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mardi 7 mars 2023

La pelle à tarte, ou comment le monde fut sauvé

Sous les cratères nucléaires, la plage

Chers terriens,

Je me permets de vous écrire de ma résidence lunienne (avec le soutien indéfectible et enthousiaste des administrateurs du Grand Soir...

...toujours à la pointe de l’information véridique, pas trafiquée, pas inventée du tout) car il est arrivé quelque chose que vous devez absolument savoir, dans la mouise où les tarés qui vous gouvernent vous laissent (nous, sur la lune, on est tranquille, vu que nous y avons établi la Commune Lunienne, communauté solidaire et partageuse – en attendant que vous vous y mettiez sur terre – d’ailleurs, qu’est-ce que vous attendez ? Le 6 mars ?)

Comme vous le savez peut-être, la Mer de la Tranquillité (un endroit très tranquille sur la lune) abrite un Mont-de-Piété réputé dans toute la galaxie où nombre d’aliènes fauchés ont laissé ces dernières dizaines de millions d’années des artefacts contre quelques piécettes intergalactiques.

Or, le nommé Ma Tante, notre voisin le dragon tenancier du Mont-de-piété de la Mer de la Tranquillité, dans un moment d’épanchement, m’a livré hier une information que j’ai peine à croir : un aliène un peu fauché à l’époque (il y a quelques millions d’années, une paille !) avait laissé... La Terre au clou ! notre planète chérie ! et il lui avait envoyé il y a quelques jours (à Ma Tante) un message l’informant qu’il s’était refait et qu’il revenait chercher son bien.

D’abord, je dois vous avouer qu’à cette nouvelle, j’ai été pris d’un rire nerveux qui ne s’arrêtait plus, ce qui a rendu Ma Tante très perplexe, parce qu’il avait trouvé jusque là que j’étais un garçon plutôt tempéré. Mon rire attira Carla, notre camarade syndicaliste vendeur de parapluies, puis la vache Angela (que m’avaient laissée des astronautes indiens, qui n’avaient pas osé la faire descendre de leur baquet où elle était montée paresseusement, vu que les vaches c’est sacré en Inde – y’a qu’à voir la préposée aux affaires sociales au Consulat de France), puis Ferdinando, l’agent de la Petite Île Formidable des Caraïbes, qui venait juste de garer son baquet devant le pavillon après un voyage secret sur la Terre.

En voyant la tête de Carla, notre camarade syndicaliste, lorsqu’il apprit l’arrivée imminente du propriétaire de la Terre, je cessai de rire immédiatement. Parce que, bien sûr, même si on a beau souhaiter tout ce qu’il y a de mauvais pour nos ennemis, quand ça a des conséquences sur les camarades, et sur les terriens en général qui ne font que subir les élucubrations thanatiques de quelques uns, on se dit que ce n’est pas juste.

Il y a encore tellement de gens délicieux sur la terre... des tas de créateurs, d’artistes, d’honnêtes travailleurs qui ne demandent qu’à vivre en paix, à être soigné gratuitement, à bénéficier d’un service public de qualité, à manger des produits sains, à ne pas être fiché, propagandé, embobiné, bombardé, j’en passe et des pires...

En plus, je me souvenais de ce que Ma Tante nous avait dit quand il nous avait proposé des télés de remplacement pour celle qu’il avait cassée : « vous pouvez emprunter les objets que vous voulez à mon Mont-de-piété, à condition de ne pas les abîmer, parce que ça peut arriver que des aliènes, une fois refaits, viennent récupérer leur bien ».

Là, il y avait vraiment un hic... parce qu’on ne peut pas dire qu’on allait rendre à l’aliène la Terre dans le même état qu’il nous l’avait laissée. On pouvait mettre en branle toutes les ressources d’imposture, de mensonge, d’invention et de maquillage de preuves dont disposaient la grande puissance nortuaire et son personnel de maison (et qui représentent la quintessence de leur action), l’aliène ne serait pas si bête en survolant son bien, il verrait bien que la Terre est devenue une vaste poubelle.

Bref, aussi pathétique que soit notre situation terrienne, il nous fallait empêcher que cet aliène reprenne sa planète. Après un long conciliabule, nous conclûmes qu’il fallait retenir le taulier le plus longtemps possible ici, sur la Lune, voire lui faire changer d’avis et qu’il reparte avec autre chose, je ne sais pas moi, on trouverait bien parmi les objets laissés au clou par d’autres aliènes.

Ma Tante n’avait pas été très loquace à propos de son client, mais il faut dire que ça faisait une paye qu’il ne l’avait pas vu, et qu’en quelques millions d’années, une personne peut changer un peu, c’est vrai. En plus, par paresse, me semble-t-il (la vie dans la Mer de la Tranquillité était très tranquille jusqu’à notre arrivée), Ma Tante n’avait pas informatisé son administration et c’est vraiment le bazar dans ses fiches en papier cartonné sur lesquelles il annote les informations au crayon depuis toutes ces milliers d’années.

Et puis, un après-midi, on toqua à la porte.

Je n’attendais personne : le facteur, qui depuis la privatisation partielle de la Poste, n’a plus de frein à sa mobylette (terciarisation de l’entretien oblige), jette tout en passant sur le paillasson ; quant à M. Lanclous (ou Anclou, ou Lancou ou Ancou – un visiteur sinistre que j’avais eu récemment, et qui cherchait la terre à tout prix), je l’avais envoyé de l’autre côté de la Voie Lactée.

C’est dire si je tremblais en ouvrant la porte.

Et je me trouvai nez à nez avec... le sosie de Carla ! Le sosie de notre camarade-syndicaliste vendeur de parapluies ! Avec les cheveux blancs et un peu plus de rides, mais son vrai sosie ! L’homme devant moi avait le même bonnet, le même vieux manteau, les mêmes godillots et la même besace (sur laquelle était cousu en rouge vif Articles de farces et attrapes) !

M. Carla Bis demanda à voir M. Désiré Yvonne, du Mont-de-piété de la Mer de la Tranquillité, car celui-ci avait laissé un panneau accroché à la petite cloche sur la porte qui indiquait qu’il était chez moi.

Je restai sans voix. Ce camelot vendeur de farces et attrapes était propriétaire de notre planète ? (Notez que je dis ça sans préjugé : contrairement à ce que l’on pourrait penser, je n’ai rien contre les farces et attrapes) Quand même, j’invitai le visiteur à entrer, pour retrouver dans le salon notre voisin le dragon marin Yvonne alias Ma Tante, et (son descendant ?) notre camarade Carla.

Ce furent des retrouvailles très émouvantes entre Yvonne, Ma Tante, et en Général tout le monde. Évidemment, le plus troublé dans l’affaire, ce fut Carla, qui reconnut chez le vieux Carla Bis les traits familiers de sa lignée, et en particulier ceux de sa cousine Noémie... Aaaaaah Noémie.... Il en eut les larmes aux yeux.

Effectivement, son vénérable ancêtre était venu récupérer la Terre, qui commençait à lui manquer dans sa panoplie de farces et attrapes (!!!!!). Elle faisait rire à des années-lumières à la ronde, et le fait qu’elle soit dégoûtante et au bord du suicide (sans parler des abeilles qui mourraient par milliards) enchanterait les petits enfants de la galaxie (visiblement il avait déjà fait le tour du propriétaire). Au début, il avait bien pensé la nettoyer un peu (au karsher ? avait demandé Carla en tremblant), mais finalement, il trouvait que, telle quelle, la Terre était un magnifique repoussoir et pouvait servir de punching-ball avec grand succès n’importe où où il irait. Un peu comme le méchant qu’on bat dans Guignol si vous voulez mieux (vous vous souvenez de l’époque on tout le monde finissait ses phrases par « si vous voulez mieux ? » Aaah la Terre... Elle a beau tomber en morceaux, elle me manque quand même un peu... et quelquefois, elle me fait même rire tout seul...)

Nous, ça nous faisait pas rire du tout, parce que, comme je l’ai déjà écrit, il faut savoir trier le bon grain de l’ivraie et d’ailleurs le faire assez vite car bientôt, il n’y aura peut-être même plus de grain du tout – ni d’ivraie d’ailleurs.

Bon, après ces réflexions d’un optimisme pétulant, on suggéra quand même à Carla de suggérer à son aïeul de reprendre du clou de Ma Tante autre chose que la Terre, si le tenancier du Mont-de Piété était d’accord, bien sûr.

Et là, la réponse tomba comme un couperet : Yvonne Ma Tante refusa catégoriquement cet arrangement qui aurait arrangé tout le monde, surtout les camarades terriens qui sont déjà le punching-ball des puissants, et qui en auraient subi un deuxième, même si le fait de savoir que les puissants s’en prendraient aussi plein la gueule leur auraient sûrement bien plu.

C’est alors que Ferdinando, le merveilleux agent de la merveilleuse Petite Île Formidable de Caraïbes (celle qui tient tête depuis 60 ans à la thanatique grande puissance nortuaire) eut une MERVEILLEUSE idée !

Pourquoi Carla bis, ou Carla l’Ancien (comme on dit Pline l’Ancien, ou Théodose l’Ancien, ou Tarquin l’Ancien, ou Ginette l’Ancienne) ne prendrait-il pas seulement des morceaux de la Terre, comme le Territoire de la grande puissance nortuaire par exemple et ceux, aussi insignifiants soient-ils, de son personnel de maison. Ça, c’était une bonne idée pour un punching-ball !

Et il sortit une pelle à tarte qui ferait très bien l’affaire pour découper les morceaux.

Carla l’ancien avait déjà déposé sur la table toute sa fortune qui, pensait-il, lui permettrait de récupérer son clou.

Mais c’était sans compter sur la finesse et la solidarité de classe d’Yvonne Ma Tante, le tenancier du Mont-de-Piété. Lorsqu’il aperçut la figure décomposée de notre camarade syndicaliste vendeur de parapluies, qui voyait déjà nos camarades terriens se prendre des baffes de tous les enfants de la galaxie, il expliqua à l’ancêtre de ce dernier qu’avec le temps (quelques millions d’années, une paille !) il y avait eu une légère inflation et que malheureusement ses piécettes lui permettaient de reprendre seulement une partie de son bien.

Et il brandit la pelle à tarte, et commença à découper soignement les pires morceaux de la terre, c’est-à-dire la grande puissance nortuaire (en faisant bien attention de ne pas déborder sur la Petite Île Formidable de Caraïbes)...

Et il s’arrêta là,

parce que ses affidés (de la grande puissance nortuaire), ceux qu’on appelle l’occidé collectif, sont plutôt des victimes et, la grande puissance nortuaire disparue, les camarades les tireraient d’affaire en trois coups de cuillière à pot (sans oublier de balancer leurs dirigeants en taule pour 50 ans) et ne manqueraient pas d’établir (n’est-ce pas ? n’est-ce pas ?) la société solidaire et partageuse que tout le monde un peu sain d’esprit et raisonnable attend parce qu’elle est la meilleure solution pour tout le monde (Tout le monde !)

Et Carla l’ancien, tout heureux d’avoir récupéré le pire de la terre qui améliorait considérablement la qualité de son punching-ball, repartit dans sa tournée intergalactique de farces et attrapes augmentée.

Et nous, on partit prendre l’apéro pour fêter ça.

Adapté d’extraits de SOUS LES CRATÈRES NUCLÉAIRES LA PLAGE.

Source : https://diaspora.psyco.fr/posts/9624253 

Le Grand Soir

samedi 15 octobre 2022

« Debout, sobressubis de la terre ! »

Victor Ayoli

- Salut à vous, camarades Sobressubis ! 

Levons sobrement nos verres mais sans économiser la bonne tétée d’octobre que nous verse sournoisement ce suppôt de la surconsommation, le ci-devant Loulle, capitaliste propriétaire de cet antre de la dépravation ultra consommatrice qu’est son - notre - rade, « Le Bistro de la Toile » !

- Sobresuquoi, t’as dit Victor. Qu’est-ce que c’est encore cette cagade ?

- Je ne fait que reprendre les propos de notre chère Agnès Pannier-Runacher.

- Qui c’est celle-là ?

- C’est la ministre de la Transition écologique. C’est elle qui prône la sobriété. Elle a dit : « On ne demandera jamais à des Français en situation de sobriété subie de faire des économies ».

- Si je comprends bien, Victor, ceux qu’elle appelle les Français en situation de sobriété subie, ce sont les crève-le-dalle, les pauvres, les misérables comme on n’avait pas peur de dire à l’époque du grand Victor Hugo.

- Voilà, Loulle. Agnès Pannier-Runacher pense, dans son fort intérieur, parce qu’elle a un fort intérieur : les Français que nous avons appauvris pour privilégier les Français en situation de richesse subie.

Il faut aussi savoir que la belle Agnès est idéalement placée pour nous inciter à la la sobriété. Formatée aux moules de HEC et de l’ENA, cette « Haute fonctionnaire » est administratrice de l'entreprise APRR qui a été créée en 1962. Le chiffre d'affaires de la société en 2020 s'élève à 1 633 200 000 €. Agnes PANNIER RUNACHER est également mandataire de six autres sociétés. Avec une fortune plus que conséquence, elle est plus du côté de la richesse choisie que de la sobriété subie.

- Voilà une riche sobriété Victor. Pour nous, la sobriété – pas en matière de jus de la treille les aminches, ne vous gourez pas – est une évidence : ne pas dépenser son fric pour des choses dont on a pas besoin, être économe sans être radin, mais ne pas jeter un pognon de dingue par la fenêtre pour de l'esbroufe et de la futilité. Et même éteindre la lumière derrière soi. On a toujours fait ça.

- Ouais, Loulle. Jusqu’à ce que la société de sur-consommation, d’abondance de l’inutile ne passe par là, imposée par une injonction à consommer, à gaspiller, à jeter dans des proportions faramineuses. Tout un appareil de propagande nous enjoint de sur-consommer, à coup de publicité, de marketing, de bourrage de crâne et même d’éducation « sponsorisé ».

- Il faut privilégier les « zécogestes » Victor. Ils le disent dans les journaux et dans les étranges lucarnes et les machines à bruit. Ils disent qu’il ne faut pas tirer la chasse chaque fois qu’on va pisser, et même pisser sous la douche qu’on ne doit pas prendre tous les jours, qu’il faut dégivrer le congélateur, éteindre les appareils électriques plutôt que de les laisser en veille, etc.

- Il faudrait aussi maximiser le cycle de l’eau, tant chez soi en utilisant l’eau des douches et de la vaisselle dans les chasses d’eau, que dans l’industrie et la distribution, en réutilisant les bouteilles de vins, les bocaux de conserves, en éliminant les emballages cartons et plastiques superflus, en privilégiant la location d’appareils électroniques et électriques d’usage épisodique, en imposant des appareils durables et réparables et non plus ces machins à « l’obsolescence programmée », etc.

Sans négliger ces écogestes qui procèdent du bon sens autant que du sens civique, il faudrait aussi pratiquer une autre forme de sobriété consistant à réduire les écarts de salaires entre dirigeants et salariés de la base !

- Alors là, Victor, c'est une autre paire de manches...

 Allez, à la nôtre. Et sobrement !

agoravox.fr

jeudi 8 septembre 2022

Voiture de location, médias et fachos...

 Jean Luc Mélenchon 

Chers journalistes qui enquêtez au péril de votre vie sur la terrible affaire du véhicule dans lequel je suis monté pour quitter le stand LFI de la braderie de Lille. 

Voici quelques éléments pour vous éviter d’appeler au siège Insoumis et à l’agence de location que vous importunez inutilement pour accomplir votre importante mission au service de la vérité.

Vous avez raison de ne pas sans craindre la confusion avec la fachosphère qui a lancé cette "affaire" déterminante pour la rentrée. La vérité médiatique est de plus en plus souvent d’extrême droite en ce moment, comme le prouvent la composition de vos plateaux.

1) Je n’ai pas de véhicule ni personnel, ni du mouvement (pas plus qu’un jet privé ou un jet ski). C’est une voiture de location. C’était la seule disponible dans notre agence sur le moment pour avoir un grand coffre pour amener le matériel de retransmission de mon discours sur Lille.

2) On essaye de toujours louer des voitures de marque française peu polluantes, mais ça arrive qu’il n’y ait plus de choix dans les agences de location.

3) Par ailleurs cette voiture est une hybride. Et elle a transportée 5 personnes avec du matériel plein le coffre et les genoux.

4) Pour la cocarde, c’est celle d’Adrien Quatennens, car il était dans le véhicule.

5) J’ai accompli à l’intérieur de ce véhicule le trajet inouï suivant : de la braderie à la gare de Lille, soit au moins 2 kilomètres. Pour le reste du trajet vers Paris j’ai voyagé en train. Quand vous appellerez la SNCF, sachez que je voyageais voiture 12 dans un espace à 4.

6) Autre info pour ceux qui se sont émus de mon bilan carbone pour mon voyage en Amérique du Sud. Mes proches se sont opposés à l’idée de traverser à la nage ou à la rame. Aucun Pédalo n’était libre. J’ai donc pris l’avion. Mais dans une compagnie nationale. Je sais que certain(s ) de mes adversaires ont (a) essayé de me rejoindre en jet sky avant de renoncer rapidement.

7) Je suis à votre disposition par mail pour aborder les autres versants de cette enquête décisive qui honore votre profession intransigeante.

Merci aux journaux qui ont rétabli la vérité sur cette passionnante histoire. Et bravo aux chaînes d’info qui ont relayé purement et simplement les fachos. Naturellement je renonce à les encombrer de ma présence polluante ( même si à Paris je circule en métro) sur leurs plateaux, ce mois-ci au moins.

bellaciao.org

lundi 10 janvier 2022

Vivent les crevettes !

Antoine Manessis

Ainsi donc l'humanité a failli perdre un de ses plus remarquables spécimens à cause d'une crevette.

Le président brésilien Jair Bolsonaro a avalé la bestiole sans la mâcher convenablement. Résultat, elle lui est restée en travers de la gorge comme un vulgaire communiste. L'intervention des médecins a sauvé le goinfre, hospitalisé deux jours.

Evidemment, les Brésilien-nes s'en sont donné à coeur joie. "Si une crevette a causé l’hospitalisation de Bolsanaro, imaginez avec un calamar [lula veut dire calamar en brésilien], dit un spécialiste..."

"Les crevettes sont anti-fascistes" ont proclamé des ichtyologues. Surtout celles dont la carapace est rose foncée.

La députée communiste Alice Portugal s’est contentée d’écrire : "Il y a des choses [que les supporteurs de Bolsonaro] ne digèrent pas." Sans doute les derniers sondages qui donnent Lula vainqueur de la présidentielle de 2022 dès le premier tour (avec 50%) et 20% pour Bolsonaro.

Comme camarão veut dire crevette mais aussi camarade, on imagine bien que la créativité des Brésilien-nes s'est déchaînée.

En tous les cas le crustacé a gagné l'affection des Brésiliens démocrates. Et la nôtre.

Antoine Manessis

vendredi 1 janvier 2021

Les castors dînent avec Le Pen

Jean-Luc Mélenchon

Bruno Roger-Petit et Marion Marechal Le Pen dînent dans une barque. 

Roger-Petit tombe à l’eau. Pas de souci, un type qui m’insultait sans retenue quand il était déguisé en journaliste saura nager. Sur son barrage, le castor regarde passer la barque sur son ouvrage. Il faut le héler ! Hé, castor ! Qui est resté sur la barque ? Le brave castor ! Je le plains. Il a cru faire barrage au Front national en votant Macron. Comme le pied noir qui a voté De Gaulle pour garder l’Algérie française, le castor a senti son estomac diminuer de moitié quand il a appris le rendez-vous du conseiller de Macron avec la nièce Le Pen ce jour-là.

Ça coinche fort ces temps-ci depuis le château. Le magnifique héros du castor, débordant de jeunesse et de starteuperie lui a déjà mis un gros coup de moisi cette semaine. Dans « L’Express » ça pinçait grave. Le castor a été adjuré d’admirer le grand militaire Pétain quoiqu’il ait capitulé sans combattre, et décidé des lois antijuives, Maurras pour sa brillance littéraire quoique ce fût dans la haine antisémite, Colbert pour sa mansuétude dans le code noir compte-tenu du contexte esclavagiste de l’époque. Le castor a peut-être vomi son quatre-heures. Pauvre minet. La politique pour lui c’était simple : les bons sentiments et la pause d’abord, la réflexion ensuite. Et le voilà confronté à la grande loi du monde : l’Histoire est tragique. Le citoyen ne doit jamais oublier qu’il a sous l’armure de la mémoire la leçon des cicatrices de l’Histoire. Le citoyen doit être assez méfiant pour ne pas se faire avoir deux fois. Nous autres, vieux truffiers, nous sentons clair et net le champignon quand il est sous terre. Le castor est plutôt entraîné à retenir son souffle. Il faut donc le taquiner pour lui desserrer le nez ! Je le fais.

Tu te souviens Castor quand tu me reprochais de ne pas donner gratis un brevet d’anti-lepénisme à Macron au second tour de la présidentielle ? Tu te souviens de tes flatulences de satisfaction quand on te jouait le grand air de « la porosité entre les insoumis et les lepénistes » ? Tu t’indignais, tu condamnais, tu hurlais avec la meute ! Tu étais tellement content d’avoir fait « le bon choix ». Maintenant, tes chefs dînent sans longue cuillère avec le diable que tu prétendais combattre. Tu te souviens, Castor, quand tu nous laissais accuser d’anti-sémitisme après qu’un dingue de comptable venu de Versailles ait maculé de 80 croix gammées tout Paris à lui tout seul ? Tu te gonflais de bonne conscience. « Le Parisien » avait titré « ça suffit » à la une. Tu étais si bouffi de satisfaction d’avoir ta place dans le bon camp. Aucune injure ne te paraissait de trop contre les Insoumis jusque dans les rassemblements auxquels ils participaient contre l’antisémitisme. Et maintenant te voilà incité à admirer le pire de l’antisémitisme, celui qui se portait drapeaux et musique en tête : Maurras et Pétain ! Sans oublier la « contextualisation » du code noir et de ses auteurs. Tu vas le faire ? C’est bien possible. Et sinon tu regarderas ailleurs une fois de plus. Tu regardais ailleurs quand la ligue de défense juive traitait les femmes insoumises de « putes à bicots ». Ce jour-là le copain de Benalla, le commissaire Mizersky nous obligeait à quitter la marche pour Mireille Knoll à laquelle notre groupe parlementaire avait appelé. Et toi, Castor, tu m’as jeté à la figure « vous l’avez bien cherché ».

Castor, tu hésites à avoir honte de toi ? Oui, c’est vrai, dans ton milieu, on prône l’humilité mais seulement si elle peut être aussi ostentatoire que la bagnole, les fringues ou la montre. Et puis il est vrai qu’il te reste un joli bout de ces joies malsaines à partager avec tes amis de rallyes macronistes. Une belle séquence de haine des musulmans. Un bon moment de bonne conscience aigre avec votre loi glauque « contre le séparatisme ». Ta grande cheftaine la ministre Marlène Schiappa a déjà donné le ton : ceux qui résistent sont des islamos-gauchistes favorables à la polygamie et aux certificats de virginité. Et puis tu es rassuré : elle t’a dit que tes « parties à trois et plus » n’étaient pas menacées. Ainsi Castor, à mesure que ton quinquennat préféré avance, ton niveau moral progresse avec les conseils de tes porte-paroles : Maréchal-Le Pen, le code noir Pétain, Maurras et les parties à trois. Tu me diras que tu n’es pas seul dans tes indignations à géométrie variable. Ecoute le silence du CRIF et des autres commensaux du dîner annuel de la bonne conscience à 500 euros le couvert déductible des impôts. Lis Charles Enderlin et tu sauras pourquoi ça ne doit pas non plus te surprendre si tu te renseignes. Car c’est une vieille pente qui finit souvent par regrouper tous ces gens-là. En toute circonstance, la bien-pensance n’a ni religion ni principe qui compte plus que ses penchants de classe !

Et vous autres, tous les autres ? Ceux qui veulent seulement bien faire et ne savent pas toujours comment. Vous autres qui vous êtes trompés et qui avez été trompés de bonne foi, tirez la leçon. Cessez de courir dès qu’on vous sonne, cessez de croire les gens sur leur mine, cessez les garde-à-vous convoqués au sifflet des bienpensants. Ne courez plus jeter vos pierres à tous les piloris médiatiques. Quasimodo était déjà plus pur que ses détracteurs. Juifs, musulmans, républicains de toutes eaux, souvenez-vous : vos meilleurs alliés en fraternité contre les persécutions restent ceux qui restent fidèles à notre humanité commune. Même sous vos mépris.

Les insoumis ont parfois pauvres mines mais ils ont toujours le cœur et les engagements fermes et fidèles. Quoiqu’il leur en coûte.

Jean-Luc Mélenchon

lundi 29 juin 2020

Lyon, plots de stationnement et cause des femmes


Bernard Gensane


C'est ainsi que j'ai découvert qu'il existait un Front de Libération du Clitoris. Des artistes, en plus...

J'avais écrit Clitoris en toutes lettres. À la seconde où j'ai envoyé cette toute petite chose à FaceBook depuis mon blog, on m'a notifié que cela n'était pas possible, car le contenu était “ abusif ” (avec un anglicisme nullard). 

Prostate, ça passe ? J'ai donc écrit C...s.

vendredi 8 mai 2020

Alerte : deux bandits masqués occupent une école !


Jean-Michel Hureau

Le 5 mai 2020, à la manière de Zorro et de son fidèle Bernardo...

... deux individus portant des masques noirs se sont introduits dans une école de Poissy, dans les Yvelines. On constate immédiatement que le maire de la commune, présent lors des faits, est complice du coup de force. Visiblement ignorants des mesures de sécurité sanitaire, les malfaisants ne respectent pas les distances minimales à observer, se touchent le masque et se découvrent en risquant de contaminer l’entourage.
C’est alors, avec la plus grande stupeur, que nous constatons qu’il s’agit du Président de la République et de son Ministre de l’Education Nationale. Effectivement, nous n’avions pas observé la présence de Tornado dans les parages. C’est avec un soulagement que nous les voyons s’adresser avec amabilité aux élèves présents.
D’abord, Blanquer ne sait pas trop quoi leur dire. On voit tout de suite que ça fait un bon moment qu’il n’est pas entré dans une salle de classe pour s’adresser à des mômes de 6 ans.
Dans une autre classe, le Docteur Macron livre sa leçon des gestes à observer pour se préserver de la contamination alors qu’il a commencé par les enfreindre.
Et puis, au fil de l’échange, on apprend qui sont ces gosses qui vont à l’école en dépit des mesures de confinement. Ce sont des enfants de personnels hospitaliers ou pénitentiaires et de policiers, qui ne sont pas dans leur classe habituelle, qu’ils viennent de différentes écoles et qu’ils ne se connaissent pas. Le pot-au-rose est alors mis à jour.
Il ne s’agit pas d’une ouverture de classe destinée à assurer la moindre continuité pédagogique mais simplement d’une garderie dont l’unique objectif est de permettre aux parents d’aller bosser.
L’entreprise de communication qu’ils croyaient bien orchestrée se révèle être une supercherie destinée à encourager la population à retourner au boulot au détriment des mesures de sécurité concernant la santé des élèves et de leurs parents.
En cas d’école fermée, un salarié devra fournir une attestation à son employeur pour ne pas aller travailler. Ça ne serait pas un peu de l’intimidation, ça ?
Macron et Blanquer nous prennent encore une fois pour des jambons l
Enfin, pour réconforter, la nouvelle sportive du jour et ça faisait longtemps : le premier Paris-Roubaix féminin aura lieu le 25 octobre.

Mais d’ici là, il y en a peut-être d’autres qui vont se manger des pavés !

Le Grand Soir

vendredi 3 avril 2020

Histoire pour rire


Anne et Chris

Je pense que c'est toujours bon de faire circuler toutes les recettes possibles contre l'anxiété ou l'énervement entre 4 murs à la maison. 
Alors.. tu sais mon copain Lolo, avant de repartir à Madagascar, il m'avait mis sur l'ordi (de sa clef USB) un livre de Soggyal Rimpoché, un moine bouddhiste très fort. Comme je le feuilletais, je tombe sur un passage drôlement intéressant. Il explique que pour atteindre la paix intérieure, nous devons toujours finir ce que nous avons commencé et qu'à cette condition, notre existence se trouvera apaisée. J'ai regardé autour de moi dans la maison pour trouver les choses que j'avais commencées sans les terminer... Et.. j'ai fini une bouteille de rosé de Provence.. une bouteille de Bordeaux.. une ote bouteille de Gig..Ondas !.. une vouteille de bodka.. une b..Outeil de p..Oaare.. in z..este de kiwi.. non ! dewwiski et...… ? Ah oui !.. un rom blan.
Tou nimaggine pa com jem sens hacheman mieu mintnan.
Psasse el mssage a tou ceux  con beuzoin de paix intérieur et di leurke jeu lé zémeu . 
je brentasse kré gré gtrès f.. .. ort !
Envoyé par Anne et revisité par Chris

lundi 30 mars 2020

Notre père qui êtes à l’Elysée


Dominique Muselet

Comme tous les matins depuis quinze jours, je me jette au saut du lit, un café à la main, sur l’Actu en continu de Médiapart...

... en particulier et sur Internet en général, pour me mettre au parfum des derniers développements de votre courageuse lutte contre la pandémie.
J’apprends, avec surprise, que votre ministre de la santé aurait fait livrer aux pharmaciens les quelques masques qu’il a réussi à réunir, par Géodis, une filiale privée de la SNCF, qui hélas n’avait aucune compétence dans le domaine alors qu’il aurait suffi de se reposer sur les grossistes qui connaissent bien le réseau. Et que, du coup, les livraisons ont pris de quelques jours à une semaine de retard au grand dam des professionnels non hospitaliers qui les attendaient. Je suis sûre que ce sont des calomnies. Je sais que tout ce que vous faites, vous le faites pour notre bien et que c’est bien fait. Si quelqu’un a erré, ce ne peut pas être vous ni votre gouvernement. Sans doute êtes-vous, une fois de plus, la victime de votre trop grande intelligence, comme l’a si bien expliqué M. Legendre. Vos détracteurs ne comprennent tout simplement rien à vos grands desseins.
J’apprends aussi, avec soulagement, que vous avez autorisé la prescription de la Choloquine en traitement du Covid-19. Vous vous rappelez ? Le 13 janvier, un arrêté dans le Journal officiel, a classé l’hydroxychloroquine, qui était en vente libre, sur la liste II des substances vénéneuses. Un hasard malheureux dont évidemment vous n’êtes nullement responsable mais qui a donné l’impression que le couple Agnès Buzyn-Yves Lévy, alors respectivement ministre de la Santé et directeur de l’Inserm, réglait ses comptes avec le professeur Raoult sur le dos de la santé des citoyens, impression encore aggravée par le tir de barrage des chiens de garde du système contre le professeur. Vous vous rappelez comment il a été méprisé diffamé, ridiculisé à la TV ? Il a même été accusé de véhiculer des « fake news » par le Monde et votre ministère de la santé ! Le 23 mars, devant les protestations de plus en plus véhémentes des médecins sur le terrain et des malades, et après que Trump se soit extasié sur les travaux du Professeur Raoult, votre gouvernement a autorisé la prescription du médicament, mais seulement dans les cas graves, c’est-à-dire dans les cas où il ne sert plus à rien car, pour être efficace, il doit être administré assez tôt. Une demi-mesure que vous saviez évidemment contre-productive mais que vous avez autorisée sûrement par esprit de conciliation, pour maintenir la paix, sachant que ce matin vous prendriez, seul et contre tous, la décision qui s’imposait depuis le début. J’ai eu une larme de gratitude et d’admiration. C’est à ça qu’on reconnait un père, il sait se battre pour ses enfants. Quand le soir même l’arrêté était à nouveau modifié pour revenir en arrière, j’admets que je n’ai pas compris tout de suite. Je sais que tout ce que vous faîtes est bien fait, alors je me suis creusée la cervelle et je crois que j’ai trouvé. Voilà : votre doctrine du « en même temps » fait merveille à l’oral. Vous pouvez dire sans problème : « la chloroquine est en même temps autorisée et interdite », mais à l’écrit c’est plus compliqué. Alors, dans votre grande intelligence, vous avez trouvé la solution : vous l’autorisez le matin et l’interdisez le soir. C’est absolument génial. Comme cela vous faites plaisir à tout le monde et vous préservez l’unité. En temps de crise, c’est primordial. Bravo ! Je suis sûre que vous serez considéré dans l’histoire comme l’égal de Salomon avec son célèbre jugement.
J’ai un aveu à vous faire, je n’ai pas voté pour vous. J’avais d’affreux préjugés. Un enfant de la banque, pense-je, ne fera jamais rien pour nous. En plus, vous avez, sous Hollande, qui servait la finance tout en la détestant (le précurseur du « en même temps » ?), détricoté le code du travail, en dépit des protestations des salariés. Mais tout a changé quand vous êtes arrivé au pouvoir. Vous vous battez désormais comme un lion pour nous défendre et nous protéger contre la France profonde et le coronavirus, avec un gouvernement dont on ne peut qu’admirer la compétence, le souci du bien général, l’altruisme, le courage, la modestie, et j’en passe. L’histoire s’en souviendra.
C’est pour ça que je ne comprends vraiment pas ce qui m’arrive. Je pensais être complètement immunisée contre le doute, mais ces temps-ci, je ne sais pas pourquoi, il me passe par la tête des choses bizarres. Ce matin même, en lisant les nouvelles, je me suis surprise à penser sans réfléchir : ce n’est pas possible d’être aussi bêtes, ils doivent le faire exprès ! Inquiète, j’ai regardé autour de moi - heureusement j’étais toute seule enfermée chez moi -, et je me suis sévèrement réprimandée : mais vraiment c’est n’importe quoi ! Comme si nos dirigeants pouvaient être bêtes une seule seconde ! Et pire encore, comme s’ils pouvaient faire, exprès, quoi que ce soit qui nuise à l’intérêt général ! Je débloque, ça doit être les premiers effets de l’emprisonnement, pardon, du confinement. Heureusement, je connais l’antidote à ces pensées malsaines et je me suis dépêchée d’allumer la TV pour me remettre les idées en place. Au bout de quinze minutes, j’étais rassérénée. Nous avions toujours un chef de l’état, chef de guerre et père de la nation, en pleine possession de ses moyens. Par un hasard extraordinaire, il se trouvait dans notre tout nouvel hôpital militaire. Il arborait un masque flambant neuf, sans doute pour montrer ce qu’est un masque aux professionnels qui n’en ont pas besoin d’après notre pétillante porte-parole. Et il prenait une posture martiale pour haranguer les troupes bien rangées devant des lits... vides, sûrement par sécurité. Notre président est malin, ce n’est pas comme cet idiot de Poutine qui se précipite en ridicule combinaison d’internaute aux chevets des malades ! Notre chef de guerre, toujours à l’écoute de son peuple, a profité de la présence aussi fortuite que rare des médias de ses amis milliardaires pour nous rassurer. « J’ai tout bien en main, nous a-t-il affirmé en substance, et tout ira bien à condition que vous fassiez tout ce que je vous dis, sans poser de questions, sans discuter et sans vous plaindre. Je suis né pour penser et donc vous n’avez pas besoins de le faire, moi je m’en charge ».
Quel bonheur, me suis-je dit. Déjà, je n’avais presque plus rien à faire et maintenant, je n’ai même plus besoin de penser ! Toute à ma joie, je suis retournée regarder des vidéos distrayantes sur internet. Et là, je tombe par hasard sur une vidéo d’une équipe de médecins de Cuba accueillie avec tous les honneurs en...Italie. Je me frotte les yeux. C’est un montage, je me dis. Je fonce sur le Décodex du Monde pour en avoir le cœur net. Rien ! Je consulte les médias officiels. Aucun démenti ! Cuba, le diable, le démon, la dictature que les Etats-Unis contiennent, endiguent à grand peine à coups de blocus, de CIA, de sanctions, d’assassinats, et j’en passe, pour l’empêcher d’envahir tout l’occident, Cuba donc, est accueilli en sauveur en Italie. Et pas seulement Cuba, mais la Russie et la Chine... C’est le monde à l’envers ! Je regarde ça, interloquée, et je me dis : « Faut-il que les Italiens se sentent abandonnés de Dieu et de l’UE pour en arriver là. » Puis je me reprends. Comment puis-je penser une chose pareille ? Voyons, l’Union Européenne nous protège. Sans elle nous serions depuis longtemps colonisés par la méchante Chine au lieu de l’être par les gentils Etats-Unis, nous serions culturellement dominés par les méchants Russes, au lieu de l’être par les gentils Etasuniens, et nous serions soignés par les méchants Cubains au lieu de n’avoir bientôt plus du tout accès aux soins comme la plupart des Etasuniens. Ça vaut largement tout l’argent que nous donnons à l’UE et aux USA...
Tout de même, je suis sur une mauvaise pente. Il est clair qu’à force d’être seule, sans grand-chose à faire, mon cerveau tend à se croire tout permis. J’ai beau faire, il me vient de plus en plus de pensées incongrues. Je comprends mieux pourquoi, dans sa grande sagesse, notre Père Macron nous a recommandé de ne pas penser. Il a compris, lui qui sait tout, que la pensée était le plus grand ennemi de la nation. Pas les attentats, pas les grèves, pas le coronavirus, non la pensée. Car si le peuple se met à réfléchir à ce qu’il voit, s’il s’aperçoit que tout le système est bâti sur le mensonge et l’exploitation, s’il se rend compte qu’il n’a aucune issue, il sera malheureux. 

Et notre Père, qui est à l’Elysée et qui nous donne notre pain quotidien pour que nous puissions aller travailler pour sauver l’Economie et les banques, notre Père, qui nous aime plus que tout, n’a qu’un seul désir : que nous soyons heureux.

Le Grand Soir

samedi 28 mars 2020

Honte aux fractureurs !

Jean-Luc Mélenchon

Je dénonce par avance ceux qui voudraient profiter du grandiose discours de notre grandiose chef de guerre pour fracturer.

Je les vois venir ! Des malveillants ! Ils diront : « si le grand plan pour les personnels hospitaliers et les enseignants était si nécessaire, il aurait fallu en donner un avant-goût dans la loi de finances rectificative votée vendredi dernier ». Et ils continueront leur jacassin. « Après tout avec une garantie d’emprunt de 300 milliards, qu’est-ce que ça aurait fait un ou deux milliards de plus ? Surtout après que la Commission européenne abroge tous les critères d’austérité antérieurs ». Honte à ce genre de fractureurs !
« C’est la guerre », nom d’un chien ! Il faut donc dénoncer les critiques de ceux qui démoralisent la ligne de front et même la deuxième ligne. Ceux-là agissent sans aucun doute pour le compte du coronavirus ! Alors que le généralissime s’épuise à faire oublier la triste réalité en évitant d’en parler, les fractureurs se préparent à démoraliser sciemment les combattants ! Ils vont vouloir rappeler que de gel, de masque, de tests et de respirateurs, pourtant indispensables sur la première et deuxième ligne de front, il n’y aura pas eu un mot. Ni des usines textiles à réquisitionner, ni de Luxfer à nationaliser et ainsi de suite.
Quel scandale ! Pourquoi refusent-ils de voir l’effort de guerre en pleine action ? Tout de même : les porte-hélicoptères seront là ! La preuve que c’est « la guerre ». Ils seront là. Avec leurs noms terribles, cités un par un. Ils seront là. Enfin… ils seront dans le coin. Aux environs. Par exemple aux environs, dans les Caraïbes entre Saint-Martin, la Guadeloupe, la Martinique et ainsi de suite. Un porte-hélicoptères pour une zone certes bien vaste, mais c’est l’intention qui compte, sale fractureur ! Et d’ailleurs, que tous les coronavirus du coin se le tiennent pour dit : « nous ne céderons rrrrien ! car nous en avons les moyens ». D’ailleurs le porte-hélicoptères s’occupera aussi de la Guyane, même si elle ne fait aucun effort pour se situer dans les Caraïbes, après avoir déjà refusé d’être une île en décembre dernier. Mayotte se contentera des stocks de masques moisis en attendant le passage du porte-avions sans doute.
Sinon, il y aura aussi des militaires dans la rue. Attention, ce sera en plus des patrouilleurs de Sentinelle qui « continuent la guerre contre le terrorisme ». Ça fait deux guerres en même temps quand même. Mais nous ne « cèderons rrrrrien car nous en avons les moyens ». Des militaires vont donc porter les sacs des gens qui n’ont pas le droit de sortir, visiter les Ehpad où il est interdit d’entrer, à moins qu’ils n’aillent ramasser des asperges et des patates comme les hôtesses d’accueil et les coiffeurs feraient bien d’y penser.
Bref, comme dit BFM : « Macron en chef de guerre » c’est quelque chose ! Et tout ça à peine un mois et demi après avoir sauvé le glacier du Mont-Blanc. Et tout juste un mois après avoir démasqué les séparatistes islamistes. Déjà à Mulhouse. Quel homme ! Dommage qu’il n’ait pas eu une pensée affligée pour les mille cinq cents évangélistes dont la réunion à Mulhouse a contaminé tout le grand est du pays. Le fait est qu’ils ne sont pas musulmans, ce qui leur enlève toute fonction utile dans l’une des guerres que « nous menons » .
Macron remplit sa fonction de thaumaturge selon son entourage par sa présence physique ! Thaumaturge : bouffe, fractureur ! Et ne viens pas nous dire que thaumaturge c’est un «faiseur de miracles». Fractureur, ne vient pas nous saouler avec le fait que c’était un don attribué aux rois de France ! Et surtout ferme-la une bonne foi quand tu prétends que les rois, eux, touchaient les écrouelles, bubons purulents qui fondaient à son contact ! « Le roi te touche, tu es guéri » disait le prêtre !

Car la prochaine fois qu’il ira à Mulhouse ou sur un porte-hélicoptères ou ramasser des asperges avec les coiffeurs, il le fera. Et tu iras voir ta mère ! Honte aux fractureurs !

mercredi 5 février 2020

Drôle de ministre


Olivier Cabanel

Il est assez inquiétant d’analyser au plus près le comportement des différents ministres, ou députés de ce gouvernement.

Au-delà des sempiternels usages de la langue de bois, il existe quelques éléments de langage proprement hilarants.
Commençons par les hors d’œuvres, et penchons-nous de plus près sur les lapsus révélateurs dont nous accablent tous ces ministres, ou grands élus.
Bruno Fuchs, par exemple, ce député MoDem, nous a gratifiés d’un lapsus plus que révélateur. S’exprimant sur la question de la retraite à point, il a déclaré sur l’antenne de BFMTV en novembre dernier : « le point (de retraite) ne va pas baiser...euh, baisser ». lien
En 1992, Pierre Bérégovoy avait fait de même en déclarant : «  nous avons aussi décidé de baiser l’impôt  »...avant de rectifier « de baisser les impôts sur les sociétés  ».
Quant à Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, après avoir déclaré qu’elle était prête à mentir pour protéger Macron, (lien) elle a affirmé en juillet, lors d’un point presse de l’Elysée : «  il ne saurait être question de présager de l’innocence...euh pardon...de la culpabilité de François de Rugy  ».
Dans la bouche de Stanislas Guérini, le délégué général « d’En Marche  », on a pu entendre cette phrase étrange : « ce sera la 5ème fois que le président de la République va aller à l’encontre...euh...à la rencontre des élus locaux  ». (C’était sur France Info, en février).
Gilles Legendre, président du groupe LREM, est un champion en la matière : « tous les soirs, vous avez des retraités...euh...députés, qui organisent des réunions » (France 2 novembre 2019)...quelques temps auparavant, en juin, il avait pris la parole à l’Assemblée Nationale pour dire : « la réforme des retraites sera l’illusion la plus marquante de la volonté de notre majorité de refonder notre protection sociale sur une base beaucoup plus solidaire  ».
Même le premier ministre y est allé de son lapsus, lors du lancement de la Coupe du Monde de rugby, il a affirmé : « la France est une nation qui veut continuer à sucer...euh...susciter de grands champions  ».
Mais la championne en cafouillage, et autres dérapages de langage reste Muriel Pénicaud, la ministre du travail.
On se souvient que Nadine Morano, quasi ministre du travail, avait pourtant placé la barre assez haut... lien
En voici un florilège : «  je tape plus vite que mes doigts, mais je corrige aussi vite que ma pensée »...interrogée sur un affaire d’espionnage chez Renault, elle répond : « j’aime Renaud sur certaines chansons »...
Voici ce qu’elle appelle un théâtre de verdure comble alors qu’il est quasi vide : 
Quelques temps après, elle affirme à Harlem Désir : « nous avons fait reculer la sécurité à 15%  »...un autre jour, elle affirme que la TVA est plus élevée en Allemagne qu’en France, tout en disant le contraire : « elle est à 19 points en Allemagne, la nôtre est à 19,6  »...apparemment peu douée en orthographe, elle confond anale et annale...etc lien
Mais Pénicaud semble pouvoir faire encore mieux.
S’exprimant sur le projet de réforme des retraites, Pénicaud n’a pas hésité à dire : « c’est une réforme résolument tournée vers le travail, vers l’emploi, contre le chômage et pour la précarité  ».
Mais, c’est dans le domaine de l’incohérence qu’elle est la meilleure...on a parfois le sentiment diffus qu’elle ne sait pas vraiment ce qu’elle a envie de dire, et que tout se bouscule dans sa tête.
Interrogée par Léa Salamé, et Nicolas Demorand, lors d’une matinale de France Inter, elle n’a pas hésité une seconde à parler « yaourt »...réminiscence peut être due à son passé lorsqu’elle était à la tête d’une grosse entreprise de produits laitiers ?
Extraits :
« Il a démontré qu’on avait entendu qu’il avait entendu », proposition quasi surréaliste...ou « la première c’est gagner 500 000 ou 600 000 €...euh et 1500 € »...
Il n’est pas inutile d’écouter la totalité de l’interview pour découvrir l’incohérence de son discours, désorientant les 2 journalistes, avouant finalement « qu’ils essayent de comprendre ».
Au-delà de ça, elle est experte en phrases qui ne finissent pas...en mots qui se télescopent à la suite.
Exemple (tous les mots prononcés sont dits à la suite NDRL) : « y a un certain nombre...y a toute une série de pistes...y a beaucoup de...y a aussi...mais le plafond...enfin, euh le déclenchement, qui se faisait à 1500 €...moi je vais vous dire ma conviction depuis 18 mois...et c’est vrai pour chaque comportement, de loi, zezezou...moi je crois à l’intelligence des français...et ça va redonner du souffle... ». lien
Est-elle en train d’inventer une nouvelle langue ? La question mérite d’être posée.
Bien sûr, d’autres, avant elle, ont eu la langue qui fourchait, tel François Fillon, qui s’intéressait au « gaz de shit », ou Rachida Dati, confondant « fellation » et « inflation », mais aussi confondant Code avec Gode , ou Brice Hortefeux, confondant les empreintes génitales, avec empreintes génétiques...un autre évoque le « gode électoral »... lien
Même Dominique de Villepin n’y a pas échappé, lui qui a déclaré « le conseil constitutionnel qui prendra sa démission demain »...au lieu bien sûr de dire décision...
L’ancien ministre de l’écologie, Nicolas Hulot en l’occurrence, confondait « périnée et périmé »... (lien) l’un de ces prédécesseur (JL Borloo) avait déclaré, par inadvertance que Dominique de Villepin était « le premier minus »...alors qu’Éric Besson confondait « invasion  », et « immigration ». lien
Une autre ancienne ministre de l’environnement, Dominique Voynet affirmait : « il faut les femmes se serrent les couilles...euh...les coudes  ».
Bernard Accoyer n’était pas en reste, lorsqu’il déclarait : « ce dont ce pays a besoin, c’est justement d’une loi du sexe...euh...du siècle  ».
Robert André Vivien aurait été probablement d’accord avec lui, puisqu’en 1975, quand il conseillait à un ministre : «  durcissez votre sexe...euh pardon...votre texte  ».
Et quid de Kouchner qui confondait « les Ouigours avec les Yoghourts » ?
Passons sur ces lapsus, ces dérapages en tout genre, et interrogeons-nous sur ces déclarations que nos chers responsables regrettent d’avoir proférées... comme lorsque le chef de l’état déclarant « qu’ils viennent me chercher » s’enfuit comme un voleur, lorsqu’ils viennent le chercher (lien)...ou lorsqu’il déclare « je ne veux pas entendre parler des violences policières  ».
Son ministre de l’intérieur fait de même, (lien) alors que la liste des éclopés, des éborgnés, et des blessés en tout genre s’allonge chaque jour un peu plus. vidéo
C’est le même qui, récemment, déclarait que la grenade GLI-F4 ne serait plus utilisée... (lien) alors qu’elle n’est plus fabriquée depuis quelques années, et a été remplacée par la GM²L, tout aussi dangereuse. lien
Ratage encore lorsque les députés LREM refusant de voter la loi concernant les jours de congé suite à un décès, font rapidement marche arrière toute. lien
Mais rassurons-nous, il reste encore 14 bons mois jusqu’à la prochaine présidentielle, et si personne ne doute que nous aurons droit à d’autres surprises, c’est quand même Muriel Pénicaud qu’il faudra suivre le plus attentivement.

Comme dit Jean-Claude Van Damme, remplaçant provisoirement mon vieil ami africain : « quand t’es con, tu sais pas que t’es con, puisque t’es con...alors que quand t’es pas con, tu sais que parfois, t’es con ».

agoravox.fr

samedi 1 février 2020

L’affaire Assange expliquée aux journalistes (qui ne sont pas cons, il faut juste savoir leur parler)


Viktor Dedaj

Il était une fois, dans un pays lointain peuplé de kangourous et de koalas, un jeune garçon aux cheveux blonds qui s’appelait Julian.

Julian aimait beaucoup jouer avec les ordinateurs. Comme il était aussi très intelligent, il avait appris leur langage et savait leur parler et se faire obéir. Mais en grandissant, Julian trouvait de plus en plus que le monde était injuste et cruel et que peu de gens autour de lui s’en souciaient. Alors un jour, en martelant son bureau avec ses petits poings vengeurs, il s’écria « ça suffit ! ». Et à force de réfléchir, il eut une idée.
Julian abandonna son pays lointain et vint s’installer dans un village chez nous. Sur la place du village, il installa un grand tableau blanc qu’il appela Wiki et il dit « Voilà. Si quelqu’un connaît un méchant, vous pouvez le dénoncer en écrivant son nom ici pour lui mettre la honte. Bien-sûr, je vérifierai si c’est vrai ».
Tout le monde se gratta la tête en se demandant quelle mouche avait bien pu piquer cet étranger à l’accent bizarre. Les jours passèrent et les gens finirent par ne plus faire attention à Wiki et continuèrent à vaquer à leurs occupations.
Mais un beau matin, les habitants du village se réveillèrent et constatèrent que quelqu’un avait griffonné sur le tableau : « George est une patate pourrie ». En en dessous « lui et ses amis tapent sur des petits qui n’avaient rien fait et disent ensuite que c’était mérité. C’est injuste. ». Et c’est vrai que c’était injuste.
George, qui habitait une grande maison blanche, était très en colère et protesta « il a pas le droit, c’est pas du jeu ». George et ses amis tentèrent de casser le tableau, mais Julian avait bien travaillé et l’avait construit avec des planches solides et des gros clous. Le lendemain, quelqu’un rajouta « George=bâtard ». Alors George et ses amis jurèrent de se venger.
George alla voir une sorcière amie dans le village d’à-côté et lui demanda de l’aider. « Comment ? » demanda la sorcière qui s’appelait Marianne. « J’en sais rien », dit George, « Trouve quelque chose. Fais le venir ici, on lui tendra un piège » puis George et ses amis se cachèrent à quatre pattes derrière des buissons en rigolant.
Marianne cria alors « Julian, viens voir ! ». Julian, qui était très occupé, demanda « pourquoi faire ? ». « Viens », dit Marianne, « il faut que je te parle ».
- Vas-y, parle, je t’écoute, dit Julian.
- Non, viens ici, dit Marianne.
- Pourquoi faire ? Je t’entends, dis-moi.
- Viens ici j’te dis, bordel de merde !

Julian n’était pas bête. Il avait bien vu de loin les buissons secoués par les rires étouffés et les fesses de George qui dépassaient. Marianne, fâchée, appela le Constable du village et lui dit « Il faut me ramener Julian ! ». « D’ac » répondit le Constable, qui était lui aussi un ami de George, « mais il me faut une raison ». « Je peux faire semblant d’en avoir une », répondit Marianne. « Ca roule » dit le Constable et, ni une ni deux, se mit à la recherche de Julian.
Julian s’échappa et se réfugia dans la maison d’un ami. Le Constable, ne voyant pas les choses de cet œil, se planta devant la maison et dit « tôt ou tard, tu sortiras Julian ».
Et c’est ainsi que pendant quelques années, enfermé dans cette maison, Julian continua à narguer George. George lui, profita de l’enfermement de Julian pour dire à tout le village « Julian pue du bec, fais passer ». Et les gens du village, qui avaient peur de George, firent passer le message que Julian puait du bec.
Petit à petit, sur la place, les gens se mirent à ignorer Wiki et passaient devant en se bouchant le nez.
Mais un beau jour, le propriétaire de la maison mourut, et le nouveau propriétaire ne voulait plus de Julian. Alors il ouvrit la porte et le Constable, qui n’avait pas bougé, entra et s’empara de Julian et s’écria « Enfin je te tiens, gredin ! » et le jeta dans une prison sombre et froide en attendant que George et ses amis préparent leur vengeance.
Aujourd’hui, au village, les gens passent toujours devant Wiki mais ne s’arrêtent guère. Chaque nouvelle version de l’histoire déforme la précédente au point où rares sont ceux qui se souviennent à quoi il sert et comment il est arrivé là.
Julian, lui, est toujours dans sa prison. Parfois, au-delà des murs de la prison, il entend des voix qui crient son nom et ça lui fait du bien et il se met à rêver de kangourous et de koalas (qui ne sont pas aussi gentils qu’ils en ont l’air).
Voilà l’histoire de Julian, un gentil monsieur qui voulait faire le bien. Mais les méchants, ils l’ont attrapé et enfermé dans une prison.

Dis, journaliste, tu veux bien nous aider à le sortir de là ? « et si t’es sage, j’te raconterai l’histoire de Chelsea ».

Le Grand Soir

dimanche 29 septembre 2019

Comment la fistule anale de Louis XIV a permis la création de l'hymne britannique "God Save the Queen"


Bernard Gensane


Je connaissais cette histoire depuis mes années estudiantines mais je l'avais oubliée. Elle est fort bien racontée ici, sur le site de France Inter, par Anne Audigier.


Quel rapport peut-il bien exister entre l'affection dont souffrait le roi soleil et l'hymne de la perfide Albion? Le professeur Jean-Noël Fabiani raconte cette histoire étonnante à Daniel Fievet dans la "Tête au Carré".


L'histoire de la médecine est à la fois effrayante et incroyable. Tels sont les sentiments qui prévalent lorsque l'on écoute le professeur Jean-Noël Fabiani, chef de service à l'hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, évoquer dans “ La Tête au Carré ”, ses grandes figures, ses étapes clés et ses grandes avancées.


La fistule anale la plus célèbre du monde



Nous sommes en 1686. Une fistule a fait son apparition sur le royal séant.


Pour faire simple, une fistule est un abcès. Et il faut bien reconnaître que celle-ci est pour le moins mal placée puisqu'elle se situe entre une glande anale et le rectum. Mal placée, certes, mais pas étonnante. Ses médecins prodiguent souvent des lavements au roi. Pour cela, ils utilisent un clystère en métal (qui, soit dit en passant, n'est pas stérilisé vu que Nicolas Appert "n'inventera" la stérilisation qu'en 1810).


Fagon, le médecin du roi, lui conseille de boire de l'eau minérale. Non seulement ça ne plaît pas au roi, mais ça n'arrange en rien son problème. C'est Louvois, l'un des principaux ministres de Louis XIV qui, devant son état qui s'aggrave, le convainc de voir son barbier-chirurgien.

"Barbier-chirurgien" ?! 



Petit point historico-médical : jusqu'au milieu du Moyen Âge, la pratique médico-chirurgicale était l'apanage de religieux jusqu'à ce que l'Église ne se rende compte que les gens venait voir les prêtres plus pour le salut de leur corps que pour le salut de leur âme. À l'issue du concile de Tours (1163), le décret suivant est publié : "L'Église hait le sang". Conséquence : l'interdiction à tout membre du clergé de pratiquer la chirurgie.


Jean-Noël Fabiani précise : "Les barbiers s'engouffrent dans ce métier de chirurgiens parce qu'ils sont les seuls au Moyen Âge à avoir des lames qui coupent à peu près bien pour faire des saignées, des abcès, des amputations... Les barbiers exercent donc la chirurgie, mais sous les instructions des docteurs en médecine. C'est à cette époque que l'on passe de la médecine monastique à la médecine scolastique, avec la création des grandes universités de la fin du Moyen Âge."


Charles-François Félix



Le "barbier-chirurgien" de Louis XIV s’appelle Charles-François Félix. Après avoir examiné le roi, il a ces mots : " Sire je m'inquiète un peu, car l'opération que je vais devoir faire est cruciale." Ce à quoi le roi répond : " Entraînez-vous Félix. Toutes les galères et toutes mes prisons vous sont ouvertes.


Félix va donc s'entraîner. Plusieurs mois. Et va même mettre au point des instruments spéciaux pour être en mesure de traiter le royal derrière.


L'opération a lieu à Fontainebleau le 18 novembre 1686. Elle dure trois heures. Le roi, dit-on, fit preuve de beaucoup de courage. Rappelons qu'il n'y a pas d'anesthésie. 


Félix pratique une opération qui, explique Jean-Noël Fabiani, "met à plat" cette fistule de façon à la guérir. Il faut dire, ajoute le professeur, que Félix avait une recette imparable, il faisait les pansements avec du vin de Bourgogne !!!


Dieu sauve le roi



Pour soutenir son époux, Madame de Maintenon demande à Lully de composer un hymne. Le texte est écrit par Madame de Brinon, supérieure de la Maison royale de Saint-Louis, créée par la marquise. Pendant l'opération, les Demoiselles de Saint-Cyr chantent cette composition. Elle l’interpréteront ensuite à chacune des visites du roi à la Maison royale de Saint-Louis.

Comment cet air est-il devenu l'hymne britannique ?



Deux thèses s'affrontent :



En 1714, Haendel, alors compositeur officiel du roi britannique George Ier est en visite à Versailles. Il entend l'hymne de Lully. Il le note, fait adapter le texte en anglais et le soumet au roi. Énorme succès. L'hymne est dorénavant joué dans toutes les cérémonies ou le roi est présent et s'impose au fil du temps comme l'hymne national.

L'autre piste vient de la maison Stuart. Jacques Stuart, qui régna en Angleterre sous le nom de Jacques II, vit en exil en France à partir de 1689. Il aurait entendu l'hymne et aurait décidé de l'adopter lorsqu'il remonterait sur le trône. Ce qui n'est jamais arrivé puisqu'il est mort en exil en 1701. Son fils, Jacques III, tenta à plusieurs reprise de récupérer son trône. Lors d'une ultime tentative, en août 1745, ses partisans entonnèrent le fameux chant.

Quel qu'en ait été le cheminement, Dieu sauve le roi est aujourd'hui l'hymne le plus connu au monde.  

Je laisse le mot de la fin à Jean-Noël Fabiani : “ Les Anglais ont aujourd'hui, sans certainement le savoir, comme hymne à leur souverain, un air qui a été composé pour le cul du roi Louis XIV! ”

Bernard Gensane