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mardi 5 décembre 2017

Libé : porte-voix de Dharamsala ?


André Lacroix

Sous le titre "Le monde devrait s’inquiéter des atteintes à l’environnement au Tibet", on a pu lire sur le site de Libé du 29/11/2017 une interview par Laurence Defranoux de Dolma Tsering, députée du « Parlement tibétain en exil ». 

C’est le droit, bien sûr, d’un organe de presse d’interviewer n’importe qui ; mais ne serait-ce pas aussi son devoir de faire preuve d’un minimum d’esprit critique ?
Rien que le bandeau de présentation donne un aperçu des préjugés de la journaliste. Elle nous dit que « Dolma Tsering (...) est née au Tibet en 1959, neuf ans après l’invasion du pays himalayen par l’armée de la Chine communiste. » Invasion ? En fait, la Chine n’a fait que récupérer une province traditionnelle ayant échappé pour un temps (de 1911 à 1950) à son contrôle à cause des problèmes de la jeune république (seigneurs de la guerre, rivalité entre communistes et Guomindang, agression japonaise). Il est assez lamentable qu’un journal au bon nom de Libération taxe d’« invasion » l’arrivée au Tibet de l’APL (Armée populaire de Libération) qui a effectivement libéré la population d’un pouvoir théocratique millénaire. Pour rappel, les paysans tibétains étaient astreints aux corvées ; ils pouvaient être vendus comme du bétail ; les esclaves fugitifs pouvaient subir l’arrachage des yeux (énucléation), l’arrachage de la langue, la section des tendons, l’amputation de bras, de jambes, ou être écorchés vifs.

Première question de la journaliste : « Que pensez-vous du projet chinois de détourner l’eau du Brahmapoutre depuis le Tibet vers le désert du Xinjiang ? » Une question correcte aurait été : « Que pensez-vous du projet chinois consistant, d’après la presse indienne, à détourner l’eau, etc.... ? » Quand on sait que les journaux indiens, comme The Hindustan Times ou Mint, sont assez largement contrôlés par le pouvoir, un pouvoir national-hindouiste prêt à faire flèche de tout bois contre son rival chinois, il faudrait d’abord s’interroger sur la réalité et la faisabilité d’un tel projet. D’après Romesh Bhattacharji, ancien bureaucrate indien, « les Chinois devraient faire monter l’eau plus de 1.000 mètres au-dessus de son altitude actuelle pour la détourner vers le nord, ce qui lui semble impossible » (site Slate.fr, 03/04/2015, d’après The Diplomat, Sciences et Avenir, i100).
Il faudrait donc se demander d’abord si un projet aussi fou, pour autant qu’il existe, n’est pas condamné à l’avance à rester dans les cartons, comme ce fut le cas du projet envisageant d’acheminer vers la grande ville de Barcelone une partie de l’eau de l’Èbre et même du Rhône. De plus, on voit mal le gouvernement chinois donner le feu vert à une telle initiative alors qu’il vient de décider de transformer le Haut Plateau en sanctuaire écologique (voir www.tibetdoc.org, → Environnement → Écologie).
Quant à la compétence de Mme Delma Tsering pour répondre à la question posée, on peut en douter, elle qui parle du « Yarlung Tsampo, un affluent du Brahmapoutre », alors qu’il s’agit du même fleuve sous deux noms différents ; il est vrai qu’étant partie en exil avec ses parents quand elle n’avait pas encore un an, elle ne doit avoir de son pays d’origine qu’une connaissance très limitée.

Deuxième question : « Quelle est la situation politique et sociale du Tibet aujourd’hui ? » Comme on pouvait s’y attendre, Delma Tsering met en avant les « 149 personnes (...) immolées par le feu ». Il n’est pas question ici, bien sûr, de banaliser cette vague tragique (n’y aurait-il eu qu’un seul cas, ce serait déjà trop), ni même d’exempter les autorités politiques de tout reproche, mais encore faudrait-il se demander si les candidats au suicide ne sont pas fanatisés par certains moines sur place et par certains exilés, qui instrumentalisent la religion à des fins séparatistes (voir www.tibetdoc.org → Politique → Conflits). C’est une question que Laurence Defranoux ne s’est probablement jamais posée.
Delma Tsering se plaint longuement de la situation politique, mais reste muette sur la situation sociale, comme si ça n’avait pas d’importance. Pourquoi notre journaliste n’a-t-elle pas insisté pour avoir une réponse à la deuxième partie de sa question. Difficile d’admettre qu’un quotidien comme Libé semble faire peu de cas des droits sociaux (subsistance, santé, éducation) et des progrès constants du niveau de vie des Tibétains : Jean-Paul Sartre doit se retourner dans sa tombe...

Troisième question : « Sous la pression de la Chine, le dalaï-lama est de plus en plus ostracisé par le monde occidental. Qu’en pensez-vous ? » Réponse de Dolma Tering : « C’est fou comme la Chine arrive à influencer la communauté internationale (...) » Imaginons un moment qu’un leader charismatique corse fasse le tour du monde pour plaider la cause indépendantiste ; dans ce cas, la France n’essaierait-elle pas d’influencer la communauté internationale ? Il n’est d’ailleurs pas dit qu’elle y réussirait pleinement, pas plus que la Chine qui doit bien constater que des personnalités occidentales en vue se démènent toujours pour être photographiées aux côtés du saint homme.
Il est navrant de voir un journal comme Libé baigne dans les eaux tièdes de la pensée unique antichinoise et oublier que le dalaï-lama est devenu, pour le « monde libre », un pion sur un échiquier géopolitique qui le dépasse.

Quatrième et dernière question : « Comment voyez-vous l’avenir alors que Xi Jinping vient d’être reconduit à la tête de la Chine ? » La réponse de Dolma Tsering a tout pour plaire dans nos pays, car elle donne les apparences de la modération.
« Ce n’est pas parce qu’on défend le Tibet qu’on est anti-chinois », dit la « parlementaire » tibétaine. Les Chinois auront sans doute quelques difficultés à la croire, eux que le dalaï-lama a accusés dans ses mémoires d’être des « envahisseurs », des gens « impitoyables », qui se livrent au « pillage » qui ont une « mauvaise éducation » et autres joyeusetés détaillées à la page 69 du petit livre de Maxime Vivas, Dalaï-lama. Pas si zen (éd. Max Milo, 2011). Quant aux accusations de « génocide » (démographique, culturel et même physique), ce sont des mensonges fabriqués à Dharamsala et complaisamment relayés en Occident bien que leur fausseté ait été clairement établie par les chercheurs sérieux.
« (...) nous ne demandons pas l’indépendance », affirme aussi Mme Dolma Tsering. C’est en tout cas le discours officiel à destination de l’opinion internationale, mais chacun sait que le ton est légèrement différent au sein de la communauté des exilés, dont le rêve indépendantiste est secrètement entretenu. Comme le note finement Donald S. Lopez, lequel est par ailleurs favorable à la thèse indépendantiste, « il arrive au Dalaï-Lama lui-même de brouiller les cartes, en particulier dans des déclarations destinées à l’Occident, en passant d’un appel à l’indépendance du Tibet à un appel à la préservation de la culture tibétaine » (Fascination tibétaine, Du bouddhisme, de l’Occident et de quelques mythes, éd. Autrement, 2003, p. 226). À lire aussi sur la question, le chapitre VII (Indépendance ou autonomie) du livre de Maxime Vivas : c’est vraiment savoureux...
Conclusion de Dolma Tsering : « Le Parti communiste chinois devrait admettre que, après soixante années de contrôle, le problème tibétain n’est toujours pas résolu. » Mais les torts ne sont-ils pas au moins partagés, aurait dû demander Laurence Defranoux ? Pour rappel, l’accord en 17 points pour la libération pacifique du Tibet qui avait été signé en 1951, c’est le dalaï-lama qui l’a dénoncé quelques mois après sa fuite en Inde. Pour rappel encore, si, après l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping, les négociations qui auraient entre autre permis au dalaï-lama de rentrer au pays ont été rendues très difficiles, c’est notamment à cause de la revendication des exilés tibétains de créer un « Grand Tibet » sur le quart du territoire chinois. Et quand, en 1986, le dalaï-lama a décidé d’internationaliser la question devant le Congrès des États-Unis, il a donné le coup de grâce aux négociations.

Mes questions : Plutôt que de prendre pour argent comptant tout ce qui sort de la bouche des exilés tibétains, un journal digne de ce nom ne devrait-il pas envoyer pour les interviewer des journalistes informés et doués de sens critique ? Serait-ce trop demander à un journal comme Libé de ne pas se laisser emporter par le courant de la pensée dominante ?

Le Grand Soir

mercredi 31 mai 2017

Brève réponse à un ami sur la Palestine et la Syrie

PhotoBruno Guigue      

Tu t’affliges du malheur qui frappe le peuple syrien, et tu te demandes si tu ne dois pas condamner la politique du gouvernement syrien pour les mêmes raisons qui te poussent à condamner celle du gouvernement israélien.
 
Je te réponds que cette analogie est totalement trompeuse. Car le peuple syrien est majoritairement du côté de son gouvernement et de son armée qui luttent contre une invasion orchestrée de l’étranger. Sinon, comment expliquer la résistance victorieuse de cette armée de conscrits sur des mercenaires issus de 110 pays ? Et comment expliquer que les populations se réfugient, dès qu’elles le peuvent, dans les zones tenues par les forces gouvernementales ?
La guerre est toujours sale, et il y a des victimes innocentes des deux côtés. Mais si Bachar Al-Assad était vraiment le boucher sanguinaire que décrit la presse occidentale et saoudienne, crois-tu que l’Etat syrien et ses institutions, dont le président est la clé de voûte, ne se seraient pas effondrés depuis longtemps comme un château de cartes ? Ceux qui accréditaient la thèse ridicule du “méchant dictateur qui extermine son peuple à l’arme chimique”, les Filiu, les Hénin et autres Burgat, ces affabulateurs professionnels en sont pour leurs frais. Les faits parlent d’eux-mêmes, et lorsque l’interprétation est erronée, ce ne sont pas les faits qu’il faut changer, mais l’interprétation. Aujourd’hui cette “narrative” simpliste n’abuse plus que ceux qui ont renoncé, par paresse intellectuelle, à l’usage de leur propre raison.
Mais comme ton engagement pour la cause palestinienne est solide, il y a d’autres faits que tu dois prendre en considération. Ces faits, tu les connais. Ils montrent que les ennemis de la Syrie sont les ennemis de la Palestine, et que la défaite de la Syrie serait aussi la défaite de la Palestine. Car elle mettrait fin, à la fois, à la lutte séculaire du peuple palestinien pour son autodétermination et à la lutte séculaire de la nation arabe contre l’impérialisme occidental.
 
Résumons les faits, et rien que les faits
 
En Syrie, des dizaines de milliers de combattants affluent de la planète entière, depuis six ans, pour aller combattre le “méchant Assad”. Ils passent par la Turquie, pays-membre de l'OTAN et allié des USA, comme à travers une passoire. Ces mercenaires sont payés par les pétromonarchies, souvent entraînés par la CIA et parfois soignés en Israël. Avec la Turquie, Israël et l'Arabie saoudite sont les deux principaux alliés des USA dans la région. La Syrie baasiste, elle, est le seul Etat arabe de la ligne de front à n’avoir jamais pactisé avec l’envahisseur sioniste. Allié de la Syrie, le Hezbollah libanais est la seule organisation à avoir battu l’armée israélienne en la chassant “manu militari” du Liban à deux reprises, en 2000 et en 2006.
Les USA veulent dépecer la Syrie pour affaiblir l'Iran et le Hezbollah. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Hillary Clinton dans un email révélé par Julian Assange. En Syrie, depuis 2011, l’aviation israélienne bombarde régulièrement l'armée syrienne et le Hezbollah. Elle ne bombarde jamais les organisations qui combattent l’armée syrienne, et ces organisations n’attaquent jamais Israël. Basma Kodmani, l’égérie de l’opposition syrienne, a déclaré en 2012 : “Nous avons besoin d’Israël”. Un ministre israélien vient de déclarer qu’il fallait éliminer Bachar Al-Assad. “L’armée syrienne libre”, c’est ainsi qu’elle prétend se nommer, offre à Israël une zone-tampon, côté syrien, qui protège le Golan occupé. Comme tu le sais, l’occupation et l’annexion illégales du Golan syrien par Israël constituent un “casus belli” pour Damas.
Voilà, ce sont des faits.
Prétendre soutenir la lutte des Palestiniens en rêvant de la destruction de l’Etat syrien, cela a un nom : c’est de l’imposture. Imagines-tu ce qui se passerait si la Syrie et le Hezbollah étaient vaincus par cette alliance mortifère qui réunit Israël, les USA et les wahhabites ?
 
Au lendemain de cette ultime reddition de la résistance arabe, je ne donnerais pas cher des Palestiniens. Et il n'est pas nécessaire d'être un expert pour comprendre que ceux qui soutiennent la “rébellion” en Syrie sont les idiots utiles de Washington et de Tel Aviv. 
 

Joyeux délire contre le festival Nyansapo

mwasi.pngGilles Devers


Faire rempart à Le Pen... Leur maître mot… alors qu’ils ne font que se coucher devant Le Pen. Nouvelle illustration avec « l’affaire » du festival Nyansapo
Que pasa ? 

Un groupe militant très actif, le collectif Mwasi, organise un festival « afroféministe européen », du 28 au 30 juillet, en louant un lieu parisien, géré par une association. 
On parait découvrir le débat sur l’afroféminisme, alors c’est un truc de juste 50 ans, lancé autour des mouvements noirs US et de la personne d’Angela Davis, qui explique que pour combattre le racisme, il faut renverser tout le système capitaliste. Le programme est joyeux, festif, mais la teneur est très intello, tendance politique, sous-tendance activiste. Très salutaire... L’objectif est de « construire des stratégies et des solidarités durables, grâce à l'organisation de concerts, d'ateliers, de tables rondes sur des thèmes comme « l'Afroféminisme dans la lutte anti-négrophobie, dépolitisation et blanchiment de l'intersectionnalité, comprendre le racisme et le sexisme contre les femmes noires… ». Les participants viennent de loin, et il ne faut pas perdre de temps avec le bavardage. Aussi, selon une tradition dans ce type de mouvements, un bon nombre de débats sont réservés, ici aux femmes blacks, et quelques autres aux blacks. C’est l’idée d’un nécessaire huis clos pour permettre à des paroles minoritaires et bafouées de s’exprimer. Un truc archi-répandu, comme au temps du MLF, ou encore de Nuit Debout. Un débat est connu, très bien connu. Mais s'il s'agit de femmes black, ça coince. Cherchez l'erreur.
Donc, si je vais au festival Nyansapo, c’est que j’en connais la philosophie. Je serais bien accueilli, je pourrais discuter, manger, boire, participer à certains débats et à toutes les discussions informelles qui sont l'atout de ce genre de réunion. Simplement, d’autres débats sont réservés, et je ne pourrais pas dire que je suis surpris car ce festival militant est « afroféministe ». Les « afroféministes » se réunissent, où est le problème ? Si je vais à un festival de naturistes, il faudra au bout d’un moment que je me foute à poil, ou sinon je resterai en salle d’attente, ce n’est pas plus compliqué que cela.
Après, vient l’emballement de « tout le monde couché devant le FN », air connu. Le secrétaire départemental du FN à Paris, Wallerand de Saint-Just, balance un communiqué pour dénoncer la tenue d’un « festival interdit aux Blancs » ; la LICRA et SOS Racisme disent qu’en effet, quelle horreur, il faut réagir ; et Anne Hidalgo annonce qu’elle veut l’interdiction ce festival « interdit aux Blancs ». Le rempart anti-FN marche à merveille…Délirant…
Tout d’abord, le collectif Mwasi n’est pas un service public, mais une association qui défend des opinions minoritaires. Mwasi ne gère pas une piscine municipale mais organise un festival militant, avec des réunions de travail dédiées à sa cause. Les organisateurs sont d’ailleurs plutôt cool en ouvrant une réunion politique si orientée à tous les publics. À ma connaissance, il n’est pas possible d’entrer à un congrès du PS ou des Républicains si on n’est pas invité... Discrimination ? Si j’organise un festival de jazz réservé aux blacks, ou que je loue un appartement réservé aux blancs, je fais de la discrimination. Mais quand sur une base militante, je conduis une action déterminée, je suis libre de m’organiser pour conforter mon groupe, ce n’est pas plus compliqué que cela, et c’est parfaitement en règle avec la loi. Faut-il un représentant de la direction dans toute réunion de la CGT ? Faut-il un catho au conseil d'administration de chaque mosquée ?
Ensuite, l’objet de ce festival est à la liberté d’expression, si chère liberté d’expression qui est un pilier de l’État de droit dans une démocratie. Puis un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme de 1976 (Handyside), on sait que cette liberté vaut pour toutes les opinions, et mêmes celles qui choquent, qui heurtent ou qui inquiètent. La grande chance d’une démocratie est que toutes les idées puissent exprimer, ce qui permet de toutes les connaître, et le cas échéant de les combattre. Or, la réaction de Hidalgo, c'est la censure : on ne discute pas, on interdit… La seule réponse valable est de garantir cette liberté d’expression, en renforçant sa sécurité par la police si nécessaire. Et s’il y a des abus, faites un recours pour que ces abus soient jugés, no problem, mais on en parlera au tribunal, preuves à l'appui... La censure, c’est exactement le refus de débattre, car on a peur de l’argument. Le FN, la LICRA, SOS Racisme et la mairie de Paris ont tous  les moyens pour enclencher tous les débats qu’ils veulent, avec accès non-stop aux grands médias… Alors qu’ils se lancent, qu’ils développent leurs idées, qu’ils disent tout le mal qu’ils pensent de ce festival, lequel répondra et d'autant plus facilement que son action se fonde sur les grands et nobles principes des luttes sociales. Mais la censure... Demande d'interdiction d'un festival... Quand même...
Ça serait d'ailleurs intéressant de connaître les savantes explications de la LICRA et de SOS Racisme, qui n’ont jamais rien fait contre la montée en puissance du FN. Le bilan  électoral montre qu’ils ont tout faux, mais ils continuent de professer…

Bien triste, mais on peut essayer d’en rire. Aussi je me permets de signaler au FN, à la LICRA, à SOS Racisme et à la mairie de Paris que les loges franc-maçonnes se réunissent régulièrement, notamment à Paris, dans des réunions non-mixtes, à 95 % masculines, et à 80% blanches. Et les tiers n’ont même pas le droit de participer à leurs délicieux convents... Que fait donc la police ? 

lundi 17 avril 2017

Syrie : A qui profite le crime ?

Photo : UNRWAUri Avnery         

Cui bono – « Qui en profite ? » – est la première question qu’un détective expérimenté doit se poser lorsqu’il enquête sur un crime.

Comme j’ai été moi-même détective dans ma jeunesse, je sais ce que cela veut dire. La plupart du temps celui qu’on soupçonne de prime abord n’est pas le coupable. Quand on se demande « cui bono ? », un autre suspect, auquel on ne pensait pas, apparaît.
Depuis deux semaines, cette question me taraude. Ça ne me quitte pas.
En Syrie, un terrible crime de guerre vient d’être commis. La population civile d’une ville rebelle appelée Idlib a subi une attaque de gaz toxiques. Des dizaines de civils, y compris des enfants, sont morts d’une mort épouvantable.
Qui peut avoir fait une chose pareille ? La réponse est évidente : ce terrible dictateur, Bashar al-Assad. Qui d’autre ?
Et donc, quelques minutes (littéralement) après l’attaque, le New York Times et beaucoup d’excellents journaux occidentaux ont proclamé sans hésiter : C’est Assad le coupable !
Pas besoin de preuve. Ni d’enquête. C’était tout simplement évident. Ce ne pouvait être qu’Assad. En quelques minutes, tout le monde était au courant.
Une tempête d’indignation a balayé le monde occidental. Il faut le punir ! Le pauvre Donald Trump, qui ne comprend rien à rien, a cédé à la pression et a lancé une attaque de missiles absolument insensée sur un aérodrome syrien, après avoir prêché pendant des années que les États-Unis ne devaient en aucun cas s’impliquer en Syrie. Soudain, il a changé d’avis. Juste pour donner une bonne leçon à ce salaud. Et pour montrer au monde que, lui, Trump, est un homme, un vrai de vrai.
L’opération a eu un immense succès. En une nuit, Trump, qui était universellement méprisé, est devenu un héros national. Même les libéraux lui ont embrassé les pieds.
Mais la question a continué à me tarauder Pourquoi Assad a-t-il fait cela ? Qu’avait-il à y gagner ?
La réponse simple est : Rien. Absolument rien.
(« Assad » signifie « lion » en arabique. Contrairement à ce que les experts occidentaux et les politiciens semblent croire, c’est la première syllabe qui est accentuée).
Avec l’aide de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah, Assad gagne lentement la guerre civile qui ravage la Syrie depuis des années. Il tient déjà presque toutes les grandes villes qui constituent le cœur de la Syrie. Il a assez d’armes pour tuer autant de civils ennemis qu’il le désire.
Alors, pourquoi, pour l’amour d’Allah, devrait-il recourir aux gaz pour en tuer quelques dizaines de plus ? Pourquoi susciter la colère du monde entier et risquer une intervention américaine ?
Il faut se résoudre à l’évidence : C’est Assad qui avait le moins intérêt à perpétrer ce crime monstrueux. Sur la liste de « cui bono », il est le dernier.
Assad est un dictateur cynique, peut-être cruel, mais c’est loin d’être un imbécile. Il a été élevé par son père, Hafez al-Assad, qui a été longtemps dictateur avant lui. Même s’il était fou, il a comme conseillers les gens les plus intelligents du monde : Vladimir Poutine de Russie, Hassan Rouhani d’Iran, Hassan Nasrallah du Hezbollah.
Alors, qui avait quelque chose à gagner dans l’affaire ? Eh bien, une demi-douzaine de sectes et de milices syriennes qui se battent contre Assad, et les unes contre les autres, dans cette folle guerre civile. Ainsi que leurs alliés arabes sunnites, les Saoudiens et autres Cheikhs du Golfe. Et Israël, bien sûr. Ils ont tous intérêt à soulever le monde civilisé contre le dictateur syrien.
Simple logique.
Un acte militaire a un objectif politique. Comme le disait Carl von Clausewitz, il y a 200 ans : la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens.
Les deux principaux adversaires, dans la guerre civile syrienne, sont le régime d’Assad et Daesh. Alors, quel est l’objectif des États-Unis? Ça a l’air d’une blague : les États-Unis veulent détruire les deux camps. Et voilà une autre blague : ils veulent d’abord détruire Daesh, donc ils bombardent Assad.
La destruction de Daesh est hautement souhaitable. Il y a peu de groupes plus détestables dans le monde. Mais Daesh est une idée plutôt qu’une organisation. La destruction de l’état de Daesh disperserait des milliers d’assassins dévoués à la cause dans le monde entier.
(il est intéressant de noter que la secte des Assassins, d’où vient le mot assassin, était composée, il y a quelque 900 ans, de fanatiques musulmans qui ressemblaient beaucoup à ceux de Daesh.)
Les mercenaires des Etats-Unis en Syrie sont en mauvaise posture, ils sont au bord de la défaite. Ils n’ont aucune chance de remporter la guerre.
Attaquer Assad a désormais comme seul résultat de prolonger une guerre civile qui a de moins en moins de sens.
Pour un journaliste professionnel comme je l’ai été pendant la plus grande partie de ma vie, l’aspect le plus déprimant de toute cette affaire est le comportement des médias américains et des médias occidentaux en général.
Je suis un lecteur du New York Times et je l’admire. Mais il a violé tous ses principes professionnels en faisant passer des allégations sans fondement pour une vérité absolue qu’il n’était même pas besoin de vérifier. Peut-être Assad est-il coupable, après tout. Mais où sont les preuves ? Qui a enquêté, et quelles sont les conclusions de l’enquête ?
Pire encore, la « nouvelle » est devenue la vérité révélée dans le monde entier. Des millions de gens la répètent comme des perroquets, comme si c’était aussi évident que le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest.
Personne ne pose de question. Personne ne demande de preuves, personne n’en présente. C’est tout à fait désolant.
Revenons au dictateur. Pourquoi la Syrie a-t-elle un dictateur ? Pourquoi n’est-ce pas une belle démocratie à l’américaine ? Pourquoi n’accepte-t-elle pas avec gratitude le « changement de régime » que les États-Unis ont concocté pour elle ?
La dictature syrienne n’est pas le fait du hasard. Elle a des racines très concrètes.
La Syrie a été créée par la France après la Première Guerre mondiale. Une partie de la Syrie est ensuite devenue le Liban.
Ce sont des créations artificielles. Je doute qu’il y ait même aujourd’hui de véritables « Syriens » et de véritables « Libanais ».
Le Liban est un pays de montagnes, idéal pour les petites sectes qui ont besoin de se défendre. Au fil des siècles, de nombreuses petites sectes y ont trouvé refuge. Du coup, le Liban est plein de sectes qui se méfient les unes des autres – musulmans sunnites, musulmans chiites, chrétiens maronites et beaucoup d’autres sectes chrétiennes, Druzes, Kurdes.
En Syrie c’est à peu près pareil, sauf qu’en plus il y a des alaouites qui sont, comme les chiites, des adeptes d’Ali Ibn Abi Talib, le cousin et beau-fils du prophète (d’où leur nom). Ils vivent au nord de la Syrie.
Les deux pays ont dû inventer un système permettant à diverses entités qui ne se font pas confiance de vivre ensemble. Ils ont mis en place deux systèmes différents.
Le Liban, qui a un passé de guerres civiles brutales, a décidé de partager le pouvoir. Le président est toujours un maronite, le premier ministre un sunnite, le commandant de l’armée un druze, et le président du parlement un chiite.
Lorsqu’Israël a envahi le Liban en 1982, les chiites, au sud, étaient en bas de l’échelle sociale. Ils ont accueilli nos soldats avec du riz. Mais ils ont vite compris que les Israéliens n’étaient pas juste venus écraser les voisins qui les opprimaient mais qu’ils avaient l’intention de rester. Ainsi, les humbles chiites ont entamé une guérilla si réussie qu’ils sont devenus la communauté la plus puissante du Liban. Ils sont dirigés par le Hezbollah, le Parti d’Allah. Mais le système tient toujours.
Les Syriens ont trouvé une autre solution. Ils se sont volontairement soumis à une dictature, pour maintenir le pays uni et garantir la paix intérieure.
La Bible nous dit que lorsque les Enfants d’Israël ont décidé qu’ils avaient besoin d’un roi, ils ont choisi un homme appelé Saul qui appartenait à la plus petite tribu, celle de Benjamin. Les Syriens modernes ont fait à peu près la même chose : ils se sont soumis à un dictateur appartenant à une de leurs plus petites tribus : les Alawites.
Les Assads sont des dirigeants laïques et anti-religieux – tout le contraire des fanatiques assassins de Daesh. Beaucoup de musulmans croient même que les Alawites ne sont pas des musulmans. Depuis que la Syrie a perdu la guerre de Yom Kippour contre Israël, il y a 44 ans, les Assad ont maintenu la paix sur notre frontière commune, bien qu’Israël ait annexé le plateau syrien du Golan.
La guerre civile en Syrie est toujours en cours. Tout le monde se bat contre tout le monde. Les divers groupes de « rebelles », créés, financés et armés par les États-Unis, sont maintenant en mauvaise posture. Il y a plusieurs groupes de Djihadistes concurrents qui détestent tous Daesh. Il y a une enclave kurde qui veut faire sécession. Les Kurdes ne sont pas des Arabes, mais sont majoritairement musulmans. Il y a des enclaves kurdes dans la Turquie voisine, l’Irak et l’Iran, mais leur hostilité mutuelle les empêche de faire cause commune.
Et il y a le pauvre et innocent Donald Trump, qui avait juré de ne pas s’impliquer dans tout ce bazar, et qui est pourtant en train de faire exactement cela. 

La veille, Trump était méprisé de la moitié des Américains et de la plupart des médias. Il lui a suffi de lancer quelques missiles, pour avoir droit à l’admiration générale et être considéré comme un leader valeureux et sage.Qu’est-ce que cela nous dit du peuple américain et de l’humanité en général ? 

Uri Avnery Uri Avnery est un écrivain israélien et il milite pour la paix avec Gush Shalom. Il a contribué au livre de CounterPunch : The Politics of Antisemitism.

14 avril 2017 – CounterPunch – 
Traduction : Chronique de PalestineDominique Muselet.
Photo : UNRWA  - La guerre civile en Syrie laisse derrière elle un pays dévasté. Ici, des survivants du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk se rendent à un point de distribution de nourriture - 

Chronique de Palestine

mardi 19 juillet 2016

Le coup d’État en Turquie a bien réussi

Djordje Kusmanovic               

Comme on l’annonce partout, hier la Turquie a vécu un coup d’Etat. Comme on l’annonce; le coup d’Etat a avorté et l’ordre constitutionnel est revenu. La réalité est peut-être toute autre et Erdogan avance dans son projet de modification constitutionnelle en sa faveur.

Après observation des événements survenus en Turquie hier soir 15 juillet et les avoir recoupés avec des informations glanées ici et là je vous soumets quelques éléments d’analyse à chaud et une conclusion qui en découle :
  • Le coup d’Etat a été très court – factuellement moins de 6 heures.
  • Durant le coup d’Etat, aucun responsable politique du régime d’Erdogan ni aucun chef de la police n’a été arrêté par les putschistes. Seul a été arrêté le commandant en chef de l’armée.
  • Un seul coup (missile lancé d’un avion) a été tiré sur le lieu supposé où se serait trouvé Erdogan.
  • Les chars n’étaient pas appuyés par une infanterie conséquente et de facto ne représentent presque aucune menace en ville.
  • Les militaires ont peu de pertes (2 morts apparemment de leur côté – 47 du côté des forces spéciales). Ils ont globalement très peu combattu et se sont rendus très vite.
  • La « population » est descendue dans la rue spontanément en pleine nuit pour défendre le régime.
  • Depuis trois jours, les ambassades de France, des Etats-Unis, du Royaume-Uni sont fermées ou au ralenti. Sans que cela ait été justifié.
  • Déjà dans la nuit, la police – fidèle au régime – arrêtait des militaires (près de 3000 pour le moment). 5 généraux d’importance et 29 officiers supérieurs qui comptent ont également été arrêtés.
  • À 15h aujourd’hui, les divers responsables des partis politiques de Turquie passeront les uns à la suite des autres pour dénoncer le coup d’Etat et appuyer Erdogan et la « démocratie ». Toute contestation ou formulation de doute à ce moment sera bien entendu très dangereuse (Erdogan a plusieurs dois été près de lever l’immunité parlementaire des députés, en particulier ceux du HDP).
Bref, pour un coup d’Etat, en particulier de la très sérieuse armée turque, il est ni fait ni à faire. Pour le moins, c’est un coup d’Etat mal préparé et frappé d’amateurisme.
La base en ce domaine est de décapiter la tête du régime que l’on veut renverser. En général, avant de sortir les chars et les avions (et de se faire repérer), avec les conjurés les plus fidèles, les putschistes tentent d’arrêter un maximum de ministres, de décideurs, de commandants militaire et de police que l’on sait fidèle au régime.
  • Depuis ce matin, les communiqués de soutien pleuvent du monde entier en appui à Erdogan : « la démocratie est sauvée », « préservation de l’ordre constitutionnel », « le chaos est évité dans la région », etc.
Mon analyse à chaud est que tout cela profite à Erdogan :
  1. Il élimine la tête d’une armée traditionnellement kémaliste, qui ne lui est pas acquise et qui a laisser paraître cette année des velléités d’autonomie par rapport au régime en particulier depuis l’affaiblissement d’Erdogan sur la scène internationale.
  2. Il met au pas l’opposition interne dans un contexte de vives tensions intérieurs (sociales, économiques, politiques et même de guerre civile avec les Kurdes).
  3. Il redore son blason au niveau international et s’offre à bon compte une image de défenseur de la démocratie (c’est mieux que celle de dictateur en herbe,  d’associé de Daesh ou d’instigateur d’une guerre civile avec les Kurdes).
En conclusion, pour ma part il s’agit d’un faux coup d’Etat orchestré par Erdogan, l’AKP et les durs du régime.
Cela lui permettra de relancer son projet de modification constitutionnelle telle qu’il le rêve depuis longtemps mais ne parvient pas à réaliser en raison des résultats électoraux du HDP lors des deux scrutins législatifs.
Avoir relancé la guerre civile avec les Kurdes depuis l’attentat de Suruc n’aura pas suffit. Erdogan devrait maintenant pouvoir faire suffisamment pression et trouver le nombre de voix manquantes à son projet tout en continuant sa guerre contre les Kurdes au risque de destabiliser encore un peu plus la région.

En fait, un putsch a bien eu lieu hier en Turquie… et il a réussi.

mediapart.fr

vendredi 8 juillet 2016

Une ville religieuse tibétaine bientôt démolie ?

André Lacroix            

Une pétition lancée par « Change.org » est actuellement en circulation sur le net pour s’opposer au démantèlement partiel, par le gouvernement chinois, du « campus » de Larung Gar, présenté comme la plus grande université bouddhiste en fonctionnement dans le monde. Larung Gar est situé dans le comté de Sertar au nord de la Préfecture tibétaine autonome de Garze, dans la Province du Sichuan, aux confins de la Province du Qinghai.

En fait, il s’agit d’un immense campement, regroupant un institut et un monastère ainsi qu’un lacis de ruelles bordées de cabanes : une espèce de bidonville où peuvent s’entasser quelque 40 000 personnes, dont 20 000 nonnes et moines, dans des conditions hygiéniques que chacun peut imaginer. Question : les autorités politiques n’auraient-elles pas le droit d’imposer des normes environnementales élémentaires et de démolir les nouvelles habitations construites illégalement ?
Le gouvernement a décidé de restreindre progressivement le nombre des résidents permanents d’ici au 30 septembre 2017, en fixant les étapes. Il est précisé que les moines et moniales supérieurs devront être contactés personnellement et recevoir les instructions. Nous sommes ici assez loin de la brutalité des opérations policières dans la jungle de Calais...
Autre décision gouvernementale : la séparation entre l’Institut de Larung Gar et le Monastère de Larung Gar. Parmi les 5 000 personnes autorisées à rester, il sera fait une distinction claire entre les étudiants du Monastère et ceux de l’Institut. (...) Le contenu des enseignements ne pourra être que purement religieux dans le Monastère, et purement laïque à l’Institut. L’Institut sera administré comme n’importe quelle autre école gouvernementale.
Dans une région troublée, où les monastères sont souvent des foyers d’agitation indépendantiste téléguidés de l’extérieur, ces mesures n’ont rien de choquant, sauf pour les nostalgiques de la théocratie.
La pétition donne à penser que les autorités chinoises s’en prendraient au bouddhisme en général (à savoir les petit et grand véhicules, très largement majoritaires), alors qu’il s’agit ici de la secte nyingma (ou Bonnets rouges), la branche du bouddhisme tibétain la plus orientée vers les aspects ésotériques du tantrisme. Pour avoir une idée des aberrations auxquelles peut mener le tantrisme, lire l’article d’Élisabeth Martens du 20/01/2016, intitulé Abus sexuels et bouddhisme tibétain, sur le site www.tibetdoc.eu (→ Religion → Développement du bouddhisme au Tibet). Comme tout État dans le monde, la Chine n’aurait-elle pas le droit de s’intéresser de près aux dérives sectaires ?
La pétition parle d’un certain Khenpo Jigme Phuntsok, fondateur charismatique de l’Institut bouddhiste de Larung Gar. Cet adjectif charismatique, employé à toutes les sauces, ne nous apprend rien sur la qualité et le sérieux de l’enseignement du personnage. L’histoire regorge de leaders « charismatiques » qui ont abusé leur communauté. Est-il anormal que l’État protège tous ses citoyens et exige que les religieux s’engagent à pratiquer leur religion conformément à la loi ? Il est aussi prévu que des campagnes officielles d’éducation devront avoir lieu tous les mois dans les monastères : c’est sans doute dommage que les autorités politiques doivent en arriver là, mais de telles campagnes n’auraient pas leur raison d’être si, comme bien d’autres monastères du Sichuan, Larung Gar n’était pas perçu comme un État dans l’ État.
Les auteurs de la pétition ne se posent aucune question sur le financement de la bourgade de Larung Gar et de ses habitants. De quoi vivent-ils ? De leur travail ? De leur méditation ? D’autres pratiques ? Quand, pour s’assurer un bon karma, les fidèles sont prêts à faire des dons au culte proportionnellement à leurs espoirs de bonne vie future, toutes les dérives sont possibles. Des scandales de corruption ont terni l’image du bouddhisme en Thaïlande (voir, entre autres, RTL, Le Monde, Le nouvel Obs, 02/04/2015) et tout le monde trouve normal que la junte au pouvoir veuille y mettre fin. La République populaire de Chine serait-elle privée de ce droit ?
Faut-il le rappeler ? La Révolution culturelle est terminée depuis quarante ans. La Chine garantit la liberté de culte sur tout son territoire, y compris au Tibet (il y a deux mosquées à Lhassa), mais elle entend encadrer, par des organes spécifiques, les grandes religions reconnues sur son territoire : taoïsme, confucianisme, bouddhisme, islam, catholicisme (*), protestantisme. Dans la mesure où les fidèles respectent les lois de la République, les cultes peuvent s’exercer librement.
Non seulement les cultes, mais aussi les usages traditionnels comme, au Tibet, la polyandrie, encore en vigueur surtout dans les campagnes, et les « funérailles célestes » (**) consistant à déchiqueter les cadavres et à les donner en pâture aux vautours. Ces coutumes particulières s’expliquent par la rudesse des conditions de vie sur le Haut Plateau : la polyandrie permet d’empêcher la division du patrimoine dans un milieu où les ressources sont limitées, tandis que les « funérailles célestes » se sont avérées plus pratiques que l’inhumation (sol gelé) ou la crémation (combustible rare). Malgré la répugnance que ces usages doivent provoquer chez les Chinois Han dont la sensibilité a été formée par deux millénaires et demi de morale familiale confucéenne, Pékin fait preuve en ces matières d’une tolérance remarquable. Dans les parages de Larung Gar précisément, les « funérailles célestes » se déroulent encore sur une assez grande échelle (et sans beaucoup de discrétion) comme on peut le voir − âmes sensibles s’abstenir ! − dans un reportage intitulé Tibet, la Chine à l’assaut du Bouddhisme au Larung Gar, (toujours disponible sur YouTube), diffusé sur Arte à l’été 2011. Malgré les a priori antichinois habituels de cette chaîne (contrôlée par Bernard-Henri Lévy) qui relaie complaisamment les accusations ressassées en boucle par le dalaï-lama de prétendu « génocide culturel », la réalisatrice du reportage, a bien dû concéder ceci : « Au Larung Gar, les autorités n’interviennent pas dans les rituels funéraires traditionnels. Pas de réglementation. Pas d’obligation d’hygiène. Tant qu’ils ne font pas de politique, les religieux tibétains peuvent librement gérer les âmes. ».

Avant de signer une pétition, il faut toujours s’informer.

Notes

(*) Le pape François l’a bien compris : trois évêques chinois pourraient être prochainement nommés par le Vatican, sur la base de propositions de Pékin alors que, du temps de Jean-Paul II, les évêques nommés par la Chine étaient automatiquement excommuniés (d’après le « Courrier international » du 03/02/2016).
(**) C’est aussi le titre d’un remarquable roman de la Chinoise Xinran, paru en français chez Philippe Picquier en 2005.

Le Grand Soir

dimanche 31 janvier 2016

Affaire Sauvage : un peu de calme… et de respect pour la justice

slow-web-2.jpgGilles Devers           

Abordant l’affaire de Madame Jacqueline Sauvage, je dois être encore plus prudent que d’habitude car cette femme sexagénaire, condamnée à 10 ans de prison, purge sa peine, et je sais à quel point la détention est une épreuve… Mais si je peux parler de cette affaire, c’est parce qu’elle est médiatisée sans aucune retenue par la famille. 

Le blog parle très peu des procès en cours d’assises, car vu de l’extérieur, nous disposons d’éléments beaucoup trop partiels pour faire une analyse. Cela étant, dans cette affaire devenue hyper médiatique, plusieurs points interrogent d’emblée un cerveau raisonnable.
D’abord, la mise en scène de Hollande se transformant en Saint-Louis sous son chêne, et qui prend l’air grave pour annoncer qu’il va peut-être inverser les verdicts concordants de deux cour d’assises. Brrr... Le tout dans une campagne médiatique et politique invraisemblable. Les concerts de courges et de cornichons, on connait, mais quand les solistes sont Hidalgo, NKM et Cohn-Bendit, ça craint.
Ensuite, l’invraisemblance de cette affaire telle qu’elle est racontée par la presse : une femme violentée par son mari pendant 47 ans – l’enfer pendant 47 ans ! – trois filles victimes d’inceste, un fils qui se suicide dans ce contexte, le lendemain une nouvelle scène de violence contre la femme, qui tire en réplique pour se protéger… Et malgré cela, deux cours d’assises qui prononcent un verdict de 10 ans de réclusion pour meurtre. Bizarre, car si des décisions de justice peut souvent être critiquables, elles sont rarement débiles.
J’ai donc un peu creusé, et les surprises n’ont pas manqué.
1/ Après le verdict en appel, il n’y a pas eu de pourvoi en cassation, lequel peut être une ouverture vers la Cour européenne des droits de l’homme. Surprenante attitude de celui qui proclame son innocence mais n’exerce pas les voies de recours.
2/ Service de routine devant les juges et grand bazar devant les médias, c’est un usage tribal qui devient tendance – Kerviel number one – mais qui ne risque pas de m’émouvoir.
3/ La justice c’est le contradictoire, c’est-à-dire la capacité de dégager deux thèses en opposition avant de trancher. Or, j’ai fait le test via internet, et toutes les publications sont à sens unique. Extrêmement difficile de trouver un point de vue soutenant la thèse opposée... c’est-à-dire celle qui a été retenue par la justice à deux reprises. Ce en rappelant qu’en cour d’assises, les jurés sont majoritaires, et les petits délires sur l’appareil judiciaire peuvent aller faire coucouch’ panier, papates en rond.
4/ On parle de 47 ans de violences, et je m’attends donc à trouver de sérieuses références sur les plaintes qui ont été posées et les condamnations prononcées contre le mari. Sauf que je ne trouve rien... et même pas l’engagement d’une procédure de divorce. Ce qui devrait au minimum amener notre brave presse à se poser des questions…
5/ Les trois filles victimes d’actes incestueux… filles qui sont majeures depuis 20 à 30 ans… mais qui n'ont jamais posé plainte. Rien n’est impossible, mais là encore ça pose question… 
6/ Et la légitime défense ! De tout ce que j’ai lu, je comprends la scène de cette manière. Le type rentre chez lui. Il n’est pas content parce que le repas n’est pas prêt, frappe sa femme au visage, et va s’installer plus loin pour boire un whisky. Toute violence est inadmissible, c’est un principe sacré, mais chaque chose se mesure, et il s’agissait de violences légères avec de trois jours d’incapacité. La femme quitte la pièce où elle était, monte à l’étage chercher un fusil, place les balles, redescend et tire trois balles dans le dos de son mari, pendant que celui-ci buvait tranquillement son whisky. Alors ça, chères amies, chers amis, si vous voulez me dire que c’est une scène de légitime défense, et bien il va falloir solidement argumenter. Parce que si c’est le cas, la vie en société va vraiment devenir compliquée.
Bref, j’en étais à conclure à une saumâtre soupe médiatique contre une justice qui a cherché honnêtement à remplir sa mission, mais je restais insatisfait car il y avait tout de même peu d’éléments circonstanciels dans la presse.
Mais là j’ai trouvé une très intéressante tribune de ma consœur Maître Florence Rault, dans Le Figaro, qui connaît le dossier, et donne de nombreux éléments confortant ce qui ne résultait que de mon intuition. Elle s’exprime sous son nom et parle de faits très circonstanciés, ce qui signifie qu’elle en assume la responsabilité et cela donne crédit à son texte.

Article en entier en cliquant sur Actualités du Droit

dimanche 12 juillet 2015

Tout ça pour ça : après le OXI du peuple, le NAI massif des élus grecs

vouli.jpgLe Yéti                

Aprés le OXI du peuple, le NAI massif des élus (“coalition” Syriza+ND+Pasok…). Et l’abstention des “frondeurs” (dont Varoufakis), on connaît ça…

Au final ], 251 députés sur 300 auront voté NAI à la liste des dernières propositions accordées aux créanciers par le gouvernement Tsipras. Dix se seront courageusement abstenus. Deux élus Syriza seulement auront choisi le OXI. On notera quelques “absences” opportunes, dont celle de Yanis Varoufakis.
Costas Lapavitsas, député abstentionniste de l’aile gauche de Syriza, a lâché cette formule lapidaire :
« Nous ne sommes pas prêts à la rupture. »
Rideau. Fin de l’illusion Syriza. Mais certains parleront encore de « stratégie » ou pour se consoler de petite graine semée malgré l’échec avoué…

Le Yéti

mercredi 6 août 2014

UPR demande à François Hollande d’organiser en urgence un référendum sur sa politique de sanctions contre la Russie

UPR
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Depuis qu’ils ont orchestré un coup d’État en contre le régime légal de Viktor Ianoukovytch, en violation du droit international, les États-Unis et leurs vassaux européens n’ont cessé de provoquer volontairement des tensions avec la Russie.

La logique des « positions communes » de l’Union européenne et de l’ conduit les États membres de ces organisations à s’aligner systématiquement sur le « fédérateur » américain, qui impose ses volontés même lorsqu’elles sont contraires aux intérêts de tout ou partie des États européens.

I – DES SANCTIONS POUR DES DÉLITS NON PROUVÉS

L’Union Populaire Républicaine (UPR) observe que l’ensemble des sanctions prises contre la Russie, y compris les dernières en date, décidées le 29 juillet 2014, obéissent à des prétextes fallacieux, et ont pour effet, aux yeux des opinions publiques occidentales, d’inverser les responsabilités réelles dans la crise ukrainienne :
  • Le référendum organisé en Crimée le 16 mars 2014, point de départ des « punitions » occidentales, n’était pas plus illégitime que celui de janvier 2011 relatif à la partition du Sud-Soudan, que les États-Unis ont soutenue activement. En essayant de faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN et l’Union européenne, ce sont d’ailleurs les forces -atlantistes qui ont provoqué le rattachement de la Crimée à la Russie, qui voyait ses intérêts vitaux menacés ;
  • S’il est probable que la Russie fournit des armes aux insurgés pro-Russes – ce qui est contraire au droit international – il est certain que les forces euro-atlantistes en font de même avec le pouvoir à tendance néo-nazie, très hostile à la population russophone, qu’elles ont institué à Kiev – en violation également du droit international. La Chambre des représentants du congrès américain examine d’ailleurs un projet de loi qui permettrait à Washington de fournir directement des armes à Kiev ;
  • Rien ne démontre que le vol MH17 a été abattu par les pro-Russes, contrairement à ce qu’a affirmé Washington agressivement dès le lendemain du drame, sans cependant fournir la moindre preuve, et avant de modérer par la suite sa position. De plus en plus de preuves incriminent, à l’inverse, le pouvoir de Kiev ;

II – DES SANCTIONS BEAUCOUP PLUS NOCIVES POUR LES PAYS D’EUROPE QUE POUR LES ÉTATS-UNIS

L’UPR observe, en outre, que les nouvelles sanctions, prises le 29 juillet 2014 et entrant en vigueur aujourd’hui :
  • 1°) n’auront aucun effet sur la crise ukrainienne, sinon celui de l’envenimer encore davantage.
Le ministère des Affaires étrangères a répondu aux sanctions de façon cinglante, disant sa « honte pour l’, qui après avoir longuement cherché sa propre « voix unie », a adopté celle de Washington » et dénonçant que « la politique de l’UE n’est plus fondée sur des faits vérifiés, elle est dictée par Washington entre deux pauses pendant la visualisation de vidéos douteuses sur YouTube »;
  • 2°) risquent de causer de graves dommages aux pays d’Europe, déjà englués dans des difficultés économiques profondes.
- La France et l’Allemagne, largement implantées sur le marché russe, s’exposent quant à elles à des mesures de rétorsion, aussi bien pour leurs importations (notamment de gaz russe) que pour leurs exportations (agro-alimentaire, armement, biens d’équipement, produits de luxe, etc.) ;
- Plusieurs pays de l’est, qui entretiennent des relations privilégiées avec la Russie et qui en importent l’essentiel de leurs hydrocarbures, se sont sérieusement inquiétés de toute aggravation des sanctions occidentales et n’ont dû les accepter que contraintes et forcées par le mécanisme liberticide et belliciste de la prétendue « construction européenne ».
Tel est le cas de :
- Même en Pologne, où la classe politique est traditionnellement animée d’un sentiment anti-russe très vif, l’influence des États-Unis commence à soulever beaucoup d’interrogations.
Une écoute téléphonique du ministre des Affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski, publiée le 16 juin 2014 et enregistrée en janvier 2014 dans un restaurant, a prouvé à quel point les dirigeants polonais, derrière les sourires de façade, éprouvent une défiance croissante vis-à-vis de leur prétendu allié américain.
L’alliance avec les États-Unis, a-t-il dit – sans démentir ses propos lorsqu’ils ont été révélés – « ne vaut rien, elle est même nuisible, car elle offre à la Pologne un faux sentiment de sécurité ».
Puis, l’Excellence polonaise, usant d’un langage de charretier, s’est exclamé : « Bullshit complet ! Nous entrons en conflit avec l’Allemagne, avec la Russie, et nous allons considérer que tout est super, car nous avons fait la pipe aux Américains. C’est complètement naïf ».
  • 3°) s’accompagnent d’un mainmise militaire des forces euro-atlantistes encore plus resserrée sur l’Europe de l’est, à la faveur de la crise ukrainienne.
Des forces supplémentaires de l’OTAN ont été envoyées en Roumanie, en Pologne, en Lituanie, en Estonie et de façon plus générale dans les pays baltes.
La République tchèque, vigilante, a jugé publiquement inopportune la participation de l’OTAN à la résolution de la crise ukrainienne et refusé tout contingent permanent de l’OTAN sur son territoire, au profit d’une alliance avec trois autres pays d’Europe centrale, certes dans le cadre de l’, mais dont les intérêts sont proches des siens.

 III – DES SANCTIONS D’UN CYNISME DÉSHONORANT

L’UPR souligne par ailleurs le cynisme sans limites de la politique américaine.
  • 3.1. – Cynisme économique et industriel
Dans le cas de la Russie, comme dans le cas de l’Iran, l’un des objectifs cachés de cette politique de sanctions exigée par Washington est de nuire aux pays européens, en leur imposant de se saborder sur des marchés où ils sont implantés, pour que des intérêts américains y prennent leur place. 
L’UPR rappelle que les pays européens ont des relations commerciales avec la Russie qui sont d’un ordre de grandeur 10 fois supérieur aux relations commerciales qu’entretiennent les États-Unis avec la Russie. La prise de sanctions imposée par Washington à l’UE entraîne donc des conséquences bien plus grave pour les pays de l’Europe que pour les États-Unis, et la Commission européenne elle-même s’attend à des pertes globales de 40 milliards d’euros pour cette année et de 50 milliards d’euros en 2015, causées par des embargos commerciaux adoptés par la Russie en mesures de riposte.
Pendant que les entreprises françaises sont sommées par les pouvoirs publics d’auto-détruire leur présence en Iran ou en Russie pour satisfaire Washington, le gouvernement américain donne le feu vert aux siennes pour les y remplacer. Pour preuves, l’UPR a publié en octobre 2013 un dossier très circonstancié sur l’Iran, rappelant que General Motors s’y implantait, après que Peugeot et Renault en eurent été écartés, sur ordre des États-Unis.
Autre exemple, on a appris récemment coup sur coup que la société Boeing a été autorisée par la Maison Blanche à continuer à vendre des pièces détachées à l’Iran et d’ouvrir une nouvelle usine de pièces détachées en Russie tout en y sécurisant son approvisionnement en titane.
En d’autres termes, la politique de Washington peut se résumer par la formule : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ».
  • 3.2. – Cynisme géopolitique 
Le  « Deux poids – deux mesures » révoltant imposé par Washington à ses vassaux européens – via l’UE – se retrouve par ailleurs dans la différence obscène de traitement entre le conflit russo-ukrainien et la conflit israélo-palestinien.  
Alors que les États-Unis ne cessent d’exiger des sanctions de plus en plus sévères contre la Russie depuis le référendum sur la Crimée, ils ne prennent aucune sanction, la plus infime soit-elle, à l’encontre d’Israël, et ils invitent leurs vassaux à faire de même en coulisses. L’UPR rappelle pourtant que la barre des 1 500 morts palestiniens – dont une écrasante majorité de civils – vient d’être franchie depuis le lancement de l’Opération israélienne dite « Bordure de sécurité ».
L’UPR rappelle aussi que le Secrétaire général de l’ONU en personne, M. Ban Ki Moon, et la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Mme Navi Pillay, ont dénoncé le 31 juillet de la façon la plus solennelle les attaques israéliennes sur des maisons, des écoles, des hôpitaux et des centres de réfugiés protégés par l’ONU, en précisant qu’il s’agissait d’actes délibérés et d’une violation du droit international, qui devait être sanctionnée.
  • à gauche : déferlement de joie parmi les milliers d’électeurs de Crimée réunis sur l’une des grandes places de Simferopol le dimanche 16 mars au soir, à l’annonce des résultats du référendum sur le 10306730_10152641823547612_7628090933839992767_nde la Crimée à la Russie. La participation a été très importante (83,1% des inscrits) et le Oui a remporté le score sans appel de 96,7% des suffrages.
François Hollande, qui est désavoué par près de 80% des Français selon les sondages d’opinion, et dont le Parti Socialiste n’a recueilli que 13,98% des suffrages aux dernières élections européennes (soit 5,69% des électeurs inscrits ! ) se croit néanmoins autorisé à donner des leçons de démocratie à la Russie en prenant des sanctions pour punir Moscou d’avoir organisé ce référendum en Crimée.   
  • à droite : un des innombrables spectacles insoutenables de Gaza : le père de quatre petits garçons palestiniens morts de la même famille hurle sa douleur devant leurs corps à la morgue de l’höpital Al-Shifa à Gaza City, le 16 juillet 2014. (Photo AFP/Mahmud Hams)
CONCLUSION : M. HOLLANDE N’A PAS LE DROIT D’ENGAGER LA FRANCE DANS UNE CONFRONTATION AVEC LA RUSSIE SANS S’ÊTRE ASSURÉ QU’UNE MAJORITÉ DE FRANÇAIS APPROUVENT CETTE POLITIQUE QUI PEUT CONDUIRE À UNE GUERRE MONDIALE.

L’UPR signale au plus grand nombre possible de Français que l’ambiance de veillée d’armes que prennent les relations entre l’Union européenne et la Russie mérite l’ouverture d’un large débat en France, car il est exceptionnellement grave.
Car, à la différence de tous les autres conflits en cours – aussi meurtriers soient-ils, celui-ci comporte le risque de dégénérer en 3e guerre mondiale.
L’UPR souligne que :
  • La France se trouve lancée dans une politique désastreuse qui, dans le meilleur des cas, nuira profondément à ses intérêts économiques et, dans le pire, peut conduire à un conflit armé régional, voire mondial ;
  • François Hollande ne possède qu’un soutien populaire extrêmement faible puisque toutes les études d’opinion montrent qu’environ 4 Français sur 5 ne lui font pas confiance. Dès lors, il ne dispose pas de la moindre légitimité pour engager le pays dans des voies aventureuses, pour lesquelles il n’a, d’ailleurs, reçu aucun mandat du peuple ;
  • François Hollande se comporte en monarque absolu, détaché de la réalité quotidienne vécue par les Français, et seulement préoccupé de coller au mieux à la mission de larbin de Washington qu’il s’est lui-même donnée ;
  • Les contrepouvoirs sont tout simplement muets : aucun débat au , aucune contestation dans l’« opposition officielle », aucune campagne médiatique pour mettre en garde l’opinion contre l’extrême dangerosité de la politique euro-atlantiste.
En conclusion : 
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  • l’UPR insiste solennellement sur le fait que François Hollande n’a ni les pouvoirs constitutionnels, ni la légitimité politique, ni l’autorité morale, pour entraîner la France, à l’insu des Français, dans une aventure qui pourrait déboucher sur une conflagration militaire avec la Russie ;
  • l’UPR demande en conséquence à François Hollande d’organiser en urgence un référendum, car c’est au peuple français – et à lui seul – qu’il appartient de décider s’il est d’accord pour que la France prenne des sanctions contre la Russie.

lundi 21 juillet 2014

«L'Ukraine zone charnière entre Américains et Russes»

Général Jean-Claude Allard, Directeur de recherches à l'IRIS   

Si ce tir contre un avion civil est volontaire, quel peut-être le but poursuivi et par qui ?

J'ai beaucoup de mal à imaginer que ce soit un tir volontaire ou alors, s'il est volontaire, il l'est sur une cible qui a été confondue avec autre chose. C'est-à-dire que si l'on regarde les acteurs que l'on veut toujours nommer dans ce conflit, c'est-à-dire le gouvernement ukrainien, les séparatistes et les Russes, je vois très mal pourquoi les Russes et même les séparatistes tireraient sur un avion qui survole l'Ukraine à 10 000 mètres. Les Russes n'ont aucun intérêt à rendre leur territoire dangereux pour les lignes sinon c'est une catastrophe pour eux. Je crois donc qu'il faut les exclure. Reste le gouvernement ukrainien et les séparatistes. Les forces ukrainiennes peuvent être à l'origine de ce tir en ayant pensé que cet avion était un avion russe tentant d'obtenir des renseignements ou tout autre chose, c'est aussi une hypothèse. Et puis enfin il y a l'hypothèse des séparatistes. Mais si cela a été tiré à partir du sol, cela signifie une opération complexe et l'emploi d'une batterie SA 11 ou SA 17 assez difficile à mettre en œuvre. Et je ne vois pas d'explication valable pouvant justifier un éventuel tir de leur part, n'arrivant pas à comprendre pourquoi quelqu'un aurait voulu déclencher cela afin de déclencher quelque chose de pire.

La présence de deux avions de chasse aurait également été signalée, sur le secteur, sans que cela soit confirmé.

Effectivement, la présence d'avion de chasse est aussi évoquée. Il y a donc des choses complexes qui ont pu se passer. D'où l'urgence de sécuriser la zone pour conduire une enquête inattaquable. Cependant selon moi ce vol n'a pas été abattu en tant que vol mais en tant que cible présumée hostile. En méthodologie, je ne vois pas d'autres explications, tous les débats restent évidemment ouverts, mais je ne pense pas non plus qu'un camp ait essayé de faire porter le chapeau à l'autre. C'est une zone de guerre et la tension est très forte, on a peur, et les troupes se sont laissées aller.

Dans un récent article pour l'IRIS, vous avez résumé l'Ukraine comme un champ d'affrontement entre la Russie et les États-Unis. Quelles conséquences cette affaire peut-elle avoir sur les relations entre l'Europe, les États-Unis et la Russie ?

L'Ukraine est une zone charnière. Pour les Russes, c'est un point de passage pour leurs exportations de gaz vers l'Europe et de pétrole vers le monde via le port que leur autorisait l'Ukraine. À partir du moment où les Russes ont vu échapper à leur contrôle ce port, la Russie a mis la main sur la Crimée parce qu'on touchait à ses intérêts vitaux. Il aurait fallu réfléchir, à mon sens, avant de pousser la Russie à cette extrémité et c'était là le rôle de l'Europe face à des États-Unis qui veulent faire basculer l'Ukraine dans leur camp pour verrouiller la Russie à l'ouest et mieux pouvoir s'occuper de la Chine par ailleurs, l'Europe aurait dû comprendre que la Russie veut se développer et qu'elle a besoin de traverser l'Ukraine pour livrer son gaz. Dans ce contexte, il faut maintenant que les grands de ce monde, les États-Unis et la Russie et surtout l'Union européenne calment les tensions et disent « non, on ne veut pour l'instant imputer ce drame à personne mais le jour où le responsable sera identifié et qu'on pourra le prouver, là, il sera fortement sanctionné. »

Ce vendredi, Vladimir Poutine a invité les protagonistes à entamer un «dialogue de paix». Votre réaction ?

Depuis mars 2013 où Vladimir Poutine a publié sa nouvelle stratégie pour la Russie, il ne cesse de dire, « il faut s'asseoir à une table, il faut discuter et il faut que nous gérions le monde en multilatéral». Cela pose un problème, je le conçois, car on se dit toujours «est ce qu'il est honnête et sincère ou est-ce qu'il veut nous tromper ? » Son intérêt, pourtant, en tant qu'exportateur de gaz et de pétrole n'est pas de dresser l'Europe contre lui, il faut le comprendre et s'asseoir à une table avec lui.

La trêve liée à l'enquête peut-elle entraîner une trêve plus générale ?

Il faut le souhaiter et cela peut être le cas justement si à présent les deux grands qui se battent sur cette charnière, Les États-Unis et la Russie, et la charnière elle-même, c'est-à-dire si le président Porochenko et ses opposants, arrivent à dialoguer, chacun tenu en laisse par le grand qui les soutient.
 
Recueilli par Pierre Challier

ladepeche.fr

 

jeudi 15 mai 2014

Alep : Cachez-moi cette ville martyre que nous ne saurions voir

Gilles Devers


Aleppo_Citadel_01.jpgVoici un texte transmis par notre ami René Naba. Il s’agit d’un article sur la situation en Syrie, écrit par Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, qui a été aussi ministre conseiller au  Brésil, et qui actuellement est professeur et conférencier au Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques (CEDS). Officier de l’Ordre National du Mérite Chevalier de la Légion d’Honneur
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Paris 12 Mai 2014

La Syrie est confrontée à une guerre sauvage, cruelle, impitoyable: 150 000 morts, des centaines de milliers de blessés, des millions de déplacés et de réfugiés (un habitant sur trois), la destruction des habitations, des écoles, des hôpitaux, des usines, des infrastructures, le pillage du patrimoine archéologique et culturel.
L’opposition prétendument pacifique que soutiennent nos dirigeants et leurs amis islamistes de Turquie, d’Arabie et du Qatar a longtemps réussi à faire illusion et à escamoter son écrasante responsabilité dans ce bilan. Maintenant que les langues se délient, nul ne peut plus ignorer que la dite opposition n’a pas attendu d’être submergée par les djihadistes sauvages que nous voyons à l’œuvre depuis deux ans pour prendre les armes, ayant eu recours dès les premiers jours de la crise à la provocation, à la violence et au terrorisme. On ne perçoit donc pas ce qui la prédestinait à devenir la représentante légitime du peuple syrien, mais les subtils personnages qui nous gouvernent, se prenant pour les petits maîtres du monde, en ont décidé ainsi. Ils vont d’ailleurs plus loin dans le cynisme en gardant le silence sur les horreurs commises par les djihadistes modérés et les terroristes démocrates et en attribuant au «régime» la responsabilité du calvaire que vivent les Syriens.
Or ceux-ci, dans leur grande majorité - il suffit d’écouter les innombrables témoignages pour s’en convaincre- ne voient qu’une issue pour sortir de l’enfer: l’armée nationale, dont l’intervention - n’en déplaise aux tricheurs qui camouflent les réalités dérangeantes - est souhaitée et non pas redoutée, représente seule le salut. Recrutée par conscription, elle est le symbole de l’unité du pays. Avec le Président Bachar al Assad, elle est la garante de la pérennité de l’Etat et de ses institutions. Les habitants des quartiers touchés par la disgrâce de la «révolution» font spontanément la différence entre l’armée régulière et les mercenaires sauvages qui prétendent leur imposer un ordre d’un autre âge, et il n’y a pas photo.
Ou, si photo il y a, c’est pour immortaliser l’accueil fait aux soldats venus les délivrer de leurs soi-disant «libérateurs», comme dernièrement à Homs. La mystification n’a que trop duré. Il faut arrêter de mentir aux Français et de s’enliser dans la défense d’une cause pourrie. La France, déjà partie prenante au démantèlement de la Libye, ne peut rester complice de la destruction de la Syrie en y soutenant les terroristes d’Al Qaida qu’elle prétend combattre en Afrique, traquer Boko Aram au Nigéria et fermer les yeux sur le martyre infligé à la ville d’Alep par ses amis djihadistes. Cette schizophrénie est indécente.
Alep est un cas d’école. Voilà deux ans déjà que la capitale économique de la Syrie est assiégée et en partie occupée par une «opposition armée» infréquentable, sa population étant punie de ne pas avoir adhéré à la «révolution» islamiste. Vigoureusement et ouvertement aidés par un régime turc qui a levé le masque et perdu toute raison, djihadistes, terroristes, mercenaires (souvent venus du Caucase et de l’Asie Centrale) s’efforcent de briser la résistance des Alépins.
On le sait maintenant, les «grandes démocraties» ne sont pas très chatouilleuses sur le choix de leurs alliés et l’on constate qu’elles assimilent volontiers le djihad à une guerre pour la liberté et les droits de l’homme (et/ou de la femme). «Les gars du «Jabhat al Nosra»», succursale d’al Qaida dans la région, «font du bon boulot», a osé dire un ministre qui restera dans les annales.
Cette fine remarque, que l’on excuserait à la grande rigueur dans la bouche d’un pilier de café du commerce, ne serait-elle pas déplacée dans celle du chef de la diplomatie d’une «grande démocratie» donneuse de leçons ?
«Nous ne savions pas», diront tous ceux qui n’ont pas voulu savoir. L’expression rappelle des souvenirs. Savoir quoi ? Que les habitants d’Alep sont systématiquement affamés et assoiffés par les rebelles qui les ont pris en otages ainsi que par leurs parrains turcs, déjà instigateurs du pillage et du démontage de leurs usines ? Qu’ils sont privés d’eau potable, d’électricité, de ravitaillement, de médicaments, au gré des caprices de leurs «libérateurs», sans que la fameuse «communauté internationale» (qui rassemble les Européens et les Américains de l’Axe du Bien) ne pipe mot, toute à sa fébrilité dans la recherche de lycéennes enlevées au Nigéria. Pas un mot des ONG, de la Croix-Rouge, du HCR, de Navy Pillay (l’ineffable du Conseil des Nations-Unies pour les Droits de l’Homme), du placide M. Ban, des caciques de l’humanitaire méchant, pour dénoncer ce blocus couvert par des Etats qui se disent grands. Nous ne savions pas ? Pas besoin d’être président, ministre, responsable politique, intellectuel, journaliste, pour se renseigner et percer le mur de béton de l’indifférence sélective, de la désinformation massive, du mensonge collectif. Il suffit d’être raisonnablement honnête. L’espèce serait-elle en voie de disparition dans nos pays si contents d’eux-mêmes et si confits en dévotion s’agissant des droits et libertés chez les autres ?
Les victimes de la guerre universelle menée en Syrie (la moitié d’entre elles appartenant d’ailleurs à l’armée, aux forces de sécurité et aux comités de défense) seront mortes victimes de la barbarie, du mensonge, de l’indifférence. Nous ne savions pas, diront-ils. Eh bien si, ils savaient. Ils savaient même si bien qu’ils ont sciemment, systématiquement, enfumé leurs concitoyens dans un nuage opaque de fausses affirmations, de contre-vérités, de valeurs factices, de tromperies. Qui osera donc leur demander des comptes ?

Resteront-ils impunis comme c’est souvent le cas, tant il est vrai qu’ils sont si puissants et si nombreux ? Si un seul d’entre eux dans le vaste monde était pris pour cible par la Cour Pénale Internationale, comme un africain ou un arabe du commun, cela nous redonnerait espoir dans les valeurs que nous voyons chaque jour bafouées, bafouées par ceux-là mêmes qui les brandissent afin de mieux cacher leurs turpitudes.

Michel Raimbaud