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samedi 7 novembre 2009

La danse du métro

par Eric Meyleuc


La danse du métro


— Pardon, pardon
— Eh ! doucement
— Soyez polis
— Je vous parle poliment
— Oui, c’est ça
— Qu’est-ce qu’il fout ce métro ?
— Quelle heure est-il ?
— 9 h 02 et 52 secondes, 53, 54, 55, 56,... 9 h 04 ?
— Bon sens !
— Excusez-moi...
— ... vous pourriez laisser descendre
— Vous pouvez vous...
— ...poussez-vous vers le fond !
— Aaaaïe !
— Vous pourriez faire attention !
— Quelle idée de rester dans le passage, aussi !
— Non !
— On ne monte plus !
— Vous pourriez me laisser passer, j’ai un train...
— Dans un ¼ d’heure, 13 minutes, 12, 11...
— Non !
— Nom d’une pipe !
— Je vais être en retard !
— Si, celle-là, elle ne remue pas plus vite ses fesses...
— Vous permettez, oui !
— Oui, eh bien, moi aussi !
— Je peux ?
— Non mais ! ça va pas, là, non ! mais...
mais non... mais non vraiment...

— Non vraiment, c’est pas possible !
— Vous êtes vraiment pas sympas.
— Si j’ai envie ! ok ?
— Touche-moi encore et on va voir !
— Non mais ! attends
— Elle est pas bien celle-là !
— Elle prend ses désirs pour des réalités
— Eh ! tu as vu, elle est bien mouillée celle-là !
— Pardon ? Pardon ! Pardon...
— Pardon... s’il vous plaît, pour la musique
— Pfff ! Encore un précaire ; c’est le troisième de la matinée
— Ah ! le métro
— Y en a de plus en plus !
— Il m’empêche de penser
— Moi, je trouve que ça met de l’ambiance
— Merde ! mon porte-feuille
— Ha ! ha ! ha !

Eric Meyleuc
juillet 2001

vendredi 23 octobre 2009

Le petit matin, au café

Par Eric Meyleuc


Le petit matin, au café


La figure fouettée par
la fraîcheur du petit matin
coquin
vous invite dans le café d’en face
une bonne liqueur
câline
vous racle la gorge
ainsi assainie des cigarettes de la veille
enfin
viennent les premiers mots
retors
du coquin matin
la voix se faisant plus
suave
compréhensible au serveur du matin
le paraître semble alors plus
sociable
et l’ours du matin
évanoui
Eh ! salut Dédé

Eric Meyleuc
années 90

Source photo : http://2009ff.blogspot.com/

(Sur la photo, Jacques Prévert à la terrasse d'un café, avec son chien et un verre de vin - Une tasse. Les deux photos sont extraites du sites http://ddotb.wordpress.com/2007/10/11/prevert-dejeuner-du-matin/)

jeudi 1 octobre 2009

Stupéfaction de la méduse

par Eric Meyleuc


Stupéfaction de la méduse


© Serrier
conte pour médusés pantois
qui s’tuent d’peur
quelle est donc cette histoire qui
a priori statufie
a posteriori ça suffit
allez savoir
après ça
si l’histoire est vrai
quels salmigondis
mais que raconte-t-elle
cette histoire
si histoire il y a
bien sûr que si

ce pieux vœux millénaire de mémoire
toujours en faction
gardant secrètement ses mystères
une armée de mythes la ronge
d’expédients patriotiques aux exploits stupéfiants
pour moutons filant doux
hallucinés au film sécuritaire
mais fichtre nom de nom d’un fil à retordre pour les loups mythomanes
ahuris d’impuissance
les moutons se tricotent leurs propres rêves
hein
quoi
mais comment donc
eh oui
les moutons dorment aussi et ils content en rêve
il était plutôt deux fois qu’une
ils sortirent de l’ornière fondue au fil de plomb
s’envolèrent au vent de la liberté
s’emplirent les yeux de plénitude
se brûlèrent au soleil de l’inconnu
driiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiing
clac
et retombèrent médusés dans des eaux alcooliques


© Éric Meyleuc.

14 mai 2009.

Source image : http://tpesarah-anneclaire.blogspot.com/

samedi 12 septembre 2009

Ouate rose

par Eric Meyleuc


Ouate rose

Photo linternaute.com
un souvenir de ouate rose
rêve recyclé par deux puissantes cheminées
d’où s’échappe
hallucinant
cette voûte refluorosée
poussée froidement
par le soleil levant de l’hiver
à se déverser démesurément
au-dessus des eaux vert-d’égoût
le long de leur cours urbain
où se mire la lumière matinale
unichromerosée
par ce tunnel molletonné
sous le regard bluffé
du pont qui le traverse

regret de n’avoir que l’image rendue à l’impression
face à la puissance de l’instant vécu

Éric Meyleuc
novembre 2004

mercredi 2 septembre 2009

L’espèce humaine

par Eric Meyleuc


L’espèce humaine


© Giuseppe Arcimboldo

l'espèce humaine
ne serait-elle
qu’une étincelle sans allumage
qu’un mirage de sel dans le stérile désert adipo-sidéral
qui lui tient lieu de cerveau
qu’un rêve sidéré par la soif cauchemardesque
d’un possible asséché à néant
goutte de soleil carbonisée
évanouie en fumée
par d’éternelles frictions
soumises aux lois répulsives
d’électrons libres à l’atomisation facile
qui n’ont jamais su
l’art du vivre ensemble

Éric Meyleuc.
14 juillet 2009.

samedi 22 août 2009

Comment faire...

par Eric Meyleuc

Comment faire...

© Pieter van Steenwijck
Comment faire pour ne pas partir
loin
dans les marécages de la torpeur
et surtout
comment en revenir
ne pas y rester enfoncé
dans le confort d’un sable douillet
celui du temps qui passe
qu’on laisse couler
creuser son lit
et nous réduire en poussière
de sédiment bien fertile qui viendra
nourrir cette nature avec qui
le temps joue
voluptueusement
condescendant
éternellement
ironique...
Réveille-toi !
Soldat !
Apprête-toi !
anarche-toi du mors du combat
il sera toujours temps
de faire le mort après

Eric Meyleuc
2001

samedi 18 juillet 2009

Comment faire

Textes et oeuvres d'art sélectionnés par Cristina Castello
_____________________________________________


par Eric Meyleuc


Comment faire

© Œuvre de Pablo Picasso
Comment faire pour ne pas partir
loin
dans les marécages de la torpeur
et surtout
comment en revenir
ne pas y rester enfoncé
dans le confort d’un sable douillet
celui du temps qui passe
qu’on laisse couler
creuser son lit
et nous réduire en poussière
de sédiment bien fertile qui viendra
nourrir cette nature avec qui
le temps joue
voluptueusement
condescendant
éternellement
ironique...
Réveille-toi !
Soldat !
Apprête-toi !
anarche-toi du mors du combat
il sera toujours temps
de faire le mort après

dimanche 12 juillet 2009

Marionnettes de pierre

Textes et oeuvres d'art sélectionnés par Cristina Castello
_____________________________________________

par Eric Meyleuc


Marionnettes de pierre


© Man Ray
Marionnettes de pierre
têtes décapitées
tantôt grimaçantes, tantôt égarées
un vrai théâtre
animé par des mains hypnotiques
qui viennent fouiller de troublantes familiarités
de vieilles connaissances en somme
que nous n’osons nommer
de par leur intimité
bien carapatée
au tréfonds
de notre
émoi


année sans fond.

novembre 2002

jeudi 25 juin 2009

Poème sans titre

par Eric Meyleuc


Extrait de Mots-Miroirs : au cœur des maux


© Œuvre de Liliana Porter
Assis derrière l’une des fenêtres-observatoires
du bus encore en arrêt
qui me mènera
à l’heure dite
jusqu’à...
un garçon
tout seul
qui joue son destin
avec un ballon
sur un bout de trottoir
précaire morceau d’espace délimité
par les murs des immeubles
les parterres buissonnants
et le trottoir
lui même délimité
par la chaussée et ses voitures
Solitude indifférente
dimensions invisibles
aux passants impassibles et aux bruits ambiants des voitures
qui traversent ce territoire bien éphémère
Qu’attend-il
s’il attend jamais quelque chose ou quelqu’un
ne fait-t-il
que passer à tabac son ballon
pour y passer ses nerfs ou ses angoisses naissantes
Devant la vision d’horreur que lui offre le monde
se croit-il
sur un stade de foot
rêvant que quelqu’un lui renvoie le ballon
souhaite-t-il
que son ballon aille mourir à sa place
sous les voitures qui s’arrêtent au milieu de la chaussée
cessant ainsi de rebondir
simple corps ballotté par son inertie

© Œuvre de Liliana Porter
Le ballon s’est arrêté
le garçon va ramasser l’objet du délit
Coupable
d’avoir franchi la limite permise
il se presse de rejoindre son espace de jeu solitaire
dans le plus grand désintéressement
Les limites sont redéfinies comme avant
avec
cependant
la connaissance
grâce à son ballon
qu’elles peuvent être franchies
mais à quel prix ?
Il reprend son tir de ballon qui
lui revient dessus

Nouvelle tentative
mais de quoi ?
quelle frontière veut-il franchir au juste ?
abattre les limites insidieuses de l’enfance
qui l’enferme
et dont il ne peut s’échapper
s’évader
que par un fort degré d’abstraction
qui
mine de rien
met son ballon en péril

Sur fond transparent
conjectures amères en rétro-projection
d’une mise en péril jamais déclenchée...

... dans l’attente du départ...

Le bus démarre
et le garçon s’évanouit
dans les échos du souvenir

2002

samedi 6 juin 2009

Extrait de "Mots-Miroirs : au coeur des maux

par Eric Meyleuc

© Félix González Torres
Décorum mouvant
de lignes brisées
personnages perdus
à la recherche de leur image
enfuie
dans les arcanes
de l’inspiration à vivre
ce désir d’être
enfoui
dans la violence
des frustrations de ne pas être entendu
perfides échos
réfugiés
sous les arcades de notre mémoire
Les frustes en sortent pour nous tancer
et nous piquer
des éclats de rêve coupable
où se mirent nos remords

2003 - Extrait de "Mots-Miroirs : au coeur des maux
Eric Meyleuc

mardi 26 mai 2009

Attente

par Eric Meyleuc

Attente

© Liliana Porter
Il attendait, il attendait...
Quoi ? Godot, le déluge ? (insolence)
Non, enfin, soyons sérieux ! (énervement)
Bon, ça vient ! (impatience)
Désespérément (déception de l'un,
désespéré lui aussi,
devant l'indolence de l'autre).
Une éternité, lui paraissait le temps,
S'écoulait ainsi
Sans qu'il advienne
Quoi que ce soit,
Qui devait advenir.
Un petit rien en quelque sorte.
Certes non, pas grand chose
Qui puisse changer,
Dans ce perpétuel désenchantement
Auquel chaque être
Normalement charpenté
Se retrouve fatalement confronté,
Son attente d'espoir,
D'un espoir ...
...enfin réalisé...
...cela, et il le savait bien,
En pure perte.
Enfin bref,
Encore une histoire pour rien.


années 90

mardi 12 mai 2009

En panne

© Francisco de Goya - Le chien submergé *

Par Eric Meyleuc

en panne
en panne d’inspiration à naître
ce désir d’être à travers l’autre
enfanter un futur aussi fragile
qu’un potentiel
un pot-en-ciel
qui porte en germe
la vision d’un espoir aussi fugace
qu’un nuage
un âge nu
où se profile notre imagination
en quête de pluies exubérantes
pour libérer notre soif de bonheur
faire naître l’humanité qui nous manque

30 juin 2008.


http://mucri.univ-paris1.fr/mucri11/article.php3?id_article=77#

*

Ce tableau, s’il a une vérité cachée, tel un phare voyant, condense, en ce tout début du XIXe siècle, les forces vives des modernités à venir : il est déjà demain

Original y curioso cuadro que se encontraba en la quinta del sordo junto con las demás pinturas negras. En este caso la escena no es tenebrosa o sórdida, no hay aquelarres o brujas o monstruos sólo hay un perro, pero resulta sumamente inquietante. Vamos a ver, ¿qué hace el perro? ¿nada contra corriente? ¿pasa una duna de arena? ¿asoma tras una loma? ¿ se está ahogando o hundiendo en arenas movedizas?.
También nos preguntamos ¿dónde está? ¿es un arenal o una corriente o una montaña?. Aún queda otra pregunta ¿dónde mira el perro? Aparentemente no hay nada en su campo visual pero el cuadro tiene una mancha. A pesar de todos lo análisis no sabemos si había algo o alguien pintado y Goya decidió borrarlo, dejando únicamente al animal fuera de todo contexto o escenario identificable.
Contempla el cuadro con calma y empápate de su misterio, puede que te sugiera otras cosas no vistas antes, por ejemplo esa tierna mirada del can que no sabemos si es de ternura o de miedo ante su posible cercana muerte. Observa que más de las dos terceras partes del cuadro están vacías, el horizonte es una línea diagonal, algo insólito, y la separación cielo-tierra resulta muy confusa. Como ves, el cuadro no es nada convencional.
La obra es el paradigma de lo desconocido, la duda de nuestra propia existencia y su inseguridad.

samedi 2 mai 2009

Ne pas attendre la lune

par Éric Meyleuc


Ne pas attendre la lune


© Oswaldo Guayasamin - El llanto -Les pleurs
Ne pas attendre la lune
dans le décrochement des sens
à atteindre
tel l’homme sacrifié
qui voulait prévenir
du désastre
Cet homme tant attendu
pauvres aveugles et sourds
n’attendez pas qu’à
chaque coin de rue
sous votre fenêtre
il crève de froid
telle votre conscience sacrifiée
au pilori de la sommation
consommez


« Ne pas attendre la lune »
mars 2004

http://actesdepresence.free.fr/

jeudi 9 avril 2009

Des contes en l’air

par Éric Meyleuc

(© Oeuvre de Zdravko Ducmelic)
des contes en l’air
motivations mises en suspension
d’une volonté clouée au mensonge
de valeurs pleines…
de vacuité
qui se cherchent
se renient
s’affrontent
s’annulent
majeur contradictoire de la vox populi en extinction de voix
mise à l’index ploutocratique du paradoxe populaire
mais lequel des deux doigts touchera son but
asphyxiant
et dans l’histoire
la virilité du doigt ne semble en rien présager de l’issue
histoire à la hache d’Hegel
qui dégueule ses déboires
ciboires d’abomination
de cadavres en veuvage croulant sous les vagues de ruines successives
décompte stérile d’un duel de doigtés
qui dure
dure
dure

et ne débouche toujours aucune voie pénétrante
à l’imagination

février 2005.