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samedi 27 mars 2010

Aller vers toi

par Alain Springer



Il était bien trop tard
Le jour où j’ai compris
Ses yeux te regardaient
Comme les miens, hier.
Et j’étais incapable de dire
Pourquoi, ni depuis quand
Ce cœur cette fois-ci
Avait conquit le tien.
Certains avaient tenté
T’enivrer d’aventure
Et leurs voies escarpées
Promesses d’incertain
Firent plus d’une une fois
Vaciller nos destins
Mais nul n’y sut jamais
S’y frayer un chemin.
Nous étions bien trop forts,
Bien trop prêts, ou trop loin
Mais j’ai su tout de suite,
Le jour où j’ai compris
Que c’était cette fois
Et que rien n’y ferait.
Ce cœur était pour toi
Et seul je le savais.
Tous mes amis encore
Installés qu’ils étaient
Dans les doux paysages
Où nous étions toujours
Pas plus n’avait senti
Ce changement infime
Comme une pluie si douce
Telle une onde si fine
Qui plutôt que d'éteindre
Exhale les couleurs
Et avive les goûts
Pendant ce temps son cœur
Tentait de disséquer
Ton air d’indifférence
Imposant le silence
Au reste de son corps
Afin que nul ne vit
Que nul ne soupçonna.
Et nul n’en eut rient su
Ni elle, toi ou moi
C’est dans mes yeux
Qu’elle a compris
Tu n’étais plus à moi.
J’avais un seul amour
Un seul un grand un vrai
Une femme est passée
Et en un seul instant
Elle m’a tout pris,
Tout ravi tout volé
Me laissant seul tout seul
Avec pour compagne ma peine
Au bord d’un vide immense
Effondré sous mes pas
Ecoutant le chant des sirènes

© Alain Springer

jeudi 11 mars 2010

Il est des mots parfois

par Alain Springer


Il est des mots parfois



Moi j’avais dix sept ans, elle seize au mois d’août,
Nous échangions quelques baisers, et des mots doux.
Mes mains parfois couraient sur son corps défendu
Me laissant haletant, amoureux, éperdu

Elle fuyait mes mains, comme on fuyait le loup
Et s’échappait alors comme un jeune chien fou.
Il ne me reste de ces trop courts moments
Qu’un peu de souvenir tendre, triste et charmant.

Le banc en demi-lune où, blottis tendrement
Nous regardions cet astre pâle, en souriant.
Et le souvenir vague, un peu amer, je crois,
D’un bonheur avorté que l’oubli effaça.

Il est des mots parfois, emprunts de nostalgie,
Disparaissant souvent, sitôt qu’on les a dits.
Qui laissent à la bouche un goût âpre et amer,
Fragrance évanescente, fine comme poussière,

Comme ces feuilles d’or qu’un souffle vaporise
Ils sont à peine là, qu’ils partent sur la brise
Sur l’eau de notre esprit, reste mélancolie
Qui s’estompe et qui meurt éphémère souci.

Traversant un endroit, un village, un lieu-dit
Notre vieux cœur d’enfant parfois se rajeunit
Un amour de jadis, a surgi du passé
Chaleur en un instant submergée de regrets.

Comment s’appelait-elle, je ne m’en souviens plus
Oubliés ces amours, et ces fruits défendus.
N’est-il pas pire piège, que celui du temps
Qui nous fait oublier, les noms chéris d’antan.

Il est très dangereux, pour les trop vieux amants,
De se pencher ainsi, aux fenêtres du temps.
Les images enjolivées par nos mémoires volatiles
N'y sont que le reflet désuet de nos souvenirs infantiles

J’ai cueilli moi aussi, au temps de ma jeunesse
Quelques fleurs dans des prés, dont je n’ai plus l’adresse
En passant par hasard près d’un de ces champs ci
J’ai ressenti le temps comme on ressent l’oubli…


Alain Springer© le 06-2002

jeudi 25 février 2010

La petite âme en peine

par Alain Springer


La petite âme en peine


La petite fée pâle, aux yeux, souvenir gris,
Perdue dans une brume au-delà de nos joies,
Semblait cette sirène du conte d’autrefois,
Assise sur les marches dans ce coin de Paris.

Ses cheveux, clair de lune, enguirlandaient son front,
Comme les algues au port quand la mer se retire
Pendent parfois en grappes ruisselantes qui font,
Des diadèmes de gouttes où le soleil vient rire.

Sur ses joues d’opaline, coulaient deux larmes rondes,
Creusant vers son menton un ruisseau d’amertume.
Les yeux ailleurs, semblant vivre en un autre monde,
Elle poussait du pied, les graviers du bitume.

Elle était la tristesse, elle était le chagrin,
Qui vous gonfle le cœur, de sanglots étouffés.
J’étais là, j’eus envie de lui prendre la main,
Je fis un pas ou deux, mais je n’ai pas osé.

La petite fée triste, aux yeux, souvenir pâle,
Se perd dans ma mémoire, au fil des jours qui passent.
Ses larmes au fond de moi tombent comme pétales,
D’une rose, que l’on n’a su cueillir, hélas !...


Alain Springer© 1989

Son site : http://histoiresdemots.free.fr/

vendredi 12 février 2010

Aller vers toi

J’ai la grande joie, aujourd’hui, de vous présenter un nouveau poète, l’un de mes nouveaux compagnons du groupe « Poésies en Amitiés » où j’ai été récemment accueilli. Alain m’a également fait la joie de m’accueillir sur son site http://histoiresdemots.free.fr/menu.htm

J’espère que vous ferez honneur à sa poésie, elle est très belle. C’est un plaisir de l’âme, une caresse au cœur.
Jean Dornac

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par Alain Springer


Aller vers toi



Jusqu’au-delà des mers j’irai te rechercher

Je tisserai avec des mots si fins des toiles
Et j’en ferai de si légères voiles
Je m’appliquerai tant et tant à l’ouvrage
Qu’elles ne craindront le vent ni les orages

Avec le nom des arbres je formerai des planches
Elles seront galbées, fines comme tes hanches
Elles sentiront bon sous la pluie de copeaux
Et elles n’auront peur ni des mers, ni des flots

Avec des mots d’amour je creuserai des rames
Elles feront aller mon esquif sur les lames
Il filera tel un exocet qui ne sait plus s’il vole ou nage
Et laissera sur l’eau la trace d’un nuage

Avec des mots de tendresse infinie je filerai vers toi
Je glisserai sur l’onde à l’estuaire de tes bras
Jusqu’à la crique douce où déjà tu m’attends
Où je ne craindrai plus la peur, ni les méchants

Avec des mots de soie j’entrerai dans ton port
Je formerai de toi l’escale de mon corps
Au douillet de ton ventre, au sein de tes entrailles
Et là j’épancherai la soif qui me tenaille

Je glisserai sur l’eau, comme un fétu de paille
Et porté par les vents autant que par les flots
J’irai dans tes eaux calmes et folles à la fois
Me reposer enfin d’un voyage de Roi

J’irai dans ton mouillage au clapotis de l’eau
Poserai mon bagage, brûlerai mon bateau
Ensemble il nous faudra alors, soir après soir
Inventer une suite et la fin de l’histoire.

Alain Springer© 2005

* * *

Courte biographie d’Alain Springer

Je suis né à La Rochelle. Mon père, alsacien, Albert Springer, revenu quelques temps plus tôt du camp de "Buchenwald" où il avait été prisonnier des nazis durant trois ans, avait été nommé - grâce à sa connaissance de la langue - gardien chef du camp de prisonniers de guerre dans lequel les soldats de la Wehrmacht, pris dans la poche de la Rochelle, étaient détenus. Il va sans dire, dans des conditions d'humanité sans commune mesure avec la barbarie des camps nazis.

J'ai grandi dans la Saintonge, loin des racines paternelles dont j'ai retrouvé la trace au Pays de Galle, d'où ils étaient venus après un échec dans "la Nouvelle France" au climat trop rude pour eux, s'installer dans les verdoyants Ballons d'Alsace à Niederroedern entre-autres...

Ma mère, née à Marennes, mais dont les racines paternelles étaient fortement encrée dans le Gers de ses aïeux, m’a donné le jour le premier septembre 1946, assistée (en langage obstétricien on dit délivrée, mais je n'ai pas voulu utiliser ce terme compte tenu des circonstances... :-) par un soldat allemand en captivité qui était médecin avant que le nazisme ne ravage son pays et le monde.

Jeune adolescent je me cachais dans des recoins pour écrire de désuets petits poèmes qui n’ont pas survécus à ma puberté… Il m’a fallu attendre bien des années, et une rencontre virtuelle via Internet, avec une poète hors du commun, pour que ma muse se réveille.

Depuis, grâce à l’impulsion que m’a donnée cette amie, j’ai commis quelques poèmes dont parfois mes amis me disent qu’ils les trouvent beaux. Mais, ce sont des amis… Je vous laisse juges...

J’espère que vous aimerez mes écrits et si c’est le cas n’hésitez pas à m’envoyer un petit mot pour me le dire.

Je ne suis pas cabot (bien que portant le nom d’une race de chiens) mais ça fait toujours plaisir de se sentir apprécié