samedi 17 février 2024

SNCF et partout. Faire grève c'est "en même temps" un droit et un devoir

Antoine Manessis

La CGT et Sud-Rail ont déposé un appel à la grève pour le week-end du 17-18 février.

"La grève est un droit. Mais travailler est un devoir." Décidemment Gabriel Attal a la morgue de son maître. 

Pour que les choses soient claires, il "salue les cheminots qui ne font pas grève". Petite et minable tentative de division.

"Travailler est un devoir", un devoir dont la société capitaliste, dans son immense mansuétude, dispense des millions des nôtres en les jetant au chômage ou /et dans la précarité. Mais Attal oppose ce "devoir" au "droit" de faire grève, de cesser donc de travailler. Le droit contre le devoir.

Mais pourquoi les opposer? Il se trouve qu'on a aussi le droit et le devoir de vivre dans la dignité. Celle-ci a aussi une dimension concrète, matérielle. Vivre dignement, c'est avoir un salaire qui permet non pas de survivre à peine mais de vivre pleinement l'existence dans toutes ses dimensions. Pour accéder à ces dimensions, il faut des moyens. Moyens financiers dont la source est pour la plus part d'entre nous le salaire. Le salaire, c'est ce que le patron ou l'Etat-patron donne en échange du travail. En échange de la production de biens, matériels ou immatériels, de services, de recherche, d'enseignement, de soins etc. 

Le patron se garde une part du travail que font les salariés sous forme de profit. Et dans la Rome antique il n'avait même pas besoin de payer le travailleur puisque celui-ci était un esclave, soit un objet sans droit mais, rassurons Attal, avec le devoir, sous peine de mort, de travailler.

Hélas pour Attal,  les choses ont un peu changé en quelques millénaires. Désormais plus d'esclaves mais des salariés. Certes le rapport des forces est toujours en faveur du patron, du détenteur des moyens de production. Le salarié lui doit vendre sa force de travail dont il essaye de tirer le maximum.

Cette lutte entre la classe de patrons et celle des prolétaires (ceux qui vivent de leur travail), c'est la lutte des classes. Il a pour enjeu, pour l'un, d'augmenter son profit en payant le moins possible le travail, et pour l'autre, de faire payer son travail au maximum. En attendant le jour où les travailleurs comprendront que si le patron a besoin des travailleurs l'inverse n'est pas vrai.

Mais nous revoilà en février 2024 avec Attal et le grève des contrôleurs de la SNCF. Ils sont en butte à une démolition systématique de leur boîte, comme tous les services publics, et, du coup, à la casse des statuts protecteurs des cheminots.

Or Attal, avec ses âneries et ses leçons de morale d'un riche gavé qui n'a jamais vraiment travaillé aux pauvres feignants qui bossent pour pas grand chose depuis qu'ils ont 14 ou 16 ans, feint d'oublier un principe de base des relations sociales : le rapport des forces. Pour augmenter le profit, on baisse le salaire. En augmentant les prix ou/et en ayant une armée de réserve prête à bosser pour encore moins (chômeurs) surtout quand le gouvernement à la botte des patrons casse avec entrain toutes les prestations sociales, aides aux précaires, assurance chômage etc.

De côté du salarié, que faire? La grève quand les larmes et les cris ne suffisent plus. La grève, toujours dure à ceux qui la font. Mais aussi un peu gênante pour ceux contre qui on la fait. Alors faire grève quand ça ne gène personne ? Pas très efficace.

Rappelez-vous.  Nous étions des millions dans les rues pour la retraite. Mais nous n'avons pas fait grève. Du coup, un petit coup de 49.3 et la contre-réforme est passée et nous, nous sommes quittes pour acheter une nouvelle paire de tennis et de bosser deux ans de plus.

Donc, au contraire, il faut non seulement utiliser notre "droit de grève" (pour combien de temps ?) mais il faut choisir le meilleur moment, quand la conséquence de la grève est la plus visible et donc la plus gênante. Celle qui fait bouger patron et Etat. Les usagers doivent s'en prendre au PDG de la SNCF et à Attal qui ne veulent pas bouger et rien céder.

Attal, freluquet sorti d'un lycée huppé de l'aristocratie bourgeoise, serviteur zélé des riches et des puissants, ose, crapulerie suprême, opposer le doit et le devoir chez les travailleurs.

Tu vas apprendre une chose Attal : faire grève, petit valet de Bernard Arnault et Vincent Bolloré, petit valet du capital, c'est "en même temps" un droit et un devoir.

Toutes et tous, à notre tour, saluons et soutenons les contrôleurs et les contrôleuses de la SNCF et les travailleurs et les travailleuses en grève partout où ils et elles luttent.

Antoine Manessis 

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