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mercredi 20 juillet 2016

Turc, j'ai cru que j'allais me réveiller dans un pays en ruine. Ce qui m'attend est pire

Julia Mourri                    

Comme tous les soirs, ce 15 juillet, Yusuf était dans un restaurant de son quartier, à Istanbul, avec ses amis, lorsqu'il a appris qu'il y avait une tentative de coup d'État. Il raconte ce qu'il a vu dans la rue, la peur, et le réveil difficile alors que la vie de la ville suit son cours, "comme si rien ne s'était passé". Témoignage.

Je suis né et j’ai grandi dans la banlieue d’Istanbul, et j’habite maintenant à Tavla, un quartier du centre-ville. La population y est principalement non-musulmane, composée de migrants, d’étudiants, de jeunes adultes célibataires, d’homosexuels et de trans.
Hier soir, j’étais avec des potes dans un restaurant du quartier où nous avons l'habitude de nous retrouver tous les jours après le travail. On a commencé à recevoir des messages de nos proches : les forces armées bloquaient le pont de Bosphore. On s’est dit qu’il devait s’agir d’une mesure de sécurité en prévention d’une nouvelle attaque terroriste.
On a aussi pensé à un putsch – la Turquie en a connu quatre dans son histoire récente – sans l’envisager sérieusement.

                      Les minarets des mosquées ont appelé les gens à descendre dans la rue

Puis l’intervention du premier ministre Binali Yildirim sur la chaîne NTV – réputée pro-gouvernementale – vient confirmer nos doutes : on vient bien d'assister à une tentative de coup d’État. Avec Recep Tayyip Erdogan et d’autres membres de l’AKP, ils appellent le peuple à tout faire pour enrayer cette tentative, en répétant à plusieurs reprises que les responsables seront lourdement punis.
En parallèle, une partie de l’armée affirme qu’elle a pris le contrôle de la République et retient en otage le chef de l’État-major. Les forces militaires s'emparent du Parlement, de la chaîne nationale CNN Türk, de l’aéroport Ataturk d’Istanbul et du siège de l’État major.
Les partisans de l’AKP commencent à sortir de chez eux et les minarets des mosquées appellent les gens à descendre dans la rue au nom de la "démocratie". Depuis les maisons, on entend le Tekbir, le crédo musulman, suivi par l’Allahuekber de la foule.

Les partisans du régime tirent dans la rue

Tout s'enchaîne rapidement. Devant les supermarchés et les épiceries, des files d’attente se forment. Les gens achètent de l’eau, du pain. Tout le monde s’attend à ce qu’un couvre-feu officiel soit annoncé. Cela n’arrivera pas.
Des voitures de police bloquent l’une des artères principales qui mène au siège de l’État-major, à Harbiye. Un grand nombre de policiers sont armés de mitrailleuses lourdes et barrent la route.
À la télévision, on assiste en direct aux frappes des soldats sur le Parlement turc. On peut voir les journalistes sur place aller se mettre à l’abri.
Puis les coups de feu commencent. Viennent-ils de Harbiye ? Non, en fait, ils viennent de partout. Les partisans du régime tirent dans la rue.
Toute la nuit, jusqu'à six heures du matin, nos maisons tremblent sous le bruit des explosions, des tirs, des avions de chasse qui rasent la ville. Leur bruit est indescriptible, incessant, toujours plus fort. Je frissonne et perds l’équilibre. À plusieurs reprises, je me jette à terre en pensant qu’une bombe vient de toucher ma maison.

                                         Ceux qui nous terrorisent sont des "héros"

Après trois heures de sommeil, je suis terrifié à l'idée de me réveiller dans un pays en ruine. Pourtant, la vie suit son cours, comme si rien ne s’était passé. Comme après chaque attentat suicide qui fait une dizaine de morts, comme quand les forces de police et l’armée massacrent les Kurdes ou les Alevis.
Que s’est-il passé hier soir ? Beaucoup de journalistes et de commentateurs envisagent la possibilité d’un faux coup d’État, orchestré par Erdogan pour obtenir les pleins pouvoirs. D’autres disent que la menace d'un putsch n'était pas si sérieuse.
Moi, je me fous des hypothèses. Tout ce que je vois, c’est que plus de 200 personnes sont mortes. C’est que ceux que l’AKP a appelé à envahir les rues ont décapité de jeunes soldats, jeté leur tête du pont Bosporus et sauté sur leur corps inerte. Ceux qui, chaque jour, tuent, violent, harcèlent, agressent, terrorisent, ont aujourd’hui le statut de "héros".

Nous sommes les prochains

Les autorités turques ont annoncé avoir renvoyé 2.745 juges après la tentative de coup d'État. Une dizaine de membres du Conseil d’État sont détenus, 38 autres sont recherchés et 2.800 membres des forces armées turques ont été arrêtés.Le département de Police d’Istanbul a donné l’ordre de "tirer à vue" sur tout soldat en uniforme qui ne se trouverait pas sur son lieu de travail.
Erdogan avance vers le pouvoir absolu. Ses partisans armés ont pris la rue.

Nous sommes les prochains. La prochaine fois que vous entendrez parler de la Turquie, ce sera pour des décapitation de gauchistes, de Kurdes, d’Alévis, d’homosexuels, de femmes ou étudiants... Chacun d'entre nous est menacé.

nouvelobs.com

dimanche 17 janvier 2016

129 ! L’histoire de l’homme sur la photo

JPEG - 114.8 koObservatoire de l'état d'urgence          

« Aucune poursuite judiciaire » écrit la presse. L’image de Hassan [1] menotté dans le dos a pourtant depuis été largement reprise par les médias français et étrangers pour illustrer « les perquisitions dans les milieux islamistes ». Derrière cette formule laconique se cache une injustice violente.

Deux jours après les attentats, quartier du Mirail, à Toulouse. En pleine nuit, explosion de la porte au domicile de Hassan, qui vit là avec ses enfants de 3, 4 et 7 ans. Des habitants de l’immeuble ont témoigné du bruit de l’explosion de la porte, impressionnant. Hassan se précipite à la porte, sans même avoir le temps de s’habiller. Il est immédiatement plaqué au sol, menotté dans le dos et maintenu au sol. Au moment où nous recueillons le témoignage de Hassan, une semaine après la perquisition, il garde encore des traces des coups reçus. De nombreux coups de pieds, « des deux côtés ». « Chaque nouveau policier qui entrait dans l’appartement » participait à ce rouage de coups. « J’avais même une trace de semelle de chaussures » nous dit Hassan en désignant sa poitrine. « 129, en me frappant ils disaient 129, pour 129 morts », du nombre des victimes des attentats à Paris. Un policier hurlait « j’vais te tirer dessus ! ». Les enfants assistent à cela : l’un est caché sous une couette, l’autre pleure. Perturbés par ce qu’ils ont vécu, « ils ont dû voir une psychologue à l’école ».
Car Hassan est, comme de nombreux perquisitionnés, ciblé sur des critères racistes. Ce papa s’occupe seul de ses trois jeunes enfants : il mène une vie simple et fréquente peu de gens dans le quartier. La police ne le connaît pas, veut s’informer sur lui. C’est l’Etat d’urgence, tout modif recevable d’un point de vue judiciaire est facultatif. Il s’agit autant de faire du renseignement que d’envoyer un signal fort.
La présence des enfants ne modère pas les policiers : ils veulent montrer qu’ils sont chez eux chez Hassan.
Sous prétexte de chercher des armes, les policiers vont en réalité saccager l’appartement : les étagères sont vidées, le cadre du lit cassé… Une TV de prix est hors service parce qu’elle a pris 7 impacts. « Quel besoin de casser le lit ? De casser la télé ? » Juste la latitude laissée aux forces « de l’ordre » de se défouler. Montrer qu’ils sont chez eux. Qu’ils ont des droits sur Hassan, qu’il va payer pour les attentats avec lesquels il n’a rien à voir.
Hassan a ressenti la rage des policiers : « ils viennent chez quelqu’un, ils voient que c’est beau, et ils cassent sans raison ». Un chien a été lâché dans l’appartement, à la recherche de drogue et d’armes, en appui à la brigade des stups dans la maison.
L’intention de rabaisser est manifeste : pendant une grande partie de la perquisition, ils ont refusé que Hassan puisse au moins mettre un sous-vêtement, alors qu’il l’a demandé à plusieurs reprises. Ils l’ont laissé s’habiller seulement pour aller faire la mise en scène en bas de l’immeuble.

Une séance photo

Une fois la perquisition terminée, les policiers ont emmené Hassan en bas de l’immeuble. Il y avait là une clio blanche de la Dépêche du Midi, dont est descendu un homme habillé de noir et cagoulé, équipé d’un appareil photo. Ils ont organisé une séance photo avec Hassan menotté [2], pendant 20 minutes, sous les fenêtres de ses voisins. Des projecteurs éclairaient la façade de l’immeuble. Hassan a eu l’impression d’être choisi sur des critères physiques pour cette mise en scène : il est Arabe, grand, sportif, porte la barbe. Une fois le spectacle terminée, les policiers sont remontés avec Hassan dans son appartement puis sont partis, dix minutes plus tard. Aucune charge n’est retenue contre lui, il n’a pas été amené en garde à vue. En insistant, un papier lui a été montré : selon les policiers c’est un ordre de la préfecture pour la perquisition. L’opération donne surtout l’impression d’avoir servi à produire l’image d’un monstre pour les médias. Dans une vidéo de La Dépêche filmée lors de la perquisition, « les policiers posaient tout fiers avec leurs mitraillettes en bas de l’immeuble ».
Malgré les bleus, les éraflures et la mâchoire gonflée, Hassan ne s’est pas fait examiner par un médecin. On a senti la nécessité de tourner vite la page. Ce n’est qu’un mois après la perquisition qu’il a réussi à redormir tranquillement. Sa fille de 7 ans prend peur à chaque fois qu’elle voit des hommes habillés en bleu « elle a peur qu’ils reviennent ». « Je ne peux plus faire confiance à l’état ».

« J’avais du respect pour la police ! »

Une fois le RAID parti, que reste-il : la crainte de voir le regard des gens autour changer, la rage d’avoir été agressé, le besoin que son innocence soit reconnue. « À quoi bon poursuivre, c’est l’Etat et ils ont tous les droits », lui a répondu son avocate. « Puisqu’ils n’ont rien trouvé, je voudrais des excuses du chef du RAID. »
« J’avais du respect pour la police ! Le RAID, c’est censé être le « summum » de la police : ils sauvent des vies. Mais des gens qui viennent, qui battent, qui cassent gratuitement, c’est des racailles ! »
Il craint aussi que, parler de ça, entache ses chances de trouver un emploi dans son métier. Après la publication de sa photo dans la Dépêche, Hassan a été reconnu dans tout le quartier. « Le lendemain, le buraliste m’a regardé bizarement quand je suis allé acheter le journal avec ma photo en Une... » « Pour les autres perquisitions qui ont eu lieu après, ils ont remis ma photo ! » Depuis, à la demande de son père, âgé, il a taillé sa barbe. Des voisins sont tout de même venus pour lui témoigner leur sympathie. Hassan n’ose plus aller à la mosquée, de peur « qu’ils reviennent ».
Quand deux jours après, il a de nouveau entendu une explosion dans l’immeuble, il a vu 19 véhicules présents devant le bâtiment, avec des policiers mitraillette à la main. Cela est corroboré par des témoignages de voisins.
Ce qui nous a marqué dans ce témoignage, c’est l’intention manifeste de dominer. BRI, GIPN, RAID sont venus pour casser, dominer. Hassan est un défouloir pour ces policiers à la recherche d’un bouc émissaire.
La collusion entre pratiques journalistiques douteuses et Préfecture est à dénoncer. L’image de Hassan, menotté, apparaît d’abord en illustration d’un article sur une perquisition administrative débouchant sur une saisie de 1.5Kg de cannabis. Cela est fait pour induire que Hassan est l’auteur, ce qui est une façon de nuire.

Cette même photo est abondamment utilisée sur des sites d’information plus ou moins sérieux. « Elle sort quand on fait la requête « attentats » ou « islam radical » sur Google » déplore Hassan. Au moment où nous avons recueilli son témoignage, il n’envisageait toutefois pas porter plainte, persuadé que ça ne servirait à rien et désireux de se faire oublier. Cette photo a été reprise par de nombreux médias, y compris à l’étranger.

Notes

[1Son nom a été modifié.
[2Au total, Hassan a gardé les menottes pendant une heure, sans qu’absolument rien ne le justifie.

Photo : L’image de Hassan utilisée jusqu’aux USA Ex : http://edition.cnn.com/2015/11/16/world/gallery/paris-attacks-manhunt/

toulouse.etatdurgence.fr

mardi 11 mars 2014

Le témoignage de Claire, la « dangereuse éducatrice recherchée »


Europalestine              

« Je m’appelle Claire, j’ai 27 ans et j’ai participé avec une immense joie et beaucoup d’espoir à la délégation des femmes pour Gaza ! Je fais partie des 4 femmes présentées comme « dangereuses et recherchées » par les autorités égyptiennes, propos qui a été, honteusement, repris par le Consul de France au Caire. »

"J’ai découvert avoir été ainsi qualifiée à mon retour en France, puisqu’à mon arrivée au Caire, j’ai été avec 3 autres militantes isolée, déplacée plusieurs fois dans l’aéroport, dans des salles vitrées mais isolées de tout contact avec d’autres passagers (afin de ne pas croiser le reste du groupe je suppose) et enfin mises en rétention avec les migrants. Quelle ne fut pas ma surprise !
Je savais pourtant que les femmes regroupées au terminal 3 faisaient un sit-in pour dénoncer notre arrestation et le refus des autorités de laisser la délégation entrer en Egypte, mais j’étais loin de m’imaginer dangereuse et recherchée ! Plus c’est gros, plus ça passe, doit se dire Monsieur le Consul !
Avant de passer notre nuit en cellule, nous avons dû réclamer durant 4 heures le simple droit de parler à une personne anglophone afin de connaître enfin le motif de notre isolement et expulsion imminente ! Au terme de ces 4 heures d’insistance, auprès, au bas mot, de quinze personnes différentes, nous avons appris que nous serions mises en rétention… pour notre sécurité ! Ainsi, pour notre sécurité, nous avons été isolées, enfermées, privées de nos téléphones et appareils photo (sauf un… que j’ai réussi à faire passer en cellule et grâce auquel nous pouvons présenter notre cellule.)
Durant ces mêmes 4 heures, les autorités égyptiennes ont tenté de nous convaincre de prendre à nos frais un vol vers nos pays respectifs, à chaque fois, nous avons insisté sur le Droit International, réclamant une expulsion à leur frais, et sur nos compagnies de vols initiales, et aux destinations de notre choix, conformément à la loi. Le cas échéant, nous avons prévenu que nous refuserions de monter dans un avion.
Nous avons exprimé notre volonté de rejoindre le groupe, qui nous a bien évidement été refusé ! De même que la possibilité de pouvoir prendre contact avec notre ambassade et le consulat. Le simple fait d’obtenir de l’eau nous a également demandé des heures de négociations ! Au terme d’une nuit en rétention, que nous avons passé dans la bonne humeur sachant nos comparses chantantes au terminal 3, nous avons été expulsées avec trois belges que nous avons retrouvées « par hasard » sur le chemin de l’expulsion. Les militantes belges ont signifié leur indignation aux autorités, mais aussi dans l’avion à l’intention des passagers et à l’issue de notre vol, l’équipage nous a apporté la marque de son soutien, ainsi qu’à la cause palestinienne !
Nous avons, en dépit de la déception, gardé le sourire tout du long cette nuit, nous sachant soutenues dans l’aéroport mais aussi en France et au Caire. Nous ne regrettons nullement d’avoir participé à cette mission et je souhaite repartir encore et encore, jusqu’à ce que les femmes de Gaza soient libres, nous n’aurons de cesse de dénoncer les conditions de vies dans la bande de Gaza !"

Claire de Lyon

CAPJPO-EuroPalestine

samedi 16 février 2013

«La France a traité mon dossier, en fonction de ses alliances politiques», par Salah Hamouri

Alohanews                  

Alohanews est allé à la rencontre d’un homme au destin atypique.
Salah Hamouri était un étudiant franco-palestinien en sociologie et militant pour la cause palestinienne. Une vie ordinaire, qui basculera, le 13 mars 2005. Il sera enfermé, dans les geôles israéliennes, pendant plus de sept ans. C’est le récit d’un homme devenu le symbole de la jeunesse citoyenne militante. Un entretien qui casse des barrières. Salah Hamouri revient sur ses conditions de détention, sur la responsabilité des autorités françaises, sur sa libération, sur l’affaire Florence Cassez, et sur son combat. Mouâd Salhi a recueilli ses propos.

Pouvez-vous rappeler aux lecteurs quels ont été les chefs de votre détention, en Israël ?

J’ai été arrêté, le 13 mars 2005, pour avoir “l’intention d’assassiner” le rabbin extrémiste Yossef Ovadia, et d’être membre du Front Populaire de Libération de la Palestine. J’ai été jugé, par un tribunal militaire d’occupation. Ce dernier m’a condamné à sept années de prison.

Quel a été votre quotidien, durant les sept années de votre emprisonnement ?

Les prisonniers palestiniens connaissent le but de leur détention : tuer l’être humain et détruire son mental afin qu’une fois sorti, il soit un poids pour sa famille et pour la société palestinienne. Nous faisions tout pour nous organiser, afin d’avoir une vie normale. Nous organisions des élections discrètes pour élire nos dirigeants. La vie quotidienne s’organisait par plusieurs comités élus qui s’occupaient de la culture, de l’organisation et de la communication avec les autres prisons. Par exemple, nous devions lire minimum deux livres par mois, et nous en débattions.

Par rapport aux visites, normalement, le prisonnier politique palestinien a le droit de recevoir une visite tous les quinze jours. Cette visite s’effectue derrière une vitre. Toutes les conversations s’y effectuent par téléphone et sont enregistrées. Israël a divisé en trois catégories les visites, une pour Gaza, une pour Jérusalem et une pour la Cisjordanie .

Les prisonniers venant de Cisjordanie n’ont pas le droit de recevoir des visites sans que leur famille ait une autorisation militaire. Néanmoins, cette autorisation demande une contrepartie qui favorise la colonisation. Par exemple, l’armée de "Tsahal" demande à un enfant de collaborer avec les renseignements israéliens pour obtenir une autorisation afin de voir sa mère ou son père.

Entre 2006 et 2012, les prisonniers de la bande de Gaza n’ont pu recevoir qu’une seule visite de leurs proches. Suite à cela, les prisonniers ont entamé une grève de la faim en 2012 qui a duré 28 jours. Suite à cette grève, quelques prisonniers de Gaza ont pu recevoir des visites. La grève de la faim est le moyen le plus efficace pour les prisonniers politiques pour faire valoir leurs droits. À l’heure où je vous parle, quatre prisonniers sont en grève de la faim. Deux d’entre eux parce qu’ils sont en détention administrative (détention sans procès, sans preuve, renouvelable tous les six mois sans jugement), les deux autres parce qu’ils ont été de nouveau arrêtés, alors qu’ils avaient été libérés lors de l’échange de prisonniers en 2011.

Il faut savoir qu’il y a des prisonniers qui souffrent de maladies et que l’occupation refuse de leur donner des soins adaptés. Actuellement, onze détenus sont atteints du cancer. Israël refuse de les libérer alors qu’ils sont en danger de mort.

Le plus dangereux, c’est qu’Israël se sert des prisons comme centre de recherche. Le gouvernement utilise des prisonniers comme cobayes en testant toute sorte de médicaments. Des médecins internes viennent pratiquer des opérations sur les détenus pour obtenir leur diplôme.

Il faut savoir que depuis 1967, plus de 300 prisonniers sont morts dans les cellules. Certains corps n’ont pas été rendus à la famille, tant que la peine de l’incarcéré n’est pas terminée. À ce jour, 111 prisonniers sont incarcérés depuis plus de 20 ans. Israël refuse de les libérer bien qu’ils aient été emprisonnés avant l’accord d’Oslo.

Vous êtes devenu une icône de la résistance palestinienne, malgré vous, à l’image de Marouane Barghouti. Est-il vrai que vous avez été incarcéré avec lui ?

Oui, j’ai vécu avec lui quelques mois. Je suis devenu une icône de la résistance palestinienne malgré moi. Mais il faut savoir qu’aujourd’hui, il reste 4600 icônes de la résistance palestinienne derrière les barreaux. Je crois que ma liberté est seulement le début d’un long chemin pour obtenir leur libération.

Comment s’est négociée votre libération par les autorités françaises ?

Je crois que mon dossier n’était pas soutenu par le gouvernement français et qu’il était caché au fond d’un tiroir. J’ai senti que je n’ai pas été traité comme un citoyen français à part entière. Nicolas Sarkozy a refusé plusieurs fois de recevoir ma mère, alors qu’il a reçu tous les parents des autres français détenus dans le monde. Il faut rappeler qu’il s’était promis de chercher les Français détenus dans le monde entier. Je crois aussi que la France à l’époque a traité mon dossier en fonction de ses alliances politiques.

La première fois que j’ai reçu la visite de Christophe Bigot, ambassadeur de France à Tel-Aviv, c’était juste après la libération du soldat franco-israélien, Gilad Shalit. Il m’a dit que la France allait négocier pour que mon nom soit mis sur la liste des prisonniers libérés lors de la deuxième vague d’échange de prisonniers lors de la libération du soldat Gilad Shalit. Dix jours plus tard, j’ai reçu une deuxième visite de l’ambassadeur, m’annonçant qu’il a participé à plusieurs réunions avec 14 ministres israéliens, mais qu’il n’avait pas encore de réponse quant à ma libération.

Un jour après, j’ai été surpris d’apprendre que Christophe Bigot avait été rencontrer le rabbin Yossef Ovadia pour lui demander son avis sur ma libération. Le jeudi 15 décembre, j’ai appris que j’allais être libéré le 18 décembre 2011. Depuis le début de ma détention, j’ai pu compter sur la mobilisation citoyenne bien plus que sur la mobilisation du gouvernement. Je remercie toutes les personnes qui ont pris part à cette mobilisation.

Cela fait maintenant plus d’un an que vous avez été libéré, comment arrive-t-on à vivre, normalement, après un tel traumatisme ?

Je ne crois pas que je pourrai un jour reprendre une vie normale en faisant comme si l’étape de la prison n’avait pas existé. La prison m’a volé sept ans de ma vie. Néanmoins, il y a des choses que je n’aurais jamais pu apprendre si je n’y avais pas été. Malgré la souffrance de l’incarcération, j’ai appris beaucoup de choses qui me resteront gravées : la solidarité, avoir des principes, cultiver l’espoir et surtout toujours garder le sourire et le moral même dans les moments les plus difficiles. Cette épreuve a forgé mon caractère. Depuis ma sortie, j’essaie de rattraper le temps volé par mon emprisonnement.

Vous avez pu suivre au journal télévisé, la sortie de la ressortissante française, Florence Cassez, en détention, au Mexique. Jugez-vous avoir été soutenu de la même manière ?

La France avait moins de problèmes à créer une crise diplomatique avec le Mexique qu’avec un Etat d’occupation. Les médias ont également beaucoup parlé d’elle pendant sa détention et l’ont reçu sur leurs plateaux après sa libération. En ce qui me concerne, seul le journal militant L’Humanité a réellement relayé mon affaire et à ma sortie, peu de médias français étaient présents. À l’inverse de Florence Cassez, je n’ai été reçu ni par le Président de la République ni par des ministres. Nous sommes face à un réel “deux poids, deux mesures” aussi bien au niveau de la classe politique qu’au niveau des médias. Dès que l’on touche aux alliés politiques de la France, les droits des citoyens français semblent oubliés. Tout cela confirme l’importance d’une mobilisation citoyenne forte en faveur de la Palestine.

Comment qualifiez-vous le refus de la libération du résistant libanais, Georges Abdallah, par l’Etat français, bien qu’il ait purgé l’entièreté de sa peine ?

Tout d’abord, je veux saluer ce grand combattant de la liberté, à qui j’accorde un grand respect parce que sa volonté et ses principes n’ont pas été brisés par les barreaux des prisons. Comme beaucoup de personnes, je demande la libération immédiate et sans condition de Georges Ibrahim Abdallah. Aujourd’hui plus qu’avant, cette libération doit avoir lieu compte tenu de la décision prise par le tribunal. Malheureusement, le gouvernement français bloque cette libération, et préfère se soumettre à la pression américano-israélienne, au lieu de défendre sa souveraineté nationale.

Vous soutenez une opération ‘J’écris ton nom LIBERTE : Je parraine un prisonnier’, en appui aux prisonniers politiques palestiniens. Quel est le but de cette initiative ?

Il s’agit d’une démarche simple, mais politiquement très forte. Chaque parrain s’engage à envoyer une lettre par mois à son filleul (en anglais ou en arabe), tout en sachant que les prisonniers ne peuvent pas y répondre. Le parrainage permet de faire comprendre aux prisonniers qu’ils ne sont pas seuls et de prouver à cette occupation qu’il y a des milliers de citoyens en France et partout dans le monde qui soutiennent la lutte et les droits des prisonniers. C’est aussi une sorte de protection pour ces détenus. Cette mission simple est une part de la mobilisation et de la solidarité entre tous les femmes et les hommes libres du monde. Pour y participer, il suffit de s’inscrire sur http://www.france-palestine.org/Parrainer-un-e-prisonnier-e

Quel est votre combat aujourd’hui ?

Je milite pour le droit des prisonniers politiques palestiniens. En Palestine, en France ou dans mes conférences à travers le monde, je m’efforce de faire connaître la situation des prisonniers palestiniens pour mobiliser le plus de monde afin d’obtenir leur libération.

Alohanews

samedi 29 décembre 2012

Il ne s’agit pas seulement de peur, Bibi, il s’agit de désespoir

Nomika Zion

 Le témoignage qui suit a été écrit pendant les bombardements israéliens de la bande de Gaza fin novembre par Nomika Zion, membre de Migvan, un kibboutz urbain à Sderot, la ville israélienne qui se trouve à 1 km et demi de la bande de Gaza et qui a été une cible principale pour les roquettes lancées depuis Gaza depuis le début de la deuxième Intifada en 2000. En 2008, cinquante roquettes par jour frappaient Sderot et fin décembre 2008 Israël lançait l’opération Plomb durci, trois semaines de conflit armé à Gaza.
 
Sderot, 22 novembre 2012 - Ce n’était pas ma guerre, Bibi (1), pas plus que la maudite guerre précédente : pas en mon nom, et pas pour les besoins de ma sécurité. Et pas davantage : les assassinats prétentieux et théâtralement mis en scène du chef militaire du Hamas, Ahmed al-Jabari, en novembre, ni celui du dirigeant du Hamas Abdel Aziz Rantisi en 2004, ni celui d’Al-Kaysi, et Shahada et Ayache – méchants comme ils l’étaient – ceux-là n’ont été commis ni en mon nom ni pour ma sécurité. Pas plus que la litanie des opérations militaires israéliennes, emballées dans un langage décent afin d’atténuer les abîmes de leur destructivité : ni l’opération Arc-en-Ciel (2004), ni Première Pluie (2005), ni Hiver Chaud (2008) ou Pluie d’Ete (2006) ou Plomb Durci ( 2009) ou la dernière, Pilier de Défense.
Jamais je n’ai ressenti la moindre sécurité ni paix quand nos avions passaient dans le ciel de Sderot la nuit en route pour Gaza afin "d’écraser la tête du serpent" ou de cibler l’un ou l’autre chef, jeune ou vieux - ou le premier venu qui se serait trouvé par malchance sur leur chemin.
Je ne me suis pas sentie plus en sécurité quand 200 maisons ont été rasées par une froide nuit d’hiver en 2004, faisant deux mille réfugiés sans abri ; ni quand la centrale électrique de Gaza a été bombardée, laissant un demi-million de personnes sans courant.
Je n’ai pas eu un sentiment de tranquillité quand les bulldozers ont rasé des maisons, saccagé des champs, des vergers et des coopératives avicoles ; quand les chars ont tiré sans interruption, quand les bangs supersoniques se sont succédé, faisant trembler les vitres et semant la terreur. Ni depuis le blocus imposé à Gaza, ni quand les autorités ont essayé de présenter des calculs scientifiques du nombre de calories dont les Gazaouis ont besoin juste pour survivre. Et certainement pas avec « la mère de toutes les opérations », Plomb Durci, quand une escadrille d’hélicoptères a tué 89 jeunes gens d’une académie de police. (Comment se sent-on, en l’espace de trois minutes et cinq missiles, d’anéantir 89 jeunes hommes ?). Ni quand des dizaines de milliers de maisons furent détruites, les infrastructures écrasées et les corps alignés, rangée après rangée, des enfants sans noms, des jeunes sans visages, des citoyens sans identité. Il existe mille et une manières de supprimer la violence par des moyens violents, mais jamais aucun n’a réussi à l’éradiquer.
Alors, voyons, qu’avons-nous gagné en retour ? Encore plus de roquettes Qassam, plus de destructions, plus de terreur, plus de peur, plus de sang, plus de haine, plus de désir de revanche, plus de foi perdue. Tout compris.
Chaque fois, c’est plus profond ; chaque fois, c’est moins réversible. Chaque citoyen de Sderot sait que, quand il entend les avions en route pour Gaza, il peut se préparer au prochain tir de roquettes. Tout résident de Sderot sait que quand nous sommes partis pour la prochaine opération militaire, Sderot sera complètement sous l’emprise d’un état d’urgence. Seulement cette fois-ci c’est devenu une manie d’ampleur nationale.
Il est difficile d’expliquer aux gens qui ne vivent pas ici ce que signifie l’escalade pour les gens de Sderot et de la région, ce que cela veut dire de vivre constamment dans une zone de guerre. Il est plus facile d’endurer trois semaines de guerre que de survivre à un conflit interminable. C’est la continuité, les années qui passent, l’expérience accumulée, les anxiétés qui refont surface, le traumatisme sans vécu post-traumatique.
C’est la « musique de la guerre » qui orchestre nos vies quand les avions, les hélicoptères, les bombes et les missiles nous écorchent l’âme et les oreilles. C’est la musique de la guerre qui vous poursuit jusque dans les toilettes, vous accompagne au travail, s’engouffre avec vous pour une douche en vitesse et vous fait aller au lit tout habillé, juste au cas où il y aurait la sirène et où vous devrez sauter du lit en toute hâte pour aller vous abriter en attendant le prochain missile.
C’est cet "encore" et encore et encore. C’est ce "de nouveau", de nouveau et de nouveau, et toujours plus de la même chose. Une autre opération militaire, une autre mini-guerre, une autre guerre. Une fois encore, les généraux rugueux, une fois encore, nos correspondants en reportage sur les lieux, une fois encore la merveilleuse solidarité israélienne – toujours bien gardée en réserve pour ressortir en ces seuls moments de guerre – encore les résidents sur le front domestique témoignant leur empressement, les réservistes mourant d’envie d’aller à la bataille, une fois encore Roni Daniel [dit Monsieur Tsahal], le présentateur télé israélien distribuant la violence depuis les bureaux du ministère de la guerre en direct sur nos écrans, et une fois encore notre plus belle heure de gloire est rejouée ad nauseam.
Un jour avant l’opération Plomb Durci en 2009, une journaliste appréciée parlait avec une femme de Sderot qui avait été soigneusement sélectionnée pour jouer l’interviewée « représentative » pendant les jours de la bataille. « Alors, quelle est votre opinion : faut-il arrêter maintenant ou serait-ce une grave erreur de cesser à ce moment-ci ? » a demandé la reporter chevronnée, formulant la réponse dans sa question. A brûle-pourpoint, l’ardente dame répliqua : « Mais pourquoi donc arrêterait-on maintenant ? » - même si les cadavres s’entassaient à Gaza avec les morgues pleines à craquer. «Frappez-les aussi durement que possible» dit-elle « Ne vous mettez-pas à plat-ventre devant ces animaux. Nous devons achever le boulot une fois pour toutes ! ». « Dites-moi » a murmuré la journaliste d’une voix sensuelle comme pour la confidence d’un secret illicite, « Je voudrais vous demander quelque chose de très personnel. Est-il vrai qu’en ce moment-ci vous vous sentez très, très israélienne ? ». Ainsi la journaliste chevronnée réussit-elle, avec l’aide d’une interviewée «représentative» - qui parle toujours en notre nom à tous – à capter l’essence de "l’israélitude" : «Jonathan/Jonathan,/juste un peu de sang,/ encore un peu de sang/ pour pimenter notre miel » (2)
Donc tout au long des décennies, des politiciens, des généraux et leurs fidèles organes dans les médias élaborent le paradigme de la puissance et la fin d’une alternative. Donc, tout au long des décennies, des milliers d’heures d’émissions orchestrées ont construit le bouclier défensif des consciences. Il est tellement profond, ce paradigme, et si rigidement agressif le discours militaire, qu’aucun Dôme de Fer n’a pu réussir à l’interrompre. La journaliste chevronnée ne demande pas : « Et puis d’abord, pourquoi sommes-nous entrés dans cette horrible guerre ? « (ou la précédente, ou celle d’avant). Elle demande seulement « Pourquoi arrêter maintenant ? »
Comment notre société a-t-elle perdu la capacité de formuler des questions sur la faisabilité d’une alternative politique ?
Comment se fait-il qu’une personne qui suggère une solution non violente soit celle qui délire, le traître, et celle qui appelle à raser Gaza, la vraie patriote ?
Comment la paix est-elle devenue l’ennemie du peuple, et la guerre, toujours, l’option favorite ? Comment s’est-il fait que le dialogue et les traités causent davantage de peur dans le public qu’une volée de missiles ?
Et comment ces processus de déshumanisation nous ont-ils isolés de la souffrance des autres ? Comment avons-nous perdu notre capacité d’empathie ?
Qu’est-ce que cela veut dire, quand une petite fille de Gaza – dont l’école a été bombardée et dont le meilleur ami a été tué sous ses yeux – doit nous rappeler qu’eux aussi sont des êtres humains ?
Et comment une nation qui occupe le territoire d’un autre peuple depuis 45 ans continue-t-elle de se raconter à elle-même, avec une profonde conviction, que c’est nous qui somme la seule et l’ultime victime dans cette histoire ?
Et le mal de l’occupation est devenu si banal que personne ne voit plus le mal.
Depuis 5 ans, Kol Aher (une autre voix) mène un dialogue avec des habitants de Gaza. C’était un effort conscient pour éviter d’être entraîné par les flots de la haine et de la déshumanisation. C’était la décision de voir des gens, par opposition à des bombes et des missiles. C’était la décision de préserver une santé mentale humaine au milieu d’un paysage de violence. C’était la décision d’intégrer un autre récit – précisément parce qu’il était si difficile de témoigner, le cœur brisé, de la destruction et du traumatisme, de l’infinie détresse expérimentés par nos amis de l’autre côté de la clôture. C’est pourquoi cela a été très difficile pour nous pendant la guerre, parce que nous vivons toujours cette expérience dans ses multiples dimensions, pas juste selon la trop facile division entre «bien » et « mal ».
Mais Kol Aher est aussi un appel politique très clair à la négociation, au dialogue avec le Hamas - direct ou indirect – afin de lever le siège et le blocus de Gaza, d’ouvrir les postes-frontières, d’établir des dispositions de sécurité et des garanties internationales, de promouvoir le commerce – en tenant compte des changements dans le monde arabe – et d’abattre le dragon de l’occupation. C’est une tentative presque désespérée que nous faisons – précisément ici – pour faire entendre une autre voix dans une démocratie qui se ratatine, où elle ne représente guère plus qu’une note en bas de page perdue dans la rumeur invasive des médias braillant en chœur l’intoxication du pouvoir et l’extase de la guerre.

Pilier de Défense, ce n’était pas ma guerre, Bibi. Le désespoir, par contre, c’est totalement le mien.

Privé et profond, il épuise et affaiblit. Au vu de l’histoire passée, il est difficile d’être optimiste à propos du cessez-le-feu négocié sous parrainage égyptien et annoncé le 21 novembre.
Douze années de cycles de violence sans espoir laissent des traces.
Les premières années, on espère toujours que les choses pourront être différentes dans le futur. Puis il n’y a plus qu’une illusion d’espoir. Alors vous êtes frappé en vous rendant compte que la violence est là pour rester, et que tout ira plus mal à chaque escalade.
Que la guerre est le trait le plus cohérent et le plus constant de nos existences, presque une sorte d’idéal.
Qu’il n’y a pas actuellement de dirigeants à l’horizon qui seraient assez forts, qui seraient mandatés pour s’occuper des questions les plus urgentes. Bientôt il n’y aura plus le moindre besoin de questions, et il ne restera plus personne qui ait envie d’en poser.
La vie est dure quand il ne reste plus rien en quoi croire. C’est dur à Sderot. C’est très dur à Gaza. Le désespoir a un prix, Bibi. Un horizon bloqué. Une conscience verrouillée. Une vie sans espoir se paie un prix mental très lourd. Nous continuerons d’élever une autre voix dans la lumière finissante, comme nous attendons anxieusement le prochain round sanglant, dans lequel nous réussirons sûrement à « achever le boulot », et à faire, comme toujours, ce que nous semblons faire mieux que quiconque : « Jonathan/Jonathan,/juste un peu de sang,/ encore un peu de sang/ pour pimenter notre miel »

Présentation par Avishai Margalit 

Le kibboutz urbain de Migvan a été fondé en 1987 par un groupe assez petit dont la plupart des membres avaient été élevés dans des kibboutz agricoles classiques. La première vague de résidents de Sderot, qui compte maintenant plus de 24.000 personnes, est arrivée dans les années ’50 et se composait essentiellement de Marocains. Une seconde vague est arrivée dans les années ’90 d’Union Soviétique et d’Ethiopie. Les membres du kibboutz urbain mènent une vie communautaire, remettant leurs revenus dans une caisse commune qui est répartie équitablement entre les familles, quelle que soient leurs contributions. Ils dirigent une affaire prospère de services technologiques ; selon les membres, ils font ce travail et d’autres pour leur épanouissement personnel, le profit pécuniaire n’est pas prioritaire.

* Nomika Zion, qui a grandi dans un kibboutz rural, est la petite-fille de Ya’akov Hazan, un dirigeant de Mapam, le Parti Ouvrier Unifié. Personnage bien connu dans l’histoire de ce parti socialiste israélien, il se consacrait à l’idée du kibboutz comme mode de vie rural. Nomika Zion est co-fondatrice de Migvan et membre de Other Voice(1) (2008), une association citoyenne d’habitants de Sderot et de la région qui appelle à une solution non violente au conflit en cours. Sa lettre à Benjamin (Bibi) Netanyahou traduite ici (du hébreu par Avi Steinberg) a d’abord été postée sur le web. Elle a écrit en 2009 "The Sderot War Diary", traduit en 22 langues et est lauréate de plusieurs prix internationaux pour la Paix.

Notes : 

(1) http://www.othervoice.org/
(2) Paroles d’un poème hébreu très connu de Yona Wallach (1966).


Du même auteur :

- Une autre voix de Sderot
- « J’ai peur ! Nous, Israéliens, sommes devenus insensibles depuis Gaza »
janvier 2013 - NYRB - Vous pouvez consulter cet article à :
[http://www.nybooks.com/articles/archives/2013/jan/10/its-not-just-about-fear-bibi-its-about-hopelessnes/?page=1]
Traduction : Info-Palestine.net - Marie Meert

Info Palestine

mercredi 27 juin 2012

Des vétérans de l’armée israélienne témoignent

Ma’an News Agency  

 Un groupe de vétérans de l’armée israé­lienne qui ont servi en Cis­jor­danie et à Gaza ont témoigné sur caméra de leurs expé­riences au sein de l’armée.
 
L’organisation israé­lienne Breaking the Silence a récolté les témoi­gnages de 800 vétérans qui ont servi en Cis­jor­danie et à Gaza. Dans le cadre d’une nou­velle cam­pagne, elle a publié 6 vidéos d’anciens soldats décrivant leurs expériences.
Amit a servi à Ramallah, à Hébron et dans le nord de la Cis­jor­danie pendant la deuxième Intifada. Il décrit un incident dans lequel un com­mandant israélien a lancé son rifle contre la joue d’un Pales­tinien pendant une situation tendue à un barrage mili­taire près de Jérusalem.
« Au-​​delà du fait que le jeune homme est tombé à terre, en sang et en criant de douleur, et que natu­rel­lement tous les autres Pales­ti­niens pré­sents étaient d’autant plus furieux, ça nous a pris beaucoup de temps pour prendre contrôle du chaos et bien sûr, on devait être plus agressifs, par exemple en armant nos fusils. »
Il explique que son témoi­gnage en per­sonne de ce qui se passe en Cis­jor­danie a ébranlé son point de vue.« Partant d’une position dans laquelle j’étais sûr que nous étions les boucs émis­saires, les vic­times qui se fai­saient tuer, j’ai vu une réalité qui pour la plupart du temps repré­sentait le contraire. »
« Je me suis vu, moi, courant der­rière les gens, je me suis vu pointant un fusil sur une petite fille de trois ans, je me suis vu avec mes amis en train de menotter des gens, de les ins­pecter, les détenir, les inter­roger, les arrêter. Dans la plupart des cas, c’était pour rien. » 

Yehuda Shaul, un des fon­da­teurs de Breaking the Silence, dit qu’il a fait tout ce qui était requis de sa part comme com­battant – et plus tard comme com­mandant – au sein de l’armée israélienne. ( Vidéo )
« Si la mission, tout de suite, est de garder les enfants en dehors des écoles, alors les enfants n’iront pas à l’école. Si la mission est de dis­perser un enter­rement à cause du couvre-​​feu, alors la famille… ne finira pas d’enterrer son mort. Elle laissera le corps et partira. Et si elle ne le fait pas, elle sera attaquée avec des gre­nades inca­pa­ci­tantes ou du gaz. »
« Pouvez-​​vous même ima­giner une situation d’une famille israé­lienne qui est à un enter­rement, et que la police vient disperser ? »
Yehuda dit qu’il parle de son service parce « si on ne parle pas… per­sonne ne saura ce qu’il se passé là-​​bas.»
Il dit que le moment le plus mémo­rable de son service a été de regarder des Pales­ti­niens se faire frapper par des colons à Hébron, avec l’ordre de ne pas les toucher.
Un autre soldat, Sagi, qui a servi à Hébron, se sou­vient d’une pro­cession d’enfants israé­liens brûlant une effigie d’un membre de l’organisation anti-​​colonies Peace Now.
« J’ai compris que toutes les choses que je pensais – qu’il y a des limites, qu’à la fin, on fait tous partie du même bord – de mon point de vue, n’étaient plus vraies. Et de leur point de vue, je ne suis pas légitime, et s’ils connais­saient mes opi­nions poli­tiques, ils pour­raient rem­placée l’effigie par moi ».
Selon Sagi, les gens pré­fèrent ne pas écouter les expé­riences de l’armée, et que ceux qui écoutent pensent que son expé­rience était un cas isolé, et que peut-​​être qu’il était un « soldat qui avait trans­gressé » et devrait être jugé.
« Peut-​​être que je devrais réel­lement être jugé. Mais si je dois être jugé, comme un des soldats qui ont servi dans les Ter­ri­toires, je suppose qu’on doit juger tous les soldats israéliens. »

« On ruine la vie des gens quotidiennement »

Yael a servi comme éclaireur à Gaza. Elle sur­veillait un flux vidéo en direct sur la fron­tière de Gaza. ( Vidéo )
« On est pétri et moulés pour voir quelque chose de suspect dans tout ce que nous voyons. Je regarde les caméras et je ne vois pas un âne, un chien ou une charrue. Je vois un véhicule qui peut trans­porter une charge, un véhicule qui peut faire passer des armes… C’est tou­jours suspect. »
Elle explique : « Il n’y a pas de routine ici, ce n’est pas quelqu’un qui sort sa pou­belle, c’est un explosif. »
Elle se remémore avoir vu un vieux berger, « un grand-​​père, un homme vraiment vieux avec ses moutons », trop près de la bar­rière. Elle l’a signalé aux forces de combat. « J’étais condi­tionnée à voir des bergers et des trou­peaux de moutons comme des éclaireurs. »
Les forces israé­liennes ont tiré dans l’air, effrayant les moutons, mais le berger n’a pas bougé. Ils ont alors tiré sur le sol près des moutons « et ils ont encore sur­sauté mais le berger était déterminé à rester là ».
Les soldats ont tiré sur un mouton.
« Le berger est allé vers le mouton et a essayé de le sou­lever, il était plein de sang et il essayait de le sou­lever pour le ramener et ils conti­nuaient à tirer. »
« Le mouton n’est pas mort mais il a dû le laisser là et courir, ils lui auraient tiré dessus ainsi que le reste des moutons. Il a couru et le mouton est resté là jusqu’à ce qu’il meure. » « Le voir de l’autre côté, c’était comme un jeu vidéo, tel­lement détaché de la réalité. Et alors, si on tire sur des animaux. »
« Pour les Pales­ti­niens, c’est le contraire… Des gens viennent et tirent sur vos animaux, votre moyen de sub­sis­tance, vous. Et tout va bien. Comme si tout va bien. »
Elle a ajouté : « On ruine la vie des gens au quotidien. »
Yael dit qu’elle témoigne parce qu’elle pense que « les gens doivent savoir ce qui se passe là-​​bas. »
« Il ne s’agit pas des Forces de défense israé­liennes qui nous défendent contre des ter­ro­ristes hor­ribles qui veulent détruire le peuple juif. Ce sont des per­sonnes qui vivent ici et qui vivaient ici quand on était pas là et ils essaient de vivre et nous sommes la force supé­rieure. Et on utilise cette force au maximum, sans pro­blème. Je pense que les gens devraient savoir ça. »
Dans d’autres témoi­gnages, un soldat décrit un incident au cours duquel un groupe de soldats, y compris le com­mandant, a attaqué un détenu palestinien .
Un soldat dans une unité d’élite se sou­vient d’un officier qui avait été ridi­culisé pour ne pas avoir obéi à un ordre de tirer sur un Pales­tinien malade et âgé qui était rentré chez lui pour récu­pérer ses médi­ca­ments durant un raid d’arrestation.

Les témoi­gnages peuvent être vus sur www​.dis​co​ver​the​ter​ri​tories​.com.






jeudi 30 juin 2011

L’apathie collective répond à la punition collective (MIFTAH)

Meg WALSH

J’ai l’impression que ce qui m’entoure se referme sur moi à toute allure. les barres de métal qui m’emprisonnent sont affreuses et le sol est couvert d’ordure. Des enfants aux abois essaient de me vendre des chewing gums et des bonbons. Les bonbons, c’est la dernière chose que je veux en ce moment ; ce que je veux c’est sortir d’ici. Des corps se pressent contre moi dans leur effort pour passer dans la porte tournante qui ne laisse passer que peu de personnes à la fois. Si je ne me bats pas, je ne passerai jamais. Un soldat crie sur un adolescent pour une raison que j’ignore et on refuse le passage à un père tandis qu’on laisse la fille et sa femme passer. Un vieil homme dans une file de voitures sort ses emplettes alimentaires une a une de son coffre et un jeune soldat les inspecte, le doigt sur la gâchette. Des voitures font marche arrière et les gens s’impatientent. Je suis en colère.

Il faut que je traverse le checkpoint chaque fois que je veux entrer à Jérusalem en revenant de Ramallah, alors même que Jérusalem Est est en territoire palestinien. Je dois répondre aux questions habituelles comme : "Que faisiez-vous en Cisjordanie ?" ou "Avez-vous des amis palestiniens ?" Je suis furieuse d’être forcée de mentir. Avoir des amis palestiniens ne devrait pas être considéré comme un crime. Et je déteste qu’ils réussissent presque à me culpabiliser comme si je faisais vraiment quelque chose de mal. Et par dessus tout, je déteste la manière dont ils traitent les Palestiniens et même si je suis mal à l’aise il y a de fortes chances que je passe le checkpoint sans trop de problèmes. Il en va bien autrement pour eux. Chaque rencontre accidentelle au checkpoint peut se transformer en persécution, détention ou pire car tout dépend de l’humeur du soldat.

J’avais sous-estimé la colère et l’anxiété que je ressentirais dans ces circonstances. Autour de moi, certaines personnes semblent très en colère et d’autres ont juste d’air de s’ennuyer. À cause de la liberté dont j’ai joui toute ma vie, je refuse d’accepter ce processus de déshumanisation. Ici et maintenant, je jure de ne jamais m’habituer, de ne jamais devenir insensible à tout ça. Pour moi ce serait devenir complice de l’injustice que constitue la domination absolue d’un groupe de gens sur un autre -ce serait trahir l’humanité. Suivant la couleur de votre carte d’identité et de la langue que vous parlez, vous êtes plus ou moins en danger. Je ne dirai pas merci à ces soldats quand ils me rendront mon passeport. Je ne légitimerai pas leur rôle en leur témoignant de la gratitude. On ne me forcera pas à admettre que c’est un privilège de voir ses droits respectés.

Quand ils m’interrogent je leur dis que je suis allée à Naplouse au puits de Jacob qui est un site biblique où Jésus a rencontré la Samaritaine selon la tradition. Cela correspond au rôle de touriste chrétienne que je dois jouer comme tous les visiteurs qui veulent avoir des contacts avec les Palestiniens. On me regarde d’un air soupçonneux mais on me laisse passer la barrière avec les autres, comme si nous étions un troupeau d’animaux.

Quand on voit les politiques mises en place et le système d’apartheid à l’oeuvre, il est difficile de ne pas entrer dans le cercle infernal de la haine. C’est difficile de continuer à voir "l’autre", celui qui fait la loi, comme un être humain -ils deviennent des robots pris dans un système qui leur enseigne à obéir aux ordres et à ne pas poser de questions. Ce système nie les lois humanitaires naturelles et c’est donc une gageure de rester humain dans cet environnement inhumain. Les gens ne sont pas faits pour être emprisonnés dans des cages, ni littéralement ni au sens figuré et la race et la religion ne devraient pas être des facteurs de discrimination. Il est très ironique que tout cela se passe en "Terre Sainte".

Mais comment communiquer aux autres ce que j’ai vu et ressenti quand la plupart des gens préfèrent le confort et l’ignorance à la conscience dans notre monde injuste ? Si les mots étaient capables de décrire cette oppression, je ne crois pas qu’elle pourrait se perpétuer un seul instant. Le fossé entre les mots et l’expérience vécue est large et ceux qui ont le pouvoir de changer les choses ne se rendront peut-être jamais compte de la réalité - la réalité du cauchemar qu’est l’occupation. C’est seulement parce que je l’ai expérimentée en vivant ici que j’ai fini par changer -à force de le regarder en face, de me sentir impuissante, de craindre sans cesse et partout l’intrusion de l’arbitraire.
En Palestine je me sens souvent inutile et pourtant je sais qu’il faut que je reste ici même si c’est loin d’être confortable pour moi. Je ne peux pas continuer d’être complice ou neutre parce que j’ai vu ce que cela signifiait dans ce conflit et comment l’apathie collective avait malheureusement permis à l’occupation de la Palestine de durer 44 ans. Je me tiens sur un pont entre deux mondes -un dans lequel les puissants sont silencieux et l’autre dans lequel les opprimés crient sans être entendus. C’est au delà de ce paradoxe que je cherche des réponses. Et un peu d’espoir.

Meg Walsh

Meg Walsh écrit pour le département d’information et des médias de l’organisation the Palestinian Initiative for the Promotion of Global Dialogue and Democracy (MIFTAH). On peut la joindre à : mid@miftah.org.

Pour Consulter l’original : http://www.miftah.org/Display.cfm?DocId=23614&CategoryId...

Traduction : Dominique Muselet

Le Grand Soir

dimanche 21 novembre 2010

Témoignage : Gaza, le cauchemar et le sourire

Roland Lombard - Témoignage Chrétien -

Roland Lombard, universitaire et lecteur de Témoignage chrétien, s’est rendu à Gaza dans le cadre d’un colloque scientifique organisé par l’université Al-Azhar. Il décrit une population qui résiste à l’humiliation, la pauvreté et l’isolement.

Le pays commence juste après la dune, passés les barbelés et les humiliations. Il s’est construit de pierres millénaires et dévoile ses loques, restes squelettiques des récents bombardements aux relents de phosphore. Il vit d’une eau impropre à la consommation et trompe son désespoir dans le sourire d’une mer qui le berce, d’une mer polluée à l’endroit du Wadi Gaza, terre marécageuse à la biodiversité menacée.

Une conférence pluridisciplinaire, dédiée aux sciences fondamentales et appliquées, organisée par l’université Al-Azhar, nous a fourni l’occasion, à mon épouse et moi, d’entrer dans la bande de Gaza, de prouver d’une manière concrète notre solidarité envers nos collègues palestiniens, envers tous les Gazaouis incarcérés dans un territoire minuscule du fait de l’occupant et de la lâcheté des gouvernements occidentaux. Un million et demi de personnes soumises à un siège implacable.

Tunnel

L’autorisation n’a été délivrée par les autorités égyptiennes que quarante-huit heures avant l’ouverture de la conférence. Course effrénée au billet d’avion, bouclage des valises dans l’affolement d’un départ précipité.

L’arrivée à Rafah par Le Caire est éprouvante. Trajet ponctué de contrôles, fonctionnaires déplaisants, méprisants à l’égard des Palestiniens. Tout est fait pour décourager les aventureux et sans le bénéfice d’une mission dûment acceptée, la frontière est fermée.

On peut tenter de pénétrer par les tunnels, moyen auquel sont réduits parfois les Palestiniens de la diaspora pour aller embrasser leurs proches.

L’accueil par les Palestiniens est évidemment tout autre. On est très chaleureusement reçu dans ce pays qui manque de tout, au chômage endémique, où l’espérance de vie est conditionnée par un désastre écologique sciemment entretenu par l’occupant, où le confinement de la population entraîne des séquelles psychologiques.


« La bande de Gaza dévoile ses restes squelettiques des récents bombardements aux relents de phosphore » (Photo Roland Lombard)

Sans parler des problèmes économiques. Mais la lutte, la résistance est manifeste à chaque instant, dans chaque activité. Les Ga­zaouis risquent de succom­ber aux violences qu’ils subissent mais ils mourront debout. Près de soixante mille étudiants fréquentent les trois universités.

Les chances de trouver un emploi correspondant à son diplôme sont minimes. Qu’importe ! L’éducation est une façon de résister à la barbarie de l’État israélien, à la déshumanisation que l’occupant voudrait imposer. L’éducation et la culture.

S’il est difficile de résumer une conférence dont les thèmes couvraient un large spectre allant de la biologie aux mathématiques, en passant par la chimie, la physique, les sciences de l’environnement, l’impression générale qui s’en dégage souligne la maîtrise des enseignants palestiniens et les efforts qu’ils fournissent pour dispenser un enseignement de qualité.

Plusieurs sources indépendantes relèvent le bon niveau de formation des étudiants palestiniens, le taux élevé de réussite dans les écoles doctorales européennes ou états-uniennes, leur motivation. La recherche est souvent tributaire des coopérations établies avec l’extérieur.

Coupures de courant

Les moyens sur place sont limités, l’occupant interdisant l’importation des matériaux indispensables à la maintenance des appareils, pièces de rechange ou azote liquide, par exemple. Le renouvellement de l’appareillage est également rendu pratiquement impossible. Les coupures de courant, fréquentes, mettent en péril les ma­tières stockées dans les congélateurs.

Nonobstant ces difficultés, les chercheurs gazaouis produisent des mesures qui peuvent avoir un impact international. C’est le cas des études menées sur les sujets se rapportant à la santé publique, les effets des bombes au phosphore sur la contamination des sols.

Les sciences de l’environnement sont également en pointe, et dans le même temps révélatrices de la catastrophe attendue si rien n’est entrepris pour enrayer la dégradation constante de l’écosystème.

Le pays commence juste après la dune, après les barbelés et les humiliations. Il se joue des turpitudes de l’occupant par sa volonté de survie. Ce soir le sourire des « petites sœurs de Jésus », qui accompagnent les Gazaouis et que nous rencontrons, dit la paix de l’espoir au sein d’une situation amèrement noire.

Je repartirai avec cette double vision, celle du cauchemar vécu et celle puisée dans le regard des enfants, le regard d’une jeunesse qui ne demande qu’à vivre dans le respect de ses droits.

18 novembre 2010 - Témoignage chrétien