Affichage des articles dont le libellé est Droits. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Droits. Afficher tous les articles

jeudi 22 février 2024

Transports : la macronie prête à interdire la grève sur de larges périodes

Typhaine Cendrars

Mardi 20 février matin à l’antenne de Sud Radio, Marie Lebec, ministre déléguée auprès du Premier ministre a annoncé qu’il faudrait « sanctuariser » des périodes de grève dans les transports. Une annonce de plus pour le gouvernement qui, dans le contexte des grèves à la SNCF, avance ses pions pour attaquer le droit de grève. 

C’est sur Sud Radio que la ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée des Relations avec le Parlement, s’est exprimée le matin du 20 février dans la lignée des dernières annonces du gouvernement qui questionnent le droit de grève. Marie Lebec a alors mentionné « s’interroger sur le recours au droit de grève quand on a une mission de service publique » en faisant référence aux grèves des contrôleurs de la SNCF qui ont fortement perturbé le trafic ferroviaire le week-end dernier. La ministre déléguée évoque que « la grève c’est un droit légitime mais je crois qu’il y a des moments où on peut estimer qu’il faut sanctuariser ces périodes », après avoir rappelé l’importance des vacances scolaires pour les français mais surtout l’accueil des jeux olympiques à Paris l’été prochain qui « mettent la France à l’honneur ». C’est donc au nom de « l’honneur » de la France et des « missions de service publiques » que la ministre assume la volonté du gouvernement de s’attaquer au droit de grève en les interdisant sur des périodes spécifiques.

Suite au mouvement de grève important des cheminots le weekend dernier et des nombreux trains annulés en conséquence, ces derniers jours ont été marqués par un débat sur la « nécessité » d’encadrement des grèves, un « débat » médiatique qui permet au gouvernement d’avancer des pions pour faire reculer ce droit. Alors que la droite et le centre-droit ont proposé au Sénat une loi visant à rendre possible l’interdiction par décret de grèves 60 jours par an, ce n’est pas un hasard que la ministre déléguée demandait ce matin « Est-ce que les modalités doivent forcément passer par la loi ? Est-ce que ça peut faire l’objet d’un accord ou autre avec les représentants syndicaux ? ». Pour elle, « toutes les options sont ouvertes », une menace à peine voilée contre les travailleurs. Le gouvernement ne se cache pas de profiter du « débat » actuel pour faire avancer ses mesures visant à restreindre le droit des travailleurs à faire grève.

Gabriel Attal avait déjà, dans une interview du 14 février, déclaré que « on peut parfois avoir le sentiment d’une forme d’habitude à chaque vacances qui arrivent d’avoir l’annonce d’un mouvement de grève » avant d’appeler les grévistes à « la responsabilité ». Si les mots de Gabriel Attal étaient plutôt prudents, il avait tout de même rappelé que « la grève est un droit », tout de suite suivi de « mais travailler est un devoir ». Le premier ministre avait bien préparé le terrain aux propos de Marie Lebec qui représentent un nouveau cap dans les attaques du gouvernement contre le droit de grève. Un gouvernement qui garde encore des pincettes en s’empressant tout de même à chaque prise de parole de rappeler que le droit de grève est un « droit constitutionnel » comme pour ne pas s’attirer les foudres de tous ceux qui luttent pour de meilleures salaires à l’instar des contrôleurs en lutte ce moment.

Ces déclarations marquent une intensification de l’offensive contre le droit de grève en proposant de le réglementer et de le limiter dans le temps, et s’inscrivent dans un contexte plus large d’attaques contre le monde du travail et ses organisations. En effet, alors que plus d’un millier de syndicalistes CGT fait aujourd’hui face à des poursuites pour leur engagement syndical, le mouvement ouvrier se confronte à un nouveau niveau d’offensive pro-patronale du gouvernement. 

Les menaces contre le droit de grève ne peuvent se faire plus claires.

samedi 17 février 2024

SNCF et partout. Faire grève c'est "en même temps" un droit et un devoir

Antoine Manessis

La CGT et Sud-Rail ont déposé un appel à la grève pour le week-end du 17-18 février.

"La grève est un droit. Mais travailler est un devoir." Décidemment Gabriel Attal a la morgue de son maître. 

Pour que les choses soient claires, il "salue les cheminots qui ne font pas grève". Petite et minable tentative de division.

"Travailler est un devoir", un devoir dont la société capitaliste, dans son immense mansuétude, dispense des millions des nôtres en les jetant au chômage ou /et dans la précarité. Mais Attal oppose ce "devoir" au "droit" de faire grève, de cesser donc de travailler. Le droit contre le devoir.

Mais pourquoi les opposer? Il se trouve qu'on a aussi le droit et le devoir de vivre dans la dignité. Celle-ci a aussi une dimension concrète, matérielle. Vivre dignement, c'est avoir un salaire qui permet non pas de survivre à peine mais de vivre pleinement l'existence dans toutes ses dimensions. Pour accéder à ces dimensions, il faut des moyens. Moyens financiers dont la source est pour la plus part d'entre nous le salaire. Le salaire, c'est ce que le patron ou l'Etat-patron donne en échange du travail. En échange de la production de biens, matériels ou immatériels, de services, de recherche, d'enseignement, de soins etc. 

Le patron se garde une part du travail que font les salariés sous forme de profit. Et dans la Rome antique il n'avait même pas besoin de payer le travailleur puisque celui-ci était un esclave, soit un objet sans droit mais, rassurons Attal, avec le devoir, sous peine de mort, de travailler.

Hélas pour Attal,  les choses ont un peu changé en quelques millénaires. Désormais plus d'esclaves mais des salariés. Certes le rapport des forces est toujours en faveur du patron, du détenteur des moyens de production. Le salarié lui doit vendre sa force de travail dont il essaye de tirer le maximum.

Cette lutte entre la classe de patrons et celle des prolétaires (ceux qui vivent de leur travail), c'est la lutte des classes. Il a pour enjeu, pour l'un, d'augmenter son profit en payant le moins possible le travail, et pour l'autre, de faire payer son travail au maximum. En attendant le jour où les travailleurs comprendront que si le patron a besoin des travailleurs l'inverse n'est pas vrai.

Mais nous revoilà en février 2024 avec Attal et le grève des contrôleurs de la SNCF. Ils sont en butte à une démolition systématique de leur boîte, comme tous les services publics, et, du coup, à la casse des statuts protecteurs des cheminots.

Or Attal, avec ses âneries et ses leçons de morale d'un riche gavé qui n'a jamais vraiment travaillé aux pauvres feignants qui bossent pour pas grand chose depuis qu'ils ont 14 ou 16 ans, feint d'oublier un principe de base des relations sociales : le rapport des forces. Pour augmenter le profit, on baisse le salaire. En augmentant les prix ou/et en ayant une armée de réserve prête à bosser pour encore moins (chômeurs) surtout quand le gouvernement à la botte des patrons casse avec entrain toutes les prestations sociales, aides aux précaires, assurance chômage etc.

De côté du salarié, que faire? La grève quand les larmes et les cris ne suffisent plus. La grève, toujours dure à ceux qui la font. Mais aussi un peu gênante pour ceux contre qui on la fait. Alors faire grève quand ça ne gène personne ? Pas très efficace.

Rappelez-vous.  Nous étions des millions dans les rues pour la retraite. Mais nous n'avons pas fait grève. Du coup, un petit coup de 49.3 et la contre-réforme est passée et nous, nous sommes quittes pour acheter une nouvelle paire de tennis et de bosser deux ans de plus.

Donc, au contraire, il faut non seulement utiliser notre "droit de grève" (pour combien de temps ?) mais il faut choisir le meilleur moment, quand la conséquence de la grève est la plus visible et donc la plus gênante. Celle qui fait bouger patron et Etat. Les usagers doivent s'en prendre au PDG de la SNCF et à Attal qui ne veulent pas bouger et rien céder.

Attal, freluquet sorti d'un lycée huppé de l'aristocratie bourgeoise, serviteur zélé des riches et des puissants, ose, crapulerie suprême, opposer le doit et le devoir chez les travailleurs.

Tu vas apprendre une chose Attal : faire grève, petit valet de Bernard Arnault et Vincent Bolloré, petit valet du capital, c'est "en même temps" un droit et un devoir.

Toutes et tous, à notre tour, saluons et soutenons les contrôleurs et les contrôleuses de la SNCF et les travailleurs et les travailleuses en grève partout où ils et elles luttent.

Antoine Manessis 

dimanche 21 mai 2023

France travail : traquer les chômeurs pour les obliger à accepter n’importe quel emploi

Antoine Weil

Annoncée dès l’élection d’Emmanuel Macron, la réforme du RSA devrait être discutée au Parlement dès juin. Une attaque d’ampleur qui prévoit le conditionnement du RSA à 15 à 20 heures d’activité et le renforcement des sanctions pour les bénéficiaires de l’allocation-chômage.

On l’a compris, pour sortir de la séquence de contestation contre sa réforme des retraites, Macron veut s’attaquer aux plus précaires pour reprendre l’ascendant, entre réforme du RSA, loi sur l’immigration et mise au travail des élèves de lycées professionnels

Au cœur de cette offensive, on trouve l’initiative France Travail, censée réformer Pôle Emploi pour regrouper différentes allocations sociales, en s’attaquant notamment au RSA, avec 15 à 20 heures « d’insertion » obligatoire, pour continuer de bénéficier de l’allocation. Retour sur cette attaque, qui vise les allocataires du RSA et veut renforcer la compétition sur le marché du travail, en contraignant les chômeurs à accepter n’importe quel emploi.

Le gouvernement veut attaquer le RSA dès le mois de juin

Après que le projet de la refonte de Pôle Emploi en France Travail ait été rendu public le 14 avril dernier, le gouvernement voudrait accélérer sur ce dossier, comme en témoignent les récentes déclarations d’Elisabeth Borne lors d’un voyage sur l’île de La Réunion samedi dernier. Aussi, le projet devrait en effet être présenté au Conseil des ministres en juin, avant d’être examiné au Sénat dès le début de l’été, comme l’explique Marc Ferracci, député Renaissance et en charge du « groupe de travail du projet de loi sur le plein-emploi et le partage de la valeur ».

« L’objectif est de mieux connaître et accompagner les personnes sans emploi pour un retour plus rapide au travail » explique Thibault Guilluy, haut-commissaire à l’Emploi et rédacteur de l’avant-projet de réforme. Pour mener à bien cet « objectif », face à un système jugé trop complexe, « illisible » comme aiment à le dire les macronistes pour justifier leurs attaques contre les droits sociaux, il faudrait regrouper un certain nombre d’aides sociales, comme l’assurance chômage, le RSA, allocations destinées aux jeunes ou aux personnes en situation de handicap, en facilitant la coopération entre l’Etat, les départements ou les missions locales. Derrière les éléments de langage, le caractère néolibéral de ce projet est en réalité très clair. Il comprend en effet une des principales mesures annoncées par Macron durant sa campagne présidentielle, à savoir le fait de contraindre l’allocation du RSA à l’exercice de 15 à 20 heures d’activité.

15 à 20 heures de travail contraint : une arme pour sanctionner les allocataires

Si les allocataires refusent de passer 15 à 20 heures par semaine pour travailler à leur « insertion », sous forme de formations, d’ateliers pour rédiger des CV ou de stages en entreprise, ils pourraient perdre la maigre aide de 607,75 € à laquelle ils ont le droit. Samedi 13 mai, Elisabeth Borne confirmait en effet qu’« il y aura bien la possibilité de suspendre » les droits des allocataires, avec « un dispositif de sanctions dès lors qu’on aura accompli, de notre côté, notre part de responsabilité, c’est-à-dire qu’on aura mis la personne bénéficiaire du RSA en situation de suivre le parcours qu’on lui a proposé ». En d’autres termes, il faudra suivre le parcours imposé par l’Etat et accepter des tâches non payées pour ne pas se retrouver sans aucune indemnité, et ainsi être condamné à tomber dans la grande pauvreté.

La majorité a beau fustiger ceux qui évoquent le retour du travail gratuit, il s’agit bien d’une attaque d’une grande violence contre les allocataires du RSA, qui comprend des formes de travail obligatoire. Le recours contraint à des stages constitue en effet une mesure particulièrement liberticide, quand on sait que dans la réalité l’immense majorité des entreprises utilisent leurs stagiaires pour effectuer des tâches devant être rémunérées, pour se payer une main d’oeuvre gratuite ou quasi-gratuite. En ce sens, le gouvernement prolonge et accentue une tentative déjà amorcée à la fin du premier mandat de Macron, avec le contrat d’engagement jeune et veut mettre au pas un des secteurs les plus précaires du monde du travail.

Regrouper les allocations pour renforcer les contrôles et les sanctions

Mais si le projet de refonte du RSA avec France Travail vise ainsi à accentuer les sanctions contre les allocataires, en posant des contraintes supplémentaires pour renforcer la pression sur les bénéficiaires, l’offensive ne s’arrête pas là. Le renforcement des sanctions devrait également être permis pas la fusion des différentes aides sociales, et toucher également les travailleurs recevant l’allocation-chômage. Si ces derniers refusent « sans motif légitime » d’élaborer leur contrat d’engagement, leurs droits pourraient être suspendus, comme l’explique le média Capital.

L’argumentaire macronien reproduit les poncifs libéraux habituels. En charge du dossier, le député macroniste, Marc Ferracci, estime que les « difficultés sont moindres » pour trouver un emploi, malgré les 2,2 millions de chômeurs au premier trimestre 2023, et qu’il faut réformer des sanctions qui ne seraient « pas assez appliquées ». Même son de cloche du côté d’Elisabeth Borne qui a déclaré samedi « on doit continuer à viser les leviers pour permettre à chacun de revenir vers un emploi. C’est d’autant plus important dans un contexte où on sait qu’il y a beaucoup d’entreprises qui cherchent à recruter et qui disent qu’elles n’y arrivent pas  ». Comprendre : s’il reste des chômeurs, c’est parce ceux-ci refuseraient de retourner au « travail » pour continuer à profiter des « aides sociales ». En réalité derrière la cabale sur les « assistés », le renforcement de la contrainte sur les bénéficiaires d’aides sociales et le regroupement des allocations chômage avec le RSA ciblent l’ensemble des travailleurs qui peuvent connaitre des périodes de chômage et d’inactivité.

Face à cette attaque, il faut une réponse du monde du travail !

En contraignant à accepter n’importes quelles offres d’emploi, l’objectif du pouvoir est d’aller vers un marché du travail toujours plus concurrentiel, où les travailleurs sans emploi doivent remplir les postes vacants sans conditions, mais aussi les travailleurs employés sous la pression d’être remplacés aisément, notamment s’ils contestent le fonctionnement de leur entreprise. Dans la même lignée que la réforme des lycées professionnels, qui prévoit l’augmentation de 50% des stages pour les élèves de terminale, avec la réforme « France Travail » le gouvernement veut nous contraindre à travailler à n’importe quelle condition pour construire une main d’œuvre précaire et corvéable au patronat.

Alors que le gouvernement veut profiter du discours ambiant contre les « assistés » et la « fraude sociale » pour faire passer cette attaque, le mouvement ouvrier doit répondre contre cette offensive. Le chômage est une des pires irrationalités du système capitaliste qui condamne une partie des travailleurs à la misère et les autres à se tuer au travail. Alors que l’inflation continue de grimper et que la vie est de plus en plus chère, il est plus que jamais inadmissible que des travailleurs soient privés d’un emploi pendant que d’autres s’épuisent par de longues journées et de lourdes charges de travail. Pour donner un travail à ceux qui sont au chômage, il faut réduire le temps de travail de ceux qui ont déjà un travail.

Après nos retraites, c’est donc à un autre acquis historique du mouvement ouvrier que s’en prennent Macron et ses députés.

Plutôt que de négocier avec un gouvernement qui vise les plus précaires, les directions syndicales doivent se saisir de cette question, pour organiser la lutte contre le projet France Travail, de concert avec la mobilisation contre la réforme des retraites.

Révolution Permanente

vendredi 12 mai 2023

« Poison wokiste » : le RN lance un lobby anti-LGBT au Parlement

Gabriella Manouchki

Le mois dernier, le parti de Marine Le Pen a créé une « association parlementaire transpartisane » contre le « wokisme » visant à systématiser les propositions de lois LGBTphobes. Une offensive réactionnaire qui s'appuie sur les jalons posés par le gouvernement.

Mercredi 12 avril, une quarantaine de députés, sénateurs et eurodéputés du Rassemblement National ont acté la création d’une « association transpartisane » pour « agir sur le plan législatif » contre le « poison du wokisme ». Un véritable lobby anti-LGBT, initié par les députés RN Roger Chudeau et Philippe Olivier, et destiné à rassembler des élus d’extrême-droite et de droite. Deux élus Reconquête auraient déjà rejoint l’association.

Comme l’expliquait Roger Chudeau sur Twitter dès le 7 avril, l’objectif est de formuler des propositions de loi « contre les pires dérives du wokisme », « cette entreprise idéologique de déconstruction de notre civilisation » qui serait instiguée aux enfants à l’école par le biais d’une « propagande LGBT », notamment via l’écriture inclusive, les « réunions racialisées et genrées » ou encore la participation d’élèves trans aux compétitions sportives. L’association a également pour but d’organiser « des colloques et des tribunes » pour « alerter sur ce danger mortel pour notre civilisation ».

Le 21 avril, une première échéance de ce type était organisée par la Fondation Identité et Démocratie, le « think tank » du groupe parlementaire européen dont fait partie le RN. Devant des dizaines de militants et sympathisants RN, Jordan Bardella (président du RN), Olivier Vial (président de l’UNI) ou encore François Bousquet (rédacteur en chef de la revue d’extrême-droite Éléments) ont présenté leur croisade contre le wokisme - « ce mouvement qui nous entraîne dans une régression générale et civilisationnelle » - appelant à « mener ce combat pour la République ».

Un changement de ton et de priorités du RN

La création de cette association n’est pas surprenante, venant d’un parti qui porte la haine des LGBT dans son ADN, depuis les sorties de Jean-Marie Le Pen qui considère l’homosexualité comme une « anomalie biologique et sociale » jusqu’à l’opposition de Marine Le Pen à la PMA, en passant par son opposition au mariage homosexuel au nom de la lutte contre le prétendu « lobby LGBT ».

Seulement, dans son processus de « dédiabolisation », le RN avait mis en sourdine ses sorties les plus virulentes sur la question de l’identité de genre afin de se rendre plus respectable et, plus récemment, de se distinguer du parti de Zemmour, allant jusqu’à mettre en avant l’homosexualité de certaines de ses figures pour présenter un « nouveau visage » aux électeurs. À l’initiative de ce projet d’association parlementaire, Philippe Olivier, beau-frère et conseiller de Marine Le Pen connu pour avoir tenu des propos suprémacistes, est d’ailleurs un fervent défenseur de cette stratégie.

Si la création de cette association parlementaire ne marque pas de rupture sur le fond, il s’agit donc d’un changement de ton et de priorités du côté du RN. Après avoir été à la remorque dans la séquence des retraites, où le mouvement social l’avait balayé à l’arrière-plan, le parti de Le Pen fait le test d’une campagne offensive contre les droits des LGBT pour s’imposer sur le devant de la scène. Une tentative de s’adresser à la jeunesse d’extrême-droite qui, comme on l’a vu pendant les élections présidentielles avec le phénomène « Génération Z », tend à se montrer davantage séduite par la radicalité de Zemmour que par le parti lepéniste. L’opération consiste donc pour le RN à afficher un profil plus radical sans pour autant remettre en cause ses acquis sur le terrain institutionnel.

Le résultat de la politique du gouvernement

Pour assurer cet équilibre, le parti de Le Pen peut profiter des jalons posés par le gouvernement sur ce terrain. Celui-ci a lui-même « dédiabolisé » les thèmes de l’extrême-droite, à commencer par celui de « la lutte contre le wokisme ». Il y a plus de deux ans, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche ouvrait le bal en dénonçant « l’islamogauchisme qui grangrène nos universités », cherchant à assimiler les étudiants et les enseignants qui questionneraient le système d’exploitation et les oppressions à des terroristes. S’en sont suivies un certain nombre de polémiques, notamment sur l’usage de l’écriture inclusive ou sur les réunions en non mixité dans les campus.

Très vite, Blanquer déclinait cette politique au sein de l’Éducation nationale, à travers la création d’un « laboratoire de la république » pour « lutter contre le wokisme » - terme emprunté à l’extrême-droite américaine pour désigner la jeunesse féministe, antiraciste et écologiste. Quelques mois plus tard, il organisait un « colloque contre le wokisme » à l’université de la Sorbonne. Un discours qui s’est matérialisé par la loi séparatisme, ou encore par la circulaire Blanquer qui a conditionné le droit des élèves transgenres d’être reconnus comme tels à l’école à leur outing forcé auprès de leur parents.

Une continuité avec le gouvernement qui n’empêche pas l’extrême-droite de formuler l’idée que le gouvernement de Macron serait complice d’un « lobby LGBT », qui menacerait l’intégrité physique et morale de la nation en mettant la main sur l’éducation des enfants. Pour l’extrême-droite, il s’agit de jouer la surenchère réactionnaire au Parlement et d’aller au bout des discours réactionnaires qui ont déjà cours.

Une campagne LGBTphobe inspirée des campagnes de l’extrême-droite à l’international

Ce positionnement répond par ailleurs à l’offensive que mène l’extrême-droite à l’échelle international sur ce terrain. C’est le cas en Italie où la dénonciation du « lobby LGBT » a fait le succès de Meloni, ou en Espagne, où le parti d’extrême-droite Vox a profité du vote de la loi dite « trans » pour dénoncer « une augmentation alarmante de l’homosexualité et de la transexualité » due à « l’endroctrinement » que le gouvernement « impose aux mineurs ».

L’exemple le plus abouti de cette offensive est cependant sans aucun doute celui des États-Unis, où l’extrême-droite a fait de cette thématique son principal cheval de bataille. Si Biden a fait de la défense de nos droits la thématique principale de sa campagne, c’est sous son gouvernement qu’a été adoptée une série de lois LGBTphobes, centrées sur l’éducation : loi « Don’t Say Gay » en Floride ; interdiction des dragshows dans l’espace public dans certains États ; restrictions des droits des enfants transgenres au Kentucky ; et dernièrement, légalisation de facto de la possibilité d’exclure des élèves trans des compétitions sportives au niveau fédéral. Des attaques qui inspirent évidemment le parti de Marine Le Pen.

Dans la lutte pour nos droits, aucune confiance dans l’État et ses institutions

En France comme à l’international, ces politiques réactionnaires qui puisent dans le registre de la panique morale fonctionnent sur le complotisme et le déni total de réalité. Un simple regard à la situation réelle des LGBT à l’école dément tous les fantasmes de l’extrême-droite. En 2019, d’après SOS Homophobie, 18% des lycéens ou étudiants LGBT déclaraient avoir été insultés au cours des 12 deniers mois ; les signalements d’actes homophobes et transphobes en milieu scolaire avaient augmenté de 38%. Seuls 15 % des élèves en général et 20 % des collégiens bénéficient du nombre de séances d’éducation sexuelle prévu par la loi de 2001, raison pour laquelle trois associations ont récemment attaqué l’État en justice.

C’est dans ce contexte que, il y a peine quelques semaines, Lucas se suicidait suite au harcèlement homophobe dont il était victime dans son collège et du fait du manque de moyens pour y faire face. Avant lui, Fouad, Dinah, et tant d’autres jeunes anonymes connaissaient le même drame. S’il existe un « danger mortel » à l’école, c’est bien celui de la haine anti-LGBT qui y prospère, et dont l’extrême-droite entend aujourd’hui faire une campagne officielle par le biais de son « association parlementaire ».

Pour lutter contre l’offensive LGBTphobe qui s’exprime au niveau international, émergeant de la crise du capitalisme et de la polarisation sociale qu’elle engendre, il est fondamental que le mouvement LGBT tire des bilans de la situation américaine : la défense de nos droits ne passera pas par des institutions taillées par et pour la classe dominante, qui les utilise comme promesses de campagne avant de nous les retirer quand cela n’est plus dans son intérêt. En France, nous n’avons rien à attendre d’un Parlement qui, après avoir entériné le passage en force d’une réforme rejetée par 94% de la population, sert aujourd’hui de tribune à l’extrême-droite et ses idées nauséabondes contre les LGBT et les immigrés. 

Partant de l’immense mouvement qui s’est déployé contre la réforme des retraite et son monde, questionnant le rôle des institutions bourgeoises, il est urgent de construire une réponse par en bas, la seule à même d’imposer une sortie progressiste et féministe à la crise.

Révolution Permanente

lundi 1 mai 2023

« RSA conditionné » : une offensive historique qui vise l’ensemble du monde du travail

Erell Bleuen 

Pour se sortir de la crise politique, la macronie tente de repartir à l’offensive en s’attaquant aux plus précaires. En ligne de mire les allocataires du RSA. Une offensive qui concerne l’ensemble du monde du travail.

« Pour que jamais une heure de travail ne puisse être moins intéressante que le RSA  ». Dimanche dernier, dans son interview au Parisien, c’est Macron lui-même qui a donné le ton, et depuis, ces ministres défilent sur les plateaux pour préciser l’offensive du « RSA conditionné » : ce jeudi, Borne présentait sur Télématin la réforme comme un « contrat d’engagement réciproque avec des droits et des devoirs », Dussopt arguait sur BFM TV que la réforme cherchait à « permettre à tous ceux qui le peuvent de retrouver un emploi ».

Derrière les formules creuses des membres de l’exécutif se dessine une attaque d’ampleur contre les plus précaires, déjà expérimentée depuis le mois d’avril dans 18 départements. Si le RSA est déjà conditionné à un « accompagnement » vers l’emploi, la réforme va consister au conditionnement du versement de l’allocation de 607 euros à 15 à 20 heures d’activités « d’insertion » par semaine, proposé par Pôle Emploi (et bientôt « France Travail ») auquel l’inscription va être rendue obligatoire. Des activités dont les contours restent encore volontairement flous, et qui consisteraient dans « l’immersion et la formation en entreprise, la démarche sociale accompagnée, des ateliers collectifs, une activité citoyenne, un accompagnement à la création d’entreprise, une intégration dans un chantier d’insertion, etc » selon un courrier de Dussopt daté de l’automne dernier et adressé aux présidences de département.

Et si des sanctions à l’encontre des allocataires du RSA existent déjà, le gouvernement entend bien durcir les règles. Selon le rapport sur le dispositif France Travail, cité par Rapports de Force, l’exécutif prévoit la mise en place d’une nouvelle sanction intitulée « suspension remobilisation », dont l’objectif serait « d’assurer que toute mise en place d’une allocation se conjugue avec le démarrage d’un accompagnement permettant le retour à l’emploi ». En d’autres termes, s’ils ne se soumettent pas aux « activités » hebdomadaires, les allocataires du RSA pourraient perdre leurs droits.

« RSA conditionné » : entre durcissement des sanctions et emploi forcé

Derrière le « RSA conditionné », se profile une volonté de domestiquer les plus précaires, dans la droite lignée de la réforme de l’assurance chômage. Le renforcement des sanctions et le durcissement des obligations pour les allocataires va en effet accroître de façon historique les contraintes sur ces derniers, en même temps que permettre de leur couper les vivres pour réaliser des économies de bouts de chandelle. Alors que le RSA ne suffit même pas pour survivre aujourd’hui, ses allocataires seront désormais menacés de perdre cette aide.

Une mesure brutale contre les plus précaires qui est, en même temps, un affichage politique. Depuis toujours, pointer du doigt les chômeurs et allocataires du RSA qui « profiteraient du système » est une méthode classique pour tenter de détourner la colère du monde du travail en direction des plus précaires. Ces dernières semaines, la lutte contre « la fraude sociale » est ainsi agitée par tous les ministres-phares sur les plateaux TV, qui maîtrisent désormais parfaitement le discours contre « l’assistanat » chère à la droite et à l’extrême-droite.

Comme le souligne Nicolas Duvoux, sociologue et professeur à l’université Paris 8, dans un article de Mediapart, ces rhétoriques opposant les « classes moyennes » qui travailleraient aux allocataires du RSA « sont des manières de s’adresser à certains segments des catégories populaires, elles-mêmes fragilisées, en espérant les attirer par la mobilisation d’une éthique du travail qui fait, de manière concomitante, de l’assistanat un repoussoir. »

Enfin, le « RSA conditionné » pourrait s’intituler « retour à l’emploi forcé ». Loin de répondre aux problématiques auxquelles sont confrontés les allocataires du RSA, cette mesure va contraindre une partie d’entre eux à travailler dans des conditions exceptionnelles, rémunérés bien en dessous du SMIC, dans le cadre de leurs heures de travail obligatoires. Une femme de 34 ans, au RSA suite à un burn-out, témoigne ainsi pour Frustration Magazine sur ce types de travaux qui existent déjà : « avec le RSA et Pôle emploi, j’ai assisté à des réunions pour une reprise d’activité, j’ai assisté à des visios en groupe avec un cabinet de conseil pour les chômeurs ou en réorientation. J’ai même fait un « stage » type élève de 3ème dans une grande enseigne. Je n’étais pas censée travailler mais observer pendant une semaine, mais la manager m’a donné un planning en 35h et m’a fait faire des ventes, encaisser des clients alors que c’est illégal. À la fin du « stage » elle m’a proposé un CDD ».

Les activités obligatoires pourraient participer à élargir ce types d’expériences, et généraliser à des centaines de milliers de personnes l’obligation de participer à des travaux précaires dans des conditions dérogatoires au Code du Travail. Celles-ci existent déjà pour les travailleurs au chômage de longue durée dans le secteur de l’insertion par l’activité économique, dont les entreprises et associations ont vocation à « insérer » les chômeurs, justifiant des conditions de travail scandaleuses et des salaires en-dessous du SMIC. Mais, alors que ce secteur ne concerne pas plus de 200.000 personnes par an, la réforme du RSA pourrait en potentiel étendre encore plus largement ce type de pratiques.

Face aux attaques contre les plus pauvres, le mouvement ouvrier ne doit pas rester l’arme au pied

Alors que de larges franges de la population ne décolèrent pas face au passage en force du gouvernement contre la réforme des retraites, cette attaque historique à l’encontre des plus précaires nécessite une réponse de l’ensemble du mouvement ouvrier et de tous les secteurs mobilisés. Alors que le gouvernement a réussi à passer, à l’automne dernier, la réforme de l’assurance-chômage avec l’appui des directions syndicales, il est possible, dans la période actuelle, de lui faire ravaler toutes ses contres-réformes anti-sociales.

Dans ce sens, alors que Elisabeth Borne souhaite rencontrer les dirigeants de l’intersyndicale dès la semaine prochaine pour « engager un agenda social pour préparer le nouveau pacte de la vie au travail », il n’y a rien à discuter avec le gouvernement. À l’opposé des mois de négociations menées dans le vent à l’automne dernier qui ont conduit à l’attaque historique de l’assurance chômage, l’ensemble des directions syndicales y compris la CGT, qui envisage de retourner à Matignon doivent refuser de renouer avec « le dialogue social » avec un gouvernement qui prévoit des attaques d’ampleur contre les plus pauvres.

Contre la tentative grossière de division du gouvernement qui cherche à faire payer aux plus pauvres ses réformes austéritaires, il est urgent de défendre la répartition du temps de travail entre toutes et tous, seule mesure viable pour sortir du chômage et de la pauvreté les plus précaires de notre camp social. 

Une revendication dont le mouvement actuel doit se saisir, pour non-seulement mettre un coup d’arrêt à la politique anti-sociale de la macronie, mais réussir également à obtenir de véritables améliorations de nos conditions de vie.

Révolution Permanente

mardi 25 avril 2023

Contre l’opération Wuambushu et pour un réel accès aux droits

Gérard Filoche

Nos organisations syndicales CGT, FSU et l’Union syndicale Solidaires s’inquiètent fortement de l’opération Wuambushu, organisée par Gérald Darmanin et validée par Emmanuel Macron, prévue à Mayotte à partir du 21 avril.

Cette opération prévoit de détruire massivement des habitats précaires et de multiplier les arrestations et les expulsions quotidiennes jusqu’à plusieurs centaines de personnes migrantes issues des îles voisines. Les destructions visent 5 000 personnes dans 1 000 « bangas », soit 10 % des habitats en tôles dans lesquels vit la moitié de la population de Mayotte. Nous craignons, à l’instar de nombreuses organisations internationales et nationales (CNCDH, UNICEF, LDH notamment) la multiplication des violences et des atteintes aux droits.

Or la situation à Mayotte, département français d’environ 300 000 habitants est déjà catastrophique : 80 % des habitant-es vivent sous le seuil de pauvreté et de nombreuses mesures d’exception sont la règle :

  • Le manque d’écoles oblige à accueillir les enfants par demi-journées et plus de 6000 enfants ne sont pas scolarisés ;
  • Des milliers d’enfants sont enfermé-es en centres et locaux de rétention administrative (CRA et LRA) et certain-es ont été expulsé-es vers les Comores malgré plusieurs condamnations de la Cour européenne des droits de l’Homme
  • Des mineur-es revenant de l’école se sont retrouvé-es sans logement et ne sachant pas où leurs parents se trouvaient, ceux-ci faisant l’objet d’éloignements expéditifs et abusifs.
  • Dans un rapport d’information, la commission des affaires sociales du Sénat parle d’un «système de soins à bout de souffle» : à Mayotte 45 % des habitants de plus de 15 ans déclarent avoir dû renoncer à des soins en 2019, la protection universelle maladie (PUMa) n’y est pas applicable, ni la complémentaire CMU-C, le nombre de lites disponibles est très en-deça des ratios (à peine 40 % de la moyenne hexagonal) et l’Aide Médicale d’État, système de santé pour les personnes sans papiers ne s’applique à Mayotte.
  • L’accès aux demandes d’asile est très compliqué et 86% des demandes d’asile sont rejetées.
  • 10 avocats pour 100 000 habitants, contre 103 pour 100 000 en métropole.
  • Plus de 20 000 le nombre de personnes ayant perdu la vie en tentant la traversée depuis les îles voisines depuis 1995, année de l’entrée en vigueur du « visa Balladur » (qui restreint la circulation vers Mayotte depuis les Comores et qui ne donne pas la possibilité de se rendre à La Réunion ou dans l’hexagone)
  • Des bacheliers titulaires de ce visa ou sans papiers sont privés d’étude en métropole.
  • Plus de 1800 habitations détruites, ce qui concerne plus de 8500 personnes, depuis la fin de l’année 2020.

L’accès aux droits est mis à mal par l’absence de moyens humains et matériels.

La CGT, la FSU et l’Union syndicale Solidaires appellent le gouvernement à arrêter toutes les mesures répressives. Ce qu’il faut à Mayotte, c’est l’égalité des droits (y compris pour les étrangers) et d’accès aux services publics et de réels moyens pour la santé, l’éducation et le logement pour l’ensemble de la population.

Gérard Filoche

 

dimanche 23 avril 2023

Le système des retraites n’est pas en danger

Bernard Gensane

Je reprends ici un argumentaire de l’Institut La Boétie, proche de Jean-Luc Mélenchon.

1. Non, le système des retraites n’est pas en danger

Le gouvernement rejoue la carte du chantage à la faillite pour imposer un recul social terrible qui nous ramènerait aux années 1970. Sa méthode : mentir et dramatiser la situation pour faire croire que sa réforme est indispensable. En réalité, il n’y a aucun problème de financement des retraites !

Argu n°1 : Il n’y a pas de problème d’évolution des dépenses

C’est le Conseil d’orientation des retraites (COR) qui le dit lui-même : «les résultats ne valident pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite». En 2070, suite aux précédentes réformes, la part de la richesse nationale consacrée aux retraites aura en réalité diminué par rapport à aujourd’hui… alors que la part des retraités, elle, augmente.

Argu n°2 : Même si le déficit annoncé était réel, il serait négligeable

Le COR prévoyait un déficit de 22 milliards en 2022. En réalité, le système est excédentaire de 3 milliards ! Même s’il se réalisait, le déficit annoncé par le gouvernement pour les 25 prochaines années représenterait moins de 3 % des dépenses totales et 0,4 % du produit intérieur brut (PIB). Le système est donc très loin d’être en danger.

Argu n°3 : Le gouvernement veut réduire les retraites… pour financer des cadeaux aux entreprises !

Dans son budget pour 2023, le gouvernement a expliqué sa réelle motivation pour faire la réforme des retraites : financer les cadeaux fiscaux qu’il a fait voter, comme la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), qui bénéficie surtout aux grandes entreprises et très peu aux petites. Il n’a pas hésité à faire voter il y a quelques mois cette réforme, d’un coût de 8 milliards, soit quasiment le déficit qu’il dit craindre en 2027… C’est en réalité un nouvel impôt pour les salariés, aux bénéfices des actionnaires.

Argu n°4 : Si le gouvernement cherche de l’argent, nous avons des idées !

5 moyens de trouver l’argent cherché par le gouvernement :

- Taxer de 2 % la fortune des milliardaires = 12 milliards d’euros

- Revenir sur les suppressions d’impôts comme l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) = 11 milliards

- Prendre seulement 4 % des dividendes chaque année = 10 milliards

- Supprimer les exonérations de cotisations sociales qui coûtent cher sans aucun effet sur l’emploi = 10 milliards

2. Les femmes et les métiers pénibles : premières victimes de la réforme

Le gouvernement veut imposer des efforts supplémentaires à ceux qui en font déjà le plus. Les femmes, les carrières longues, les métiers pénibles seront les premiers pénalisés.

Argu n°1 : Les femmes, premières victimes de la réforme 

Cette réforme est profondément anti-féministe. 2/3 des personnes qui devront partir à la retraite plus tard sont des femmes. Celles-ci seront touchées plus durement que les hommes : leur âge de départ augmentera deux fois plus. Les mères de famille sont particulièrement touchées : même avec leurs trimestres supplémentaires, elles devront attendre 64 ans.

Argu n°2 : Les travailleurs qui ont commencé jeune seront très pénalisés

Les aménagements du dispositif « carrière longue » sont une arnaque : personne n’y gagne à la fin… L’âge de départ recule de deux ans pour celles et ceux qui ont commencé à travailler à 18 ou 19 ans. Pour ceux qui ont commencé avant 18 ans, il faudra travailler un an de plus aussi !

Argu n°3 : Métiers difficiles, retraite raccourcie

Celles et ceux qui exercent un métier pénible, les victimes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles devront partir deux ans plus tard. Idem pour les métiers dits « actifs » du public : soignants, pompiers ou encore gardiens de prison devront travailler plus longtemps.

3. Avec la réforme, des retraités plus pauvres
 
Contrairement à ce que le gouvernement raconte, les pensions vont baisser avec cette réforme. Macron essaie d’acheter la paix sociale avec la promesse d’une retraite minimale à 1 200 euros : c’est un mensonge.
 
Argu n°1 : De nombreux nouveaux retraités vont toucher une retraite plus faible.

Le gouvernement nous vend une hausse des pensions de 1,5 % avec la réforme, alors qu’il a empêché leur hausse de 1,8 % en 2018 en ne les indexant pas sur l’inflation ! Et cette hausse minime est seulement la conséquence de l’allongement du travail : c’est comme si le gouvernement nous obligeait à faire des heures supplémentaires moins bien payées que les autres et nous expliquait que notre salaire augmente. Celles et ceux qui ont des carrières incomplètes vont subir une diminution de leur pension à cause de la hausse du nombre de trimestres requis. En effet, plus il manque de trimestres, plus la pension est basse. Exemple pour la génération 1966 : une personne précaire qui part à 67 ans sans tous ses trimestres verra sa pension baisser de 1 %… Les personnes en invalidité subiraient le même sort !

Argu n°2 : La pension cumulée sur toute la durée de la retraite va baisser

En effet, même si on gagne un peu plus en travaillant plus longtemps, à la fin, ce sont des pensions non versées ! Avec deux ans de retraite en moins, un homme au SMIC avec une carrière complète perdrait ainsi 14 000 € de pension en cumulé sur la durée de sa retraite. Les 14 milliards d’économies en 2030 qu’espère le gouvernement sont à la fin 14 milliards ponctionnés aux pensions des futurs retraités.

Argu n°3 : La retraite minimale ne sera pas à 1200 euros

La retraite minimale annoncée à 1 200 euros est une arnaque, car elle concernera seulement les personnes :

- ayant eu une carrière complète : parmi les 20 % des retraités les plus pauvres, 9 sur 10 n’ont pas une carrière complète…

- étant restées au SMIC toute leur carrière, soit 0,002 % des salariés. 

Même le montant est un mensonge : c’est en réalité 1 193 € brut, donc 1 150 € net…

4. La réforme des retraites : un désastre social et économique

Emmanuel Macron essaie de faire croire que la réforme des retraites mettrait plus de seniors au travail et permettrait donc de créer plus de richesses. Au contraire, la retraite à 64 ans ferait exploser la précarité et baisser les salaires des travailleurs.

Argu n°1 : La réforme des retraites, ce sont des emplois en moins pour les jeunes

La réforme des retraites, ça serait 300 000 emplois libérés en moins chaque année. Autant de postes en moins pour la jeunesse, alors que déjà 1,4 million de jeunes ne sont aujourd’hui ni en étude, ni en emploi, ni en formation…

Argu n°2 : Les salaires vont baisser à cause de la réforme des retraites

Lorsque le chômage augmente, la concurrence entre les salariés s’intensifie, ce qui fait baisser les salaires. Avec la réforme, les salaires devraient diminuer de 3 % en 10 ans. Le recul de l’âge de départ, c’est une perte de pouvoir d’achat pour les salariés.

Argu n°3 : Retarder la retraite n’a aucun sens quand les seniors sont déjà massivement exclus du travail

Reculer l’âge de départ à la retraite ne va pas par magie trouver un travail à ceux qui n’en ont pas ! 1,4 million de seniors sont au chômage, dont 60 % depuis plus d’un an. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg : une grande partie des seniors ne cherche plus de travail et reste en inactivité en attendant la retraite.  Les classes populaires sont les plus concernées : la proportion d’ouvriers ni en emploi ni en retraite après 60 ans est deux fois plus élevée que celle de cadres.

Argu n°4 : La durée de retraite diminuerait plus que ne progresse l’espérance de vie

Non, le fait de vivre plus longtemps ne justifie pas que l’on travaille plus longtemps. Avec la réforme, la génération 1970 aurait une retraite deux ans plus courte que la génération 1950. En proportion de leur vie, même les personnes nées en 2000 passeraient moins de temps à la retraite que la génération 1950 ! Les plus pauvres passent déjà 7 ans de moins à la retraite que les riches : avec la réforme, Macron fait travailler plus longtemps les pauvres pour financer les pensions des plus riches. Le décalage de 62 à 64 ans de l’âge légal conduirait 4 000 personnes de plus par an à mourir avant de prendre leur retraite.

Argu n°5 : La réforme va augmenter la précarité

Les seniors exclus de l’emploi vont voir leur précarité s’aggraver. Plus de 110 000 personnes supplémentaires passeraient aux minima sociaux (RSA, AAH) à cause de la réforme. L’afflux de personnes supplémentaires sur le marché du travail va faire grimper le chômage : la réforme créerait 280 000 nouveaux demandeurs d’emploi. Faire travailler les gens toujours plus vieux, c’est renforcer le risque de tomber malade ou de subir un accident du travail. Concrètement, la Sécurité sociale devrait indemniser 400 000 arrêts supplémentaires.

5. Une autre réforme est possible : pour la retraite à 60 ans

Face à la réforme de régression sociale du gouvernement, il faut opposer un contre-projet désirable. Nous luttons pour le retour de la retraite à 60 ans et 40 annuités, avec une retraite minimale au niveau du SMIC revalorisé pour une carrière complète, soit 1 600 euros, et aucune en dessous du seuil de pauvreté, soit 1 102 euros.

Argu n°1 : Nous passons de moins en moins de temps à la retraite

Sans même le projet du gouvernement, l’âge moyen de départ à la retraite va augmenter jusqu’à 64 ans du fait des contre-réformes précédentes. Nous passons déjà un an de moins à la retraite qu’il y a 15 ans. C’est pire encore pour les pauvres : les 20 % les plus pauvres ont une retraite 7 ans plus courte que les 20 % les plus riches.

Argu n°2 : La retraite à 60 ans est un projet réaliste

Revenir à 60 ans et 40 annuités, c’est loin d’être une utopie : ça serait juste rétablir le système qui était en place avant 2009. Ce projet est financièrement réalisable à l’heure où le pays n’a jamais été aussi riche : un actif d’aujourd’hui produit 3 fois plus qu’en 1979. La richesse est là : abaisser l’âge de la retraite est une question de partage.

Argu n°3 : Le RN est contre la retraite à 60 ans

Le RN est hypocrite sur les retraites. Il clame qu’il est pour la retraite à 60 ans, mais c’est un mensonge : dans son programme, Marine Le Pen ne défend la retraite à 60 ans que pour ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans. Avec le RN, quelqu’un qui commence à travailler à 17 ans partirait au même âge qu’aujourd’hui ! Le RN veut également instaurer de nouvelles exonérations de cotisations qui enlèveront de l’argent pour les retraites. La preuve de son mensonge : le RN ne soutient pas le mouvement social contre la réforme du gouvernement. Il est l’allié de Macron pour faire passer la réforme des retraites.

Argu n°4 : Partir plus tôt à la retraite, c’est du temps libéré pour la vie sociale

Les retraités ne sont pas inactifs, bien au contraire. Ils créent même de la richesse pour la société en gardant les petits-enfants, en s’occupant de leurs parents dépendants, en participant au tissu associatif et politique local. La moitié des présidents d’associations et plus de 40 % des maires sont des retraités ! Repousser l’âge de la retraite, c’est désorganiser la société et nier l’engagement familial et social des retraités.

Contre argumentaire : « La retraite à 60 ans coûte 85 milliards, il faudrait augmenter les cotisations de 3 000 euros par an pour la financer ». Comme sur le reste, le gouvernement ment sur le coût de la retraite à 60 ans pour faire peur. Il s’appuie sur un chiffre du think tank libéral Institut Montaigne qui inclut la revalorisation massive des pensions et des mesures qui n’étaient pas dans le programme pour gonfler artificiellement la facture ! En réalité, le coût de la retraite à 60 ans et 40 annuités est estimé à 27,9 milliards par le même institut, soit 3 fois moins que ce qu’annonce le gouvernement ! 

La retraite à 60 ans est facile à financer : il suffit de faire cotiser les revenus qui y échappent comme les dividendes ou les stock-options pour dégager 36 milliards d’euros. Elle permet même des économies : en sortant les seniors de 60 à 62 ans du chômage et des minima sociaux, ce serait 4 milliards par an de coûts évités. 

 On peut facilement trouver de l’argent pour nos retraites :

- En payant autant les femmes que les hommes : + 11 milliards tout de suite et + 8 milliards par an à long terme

- En créant des emplois : 1 million d’emplois créés = + 16 milliards

- En augmentant les salaires : 4 % de hausse = + 12 milliards

- En augmentant légèrement les cotisations, moins vite que les salaires : de cette manière, les salaires nets augmentent et les ressources du système aussi ! = + 16 milliards

- En remboursant à plus long terme la dette Covid = + 10 milliards

Bernard Gensane