Affichage des articles dont le libellé est Nucléaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nucléaire. Afficher tous les articles

vendredi 22 novembre 2024

Vers une guerre nucléaire mondiale ?

Djamel Labidi

C'est fait. Le mardi 19 novembre, les Etats Unis ont fait tirer leurs missiles de longue portée ATACMS, par les Ukrainiens, sur le territoire russe lui-même. Ils les ont eux-mêmes dirigés, guidés vers leurs cibles. Jamais le monde n'a été aussi près du désastre.

Et pourtant, malgré les risques incroyables qu’ils ont pris, les Etats Unis et leurs alliés occidentaux continuent de minimiser l’existence de ces risques, voire à les nier, auprès de leur opinion publique. Une question s’impose alors : pourquoi le font-ils ?

Leurs arguments sont connus, répétés à satiété, depuis le début de la guerre en Ukraine : "Toutes les mises en garde de la Russie ne sont que du "bluff". "Preuve en est, toutes les lignes rouges fixées par la Russie, concernant l’intervention occidentale en Ukraine, ont été franchies, l’une après l’autre, sans encombre par les Etats Unis et ses alliés occidentaux et sans la réaction promise par la Russie".

Le maitre mot de cette argumentation est "le chantage" qu’exercerait la Russie pour empêcher l’aide occidentale au gouvernement ukrainien. La démonstration sous-jacente est "qu’il ne peut y avoir de guerre nucléaire entre puissances nucléaires en vertu de la règle de la dissuasion nucléaire".

Le déni

Pourquoi ce déni alors que les risques sont évidents. Même à l’époque, en 1960, de l’épisode des missiles soviétiques installés sur le sol cubain, ils n’ont pas été aussi grands. Il s’agit ici d’une situation, par bien des côtés plus tendue : l’encerclement de la Russie par l’OTAN, l’utilisation directe des énormes moyens militaires ainsi que des immenses ressources financières des Etats-Unis et de l’Union européenne contre la Russie, une confrontation qui devient de plus en plus directe entre puissances nucléaires, par Ukraine interposée. Les Etats-Unis et les puissances nucléaires occidentales, ont même fait savoir, à de nombreuses reprises, qu’elle étaient prêtes à faire tirer leurs missiles de longue portée sur le territoire russe, en profondeur. Y a-t-il eu un tel précédent ?

Le monde entier est conscient des risques d’une déflagration nucléaire, sauf l’Occident. Comment expliquer ce déni ? On peut proposer deux explications.

La première est que la direction actuelle du monde occidental ne veut pas alerter l’opinion publique, ce qu’elle sait très bien faire lorsque c’est nécessaire. Ils ont donc peur de leurs peuples, et notamment des forces de paix en son sein. Celles-ci ne se sont pas encore vraiment exprimées, mais restent potentiellement puissantes.

En mille jours de conflit en Ukraine, on n’a pas assisté une fois, une seule, à une déclaration des principaux dirigeants occidentaux, ou à une analyse de leurs grands moyens médiatiques, reconnaissant la gravité de ce risque de guerre nucléaire. C’est dire le contrôle total exercé sur l’information à ce sujet, ce qui indique qu’il a une importance cruciale. L’enjeu est certainement d’empêcher que l’opinion occidentale puisse en prendre conscience et donc s’en émouvoir.

Il faut en effet savoir que le contrôle de l’opinion par les dirigeants de l’Occident est très fragile. Il s’exerce notamment à travers le système médiatique. Il est vertical : au sommet une oligarchie extrêmement concentrée et qui diffuse son influence à travers le système médiatico-politique qu’elle entretient. L’organisation du contrôle de l’opinion est simple et nul besoin de théories complotistes pour le comprendre. Quelques milliardaires possèdent les médias aussi bien aux Etats-Unis que dans les pays occidentaux. Il suffit qu’ils soient en relation permanente, ce qui se fait quasi naturellement puisque le milieu oligarchique est par définition très restreint. C’est cette concentration extrême du pouvoir dans le monde occidental qui explique son caractère monolithique derrière la maison mère étasunienne, mais qui fait aussi son extrême fragilité.

La dissuasion nucléaire et ses limites

La deuxième explication, plus fondamentale, est que ce déni est sincère, c’est à dire que la direction politique, militaire, financière, économique de l’Occident croit réellement à la dissuasion nucléaire, et à ses vertus, c’est à dire qu’elle est persuadée que la guerre entre puissances nucléaires est impossible puisqu’elle signifierait l’anéantissement réciproque.

Mais voilà, un tel raisonnement a ses limites et aboutit à une absurdité logique. En effet, aux attaques de missiles de longue portée occidentaux conventionnels contre le territoire russe, la Russie pourrait répondre à des attaques de même type sur le territoire des pays occidentaux autorisant ces attaques. Les choses seraient donc inversées et ce serait, alors, les Etats-Unis, qui menaceraient d’une riposte. La menace des Etats-Unis serait-elle du bluff ? Les Etats-Unis et leurs alliés reculeront-ils pour ne pas être comptables, devant l’humanité et l’éternité, d’avoir pris l’initiative d’une guerre nucléaire ? Ce serait alors eux qui seraient dans la position actuelle de la Russie que l’Occident met dans le dilemme soit de subir les tirs de ses missiles soit de risquer une escalade mortelle pour le monde par sa riposte. Voilà l’engrenage. Voilà un scenario probable. Voilà comment on entre dans une guerre nucléaire, y compris sans la souhaiter.

Les peuples occidentaux devraient être stupéfaits de voir le niveau réel de la réflexion et de culture où se situent des dirigeants occidentaux actuels. Disons les choses différemment : comme je le signalais dans un article précédent ,"il y a dans certains milieux dirigeants (occidentaux), une idée une vision qui ne repose sur aucun fondement objectif, sur aucune certitude empirique, une idée en fait arbitraire, celle que la dissuasion nucléaire impose la guerre conventionnelle puisqu’elle empêche tout recours à l’arme nucléaire, car ce recours signifierait l’anéantissement réciproque.

Ainsi donc, si on suit un tel raisonnement, les armes nucléaires ne peuvent être utilisées. Or c’est exactement l’inverse : c’est dans la mesure où les armes nucléaires peuvent être utilisées qu’elles sont dissuasives. On imagine la gravité du contresens.

L’autre argument, celui des "lignes rouges" qui auraient été sans cesses franchies sans problème, relève de la même indigence intellectuelle de beaucoup de ceux qui ont le sort du monde entre leurs mains. En effet comment savoir qu’une ligne vraiment rouge a été franchie, si ce n’est une fois qu’elle s’est avérée être le Rubicon, et qu’il est alors désormais trop tard.

La démence

Sur les chaines mainstream on exulte à la nouvelle que les Etats-Unis permettent à l’Ukraine d’utiliser ses missiles à longue portée pour frapper le territoire russe.

Sur la chaine LCI par exemple, le l8 novembre, avant même les frappes du lendemain sur le territoire russe, la préposée à l’information annonce, souriante, sur la carte de la Russie, les "235 cibles" militaires et autres désormais à portée de main des tirs Ukraino-Etats-Uniens. Le plateau applaudit, quasiment. Hallucinant.

Il faut ajouter, à cette démence, l’orgie de sang à laquelle se livre les forces occidentales en Palestine, à travers les représentants, cette fois-ci encore, de l’Occident, les Etats-Unis et Israël pour comprendre à quel point l’atmosphère sur la planète est désenchantée et même pesante, morbide. Un jeune militaire étasunien, Aaron, s’était immolé par le feu, il n’y a pas si longtemps, pour secouer la conscience de son pays, mais rien n’y a fait. Israël continue de penser qu’elle est le peuple élu et que Netanyahou est le Messie. Et Joe Biden décide de faire tirer ses missiles sur le territoire russe. Quel fin de parcours pour lui, aussi bien politique que personnelle !

Ils l’ont fait !

Ils l’ont fait ! Le Mardi 19 novembre, on apprend que les Etats Unis ont permis, pour la première fois à l’armée ukrainienne de faire usage de leurs missiles de longue portée ATACMS sur le territoire russe.. Les Etats Unis ont donc décidé de jouer au poker le sort de l’Humanité.
Pour justifier cette aventure, ils évoquent, sans grande conviction d’ailleurs, la présence de troupes coréennes du nord sur le sol russe. En dehors du fait que la Russie est libre d’accueillir sur son territoire des forces de pays amis, comme le font d’ailleurs la plupart des pays occidentaux sur leur sol, il n’y a aucun document, aucune preuve concrète de présence militaire nord-coréenne. Il ne s’est agi que d’affirmations des dirigeants ukrainiens et sud-coréens, à l’allégeance évidente, et d’une ou deux vidéos sans localisation, vagues et bizarres qu’ils ont passé en boucle sur tout le système de propagande occidental. Il s’agissait d’évidence de trouver un prétexte à une nouvelle escalade, comme les Etats Unis ont accoutumé le monde à le faire dans toutes leurs guerres.
Cette nouvelle escalade, chacun le sent, est un tournant dans la gravité du conflit entre grandes puissances. Une décision aussi grave que celle prise par les Etats Unis, a été prise par un vieil homme dont on est pratiquement sûr qu’il n’a pas toute sa lucidité, et qui, de surcroit, n’a plus aucune légitimité démocratique puisqu’il a été désavoué massivement par le peuple américain à l’élection présidentielle. Cela jette une lumière crue sur les forces qui œuvrent de façon opaque, à l’ombre des instruments du pouvoir, aux Etats Unis et en Occident, à la poursuite des guerres.

Le monde n’a jamais été autant en danger. Jamais le risque d’une conflagration mondiale n’a été aussi grand. Que faire ?

Le Grand Soir

jeudi 15 août 2024

Accepter l’initiative chinoise de renoncer à la première utilisation d’armes nucléaires dans le cadre d’un traité international !

Pressenza Berlin

Accepter l’initiative chinoise de renoncer à la première utilisation d’armes nucléaires dans le cadre d’un traité international ! Jusqu’à présent, la Chine a souligné à plusieurs reprises qu’elle ne développe et ne déploie des armes nucléaires qu’à des fins de défense.

Lors de la deuxième réunion préparatoire à la 11e conférence d’examen du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) en juillet 2024, le représentant chinois a proposé que les cinq États officiellement dotés d’armes nucléaires, à savoir les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne, renoncent par traité à l’utilisation initiale d’armes nucléaires. IALANA demande au gouvernement allemand d’accepter cette demande et d’inviter ses alliés, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, à reprendre cette proposition et à entamer de telles négociations.

Les Etats-Unis et l’OTAN ont jusqu’à présent refusé de faire ce pas. Au vu des tensions stratégiques croissantes, une mesure visant à rétablir la confiance s’impose pourtant de toute urgence. Un traité international renonçant au premier usage d’armes nucléaires réduirait considérablement le risque de guerre nucléaire, notamment pour l’Allemagne.

Un tel traité constituerait une étape importante, mais modeste, sur la voie du désarmement complet de toutes les armes nucléaires sous un contrôle international strict et efficace. Tous les États du monde, et en particulier les États dotés d’armes nucléaires, restent tenus de le faire en vertu du droit international coutumier. Dans son avis consultatif rendu en 1996 à la demande de l’Assemblée générale des Nations unies, la Cour internationale de justice a déclaré que l’obligation découlant de l’article 6 du TNP était un droit coutumier universel. 

Le refus des États dotés de l’arme nucléaire d’entamer ne serait-ce que de telles négociations constitue une violation grave du droit international.

Source : https://www.pressenza.com/fr/2024/0...

Le Grand Soir

jeudi 4 avril 2024

Guère épais...

Olivier Cabanel

À l’inverse de l’ouvrage éponyme du célèbre Tolstoï, dont les livres étaient plutôt épais, il n’y a que l’épaisseur d’une feuille de roman pour qu’une guerre nous éloigne de la paix…

JPEG

La guerre ? Le mot est lâché, voire rabâché depuis un certain temps par un président perçu mythomane... mais il est surtout repris par un économiste célèbre à l’échelle planétaire, un certain Robert Kiyosaki, qui, constatant la crise financière quasi mondiale, ose quelques prédictions pas très optimistes : « vous allez voir le plus grand crash se produire maintenant, c’est donc une bonne chose pour moi, parce que le prix de l’or, de l’argent, va monter. C’est ma prédiction, j’espère me tromper, nous allons entrer en guerreMaintenant tout va s’effondrer, la bataille d’aujourd’hui est entre la Russie, la Chine, l’Amérique. Le Monde se sépare de cette façon en ce moment même... çà finit toujours en guerre quand une monnaie s’effondre, or, argent et entreprises...

Je ne veux pas de dollars...Ils vont juste imprimer de l’argent pour payer la guerre, c’est ce qui se passe avec la guerre en Ukraine en ce moment. Ils se préparent à la guerre, et j’attends que cette guerre commence depuis longtemps. Mais quand l’économie va vraiment mal Le yuan est en difficulté, le dollar est en difficulté, c’est là que la guerre éclate. Ils vont imprimer autant d’argent que possible, pour créer une distraction, vous savez, et du coup les gens seront confus, et tout ça…

Et donc ils créent une guerre et tout le monde oublie tout. Çà c’est produit tout au long de l’histoire... »lien

Allons-nous donc vivre une x-ième fois un épisode guerrier, qui serait l’alternative habituelle propre à effacer les crises financières de la planète ?

Le chaos donc...mais qui en est responsable ?

Pour le député Jean-Philippe Tanguy, il y au moins un coupable.

Mais les citoyens de ce monde vont-ils aller au casse pipe, la fleur au fusil ?…C’est une autre question…

À ce jour, d’après un sondage récent évoqués par la fondation Jean Jaurès, si 16 % déclarent qu’une guerre mondiale peut tout à fait advenir dans les mois à venir, ils seraient seulement 52 % a penser « qu’il y a des valeurs qui méritent que l’on meure pour elle ». lien

Le célèbre lanceur d’alerte Julian Assange propose son analyse…

Lui qui disait : « si les guerres peuvent être déclenchées par des mensonges, elles peuvent être arrêtées par la vérité » affirme maintenant qu’une guerre sans fin pointe son vilain nez...

En tout cas, il y en a un qui aurait des raisons de ce réjouir, car, même si la constitution ne permet pas plus de 2 mandats présidentiels, cette règle ne s’appliquerait plus en cas de guerre…

En effet, même si selon la constitution une guerre ne peut justifier le report de l’élection présidentielle, il n’en reste pas moins qu’il y a la possibilité pour le Conseil Constitutionnel de reporter le scrutin pour une durée très limitée…D’ailleurs ce même Conseil évoque aussi un « cas de force majeure », même si les évènements extérieurs, tels qu’une guerre, ne sont pas explicitement visés comme l’affirme le constitutionnaliste Didier Maus.

Ajoutons que l’article 16 de la Constitution évoque les pleins pouvoirs au Président de la République pour faire face à une situation de crise, affirme le même Didier Maus « on pourra imaginer que le Président prolonge son mandat au nom des mesures indispensables à la sécurité nationale  »… lien

De mauvaises langues pourraient en profiter pour dénoncer cette propension macroniste à utiliser le mot « guerre  » à tout bout de champ. Lien

Récemment, n’a-t-il pas utilisé photoshop pour s’afficher en boxeur combatif, avec des muscles inventés ?..lien

En tout cas, face à ces informations alarmistes, ou en tout cas alarmantes, certains ont pris les devants, comme en Suisse, pays déjà fortement équipée en installations souterraines, destinées à une improbable survie en cas de guerre nucléaire.

Parmi les plus radicaux, on trouve des militants anti-nucléaires suisses, qui ont publié leurs réflexions dans la revue « Contratom », n° 154, sous la forme d’une carte blanche à Jean Jacques Kiesling.

Ils sont 3, (Blandine, Anat, et Aglaé) à échanger leur avis, et le moins qu’on puisse dire, c’est que leurs propos sont radicaux…

Extraits : « les premières estimations le confirment, toutes les grandes villes sont touchées. Environ 3,5 milliards de morts (…) 14 000 bombes ont vitrifié, pulvérisé, contaminé sans distinction (…) nous devons éliminer 3,5 milliards de corps, sinon les épidémies vont se propager  »…Les auteurs imaginent la crémation de tous ces corps, et pointent du doigt une solution radicale : les volcans : « le plutonium est un isotope lourd, il va couler au fond des lacs de lave  »…

Aglaé nous invite à méditer sur quelques réalités : « les frontières, les nations et leurs constitutions sont caduques. Les armées, les milices, la police ont disparu, personne pour protéger nos droits. L’ONU et ses agences sont aux abonnés absents. Il faut partager les ressources alimentaires, les taches communautaires et le travail de décontamination. Annulation de tous les décrets religieux et fin de patriarcat. Posséder une arme, la corruption, sont des crimes. Organiser un salaire universel pour faciliter le troc et l’artisanat. Enlever la doctrine de concurrence, la transparence est une évidence (…) c’est le temps de la résilience, notre société meurtrie s’organise pour ne pas vivre dans le malheur, elle se reconstruit d’une façon socialement acceptable ».

Ecoutons Anat qui enfonce le clou dans ce scénario apocalyptique : « enfermés dans nos sous-sols, nous profitons d’une certaine sécurité, mais dehors la loi des armes va émerger. Rassurez vous, les radiations vont réguler le cheptel des truands, cancer et leucémie riment avec anarchie »

Aglaé reprend le flambeau : « nos abris ressemblent aux camps de réfugiés qui hantaient nos journaux télévisés (…) ils ont développé un art de vivre dans l’urgence, un système économique équitable, pas de violence, une administration transparente. Être aussi forts que ces gens là ; ils ont tout perdu à cause de la guerre, nous sommes comme eux maintenant. Ils se sont relevés, c’est le défi qui nous est lancé, nous devons tous le gagner (…) le futur est à inventer, non à pérenniser  ».

Coïncidence, ou pas, on retrouve ce tableau apocalyptique dans une BD qui vient de paraître : « la route  », de Manu Larcenet (édition Dargaud) dont la presse fait des éloges :"l’auteur a réussi à trouver les teintes de l’apocalypse. Bouleversant".

Comme dit mon vieil ami africain : « celui qui n’a pas traversé ne se moque pas de celui qui s’est noyé ».

agoravox.fr

vendredi 9 février 2024

La farce nucléaire

Olivier Cabanel

On sait que, grâce à ses puissants lobbys, les nucléocrates ont fait admettre que le nucléaire était une « énergie propre" »... permettant au chef de l’état de tenter la relance de cette filière si peu rentable.

Mais on sait moins que nos vieilles centrales battent de l’aile, que les pannes et accidents, toujours « mineurs », se multiplient, et pire, que les autorités de surveillance mettent beaucoup de temps à réagir, informant longtemps après les populations des déboires de cette industrie. Au point que l’Allemagne, par la voix du « Spiegel », s’étonne que le cap sur l’atome soit maintenu malgré tout. lien

Pour justifier d’éventuels réacteurs nouvelle génération, EPR en tête, le pouvoir s’est réjouit du remplacement bientôt des voitures thermiques par des véhicules électriques, sauf que ce choix a du plomb dans l’aile...pour des raisons diverses et variées : le prix prohibitif, malgré les promesses d’aide financière de l’état...mais aussi la technologie, liée au risque d’incendie des batteries...et enfin l’autonomie des véhicules.

Cerise sur le gâteau, le prix du Kw/h ne cesse d’augmenter, encore récemment, avec un bond de près de 10 %... alors que le ministre du budget avait affirmé quelques semaines auparavant que l’électricité ne connaîtrait pas d’augmentation. Lien

Mais les français savent depuis longtemps ce qu’il faut penser de la « parole politique »…

Un autre évènement devrait mettre la puce à l’oreille du gouvernement, le fait que nos voisins outre-Rhin viennent de faire machine arrière concernant le choix des véhicules électriques au dépens des thermiques. Lien

Comment ne pas les comprendre ?…

Engie, l’opérateur électrique français, tente bien de rassurer les conducteurs en affirmant qu’un « plein électrique » ne coûterait pas plus de 3,70€ pour 100 km, (lien), il n’en reste pas moins que cette affirmation optimiste ne fait pas l’unanimité…

En effet, s’il faut en croire le média « roole », il faudrait compter jusqu’à 20 € pour 100 km...et c’était avant l’augmentation de près de 10 % qui vient d’être décidée.

Hélas ce n’est pas tout... car un « plein électrique » dépend de beaucoup d’autres facteurs. Faire une charge rapide ou « régulière » ne coûte pas la même chose…Faire le plein sur une borne publique, ou privée, non plus. Ce qui revient à affirmer, comme le fait Eva Gomez, l’auteure de l’article : « si le prix d’un véhicule électrique dépasse celui de son équivalent thermique de quelques 10 000 à 15 000 € (…) nous acceptons de payer cette différence de prix sur la base de la promesse d’économie sur la consommation de carburant ». En se basant sur l’étude réalisée par Qovoltis. Lien

Mais revenons à la farce nucléaire.

Macron à évoqué, devant les difficultés de mettre en place de nouveaux EPR, la possibilité de « petits » réacteurs.

Mais que sont donc ces « petits réacteurs »... Est-ce plausible ? Est-ce réaliste ? Il y a toujours deux camps, ceux qui voient le « verre à moitié plein », et les autres.

Dans le camp des optimistes, tout en admettant que ces mini-centrales restent au stade de projection, ils assurent qu’à l’heure actuelle, seul un avant-projet de petit réacteur nucléaire baptisé « Nuward » est en cours de développement en France...permettant la création d’un prototype à l’horizon 2030lien

Dans l’autre camp, on insiste lourdement sur l’échec financier et technique que représente les EPR, qui devaient sauver la filière nucléaire.

Et ils appuient là où ça fait mal : le catastrophique chantier de Flamanville, lequel accumule les déboires, autant techniques que financiers, et des retards monumentaux qui s’y ajoutent. La mise en service serait possible mi-2024.

D’ailleurs des 2020 la Cour des Comptes évoquait « un échec opérationnel  », insistant lourdement sur le fait que la critique portait largement sur toute la filière.

Évoquant « des dérives de coûts et de délais considérables », l’institution a planté un couteau dans le dos à ce projet, et à ceux à venir…

Elle rappelle aussi les difficultés de toute la filière, décrivant les projets peu rentables des 2 réacteurs chinois de Taishan, sans oublier que le chantier Finlandais d’Olkiluoto lancé en 2005 pratiquement achevé, mais connaissant régulièrement de nouveaux problèmes...tout comme les 2 réacteurs d’Hinkley Point, au Royaume-Uni, dont le financement « pèse considérablement » sur la situation financière d’EDF. Le rapport de la Cour des Comptes conclue en invitant l’état « à la réflexion avant d’envisager la construction de nouveaux réacteurs de ce type »...lien

Il semble que les sages conseils de l’institution n’aient fait ni chaud, ni froid, au chef de l’état, qui continue dans son aveuglement que l’on pourrait définir comme coutumier dans tant de domaines.

Ce qui nous ramène au « tout électrique » y compris pour nos véhicules…

Certaines statistiques sont formelles, « si la valeur moyenne de déplacement des voitures est de 10 000 km, il faudrait construire entre 10 et 11 réacteurs nucléaires », ce qui est de l’avis de nombreux experts tout à fait utopique.

D’autant que, si pour une voiture qui ferait en moyenne 6000 km/an (ce qui semble très optimiste) il faudrait faire au moins 20 recharges de batteries/an...et il faudrait compter 300 recharges/an pour un camion, lequel ferait 90 000 km/an...sans compter sur le long temps de charge que cela impliquerait, et donc un long temps d’immobilisation du véhicule, ce qui ne ferait pas le bonheur du gestionnaire d’un parc de poids lourds. Lien

En résumé, un choix énergétique qui bat de l’aile, avec un parc nucléaire à bout de souffle, en panne plus souvent qu’à son tour, devant faire face à un délai inacceptable si l’on veut construire de nouveaux réacteurs rapidement opérationnels, incapable d’assurer le bon fonctionnement à bas prix du parc de tous les véhicules électrique du pays. À l’évidence, le pays va dans un mur, mais nos gouvernants en ont-ils conscience ?

Comme dit mon vieil ami africain : « si tu ne sais pas où tu vas, souviens toi d’où tu viens ».

agoravox.fr

mercredi 13 décembre 2023

Les mots ont un sens

Olivier Cabanel

On entend beaucoup parler, en ces temps de COP 28, d’énergie fossiles... mais les « experts » connaissent-ils la définition de ce mot ? On peut en douter… puisqu’ils ne classent pas le nucléaire comme énergie fossile.

En effet, le mot fossile signifie : « se dit des débris ou des empreintes des végétaux et animaux d’espèces disparues, conservés dans les dépots sédimentaires »…

Et quid des « énergies fossiles » ?…se dit « des combustibles limités, non renouvelables et émetteurs de gaz à effet de serre  »…lien

Il est aussi précisé que c’est à l’opposé des énergies renouvelables... et donc propres.

En tout cas, le site « parlons énergie » est catégorique : « l’uranium est assimilable à une énergie fossile : il ne se renouvelle pas  ». lien

Alors comment en est-on arrivé à tenter de nous faire croire le contraire ?

Il faut donc classer l'uranium dans les énergies fossiles avec le pétrole, le gaz, le charbon.

Car si on peut aujourd’hui fabriquer du pétrole, en retransformant le plastique en pétrole, puisque chacun sait que c’est avec le pétrole que la plupart des plastiques sont fabriqués, ça n’en fait pas pour autant une énergie renouvelable. Il suffit pour cela de chauffer du plastique à 450° dans une cuve sans oxygène, un procédé de pyrolyse donc, afin de casser ses molécules qui, en s’évaporant, et passant dans une colonne de distillation, afin de se transformer en essence, gasoil, ou gaz. lien

Idem pour le gaz, puisque le méthane peut à son tour être fabriqué, si on met en décomposition des végétaux, et des déjections diverses et variées…lien

On peut aussi fabriquer du charbon en utilisant du bois…la technique est assez simple puisqu’il suffit de placer dans un grand récipient des sciures de bois, ou même des buches, de les amener à une température de combustion, avec un oxygène limité, afin qu’il ne s’enflamme pas… lien

Par contre il est certain qu’on ne pourra pas fabriquer de l’uranium dans un proche avenir...ni avant longtemps.

On sait que pour fabriquer le fameux yellow cake, il faut concasser et broyer finement des roches d’uranium…lien

Mais à ce jour, comme il est inenvisageable de fabriquer des roches d’uranium, et donc, en aucun cas, l’uranium ne peut être classé dans le domaine des énergies renouvelables, et encore moins dans celui des énergies propres.

Or, les participants à cette COP ont écarté le nucléaire du domaine des énergies fossiles... ce qui est une incongruité évidente.

Comment en est-on arrivé là ?

Cette erreur magistrale est en grande partie due à la présence dans cette COP de milliers de lobbystes pronucléaires qui ont usé de leur influence pour faire admettre cette honteuse manipulation…

En effet, alors qu’ils étaient déjà 636 lobbystes lors de la COP 27 ; ils étaient 2456 cette fois çi. lienPour parvenir à ça, ils ont à tort argumenté que le nucléaire était une énergie décarbonnée…

Or, wiktionnaire définit le mot « décarboné » ainsi : « qui n’émet plus de carbone lors de sa production d’énergie », ajoutant « la priorité devrait être donnée à une électricité décarbonée, issue de ressources renouvelables ». lienSauf que s’il est vrai que le nucléaire émettrait peu de CO2 (4g), ce serait oublier que sa transformation passe par le broyage de la roche d’Uranium, puis par des opérations chimiques, et enfin par son transport, provocant l’émission de beaucoup de CO2.

C’est ce qu’explique en détail « basta.média  », établissant une réalité bien différente de celle que les lobbys veulent nous faire avaler : « les réacteurs nucléaires émettent en moyenne 66 gramme de CO2 par kWh produit (…soit 6 fois plus que l’éolien, l’hydroélectrique et le biogaz (10 gr) et 4 fois plus élevé que l’énergie solaire (14 gr) ». lien

Et à ces 66 gr, il faut ajouter le CO2 produit lors du transport du yellow cake, et celui produit lors de sa transformation. lien

Mais au-delà de ces batailles de chiffres, il faut quand même pointer du doigt 2 autres réalités : le prix de plus en élevé de l'énergie nucléaire, et surtout les conséquences d’un accident nucléaire majeur, qui, depuis Tchernobyl et Fukushima sont acceptées officiellement. La catastrophe de Fukushima aurait couté 170 milliards d’euros. LienQuant à Tchernobyl, le chiffre de 500 milliards de dollars est avancé...lien

N’oublions pas la lourde menace que représente la centrale ukrainienne de Zaporijjia, la plus grosse centrale d’Europe, sous le feu continuel de Poutine, centrale qui a déjà été coupée du réseau à 7 repriseslien

Et les déchets, qu’en faire ? Aucune solution avancée aujourd’hui n’est acceptable si l’on veut protéger les générations futures...même si le Conseil constitutionnel le juge compatible avec les droit des générations à venir. LienPire, le Conseil d’État vient de rejeter le recours de 32 organisations contre la déclaration d’utilité publique...décision peu compréhensible juge FNE (France Nature Environnement), argumentant qu’il est incompréhensible que cette décision ait été prise alors «  qu’il manque beaucoup d’informations précises ». lien

Alors quid de cette COP 28 ?

Sous la houlette d’un roi du pétrole, accueillie dans un pays pour qui cette manne a été un miracle, comment cette institution pourrait-elle accoucher de décisions capitales afin d’empêcher le dérèglement climatique ?

Au delà des vœux pieux qui, de COP en COP, s’additionnent sans réel changement, certains médias veulent nous convaincre que le citoyen lambda aurait la solution en faveur de la décarbonation. lien

D’autant que nous savons aujourd’hui que les français les plus riches polluent beaucoup plus que les autres. lien

Les français, en moyenne, en sont à 10 gr de CO2 par jour.

Les dernières mesures annoncent 169 kg de CO2 par an et par personne, auxquelles il faut ajouter 182 kg de CO2 correspondant à la consommation finale des transports aériens...et même si, par leurs efforts, ils peuvent arriver à faire baisser ce chiffre, comment pourrait-on croire que cela serait suffisant pour endiguer la catastrophe que nous sommes déjà en train de vivre ? Lien

Le ministre de l’environnement a donné le ton, en se flattant d’utiliser l’avion pour faire des petits parcours pour se rendre d’une province à l’autre, alors que le train aurait largement pu répondre à ses besoins.

En 4 mois, il a pris l’avion au moins 11 fois : soit pour aller de Metz à Paris, d’Angers à Grenoble, de Paris à Montpellier, de Calais à Metz, etc. En tout plus de 12 000 km lesquels ont généré l’émission de 23 tonnes de CO2bel exemple. Lien

Depuis 1995, date de la première COP, on a surtout assisté à un ballet de promesses non tenues, et ils ne sont plus nombreux à croire que cette xième COP sera porteuse de décisions importantes.

Comme l’écrit un internaute, « la cop, cet endroit où des mecs viennent en jets privés, expliquer aux gens qu’ils doivent faire du vélo  »...et comme dit mon vieil ami africain : « la violence du vent n’efface pas les tâches du léopard  ».  

agoravox.fr

mardi 8 août 2023

Les Japonais commémorent le bombardement d’Hiroshima sans nommer les États-Unis

Sputnik Afrique

En commémorant l’anniversaire du bombardement nucléaire d’Hiroshima par les États-Unis en 1945, les politiques japonais ont passé sous silence son auteur, mais n’ont pas manqué de mentionner la Russie.

Les hommes politiques japonais qui ont pris la parole lors de la cérémonie à la mémoire du bombardement d’Hiroshima le 6 août 1945 n’ont pas soufflé mot des États-Unis, lesquels ont pourtant largué la bombe. Plus encore, le Premier ministre Fumio Kishida et le gouverneur de la préfecture d’Hiroshima Hidehiko Yuzaki ont mentionné la Russie.

Seule la chaîne de télévision TBS, qui retransmettait en direct la cérémonie depuis le mémorial de la Paix, a annoncé que les États-Unis étaient responsables du bombardement atomique.

Le fait a été tu par le maire d’Hiroshima Kazumi Matsui, dans la Déclaration de la paix prononcée traditionnellement. "En ce jour, il y a 78 ans, 100 000 et plusieurs dizaines de milliers de vies précieuses ont été perdues. La ville a été réduite en cendres. En un instant, leurs rêves et leur avenir radieux ont été enlevés aux gens", a-t-il déploré sans indiquer qui les avait enlevés.

Les États-Unis oubliés par le Premier ministre, le gouverneur et l’ONU

Il a cependant trouvé l’occasion de mentionner la Russie, tout comme le Premier ministre. "À l’heure actuelle, suite à la division qui se creuse au sein de la communauté internationale à l’égard de la réduction des armements nucléaires et au fait que la Russie fait peser la menace nucléaire, la voie [vers un monde sans armes nucléaires] devient de plus en plus compliquée", a déclaré M.Kishida.

Le gouverneur d’Hiroshima a également commencé son discours en évoquant la menace nucléaire russe et nord-coréenne sans nommer le pays qui avait largué une bombe atomique sur la ville.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, n’a pas non plus nommé le coupable de la mort des habitants d’Hiroshima dans son message lu par son adjointe pour les affaires de désarmement, Izumi Nakamitsu.

La cérémonie commémorative au mémorial de la Paix d’Hiroshima s’est déroulée en présence des membres du gouvernement japonais, des représentants d’organisations internationales et des missions diplomatiques de 111 pays.

Une minute de silence a été annoncée à 8h15 (heure du Japon), heure du largage de la bombe sur la ville.

Les 6 et 9 août, des pilotes étasuniens avaient largué des bombes atomiques sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki. Les explosions et leurs conséquences avaient tué 140 000 habitants à Hiroshima et 74 000 à Nagasaki.

Sourcehttps://fr.sputniknews.africa/20230806/les-japonais-commemorent-le-bom...

Le Grand Soir

mardi 18 juillet 2023

Il y a 62 ans, la Gerboise bleue

Youcef Driss

Un anniversaire (presqu’) oublié: ce jour-là, Gerboise bleue, une bombe atomique française explosait à Reggane. Cet essai nucléaire français était le premier d’une série de 4 essais atmosphériques qui fut suivie de 13 essais souterrains à In Ekker.

Pourtant, le promoteur de cette bombe française, le général de Gaulle, avait écrit : « Je dois dire que la révélation des effroyables engins m’émeut jusqu’au fond de l’âme. Sans doute ai-je été depuis longtemps averti que les Américains étaient en train de réaliser des explosifs irrésistibles en utilisant la dissociation de l’atome. Mais pour n’être pas surpris, je n’en suis pas moins tenté par le désespoir en voyant paraître le moyen qui permettra, peut-être, aux hommes de détruire l’espèce humaine » (Mémoires de guerre, 1959. Et pourtant, le 13 février 1960, l’enthousiasme du Général transparaissait dans son message de félicitations envoyé aux armées pour ce premier essai nucléaire dans la Sahara algérien : « Hourrah pour la France ! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière… »

Le 13 février 1960, à 7h04, au fin fond du Sahara algérien, la France procédait au premier de ses essais nucléaires atmosphériques, dénommé ‘Gerboise bleue’. Cette bombe avait une puissance de 70 kt, soit 3,5 fois plus que la bombe américaine ‘Little Boy’ lancée sur Hiroshima. Cette première expérimentation dans l’atmosphère devait être suivie de trois autres, puis de treize essais souterrains à In-Ekker. Certains de ces essais – le plus connu étant Beryl – ont été l’occasion de rejets radioactifs dans l’environnement.

Pourtant, le désert algérien n’était pas inhabité et, plus d’un demi-siècle plus tard, les populations en subissent toujours les effets. Lors d’une journée d’étude organisée à Alger, il y a quelques années déjà, un chercheur en physique nucléaire, membre de la Fondation du 8 Mai 1945, avait mis en évidence un lien entre les fausses couches, malformations, cancers et autres maladies rares observées dans la région et les essais nucléaires effectués par l’armée française entre 1960 et 1966. Il a également insisté sur « la nécessité d’ouvrir des centres de recherche spécialisés pour pouvoir traiter les effets de ces essais et prendre en charge médicalement les populations ».

Après que différentes propositions de lois aient été présentées par des parlementaires français, le gouvernement avait alors décidé de soumettre au Parlement un projet de loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français. Mais les victimes algériennes seraient-elles prises en compte ? La France a procédé à 210 essais nucléaires souterrains ou atmosphériques en Algérie (1960-1966) puis en Polynésie française (1966-1996), au cours desquels plusieurs dizaines de milliers de militaires et de civils ont pu être contaminés. Il suffit de consulter un bon manuel d’histoire pour le savoir: le 13 février 1960, un grand champignon atomique s’est élevé dans le ciel du Sahara. C’était la première bombe atomique française. Mais ce que les manuels d’histoire ne nous disent pas, c’est ce qui s’est passé en dessous du nuage atomique formé par l’explosion. Car contrairement à ce que l’on nous racontait, ce territoire n’était pas tout à fait désert. Il y avait même beaucoup de monde sur les sites d’expérimentation : des soldats – souvent de simples appelés du contingent –, des civils du Commissariat à l’énergie atomique et de ses entreprises sous-traitantes, et même de la main-d’œuvre recrutée sur place, ceux que le jargon militaire avait baptisés en Algérie les PLO (prononcez : « pélos »), autrement dit les « Populations Laborieuses des Oasis ». Lors de chaque explosion, plusieurs milliers de personnes étaient présentes sur les lieux. Et d’après les chiffres fournis par le CEA et le ministère français de la Défense, pas moins de 150.000 personnes au total auraient participé aux expérimentations nucléaires menées par la France au Sahara puis en Polynésie de 1960 à 1996. Les habitants des régions irradiées à In Ekker continuent, plus de soixante ans après, de souffrir des retombées de ces catastrophes humaines et écologiques. Un drame que ni l’Algérie ni la France ne semblent vouloir affronter. Aujourd’hui encore, l’émotion est grande en Algérie lorsque l’on connaît l’ampleur des retombées radioactives suite à ces essais nucléaires français dans le Sahara algérien, au cours des années 1960-66. L’Algérie, selon certaines études, dans les régions où se sont déroulés les essais français, plus d’une femme sur cinq serait atteinte d’un cancer du sein, et une sur dix d’un cancer de la thyroïde. Depuis ces essais, le nombre de cas de cancer n’a cessé d’augmenter dans des zones continuellement irradiées, des tares et des malformations sont apparues chez les nouveau-nés, et la région a subi une importante dégradation de l’environnement, caractérisée par la destruction de la faune et de la flore. En effet, de 1960 à 1966, la France a exposé gravement des habitants du Sahara à des risques de contamination déjà prouvés scientifiquement. Mais, le fait est moins connu, de 1958 à 1978, la base de « B2 Namous », dans l’ouest du Sahara algérien, a servi de terrain d’essai d’armes chimiques, notamment du gaz sarin. Mais ce qu’il fauta savoir, c’est qu’après l’explosion de ‘Gerboise bleue’ à Reggane, le nuage radioactif avait touché une immense zone géographique, se propageant d’abord vers le sud puis vers le nord. Au final il a touché l’Afrique du Nord, occidentale et centrale. Hormis l’Algérie, des niveaux de radioactivité supérieurs à la normale ont été constatés au Maroc, au Mali, en Mauritanie, au Niger, au Ghana et dans d’autres pays. En ce qui concerne la « traîne » de la ‘Gerboise bleue’, au 12ème et au 13ème jour elle avait atteint la Sicile et la côte méditerranéenne de l’Espagne. On estimait à au moins 30.000 victimes algériennes de ces expériences. Le dossier des essais nucléaires français en Algérie a été ouvert en 1996. Mais depuis cette date, rien ou presque n’est fait pour se débarrasser de ce legs empoisonné. La France devait pourtant prendre sa responsabilité juridique. Outre l’aide technique qu’elle est en devoir de fournir en matière de décontamination, elle doit ouvrir ses archives, mettre des noms sur tous les lieux secrets où les bombes avaient explosé.

Les victimes oubliées des essais nucléaires

Les victimes des essais nucléaires français font-ils partie des «oubliés de l’Histoire? » On peut se poser la question : les demandes d’audience adressées par l’AVEN au Premier ministre ou à son prédécesseur par l’Association des vétérans (victimes) des essais nucléaires qui dénonce les insuffisances de la loi Morin, n’ont pas reçu de réponse, à Papeete, l’Association Moruroa et Tatou lance une pétition pour la sauvegarde du mémorial des victimes du nucléaire, Place du 2 Juillet 1966...

... que le gouvernement Flosse entend rebaptiser place Jacques Chirac.

Le Quotidien d'Oran