a et il y en aura), mais le fait de ne pas pouvoir s’interroger sans paraître suspect aux yeux « de ceux qui savent » (qu’on serait presque tenté de nommer les « initiés », du coup !)
Si on considère qu’interroger l’Histoire c’est la faire vivre (les Historiens ne cessent de « refaire l’Histoire » au fur et à mesure des découvertes, cesser de le faire est mettre un coup d’arrêt à cette Histoire. Cela est très dangereux. Après l’utilisation de la double-pensée, la surveillance par télécran (pardon internet), la dénonciation avec les hachstags, nous voilà désormais confrontés à la mutabilité de l’Histoire.
Se poser la question de la possibilité du complot est pourtant un comportement sain qui devrait être encouragé. Et dont on ne devrait pas avoir honte. Ce questionnement est tout simplement la première étape d’une réflexion qui doit surtout se poursuivre pour aller plus loin dans la compréhension du monde.
Car des complots existent et sont à l’oeuvre actuellement -et c’est bien logique : les guerres ne se préparent pas devant tout le monde, car les raisons de ces guerres doivent rester cachées (prendre des ressources pour s’enrichir). Par contre, il faut laisser tomber les extra-terrestres, les juifs ou les francs-maçons : finalement le véritable complot n’en est pas un, c’est seulement la continuation d’une lutte des riches contre les pauvres. Plus que visible dès qu’on s’y intéresse un peu. Il n’est pas le fait d’un petit groupe conscient mais le résultat du fonctionnement millénaire d’un système qui s’entretient de lui-même par des forces qui dépassent de beaucoup les volontés individuelles : l’Histoire, dans laquelle le capitalisme tient une place prépondérante.
Quand Monsanto paye des études disant que ses produits sont bons, et que les députés de tous les pays acceptent sans sourciller ses conclusions, est-ce un complot, de l’incompétence ou un simple mensonge ? Monsanto organise-t-il un complot destiné à empoisonner la population ou essaie-t-il tout simplement de continuer à vendre ses produits qui lui font gagner des milliards ?
Le fait de rédiger les traités en cachette du peuple peut-il se définir comme un complot ou est-ce simplement le fonctionnement logique d’un système qui préfère prendre le risque d’une polémique plutôt que de s’asseoir sur les retombées financières de telle ou telle loi ?

Les exemples sont nombreux, et je doute qu’avec une loi sur les fake news les complotistes cesseront de se poser des questions… mais c’est peut-être tant mieux !

lundi 14 août 2017

A com[plot], com[plot] et demi

Caleb Irri

L’autre jour je discutais avec un gars que je connais un peu, avec qui l’on discute parfois politique. Je venais de lire un article sur « Legrandsoir.info », que je voulais lui faire lire, à propos de l’horreur qui se produisait à Mossoul, en Irak. 

Aussitôt qu’il a vu d’où venait l’article, il a tout de suite cessé la discussion en émettant cette sentence définitive : « ah oui, je connais « Le Grand Soir », c’est un site complotiste ». Il ajouta qu’ils étaient pro-chavez et pro-russe, et fin de la discussion.
Il ne lisait pas les articles de ce site, ni celui-ci ni les autres. Comment pouvait-il le savoir ?
C’est qu’une fois un site estampillé « complotiste », les gens pensent que ceux qui les lisent sont eux-mêmes des complotistes. Ou qu’il leur suffirait de lire un des articles de ce site pour basculer subitement du côté obscur.
Prenons le cas du Venezuela. Pour être honnête j’avoue n’y connaître rien, mais comme la situation commence à devenir assez tendue je me dis qu’il faudrait que j’en sache un peu plus. Je lis des articles sur « lemonde.fr », j’écoute France Inter et je tape sur google. À première vue il semble que Maduro a pété les plombs, qu’il y a eu plus de 100 morts (parmi les manifestants ?) et qu’il est en train de mettre en place une dictature dans son pays. Je n’aime pas les dictatures et je suis donc contre Maduro.
Si je m’arrête là j’ai tout bon, je suis du bon côté de la barrière idéologique. Mais si je commence à regarder sur « Le Grand Soir », ou sur « Les Crises », je me rends compte que le discours est totalement différent. On parle de l’extrême-droite vénézuélienne, de manipulations en provenance des Etats-Unis, de violences exercées non contre les manifestants mais contre les forces de l’ordre.
Si je m’arrête là, je deviens un complotiste, alors que pour ma part je me considérerais plutôt à ce stade comme un mec perdu, dans le flou, dans le doute.
Quand en France des casseurs se battent avec les forces de l’ordre et qu’il y a « bavure », les seconds crient à la répression sauvage tandis que les premiers hurlent à la provocation. Quand une Assemblée Constituante est élue en Tunisie, les premiers glorifient la démocratie et les seconds crient à la manipulation. Tandis qu’au Venezuela, c’est le contraire.
Qui croire dans tout ça ? Je ne connais personne au Venezuela, je ne lis ni l’espagnol ni l’anglais. Que le « successeur » d’un chef de gouvernement devienne petit à petit un dictateur ne m’étonne pas, mais que les Etats-Unis fomentent des déstabilisations politiques dans un pays étranger ne m’étonne pas non plus. Ce ne serait pas la première fois, dans un cas comme dans l’autre.
La seule chose que je puisse dire à propos du Vénézuela est que la situation est explosive, et que je ne sais ni qui croire ni pour qui prendre parti. Je n’en sais rien, tout simplement.
Alors maintenant le complot. Enfin le « complotisme ». Désormais toute parole qui diffère un tant soit peu de la parole officiellement admise est suspectée de complotisme. Nous enjoignant à faire comme dans toute dictature de la pensée : hurler avec les loups.
Pour autant n’ai-je pas le droit de m’interroger sur ce que je lis dans les journaux, ou sur ce que j’entends à la radio ? La propagande n’a-t-elle jamais utilisé les médias pour abuser le peuple ? Les complots n’existent-ils pas ? Lorsque l’on sait qu’une grande majorité de la presse française appartient à des milliardaires dont les intérêts sont quelques peu « divergents » de ceux du peuple (je peux le dire parce que je l’ai entendu sur France Inter), il me paraît sain d’entendre plusieurs points de vue auprès de différentes sources, pour pouvoir exercer ensuite librement mon esprit critique.
Je ne sais pas si le Vénézuela est victime d’un complot organisé par les Etats-Unis, ou part l’extrême-droite ou qui encore, ni s’il est victime d’un complot organisé par Maduro pour établir une dictature. Mais je sais que les deux sont possibles, et qu’on ne saura la vérité que très longtemps après que des drames se seront déroulés.
Au bout du compte cela finit toujours comme cela. Un nouveau dictateur prendra la place du précédent, et un nouveau complot suivra le précédent. Pendant ce temps des gens auront souffert, se seront battus et seront morts. Toujours la même chose.
Celui qui comme moi veut s’informer correctement aujourd’hui ne le peut pas, car la Vérité n’existe pas. Mais refuser de vouloir regarder ou écouter les autres points de vue que ceux « autorisés » mérite tout de même réflexion : que craignent-ils ? Croient-ils qu’il existe un complot qui ferait qu’en lisant « Le Grand Soir » Big Brother vous prenne pour Winston Smith ? Croient-ils que Le Grand Soir est financé par les Russes, les Vénézuéliens ou autres pour faire tomber la France et les Etats-Unis ? Mais c’est croire au complot que d’avoir peur du complot !
Le plus terrible dans tout ça, c’est qu’il faille sans cesse se défendre d’être un « complotiste » alors qu’on essaie juste de s’informer. Des complots il y en a plein les films, les séries, les livres, et l’Histoire humaine en est recouverte. Des petits, des grands, des moyens, utilisés par les uns contre les autres et réciproquement, depuis toujours…

Le problème ce n’est pas qu’il y ait des complots, mais de savoir qui les organise. Ce qu’il faudrait savoir aussi c’est pourquoi, et pour quoi ils sont organisés. Et c’est pour cela qu’il faut une information fiable. Et tous les journalistes honnêtes vous le diront, un seul point de vue ne suffit pas.


Caleb Irri

vendredi 28 juillet 2017

Si nous étions en 1984

Caleb Irri               

Si nous étions en 1984, des drones pourraient nous surveiller d’en haut, de maison en maison, de rue en rue, de quartier en quartier…

Nous nous lèverions le matin pour aller travailler dans un ministère quelconque, sous l’oeil de BIG BROTHER dès le petit déjeuner. Notre smartphone, notre télé, notre caméra de sécurité. On nous surveille, on nous protège ?
Au boulot nous discuterions avec les collègues des terroristes et de la guerre, en espérant bien qu’un jour tout cela se termine. Mais nous ferions attention à ce que nous pourrions dire, on ne sait jamais…
Nous en serions sûrs, nous les gentils on finirait bien par gagner. D’ailleurs l’ennemi n’avait-il pas reculé ?
On rentrerait chez nous la peur au ventre quand nous croiserions une femme sous une burqa (serait-ce vraiment une femme ?), prêts à la dénoncer au moindre geste suspect.
On s’enfermerait chez soi pour apprendre à nos enfants ce qu’il faut faire et comment, ce qui est bien ou pas. En regardant le télécran – notre smartphone. Il nous dirait que nous sommes heureux, et que tout va aller mieux. Il suffirait de regarder comment dans le « monde libre » des gens avaient une vie merveilleuse, et comment ailleurs on vivait dans la barbarie. On regarderait des émissions dans lesquelles on peut cracher sa haine, seuls ou en groupe, pendant bien plus que deux minutes.
On cesserait de faire l’amour pour regarder des pornos en réalité virtuelle, et on mangerait la merde que des « grands chefs » nous vendraient pour pas cher. On tuerait l’imagination et la réflexion par le travail et les mille choses du quotidien, avec des célébrations commémoratives populaires auxquelles ne pas se rendre vous rendrait suspect : on saurait qui est Charlie et qui ne l’est pas.
Nous écouterions de la musique faite par des algorythmes, améliorées par des ordinateurs à l’oreille absolue, et nous lirions des articles rédigés par des machines. On transformerait l’Histoire au fur et à mesure qu’elle se déroule pour faire correspondre la réalité avec le fantasme de croissance perpétuel vendu quotidiennement par des médias impartiaux.
Le double-langage et la double-pensée seraient si aboutis qu’on finirait presque par croire qu’un licenciement massif est un plan de sauvegarde de l’emploi. Ou que la suppression des aides sociales est une motivation. Ou que le CDI de courte durée est à durée indéterminée. Ou que la guerre c’est la paix.
Notre président serait un grand frère attentionné et proche de son peuple. Il gouvernerait par ordonnances et contrôlerait tout. Ne supportant pas la critique et ayant une vue globale des événements incompatible avec l’aveuglement des masses, il instaurerait l’état d’urgence de manière permanente, lutterait contre l’indépendance des médias et ferait restreindre nos libertés au nom de notre sécurité, sans jamais nous l’apporter. Il jouerait sur nos peurs pour nous faire accepter son autoritarisme.
En matière de travail il nous libérerait des patrons, en nous permettant à tous de le devenir ; et seuls les membres du parti bénéficieraient de certains privilèges. Eux seuls mangeraient les produits sains, voyageraient sans contrainte et posséderaient des esclaves (enfin des collaborateurs). Il faudrait aimer ce grand frère comme s’il était la perfection.
Si nous étions en 1984 il n’y aurait qu’un seul parti, et notre gouvernement serait maintenu en place par le seul jeu des institutions. Le gouvernement formerait un jour une alliance avec un dirigeant autoritaire, et puis le lendemain avec son ennemi (autoritaire lui-aussi). Il fabriquerait l’Histoire a posteriori pour qu’elle corresponde aux victoires de la Nation. Nous aurions aussi notre Goldstein, les terroristes. Goldstein serait comme BIG BROTHER, immortel. Susceptible de frapper partout et à n’importe quel moment, et ce malgré un état d’alerte permanent, cet ennemi serait toujours sur le point d’être vaincu mais ne mourrait jamais.
On expliquerait à la population qu’il faut faire des efforts, et que leur misère est due aux ennemis qui veulent envahir nos chères contrées pacifiques. De victoire en victoire nous serions in fine perpétuellement en guerre, juste pour nous maintenir dans la peur de l’autre, juste pour nous maintenir sous le contrôle du gouvernement.
Notre temps serait si pris par l’activité que nous n’aurions plus le temps de penser. Ni même d’imaginer que nous pourrions ne pas être libres. Nous ferions ce qu’on nous dit et pour ceux qui ne voudraient pas se soumettre on les ferait disparaître soit des écrans, soit complètement. On leur pourrirait tellement la vie qu’ils regretteraient d’avoir osé défié le pouvoir. 


Si nous étions en 1984 celui qui lit ces lignes penserait que je suis un affabulateur, un pessimiste ou un grincheux. Un complotiste ? Il se dirait que puisqu’il peut lire ces lignes il n’y a rien à craindre : nous sommes en démocratie. Personne ne pourrait croire un truc pareil !
Heureusement que nous sommes en 2017 !

Caleb Irri

mercredi 21 septembre 2016

Misère de la politique ?

Caleb Irri        

Ca ne pouvait pas manquer : les prochaines élections sont déjà dans toutes les têtes… Reviennent déjà en force les petites phrases assassines, les commentaires sur ces petites phrases, et puis les sondages ; les discours enflammés, les promesses en l’air, les polémiques sans fin, les scandales révélés… jusqu’au bouquet final avec le vote utile et tout le tralala.

Comme cela se passe depuis des dizaines et des dizaines d’années, en France comme ailleurs, la mascarade des élections éclipsera la misère de la politique. La misère des programmes, la misère des idées. Durant les mois qui viennent nos journalistes ne feront que compter les points, tandis que les citoyens suivront cette « période électorale » comme ils suivent une série télévisée.
Bon. Pour que Nicolas Sarkozy (lui ou un de ses clones) l’emporte, il lui faut Marine Le Pen en face au deuxième tour.
Pour François Hollande (lui ou un de ses clones), il lui faut aussi Marine Le Pen au deuxième tour. Afin de pouvoir utiliser l’atout « vote-utile« . Les autres peuvent aller se rhabiller, ils se soumettront pour quelques porte-feuilles dès le soir du premier tour.
Pliée l’élection, ce sera le camp de Hollande ou le camp de Sarkozy, et puis on continuera comme avant. Et si c’est Le Pen, et bien ce sera pire. Un peu plus vite ou un peu plus fort. Mais que ce soit avec l’un ou avec l’autre de ces guignols, le pire est au bout du chemin. Le monde est ainsi fait que le politique et ce qu’on appelle communément « l’opinion publique » fonctionnent en cycle fermé : l’opinion publique influence les discours des politiques qui influencent l’opinion publique, par l’intermédiaire des médias possédés par ceux qui corrompent les politiques, et qui ne leurs laissent le choix que de se battre dans le vide (médiatique !) ou que de se voir apprendre à pratiquer le double-langage pour pouvoir sortir ses mensonges sans s’étouffer.
Ceci étant dit, il faut quand même retenir qu’en occultant totalement les débats d’idées (qui pourraient avoir lieu si nos prétendants à la victoire en avaient ?), les hommes politiques peuvent ainsi continuer à dire n’importe quoi sans que cela n’écorne leurs chances de victoire. Servis par des journalistes connivents, à tel point que ceux dont nos politiques redoutent les paroles sont désormais les chroniqueurs à la mode…
Le problème c’est que tant que les citoyens continuent de croire qu’en allant voter ils font leur devoir, nous continuerons collectivement de cautionner cette insupportable mascarade. Il faut pourtant que cela cesse. Tous ceux qui veulent « changer les choses » devraient s’apercevoir que le changement ne viendra pas du bulletin de vote qu’il déposera dans l’urne, comme depuis des décennies, mais peut-être justement de l’absence de ces bulletins dans les urnes de France. Pour montrer notre mécontentement, nous devrions laisser élire un roi sans peuple. Puisque le système électoral actuel ne permet pas le changement de gouvernance (un parti unique à trois têtes plus ou moins vilaines), alors il ne doit pas être légitimé par notre participation. Si dans le monde le président français est élu avec 20% de participation, il lui sera difficile de se sentir investi par ce « peuple français »… On pourrait alors peut-être commencer à se poser les bonnes questions.
Et à ceux qui se demandent ce qu’on pourrait faire après ça, il existe tout un tas de projets d’Assemblée Constituante prêts à servir, pour peu que les citoyens veuillent bien se donner un peu la peine de s’y intéresser.
Mais les citoyens, veulent-ils vraiment du changement ? C’est peut-être cela la question la plus importante à laquelle il faudrait répondre… Et si nos politiques travaillaient non pas au changement mais justement à l’absence de changement ? Si au lieu de nous informer nos médias nous endormaient avec une jolie série à suspense afin que nous ne désirions même plus de changement ? 

Et bien si c’était le cas, alors nos hommes politiques ne seraient pas si bêtes ; et peut-être même ont-ils bien des idées, des vraies… mais attention : ils prendraient bien soin de ne jamais les divulguer !

Caleb Irri

mardi 24 mai 2016

La fin des Etats ?

Caleb Irri           

C’est une sorte d’hydre à plusieurs têtes ; avant on l’appelait « GAFA » pour « Google, Apple, Facebook, Amazon » mais d’autres têtes lui ont poussé depuis… Twitter, Netflix, Uber… Et puis il y a toujours Monsanto, Total, Goldman Sachs, et quelques autres encore… mais elles ne sont pas tant que ça en définitive.

Sauf que ce monstre insatiable est en train de mener une lutte acharnée pour le pouvoir, et ce sur deux fronts en même temps : contre les citoyens bien sûr (les lanceurs d’alerte vous le confirmeront !), mais aussi contre les Etats qui refusent de se soumettre à leurs exigences -ou ne le font pas assez vite.
On soupçonnait bien qu’un jour les financiers finiraient par se confronter aux politiques, inévitablement : leurs intérêts divergent à partir du moment où la compromission du pouvoir politique par le pouvoir financier commence à être rendue publique (Luxleaks, Panama papers pour ne citer que les affaires les plus récentes). Internet -et sa force de frappe planétaire- est un danger pour tous les tricheurs qui veulent rester discrets : c’est pour cela qu’ils poussent les politiques à adopter, pour leur propre sécurité mutuelle, des mesures restrictives sur tout ce qui concerne les libertés sur internet ; le terrorisme étant le biais idéal pour faire passer la fin des libertés sur internet comme un sacrifice difficile -mais nécessaire- à accepter.
Sacrifice qui s’ajoute à ceux exigés par les politiques quand les financiers commandent des lois aux politiques qui les servent (et se servent eux-mêmes au passage)… Contraints de faire passer la pilule auprès des peuples qui ne sont pas toujours d’accord (ce qui ajoute une raison de contrôler internet !), nos hommes politiques sont parfois quelque peu réticents à risquer leur place pour quelques accommodements avec leurs convictions. Regardez le TAFTA : des dispositions légales impliquant une égalité de pouvoir entre une entreprise et un Etat pose des problèmes à tous : les politiques rechignent à signer par peur du peuple qui doit continuer de les élire, tandis que les entreprises payent des sommes considérables pour obtenir ces signatures. Même si au bout du compte ces accords seront adoptés bon gré mal gré, le temps et l’argent perdu par les multinationales pour obtenir la légalisation de leurs comportements immoraux les empêche d’avancer comme ils veulent… d’autant que ces traités sont sujets à changements au gré des alternances gouvernementales.
Quand on pense que certaines entreprises possèdent des ressources financières parfois bien plus importantes que celles d’Etats entiers -dettes comprises !- on est en droit de se demander si des pays entiers ne pourront pas être définitivement achetés par une entreprise -un peu comme dans « les condamnés à mort », un livre que j’ai découvert il y a peu, écrit en 1920 par « Claude Farrère ». Ainsi ils supprimeraient les intermédiaires gênants qui ralentissent le bon déroulement des affaires.
Du coup se pose également la question de la démocratie : ne nuirait-elle donc pas aux affaires ? Alors que la Chine rachète tout ce qu’elle peut de par le monde, la démocratie devrait-elle empêcher « l’Occident » continuer de vivre dans l’opulence ? Cette façade idéologique marque bien toute l’hypocrisie de ce genre de discours, alors que ce sont ces mêmes Apple, Facebook ou Amazon qui exploitent le travail de ces Chinois, dont les plus corrompus gagnent des fortunes. C’est qu’en réalité il n’y a pas de combat entre le nord et le sud, pas plus qu’entre l’est et l’ouest. Le combat est celui des riches contre les pauvres. À l’heure où il est de bon ton de s’alarmer du climat, de la surpopulation, des terroristes, de la pollution, on peut se demander si l’on essaye pas de nous faire peu à peu comprendre qu’il n’y a pas de place pour tout le monde, et que par conséquent on ne gardera que « les meilleurs »…
Ce qui se passe actuellement est une offensive directe de la part de quelques entreprises géantes qui ne veulent plus se laisser emmerder par la démocratie, même fictive. Ils veulent lever le rideau et prendre les commandes en direct. Quittes à imposer la dictature.
Le mouvement de concentration des médias et leur rachat, malgré leur faible rentabilité, montre également à quel point la bataille de l’opinion doit quand même leur être acquise avant de donner l’assaut final. Prêts à dépenser des milliards pour obtenir nos données, pour nous faire voir le monde à leur manière, ils désirent contrôler ce que nous avons le droit de savoir ou de ne pas savoir, ce que nous devons vouloir ou ne pas vouloir, afin de continuer à nous vendre leurs produits, ainsi que leur idéologie : soyez les meilleurs, sinon vous n’aurez pas votre place parmi les « élus ».
Cette concentration constitue la dernière étape du système capitaliste, qui pourrait conduire au rachat de pays entiers par des multinationales qui gèreront les peuples à la manière de leurs entreprises, avec les moyens techniques de surveillance et de contrôle dont ils disposent. Les riches ont pris l’ascendant et sont bel et bien en train de gagner la lutte des classes. Leur puissance a atteint de tels sommets qu’il est désormais impossible de leur faire entendre raison : too big too fail, un point c’est tout !
De leur point de vue, c’est d’une logique imparable : de la même manière que Monsanto achète petit à petit toutes les entreprises qui produisent des semences « non-OGM » afin de les empêcher de « nuire aux affaires », chaque multinationale dominante désire racheter ses concurrents pour les rendre inoffensifs. Toutes les barrières réglementaires qui contraignent leur puissance est un ennemi à abattre. Et la démocratie nuit aux affaires. Comme l’écologie et les journalistes, ou les droits sociaux.
Tant que l’on ne remettra pas en cause l’idéologie qui érige la rentabilité en valeur supérieure à toutes les autres, il ne peut y avoir ni démocratie ni écologie ; mais il y aura des guerres, et de la misère aussi.

Car dans un monde où la rentabilité est la valeur supérieure, il n’y a pas de limite à l’exploitation de l’homme.

Caleb Irri

mardi 16 février 2016

Au bord du précipice

Résultat de recherche d'images pour "photo du chaos"Caleb Irri      

Combien de temps cela va-t-il tenir encore ?

Notre civilisation s’approche toujours un peu plus du chaos qui vient, et pourtant elle n’a toujours pas plongé. Notre humanité possède une capacité à rester debout, malgré le vent qui la pousse, au bord du précipice qui l’attire vers lui, somme toute assez stupéfiante : car enfin cela fait cent fois qu’elle aurait dû basculer dans ce gouffre. Et elle est toujours là, debout, ou à peine à genoux, défiant jusque les lois de la nature… 
Ainsi les terroristes gagnent du terrain, la démocratie en perd, mais nous faisons encore des enfants, et nous continuons de mettre de côté pour nos vieux jours…. c’est ça l’instinct de survie ? C’est ça la théorie de l’évolution ? Puisque nous sommes assez stupides pour tout foutre en l’air, nos corps se rapprochent-ils d’eux-mêmes pour maintenir la survie de l’espèce ou est-ce la misère qui les y contraint ? et nos esprits n’espèrent-ils pas ainsi continuer de vouloir vivre malgré les faits qui nous accablent ?
Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Comment les êtres humains peuvent-ils être à la fois si intelligents qu’ils inventent tous les outils capables de leur rendre la vie meilleure et qu’en même temps ils sont infoutus de les utiliser autrement que pour se la rendre misérable ?
J’entendais l’autre jour que les archéologues avaient découvert des objets « d’art » vieux de 500 000 ans, ce qui signifierait que la civilisation humaine se développe sans discontinuer depuis tout ce temps. Nous n’en connaissons pour ainsi dire rien mais nous sommes toujours là, 500 000 ans plus tard !
Nous sommes capables d’envoyer des fusées dans l’espace ou de faire vivre un homme avec un coeur artificiel mais nous avons créé les conditions d’un chaos indescriptible en seulement quelques siècles. Récemment on apprenait que les 1% les plus riches possédaient autant de patrimoine que les 99 autres pourcents de la population. 1% possède la moitié de la planète, et 99% possèdent l’autre moitié. Les premiers veulent vivre longtemps et en bonne santé, tandis que les 99 autres pourcents en bavent pour permettre au 1% d’y parvenir. En détruisant consciencieusement la terre qui les nourrit (plus ou moins) tous. Cela signifit-il que 100% de l’humanité, la même que celle qui a débuté ici il y a 500 000 ans, ont détruit la planète pour le plaisir d’un si petit nombre d’êtres humains ? En si peu de temps ?
Aujourd’hui on demande aux 99% de faire encore des efforts, et on s’étonne que la colère gronde partout dans le monde !
Non ce qui est étonnant, c’est que la guerre n’ait pas encore éclaté.
Vous ne la sentez toujours pas venir ces dictatures qui conduisent toujours au pire ?
Je ne vais pas faire la liste ici mais l’exercice vaudrait sûrement le coup ; dommage que je n’ai pas assez de temps pour cela. Depuis 2012, quand les « socialistes » criaient au scandale quand j’écrivais qu’il ne fallait pas voter Hollande, il s’en est passé des choses ! Vous pensez toujours qu’il fallait voter Hollande ? Vous n’avez pas un tout petit regret aujourd’hui ?
Il y a dix ans la France était un pays que tout le monde enviait pour sa protection sociale, son CDI, ses 35 heures, ses libertés, ses rues tranquilles, son dialogue social, son accueil, son indépendance… Aujourd’hui nous espérons secrètement conserver suffisamment de liberté pour oser dire que monsieur Valls est un homme dangereux ou que monsieur Macron est un « libéral décomplexé » (tu parles !).
Pendant ce temps on discute du livre de Sarkozy définitivement pathétique, de la barbe de Macron, ou de savoir si une primaire aura lieu « à gauche ». Sans déconner !
Pendant ce temps, on détrousse les migrants, (enfin ceux qui ont réussi à ne pas mourir ou se faire agresser en chemin), on les met dans des camps et on les laisse pourrir dedans. En 2016. Nous recréons des bidonvilles à l’intérieur de l’Europe, et des milices fascistes refont leur apparition. L’année va s’écouler sous « état d’urgence » après une modification constitutionnelle dont le débat public est centré sur la déchéance de nationalité appliquée à des types qui ont une haine de tout ce que la France représente… la belle affaire ! Cette excuse terroriste aura si bien fonctionné que pour ne pas que ces barbares nous suppriment des libertés, nous nous les retirons nous-mêmes. Nous arriverons en fin d’année complètement désarmés pour lutter, juste à temps sans doute pour commémorer les attaques du 13 novembre 2015 et entamer la campagne présidentielle dans la foulée. Hollande se représentera après avoir truqué les chiffres du chômage, Le Pen sera invitée partout pour déverser sa haine et puisque cela ne suffira pas, on nous effraiera aussi avec le terrorisme. Sarkozy ou un autre seront là en embuscade, prêts à faire toujours pire dans leurs propositions libérales histoire de ne rien lâcher face aux Macron et Valls qui seront peut-être de la partie. On nous ressortira le coup du « vote utile« , comme s’il suffisait d’avoir sa carte au PS pour être de gauche ou de l’avoir au LR pour ne pas être d’extrême-droite.
Tout le monde râlera encore pendant les élections, et se résignera tout de même à voter au deuxième tour pour LR ou le PS, après un « sursaut républicain » d’entre les deux tours. On lancera peut-être même « l’Union Sacrée », Le « LRPS » ou le « PSLR » ; et puis pourquoi pas ressortir quelques casseroles accrochées judicieusement derrière le FN qui aideront les plus frileux à faire un choix ? Et c’est reparti pour un tour.
Ah c’est sûr qu’elle repartira la croissance ! Quand vous aurez vu vos salaires baisser à mesure que vos droits sociaux s’amenuisent, il sera toujours temps de compter la « recompensation » de vos pertes comme des gains, ça ne nuit pas au moral.

Mais ne serait-il pas plutôt temps de se réveiller? Nous avons désormais deux ennemis : l’un est extérieur, l’autre est intérieur. Tous les deux luttent contre la démocratie. C’est-à-dire contre nous, le peuple.

Caleb Irri