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mardi 12 novembre 2024

11 novembre : à bas les guerres impérialistes !

Antoine Manessis

11 novembre 1918. La Première Guerre Mondiale, l'orgie de sang et la mort industrielle s'achèvent.

Pas partout et très provisoirement. 20 ans après, ils remettaient ça avec la Deuxième Guerre Mondiale.  

Les impérialismes s'affrontaient et dans ce jeu terrible il fallait aussi compter avec le premier pays socialiste de l'histoire, l'Union soviétique, dont les puissances impérialistes voulaient se débarrasser depuis 1917.

Les gouvernements anglais et français signèrent en 1939 les accords de Munich avec Hitler pour cela, comme ils refusèrent la politique de sécurité collective proposée par les Soviets. Obligeant ces derniers à se tourner vers l'Allemagne pour obtenir un sursis avant la grande attaque qu'ils savaient inévitable et qui eut bien lieu en juin 1941. Sursis que les Allemands accordèrent y trouvant leur intérêt pour avancer leurs pions vers la Pologne, qui elle-même avait participé à la curée contre la Tchécoslovaquie, commercer avec les Russes et liquider l'impérialisme français. Avec l'Empire Britannique, Hitler pensait à parvenir à un partage des sphères d'influence et sans doute fût-ce la raison qui lui fit épargner les troupes britanniques à Dunkerque.

Les Soviétiques espéraient que les impérialistes s'épuiseraient mutuellement. Comme les États-Unis, plus tard, escomptaient que le combat titanesque entre l'URSS et l'Allemagne nazie épuiserait les deux belligérants au grand profit du capital étasunien. Et Churchill ne voyait pas d'un mauvais oeil la possible disparition de l'Empire français, vieux concurrent des Anglais. Hitler rêvait à un partage du monde entre les Etasuniens, les Britanniques affaiblis, les Japonais et le IIIe Reich.

On sait que les choses ne tournent que très rarement comme les protagonistes le souhaitent. La victoire soviétique, la constitution du bloc soviétique, la révolution chinoise mais aussi la constitution du bloc occidental avec l'OTAN, le Plan Marshall, l'écrasement de certains mouvements indépendantistes et progressistes mais aussi et surtout avec l'immense mouvement de libération de la Tricontinentale (Asie, Afrique, Amérique Latine) ont constitué le cadre général de la vie politique du XXe siècle.

C'est bien la 1er Guerre mondiale qui fut la matrice du "court XXe siècle" comme l'appelait le grand historien Eric Hobsbawm. Le 11 novembre est l'occasion de penser à cette période de l'histoire qui s'acheva en 1990.

Le XXIe siècle  est un autre monde après l'effondrement de l'URSS et des pays du pacte de Varsovie, la restauration du capitalisme en Chine, la mondialisation capitaliste avec les immenses changements qu'elle implique. Mais il n'est pas la "fin de l'histoire". De nouvelles contradictions marquent les temps actuels. Des rivalités entre puissances, grandes ou pas, la mise en cause des vieilles hégémonies, les luttes des peuples qui se poursuivent dans ce contexte nouveau, le dérèglement écologique du monde provoqué par le capitalisme, le renaissance d'un néofascisme du XXIe siècle y compris dans les pays capitalistes centraux définissent le nouveau cadre.

Nous pouvons donc tenter de comprendre ces contradictions et nous en servir pour poursuivre la lutte pour l'émancipation humaine. Avec des outils théoriques, enrichis par l'expérience du XXe siècle et la nouvelle donne contemporaine, qui permettent "l'analyse concrète d'une situation concrète". De ce point de vue le marxisme, à condition de ne pas le concevoir comme un dogme, nous semble être encore l'horizon indépassé de notre temps. Théorie mais aussi pratique et donc de nouveaux modes d'organisation adaptés aux exigences démocratiques, aux nécessités du combat et aux conditions particulières objectivement données. Faut-il préciser que ces conditions n'ont que peu à voir avec ce qui était pertinent il y a  plus de cent ans...

Le 11 novembre est une occasion de penser à la fois l'héritage historique et les réponses stratégiques nouvelles que nous pouvons élaborer à partir du réel et de ses contradictions qui sont les moteurs de l'histoire.

Antoine Manessis 

jeudi 24 octobre 2024

Le viol, un outil de domination

Aurélie-Anne Thos

L’absence de la notion de consentement dans la loi n’explique donc pas à elle seule le peu de condamnations. 

Subsiste encore, et malgré tout ce que l’on sait aujourd’hui sur les effets de la sidération sur les victimes, l’image du viol qui ne peut être commis qu’avec violence. La notion de contrainte n’est prise en compte que dans son aspect physique, comme si la contrainte morale n’existait pas.

Le comportement des agresseurs est trop peu scruté

Ce sont les stratégies mises en place par les agresseurs qui sont encore trop peu étudiées. Celles mises en place en amont : insister, profiter de l’alcoolisation d’une femme, intimider. Celles réitérées visant à la coercition : surveiller, faire du chantage, etc. Et puis il y a les stratégies que les hommes mettent en place pour se défendre. En s’appuyant sur l’idée que juridiquement seule l’intention de violer viendrait démontrer le caractère de viol, les mis en cause expliquent alors n’avoir pas eu conscience de violer et bien entendu n’en avoir jamais eu la volonté. Ce qui conduit inévitablement à cette question tournée vers la victime : « Aurait-il pu penser que vous étiez consentante à ce moment-là ? ». La notion de « viol par négligence » en Suède vient tenter de pallier cette difficulté mais devrait aussi faire l’objet de débat.

Le viol est encore trop peu considéré comme une violence intentionnelle et les hommes qui commettent ces violences sont rarement questionnés dans leurs comportements sexuels « ordinaires » durant l’enquête. Or, il faut remettre les crimes sexuels à leur place : ce sont des outils de domination utilisés par des hommes qui ne s’empêchent rien. 

Se mobiliser ensemble pour tout changer

Si introduire la notion de consentement pourra peut-être constituer une victoire symbolique, pour que le viol soit plus reconnu et que les victimes soient reconnues comme victimes, il ne s’agira pas seulement de modifier la loi mais il faudra aussi transformer l’ensemble de la société, en particulier pour se débarrasser de tous les éléments qui constituent la culture du viol. Il faudra des moyens pour la prévention, pour l’éducation à la sexualité, pour déployer rapidement des lieux d’écoute et de recueil de la parole des victimes, mais aussi un accompagnement juridique et financier à la hauteur.

Et puis, il nous faudra nous battre pour parvenir à modifier en profondeur la société, il nous faudra construire un mouvement d’ampleur et massif contre les violences, pour une loi-cadre et pour une meilleure prise en charge des victimes.


NPA

jeudi 12 septembre 2024

Le gouvernement Barnier ou comment serrer encore la vis d’une cocote déjà sur le point d’exploser ?

Georges Gastaud

9 septembre 2024 – Trajectoire obstinément réactionnaire et euro-atlantiste du nouveau premier ministre, conditions gravement antidémocratiques de sa nomination par Macron, arrangements de coulisse fort probables entre le RN et la Macronie en vue de faciliter l’investiture parlementaire de Michel Barnier...

... appui enthousiaste exprimé par l’eurocrate en chef Ursula von der Leyen au négociateur du Brexit qu’est le nouveau premier ministre, déclarations antisociales et néolibérales univoques de ce dernier sur TF1 (comment Barnier pourrait-il donc « améliorer la réforme des retraites » alors qu’il milite pour la retraite à 65 ans ?), l’entrée du LR Barnier à Matignon signifie un nouveau saut qualitatif dans l’orientation antisociale, antinationale, liberticide, xénophobe et belliciste de l’oligarchie « française ». Cette agressivité de classe et de caste est incarnée par l’alliance de la Macronie, des LR et d’une aile droite du PS (type Cazeneuve ou Delga) peu discrètement avide d’intégrer le gouvernement. Tout cela s’effectue sur fond de thatchérisation croissante du RN tombant son masque « social », « populaire » et « patriote » pour rallier la « construction » euro-atlantiste, durcir sa ligne xénophobe et préparer l’offensive massive contre les conquêtes sociales que porte l’arrimage du RN à l’aile crûment versaillaise des LR diversement personnifiée par Ciotti et par Wauquiez

Il n’y a donc aucune illusion à se faire sur la composition du nouveau gouvernement, et les propos minablement complaisants des dirigeants CFTC, CFDT, UNSA et autres accompagnateurs syndicaux patentés des « réformes » maastrichtiennes n’ont d’autre but que de diviser l’opposition populaire indispensable pour défendre la paix, l’indépendance nationale, le progrès social et la démocratie. Que valent en effet les bavardages de Barnier sur le « dialogue social » quand ce roué personnage martèle qu’il privilégiera la « vérité sur la dette », entendez par là le remboursement des « marchés financiers », les coupes claires décidées par Bruxelles et la feuille de route guerrière de l’OTAN à l’Est de l’Europe ? Les salariés auraient-ils déjà oublié la piteuse défaite à laquelle les a condamnés au printemps 2023 l’obstination du jaunâtre Laurent Berger et de l’euro « syndicalisme rassemblé » à refuser de construire le blocage du profit capitaliste, de critiquer l’UE principale commanditaire avec le MEDEF de la contre-réforme des retraites, de contester la course ruineuse au surarmement... et de palabrer sans fin avec un gouvernement sourd et violent, adepte de la matraque, du taser et du 49/3 à répétition ?

En réalité, les modalités antidémocratiques de la nomination de Barnier, le fait qu’il arrive au pouvoir en s’asseyant sur le résultat des législatives et en contournant la clameur majoritaire du pays exigeant le retour à la retraite à 60 ans, le fait que Barnier ne saurait être investi au Parlement sans l’abstention bienveillante des lepénistes et que sa vraie mission est d’appliquer sans broncher l’énorme programme de coupes claires (110 milliards de rabot budgétaire en deux ans !) prévu par Bruxelles pour nourrir la course aux armements de l’OTAN tout en priorisant les usuriers internationaux des marchés financiers (la sacro-sainte « dette »), tout cela montre que l’oligarchie « française » se met en ordre de bataille pour affronter avec brutalité l’énorme crise de légitimité populaire qu’elle subit. Là est la source de classe profonde de la fascisation actuelle dont la percée lepéniste est à la fois une cause et un effet. En crise de légitimité également, la Vème « République » corsetée par Maastricht avec à l’arrière-plan le déni par les « élites » du Non populaire à la Constitution européenne (2007), la crise non résolue des Gilets jaunes (2019), les douze 49/3 opposés par Borne* au mouvement populaire pour les retraites (2023), le refus majoritaire des Français, tous les sondages le montrent ! de laisser Macron dépêcher des troupes françaises au sol en Ukraine au risque de faire de la France un cobelligérant officiel affrontant suicidairement l’une des principales puissances nucléaires du monde !

Face à cette crise de légitimité explosive qui pourrait bien finir en soulèvement populaire de masse, Macron bat le rappel de tout ce que le pays compte de réactionnaires avérés ou cachés, y compris les Cazeneuve, Delga, Edouard Philippe ou Valls, il piétine la démocratie, il accentue la fascisation en cours et missionne le nouveau gouvernement pour préparer le « saut fédéral européen », c’est-à-dire la mise à mort définitive de l’indépendance nationale, sans oublier le « conflit global de haute intensité » planifié par les EU et par leurs vassaux à l’encontre des peuples russe, chinois, iranien, nord-coréen, et, dès maintenant, contre les peuples cubain, palestinien et autres pays d’Afrique ou d’Amérique latine en lutte contre le néocolonialisme. Quant au MEDEF, il est devant une situation délicate : d’un côté son président, Patrick Martin, et son ex-président Roux de Bézieux avec lequel se font cyniquement photographier Fabien Roussel et Bernard Thibault sait bien que le pays ne veut plus de l’austérité et des bas salaires. De l’autre, la compétition capitaliste mondiale et la course au profit maximal auquel la crise capitaliste contraint le patronat capitaliste conduit le MEDEF à exiger du gouvernement une franche accélération dans la destruction du « modèle social » français issu de la Libération. Edouard Philppe s’y prépare en promettant que ce qu’il proposera lors de la prochaine présidentielle sera « massif ».

Bref, nous allons vers une guerre nationale et internationale de classes redoublée sur fond d’hégémonisme étasunien décadent, donc d’autant plus agressif, d’illégitimité croissante de l’UE-OTAN supranationale, d’acoquinement ouvert des forces euro-atlantistes avec les fascistes, voire avec les nazis (le régime pronazi et bandériste de Kiev en est un ban d’essai continental) et, plus fondamentalement encore, d’incapacité du capitalisme en crise latente à assumer la direction du monde sans conduire l’humanité vers le gouffre : telle est la dimension exterministe du capitalisme-impérialisme-hégémonisme moderne.

En même temps, cette énorme crise du consentement populaire à tous les étages, mondial, européen et national, à commencer par les EU, où la confrontation entre les deux ailes « démocrate » et « républicaine » de la ploutocratie s’opère à couteaux tirés, ouvre de vastes espaces pour de vastes contre-attaques populaires. Et cela d’autant plus que, à l’échelle mondiale, l’armée ukro-otanienne menace de s’effondrer, que la Russie et la Chine populaire renforcent leurs liens, que les « BRICS » oeuvrent sereinement à la « dédollarisation » de l’économie mondiale, que les génocideurs de l’armée israélienne pourtant gavée d’armes de pointe par Washington et Berlin n’arrivent pas à mater le peuple palestinien, que Cuba et les autres pays de l’Alba résistent énergiquement à l’entreprise de strangulation yanquie, que les peuples d’Afrique secouent le joug néocolonial français. Et surtout, la classe ouvrière et le prolétariat international, un temps assommés par la contre-révolution en URSS, repartent à l’offensive avec des grèves de masse très dures et souvent victorieuses, de l’Inde aux EU, de la Grande-Bretagne au Québec, du Mexique au Bangladesh, sans parler des travailleur coréens de Samsung.

Pourtant, il ne suffit pas que ça bouille très fort dans la marmite sociale pour qu’en sortent nécessairement des révolutions populaires si, par ailleurs, mondialement et nationalement n’existent pas de fortes avant-gardes communistes et marxistes-léninistes associées à de grands syndicats rouges ainsi qu’à de larges mouvements anti-impérialistes. Le ventre toujours fécond du capital en crise est toujours à même d’accoucher du pire, qu’il s’agisse de la guerre hégémoniste mondiale ou des néofascistes nostalgiques du mussolinisme, du bandérisme, du pétainisme ou du nazisme, tels les francs hitlériens ukrainiens d’Azov qui tiennent en main Zelensky ou l’AFD qui vient de faire une percée en Allemagne orientale. Pour ne parler que de notre pays, qui ne voit que les manigances souterraines de Macron et du RN, vraisemblablement suivies de près par les Big Brothers de l’UE, pavent la voie de Le Pen à la prochaine présidentielle, avec peut-être en prime l’arrivée du haineux Ciotti à Matignon ? Qui n’aperçoit mieux aussi, désormais, que l’on ne pourra pas changer ce pays, quoi qu’en disent hélas les dirigeants du PS maastrichtien, les euro-écologistes en proie au vertige antirusse, les euro-« communistes » adoubés par le MEDEF et, hélas, de plus en plus, les euro-soumis à la Manon Aubry, en restant dans le giron d’une UE synonyme de détricotage républicain intégral, d’une monnaie unique européenne vectrice d’austérité à perpète, d’une OTAN fauteuse de guerre mondiale, d’une Vème République usée jusqu’à la corde, d’une cohabitation impossible avec Macron et d’un capitalisme systémiquement devenu briseur de vie et d’humanité ?

Si modestes que soient les forces, cependant en dynamique, du PRCF et de la JRCF, la voie qu’ils proposent est celle, révolutionnaire et rassembleuse à la fois, d’une large Unité populaire, pacifique, patriotique, environnementaliste et antifasciste centrée sur le monde du travail et la jeunesse populaire, combattant pour une France libre, sociale et fraternelle : 

...une France osant (re-)nationaliser les secteurs-clés de notre économie, sortir de l’UE-OTAN par la porte à gauche, unir les ouvriers de toutes origines et rouvrir à notre pays, s’il en fait le choix démocratique, la voie d’un socialisme-communisme de nouvelle génération à notre pays.

Initiative Communiste

vendredi 6 septembre 2024

Quel avenir pour le NFP ?

Clémentine Berthe

Après la victoire aux législatives, le NFP avec une majorité relative, se retrouve pris en étau : répondre aux exigences populaires de son électorat ou gouverner sans appliquer tout le programme.

D’après le Monde du 19 août, la gauche se serait déchirée après l’annonce par LFI du lancement d’une procédure de destitution d’Emmanuel Macron. Rien de moins ! Certes, les partenaires de LFI, le PS, EÉLV et le PC, n’ont guère goûté cette saillie estivale et ne s’y sont pas ralliés. Reste que, pour l’essentiel, la gauche, ou du moins le NFP (Nouveau Front populaire) car il faut exclure de l’équation la droite du PS qui ne se s’est jamais retrouvée dans le programme du NFP, reste sans perspective tant qu’elle reste dans la logique institutionnelle, aujourd’hui parfaitement bloquée par le président lui-même. 

Les mises en scène de Macron

Macron n’en finit pas de trouver une solution à sa dissolution au mépris des institutions et en se déjugeant lui-même. Il ne se presse pas d’offrir une porte de sortie au NFP qui a réussi la campagne des législatives… en vain, dirait-on. La droite, au cours des consultations de fin août, a diabolisé LFI pour justifier son opposition à un gouvernement NFP, obligeant LFI à déclarer que ses éluEs n’en serait pas ! 

Depuis le 27 août, le suspens insoutenable est levé : Lucie Castets ne sera donc pas la Première ministre. Quelle surprise ! Pourtant, les éditorialistes, comme Françoise Fressoz dans le Monde, feignent d’attribuer cette non-nomination à la lenteur du processus de désignation d’un Premier ministrable NFP en juillet, quand le président n’en a de toute façon jamais voulu. Après le mépris des institutions et du vote, l’insulte à notre intelligence !

Appliquer tout le programme

Le NFP, uni dans la lutte contre l’extrême droite, est partagé quant à la tactique à adopter pour faire passer son programme, en entier ou en partie… Et c’est bien là que le bât blesse ! Car, on le sait, les programmes ne sont jamais appliqués en totalité, mais y renoncer avant même la formation d’un gouvernement parce qu’il n’y a pas de majorité dans le pays, c’est ne rien changer… alors même que les électeurEs ont désavoué Macron et sa ­politique antisociale !

Les forces qui composent le NFP le savent : décevoir maintenant, c’est entrer dans une logique perdante dans les prochaines années. Une menace qui fait tenir l’unité malgré les divergences tactiques des unEs et des autres, malgré les calculs électoraux. 

Unitaires et révolutionnaires

Cette unité est essentielle, et pour nous qui avons soutenu et soutenons le NFP, il n’est possible de sortir de l’impasse démocratique qu’en se donnant les moyens de mobiliser le monde du travail, via les syndicats qui sont partie prenante, la jeunesse et toutes celles et ceux qui ont stoppé l’extrême droite dans les urnes. Cela passe par des réunions de quartier qui doivent continuer, se relancer ou se lancer.

Les jeux institutionnels ne profiteront qu’à ceux qui en tirent les ficelles pour mieux ne rien changer ! La destitution elle-même, envisagée par LFI, apparaît comme une bataille parlementaire perdue d’avance qui ne saurait avoir d’efficacité. Les organisations syndicales étudiantes et lycéennes ont appelé à une manifestation le 7 septembre. 

C’est évidemment le moment de se (re)mobiliser, de discuter pour préparer encore et toujours la suite. Ne rien lâcher ! 

NPA 

mardi 6 août 2024

Millerand, ou l’impossible revanche de l’exécutif

Francis Daspe

Emmanuel Macron n’est par le premier président de la République à vouloir bafouer le résultat du vote populaire. En 1924, rappelle Francis Daspe, secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée, Alexandre Millerand l’avait tenté avant d’être contraint à la démission par le Cartel des gauches.

Le 11 juin 1924, le président de la République Alexandre Millerand, élu quatre ans auparavant, démissionnait de ses fonctions. Un mois plus tôt, jour pour jour, les élections législatives avaient vu la victoire du Cartel des gauches nanti d’une majorité en sièges confortable. À la suite de la démission du gouvernement Poincaré, ultime gouvernement issu du Bloc national (à l’origine de la chambre bleu-horizon de 1919), la nouvelle majorité votait une motion de défiance contre le président de la République.

Elle lui reprochait d’avoir « soutenu une politique personnelle » ; en conséquence, reprenant la formule de Gambetta de 1877, elle lui enjoignait de « se soumettre ou de se démettre ». En cause, ses prises de position politiques, notamment le discours prononcé à Évreux le 14 octobre 1923, dans lequel il demandait encore le renforcement du pouvoir exécutif et la réduction du rôle du Parlement. Il est possible de se hasarder à établir une filiation avec le discours que prononcera en 1946 le général de Gaulle à Bayeux.

Quand la République écartait le présidentialisme

Pour Alexandre Millerand, il s’agit en quelque sorte de jouer la revanche du match de 1877. C’est l’affrontement entre deux conceptions diamétralement opposées du rôle dévolu au président de la République. En 1877, au début de la IIIe République, la crise s’était traduite par la démission de Mac-Mahon, c’est-à-dire par la victoire du législatif sur l’exécutif. Des épisodes de nature quasi identique, se dénouant de façon similaire, avaient eu lieu un peu avant, avec la démission en 1873 du président Thiers, un peu après avec celle du président Casimir-Périer en 1895. La IIIe République serait donc parlementaire, ayant su écarter les tendances présidentialistes ou bonapartistes bien réelles.
Dès son élection à la présidence, Millerand avait publiquement exprimé sa conception d’un président plus actif, se refusant à ce qu’il soit cantonné dans un rôle purement honorifique ou décoratif. Ironie de l’Histoire, alors jeune dirigeant socialiste (il fut en 1899 le premier socialiste à participer à un gouvernement dit bourgeois), il avait combattu vingt-cinq ans plus tôt cette conception favorable à l’exécutif, c’est-à-dire l’exact inverse, au détriment du président de l’époque Casimir-Périer qui avait fini par démissionner. Devenu président, il n’aura de cesse de procéder à une révision de la Constitution afin de renforcer les pouvoirs du chef de l’exécutif.

Blocage institutionnel

Les élections législatives du 11 mai 1924 indiquent clairement une alternance politique entre le Bloc national et le Cartel des gauches. D’où la démission en toute logique du gouvernement Poincaré dans un premier temps. Mais l’enchaînement des faits ne va pas se dérouler aussi harmonieusement que l’application des institutions auraient pu le laisser croire. L’engagement inhabituel d’un président de la République au cours de la campagne n’était pas de nature à fluidifier l’alternance. Millerand s’était impliqué en faveur du Bloc national sortant.

Dans ces conditions, le radical Edouard Herriot refuse d’être nommé à la tête du gouvernement par le président Millerand, tant les reproches faits à celui-ci sont forts. Aucun autre dirigeant de la coalition victorieuse du Bloc des gauches n’accepte d’ailleurs cette fonction. Une situation de blocage survient, dans laquelle l’exécutif pense avoir toujours la main. Les faits vont le démentir cruellement.

Défaite du pouvoir exécutif

Il opte pour la désignation comme chef de gouvernement de Frédéric François-Marsal qu’il contrôle. Il peut ainsi faire lire par le nouveau président du Conseil le message du 10 juin, dans lequel il défend sa position concernant les prérogatives à octroyer au président de la République, allant jusqu’à dénoncer un « acte révolutionnaire » de la part de ses opposants. La réussite de l’initiative n’est pas au rendez-vous. Au contraire, la chambre des députés durcit le ton.

Elle adopte une motion portée notamment par Edouard Herriot et Léon Blum. Elle décide « de ne pas entrer en relation avec un gouvernement qui, par sa composition, est la négation des droits du Parlement, refuse le débat constitutionnel auquel elle est conviée et décide d’ajourner toute discussion jusqu’au jour où se présentera devant elle un gouvernement constitué conformément à la volonté souveraine du pays ». Alexandre Millerand doit donc se résoudre à démissionner le lendemain 11 juin. Même si le Cartel des gauches ne parvient pas à faire élire à la présidence de la République son candidat (Paul Painlevé est battu par Gaston Doumergue), c’est cependant Edouard Herriot qui formera le nouveau gouvernement, rendant effective l’alternance.

Cette crise se termine par la nouvelle défaite du pouvoir exécutif. Alexandre Millerand avait cru pouvoir jouer la revanche de la crise du 16 mai 1877, au prix d’un déni de l’expression de la souveraineté populaire incarnée par le verdict des élections législatives de 1924. Un siècle après, nous sommes confrontés à une situation avoisinante, à défaut d’être similaire. Difficile de prévoir avec certitude de quelle manière l’actuel imbroglio pourrait se dénouer, tant à court terme qu’à moyen terme. 

La brutalisation ou la démission

Le débat est récurrent, constamment renouvelé. Dans l’entre-deux-guerres, Millerand ne fut pas le seul responsable politique à se saisir de ces préoccupations institutionnelles. Ce fut le cas également de Gaston Doumergue ou André Tardieu. Et même de Pierre Laval, dont l’évolution ultérieure sous le régime de Vichy relève d’une autre nature. Les partisans d’un exécutif fort parvinrent à obtenir satisfaction avec le retour au pouvoir en 1958 du général de Gaulle et l’adoption de la constitution de la V° République.

Mais le caractère autoritaire de cette monarchie républicaine ou de ce « coup d’état permanent » était tempéré par la pratique gaullienne du retour au peuple pour dénouer les crises politiques, avec l’utilisation de la dissolution et du référendum. Et par le respect de la souveraineté populaire alors exprimée.

Aujourd’hui, en ces temps d’imperium jupitérienla réalité est insaisissable et complexe. Car en bafouant ce qui fonde le contrat démocratique, le respect du vote populaire, il ne reste plus qu’une alternative : ou la poursuite de la brutalisation des citoyens, ou le choix de la démission. 

Autrement dit soit la fuite en avant, soit le pas de côté…

politis.fr

mercredi 31 juillet 2024

Des propos fort problématiques

Antoine Manessis

Faut pas choquer le bourgeoisni le petit-bourgeois philistin camouflé en léniniste, c'est contre-productif. 

Faut pas choquer les cathos (il en reste ailleurs que chez quelques bourges ?) mais, comble de la modernité, il faut leur tendre la main comme Maurice Thorez en...1936. Sauf qu'à l'époque il s'adressait à des gens qui, aujourd'hui n'existent plus, dans un univers qui n'a rien à voir avec le nôtre. Et on nous ressort les vers d'Aragon. De beaux vers certes, mais combien d'évêques catholiques ayant dit un mot contre Pétain? Un ...peut-être ?

Faut pas "en faire des tonnes" sur le genre. Et les mœurs. Et le trouple. Comme il ne fallait pas "en faire des tonnes" pour l'avortement à écouter Jeannette Vermeersch. Et limite pour le mariage pour tous. Ne choquons pas Christine Boutin, Elisabeth Badinter ou Philippe de Villers, des patriotes sans doute...Et pour ce qui est de la PMA, horreur ! Attendez qu'on soit aussi évolués que les Cubains qui, eux, l'on déjà mis dans leur Constitution.

Faut pas "cliver", faut être "pédagogue"...on croit entendre Carole Delga, François Hollande, "la social-démocratie macron-compatible". De plus le combat émancipateur s'arrête dès qu'on touche au genre. Que voulez-vous rien de tels que les "débordements pour ressusciter les vieux démons homophobes et fascisants". Comme s'ils avaient besoin de cette cérémonie d'ouverture des JO ! Les "vieux démons" sont très contemporains et ce qui les entretient ce sont ceux qui refusent de les combattre. Parce qu'enfermés dans une mentalité réactionnaire, passéiste et poussiéreuse.

Marie-Antoinette guillotinée, ça  trouble nos révolutionnaires en peau de lapin tout comme la lepéno-zemourienne Marion Maréchal et C-News. Réducteur ? Mais une cérémonie des JO n'est pas une thèse de doctorat. Désolé mais ce "Ça ira ! " raisonne bien aux oreilles des (vrais) Républicains. Ah ! Bien sûr tous ces réacs auraient préféré Jeanne d'Arc...Ne clivons pas : No comment. 

Faut pas "choquer lourdement"...Mais ça choque qui le dieu Dionysos en bleu ? De toute évidence l'extrême-droite zemmourienne, les concepteurs du Puy-du-Fou et quelques vieux, bloqués dans un passé révolu, et qui s'attendaient à voir les Fêtes de la Jeunesse des années 1950. Qui avaient leur charme en...1950. La seule "inflation" que l'on constate, c'est celle de propos profondément réactionnaires et franchement imbéciles.

Faut pas être anti-fasciste ou anti-raciste, ça ouvre  "un boulevard énorme à Marion Maréchal Le Pen". Contrer frontalement les discours obscurantistes, masculinistes, homophobes, transphobes et racistes du RN c'est faire son jeu. On croit rêver. C'est exactement le discours des droites qui prétendent combattre le néofascisme en reprenant ses thèmes à leur compte. Gerald Darmanin qui reproche à Marine Le Pen d'être "molle" en matière d'immigration. C'est ainsi que se défend Darmanin, en disant que si on ne tient pas un discours raciste on ouvre  "un boulevard énorme à Marion Maréchal Le Pen."

Faut pas utiliser la langue internationale qu'est l'anglais pour une émission faite pour l'internationale qui sera vue à Pékin comme à Prétoria, à Tokyo ou à Buenos-Aires, là où les gens ne connaissent le nom des pays qu'en anglais. Quant à la référence au baron facho, raciste et misogyne de Coubertin, elle est fâcheuse sous une plume "franchement communiste".

Non, cette cérémonie n'est pas exempte de critiques, nous en avons fait nous-mêmes*. Mais ce déferlement réactionnaire, qu'il vienne des extrême-droites ou du paléo-stalinisme, il est digne de l'Inquisition et des chasses aux sorcières. Il est insupportable.

Antoine Manessis 

lundi 29 juillet 2024

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira les aristocrates à la lanterne

Antoine Manessis

Le journaliste du New York Times Jeré Longman doute du format choisi : "L’originalité de cette parade de bateaux a pour conséquence inattendue de saper l’objectif même de la cérémonie d’ouverture, qui est de montrer le monde d’un seul tenant. À la télévision et sur la Seine, les pays sont séparés et isolés sur l’eau, avec seulement quelques spectateurs en arrière-plan, au lieu d’être accueillis à l’unisson lors d’une marche solennelle dans un stade bondé." 

Idem du côté de Martin Belam pour le Guardian. "Je ne suis pas entièrement convaincu que cette mise en scène ait fonctionné pour la télévision, mais il ne fait aucun doute qu’elle a vraiment mis en valeur le centre de Paris". "Un spectacle fait pour la télévision(...) la cérémonie qui se voulait démocratique a vraiment mal tourné et a frustré des milliers de personnes qui ont rêvé de ce moment et ont parcouru un Paris pluvieux pour tenter de voir quelque chose. Dommage". Il conclut : "l'ambition énorme a été dégonflée par un rendu inégal. Ce qui à l’air d’une idée vraiment originale sur le papier ne rend pas forcément comme attendu lors d’une nuit trempée dans le centre de Paris". 

Voilà mieux dit que nous ne saurions le faire notre critique de cette cérémonie d'ouverture des JO. Nous n'avons pas été convaincu car ce format, original certes, mais qui possède à nos yeux une immense inconvénient révélateur de notre temps : l'absence du peuple. Pour être moins pompeux, l'absence des gens et leurs réactions. 

On imagine dans le stade de France l'entrée de l'équipe de Palestine...

Là on ne voit rien, on ne sent rien, on ne sait pas. Entre le format et la pluie, on a l'impression qu'il n'y a personne à part les officiels, dont on se passerait volontiers ainsi que leurs discours soporifiques et tiédasses, et les athlètes isolés les uns des autres sur leurs barcasses. 

Un clip télé pour Paris mais trop loin des gens : la Marseillaise depuis le toit du Grand Palais...que seuls les téléspectateurs pouvaient voir et entendre. Comme Céline Dion trop loin, perchée au 1er étage de la Tour Effel. Trop long, il fallait du courage pour regarder le cheval articulé monter et descendre la Seine. Ce cheval est à la fois une belle trouvaille esthétique et sans doute aussi technique. Mais il nous a fait penser à l'un des cavaliers de l'Apocalypse, sans doute la présence de Macron...

Mais il y eu de bons moments : la tête de Marie-Antoinette nous disant "Ah! Ça ira", Louise Michel ou Gisèle Halimi et des femmes oubliées de l'histoire et statufiées pour l'occasion, de l'inclusif, du décalé et surtout l'illustration de la créolisation chère à Jean-Luc Mélenchon et qui attise tant de haine à l'extrême-droite. 

On commence la soirée avec Jamel Debbouze et Zinedine Zidane et on la finit avec Marie-José Pérec et Teddy Riner allumant la flamme dans une vasque-montgolfière, un des bons moments. 

On comprend que Marion Maréchal-Le Pen ait twitté : "Difficile d’apprécier les rares tableaux réussis entre les Marie-Antoinette décapitées, le trouple qui s’embrasse, des drag-queens, l’humiliation de la Garde républicaine obligée de danser sur du Aya Nakamura, la laideur générale des costumes et des chorégraphies." Ces propos suintent le racisme, l'homophobie et l'obscurantisme à chaque mot.

Julien Odoul, un des Obersturmführer du RN, y est allé de son couplet haineux : "Pas étonnant que cette propagande wokiste infecte soit plébiscitée par les ennemis de la France, de ses racines, de son identité, de ses valeurs et de ses traditions… Quand c’est pourri, c’est LFI !

Hommage du vice à la vertu. Et sous le régime fasciste de Vichy, pour le traitre Pétain les ennemis de la France ce sont les juifs et les communistes, les judéo-bolchevicks. La "décomposition de la société française" a commencé avec la Révolution française. Du coup (cou) Marie-Antoinette ça passe mal. Christine Boutin pulvérise le mur du çon : "Pardon Marie Antoinette notre Reine venue de l’étranger, décapitée par des fous ivres de sang"..."L'arc républicain" vous êtes sûrs ?

"Les ennemis de la France" fait la synthèse de l'anti-mélenchonisme, de l'islamophobie et du racisme. Les Insoumis et les étrangers étant les "ennemis de l'intérieur".

Comme l'a dit Eric Coquerel: "Rien que pour la façon dont l’extrême-droite éructe minablement contre cette cérémonie, merci à ses organisateurs".

Antoine Manessis

jeudi 25 juillet 2024

Construire le Nouveau Front populaire : rupture et rassemblement

Antoine Manessis

Cédric Durand, Razmig Keucheyan et Stefano Palombarini exposent dans la revue Contretemps un point de vue sur la situation politique actuelle qui rejoint en très grande partie le nôtre. 

Les lecteurs de NBH reconnaitront nos préoccupations et nos propositions pour la construction d'une gauche radicale et rassembleuse, populaire et du rôle central que la France Insoumise joue dans ce dispositif. 

Nous prônons la construction d'une FI démocratique et efficace, dépassant dialectiquement l'opposition entre le centralisme bureaucratique et le "gazeux".

À ce propos comment ne pas nous retrouver dans cette analyse : "le gazeux ne résistera pas au fascisme qui vient : si on veut le combattre efficacement, et plus généralement créer les conditions de la transformation au sein de l’appareil étatique et de la société toute entière, on ne pourra faire l’économie de la construction d’une organisation digne de ce nom".

Un mouvement capable de réunir dans sa sphère d'influence et organisationnelle des positions différentes mais convergentes et de jouer "le rôle d’organisateur et de pivot d’un bloc social qui, pour s’élargir, doit admettre une certaine diversité en son sein"(...)  "La FI doit instaurer un pluralisme interne, basé sur des règles collectivement décidées. Gage d’efficacité, ce pluralisme lui permettra de rayonner au-delà des frontières du mouvement." comme le disent nos trois auteurs.

La FI pourrait être, avec d’autres,"la cheville ouvrière de la construction d’une véritable base populaire". Pour nous cela implique aussi que cadres et élus soient de façon volontariste le reflet de cette base populaire. Amplifier les efforts accomplis dans ce sens par la FI est vital.

Comment ne pas approuver, pour nous qui pensons que la matrice gramscienne possède une force propulsive, cette proposition du texte : "l’hégémonie est le contraire de l’exclusion : elle suppose d’agréger des forces politiques et sociales diverses, tout en exerçant sur elles ce que Gramsci appelait une capacité de direction, et en leur imposant nos thèmes". 

À cet égard un coup d'oeil en direction de l'histoire du PCI n'est pas dépourvu d'intérêt. En pleine lecture du très bon "L'héritage perdu du parti communiste italien, une histoire du communisme démocratique" (Les Impressions Nouvelles)de Hugues Le Paige, nous pensons que l'analyse historique et, évidemment, critique de ce parti peut enrichir notre réflexion ici et maintenant. Il n'est pas indifférent de savoir que l'auteur de cet ouvrage a déclaré dans un article du journal Revue politique paru le 27 mai 2024, appeler à voter pour le Parti du travail de Belgique pour les élections devant se dérouler le mois suivant, bien qu'il dise ne pas adhérer à l'ensemble de son programme, estimant que "l’état du monde ici et ailleurs exige un choix de rupture et que depuis 2014, les élu·es du PTB ont fait la preuve de leur utilité et de leur capacité à agir au sein des institutions parlementaires".

Nous reviendrons sur ce livre après l'avoir terminé.

En attendant bonne lecture pour ce passionnant article de Cédric Durand, Razmig Keucheyan et Stefano Palombarini Construire la gauche de rupture, bref, percutant et essentiel.

https://www.contretemps.eu/construire-gauche-rupture-nouveau-front-populaire/

Antoine Manessis

Coup de force antidémocratique : Macron persiste et signe

Nathan Deas

Dans une interview en forme de déni de réalité, Macron a balayé d'un revers de main l'éventualité d'un gouvernement NFP, malgré l'accord scellé ce mardi à gauche autour du nom de Lucie Castets. Un coup de force qui réactualise l'enjeu de préparer l'affrontement pour arracher nos revendications.

Lunaire. À écouter ce mardi Emmanuel Macron, qui semble plus que jamais graviter dans une réalité parallèle, tout irait pour le mieux dans le pays. Ni le chaos autour de la préparation des Jeux, dans lesquels des travailleurs dénoncent déjà des conditions de travail « honteuses », ni la transformation de Paris en gigantesque caserne de police, ne saurait éteindre la « flamme de l’olympisme ». Pas même la crise politique, qu’il entend résoudre à sa manière.

Malgré la défaite du camp présidentiel aux législatives, le président de la République a en effet montré dans son interview qu’il persiste et signe dans le coup de force anti-démocratique. Dans la continuité de sa « lettre aux français », Emmanuel Macron a expliqué que « personne n’a gagné » et appelé à la « responsabilité » des élus du « front républicain » pour trouver un accord de gouvernement. Tout en écartant l’idée d’une abrogation de la réforme des retraites, il a salué le « pacte législatif » de la droite présenté lundi, et riche en mesures xénophobes, sécuritaires et austéritaires.

Affirmant qu’il ne désignera pas un premier ministre avant au moins la « mi-août », sans préciser jusqu’à quand gouvernera Attal, Macron entend ainsi imposer les conditions du prochain gouvernement. Si le chef de l’Etat a cette fois reconnu la défaite de la « majorité sortante », il a aussi souligné que le bloc central n’avait pas disparu et que toutes les forces étaient loin de la majorité absolue, balayant d’un revers de main l’idée d’un gouvernement du NFP, arrivé en tête aux législatives, et qui avait annoncé une heure plus tôt le nom de sa candidate à Matignon.

Ce nouveau coup de force doit être dénoncé largement. En s’appuyant sur les rouages les plus antidémocratiques de la Vème République et sur les résultats des législatives, Macron cherche à se maintenir au pouvoir coûte que coûte et à dicter qui a le droit de gouverner. Cette prise de position d’un pouvoir totalement minoritaire annonce toujours plus d’autoritarisme, au service de mesures racistes et anti-ouvrières. Cependant, face à ces attaques, force est de constater l’impuissance des stratégies proposées par la gauche institutionnelle.

D’une part, comme l’a rappelé Macron en insistant sur sa volonté de s’inscrire dans la continuité du « front républicain », la gauche elle-même a joué un rôle central dans le fait de permettre au bloc central de sauver les meubles. En outre, pendant que Macron entérine depuis plusieurs semaines son maintien au pouvoir, le NFP continue de se limiter à réclamer une cohabitation avec ce dernier, tout en s’alignant toujours plus sur la gauche de gouvernement modérée à la sauce PS.

Après avoir scellé un accord sur un programme plus à droite que celui de la NUPES, et alors que des figures du NFP commencent déjà à remettre en cause leurs promesses de campagne, le choix de Lucie Castets comme candidate de la gauche à Matignon est ainsi emblématique. Énarque et haute-fonctionnaire, passée par Bercy et la Banque Mondiale, et actuellement à la direction des finances de la Ville de Paris dirigée par le PS, son profil de technocrate de gauche, gage de respect des institution et des intérêts du patronat, évoque trait pour trait celui de tant de politiciens qui nous ont déjà trahis.

Dans le contexte de la crise politique en France, de la pression accrue des marchés financiers et du retour des tendances à la guerre à l’international, il y a besoin d’autres choses que de telles perspectives institutionnelles et promises à l’échec. Plus que jamais, face à l’autoritarisme de Macron et sa volonté de reprendre rapidement les attaques...

... c’est sur nos luttes et les armes du monde du travail qu’il va falloir compter pour affronter la période et arracher nos revendications, en toute indépendance des partis du régime.

Révolution Permanente

vendredi 19 juillet 2024

Résistance, Union, Programme

Antoine Manessis

Chaque jour, chaque heure, apporte des déclarations, prises de position, petits rebondissements, phrases assassines...

Reste la situation dans sa globalité : une impasse politico-institutionnelle.

Comment dépasser la crise, le blocage ?

La gauche de gauche possède un mouvement politique, la France Insoumise, qui lui a évité, on ne cessera de la répéter, une déconfiture totale comme en Italie, en Allemagne, en Grande-Bretagne et dans bien d'autres pays. Autour de la FI s'est construit un pôle de résistance à l'extrême-centre et à l'extrême-droite (certaines tendances de la gauche radicale NPA-Anticapitaliste, POI, des antifas, les décoloniaux, des écolos anti-capitalistes, des féministes, des anti-racistes, des internationalistes...).

La FI a sans doute bien des progrès à faire, nous en avons suffisamment parlé ici pour ne pas nous répéter. Mais cette gauche existe et elle a pu agréger des forces de la gauche d'accompagnement (PS, PCF, Ecolos) grâce au rapport de forces établi avec elle après la présidentielle de 2022 (NUPES) puis après la dissolution macroniste (NFP). 

Faut-il répondre aux faibles d'esprit qui attendent l'Apocalypse en critiquant tout le monde et en jouant à l'Eternel retour de 1917 du haut de leurs quelques dizaines d'adeptes et de leur néant ? 

Non, ce qui est préoccupant c'est que la gauche d'accompagnement a quasiment fusionné idéologiquement avec la droite. Certains même (Valls) la droite extrême. Du moment qu'ils ne croient pas qu'une alternative progressiste soit possible, que leur seule action est conçue comme arrondissant certaines arrêtes du capitalisme, ils sont toujours tentés de s'entendre avec le bloc central bourgeois. La dernière candidate, Laurence Tubiana, proposée par le PS pour la charge de 1er ministre est un modèle du genre. Macroniste ou Macron-compatible.

Cette gauche bourgeoise, comme la Macronie et LR, alimente, inconsciemment peut-on espérer, en carburant le néofascisme. Son impuissance à faire autre chose qu'accompagner le néolibéralisme pour prétendument le rendre moins douloureux, pousse une large fraction des classes populaires et moyennes dans les bras du RN. Non que ces gens attendent des miracles de l'extrême-droite mais ils n'attendent de miracles de personne et ne croient pas aux miracles. Le vote RN c'est du ressentiment et pas d'espoir.

Du coup, les mesures sociales concrètes et la dynamique sociale contenues dans le programme du NFP deviennent insupportables à cette gauche molle. C'est le sens de la tribune, signée par Laurence Tubiana et ses clones, qui insiste sur le compromis à passer avec les "républicains", comprendre avec Macron. 

Fabien Roussel, chef du PCF, ne dit pas autre chose, quand il critique la formule insoumise "rien que le programme, tout le programme". Que la droite, non seulement macroniste mais même LR, envisage un gouvernement "républicain" avec le PCF (et sans la FI) en dit plus long que tout sur ce qu'est devenu ce parti. 

Après on fait avec ce que l'on a. Qui se faisait des illusions sur Léon Blum en 1936 ? Qui se faisait des illusions sur François Mitterrand en 1965 ou en 1981? Qui se faisait des illusions sur Charles de Gaulle en 1945 ou en 1958 ? Pas les marxistes en tous les cas.

Donc que devons-nous faire? Le superbe isolement ? Le refus des compromis ? Une croix sur les forces sociales qui se reconnaissent encore dans ces partis de la gauche d'accompagnement ? Bref "le solo funèbre" ?

Nous ne le pensons pas. Sans le NFP et son sursaut anti-fasciste, nous aurions probablement Jordan Bardella à Matignon. Si les "purs et durs" s'en fichent, les marxistes ne peuvent pas se tromper. Nous répétons ici ce que nous avons dit au lendemain de l'accord : le NFP fut une victoire politique comme son résultat le 7 juillet. Nous pensons même qu'il faut gratter tout ce que l'on peut. Nous sommes certainement gênés aux entournures par nos alliés mais eux aussi le sont par nous. Donc on lutte, on fait de la politique et on porte bien haut le drapeau de l'union qui n'existerait pas, même de façon embryonnaire, sans la France Insoumise.

Cela veut dire se faire comprendre des masses. Cela veut dire ne pas se contenter d'avoir raison mais convaincre les autres que c'est le cas. Pour ma génération, nous avons une expérience malheureuse à ce propos. En 1978 le PCF fut incapable de faire comprendre aux gens ce que le PS préparait : le ralliement au néolibéralisme. La manière dont le PC déclina la juste sentence "l'union est un combat" fut catastrophique et contre-productive.

La France Insoumise aura besoin de la plus grande intelligence politique pour faire face aux forces de désagrégation du NFP, politiques et médiatiques. Sans compter que bien des choses vont peser sur le rapport des forces d'ici l'échéance présidentielle (incontournable qu'on l'admette ou non). L'attitude encourageante de la CGT de Sophie Binet à l'égard du NFP et la capacité et l'ampleur des mobilisations à venir seront centrales. 

Là encore la centralité des luttes et des mobilisations populaires ne s'oppose pas aux autres champs de bataille. Et surtout cessons de recourir à des fétiches : ce n'est pas en juillet/août que nous mobiliserons. Or certaines choses se mettent en place ici et maintenant. Donc agissons en conséquences, en évaluant avec lucidité et sang-froid ce qu'on peut ou ne peut pas faire.

Nous pensons que le mot d'ordre aujourd'hui peut être : Résistance, Union, Programme. Comme toujours tenons les deux bouts de la chaîne, souplesse tactique et fermeté stratégique, analyse concrète de la situation concrète.

We shall overcome somme day.

Antoine Manessis 

mercredi 17 juillet 2024

La VIe République ? Une évidence

Antoine Manessis

La Ve République, instaurée par le général de Gaulle en 1958, dans un contexte bien particulier(la guerre d'indépendance algérienne et ses conséquences en France) est aujourd'hui obsolète ; non seulement les conditions historiques ont changé, mais la population française aussi a fortement changé.

La Ve République donne trop de pouvoir au pouvoir exécutif, au président de la République et à son gouvernement au détriment du pouvoir législatif, de l'Assemblée nationale, c'est-à-dire à la représentation de la souveraineté populaire. Et bien sûr elle n'accorde pas assez de poids aux initiatives citoyennes et ce qui aggrave le désintérêt des citoyens vis-à-vis de leurs institutions politiques. La Ve République, instaurée par le général de Gaulle en 1958, est donc aujourd'hui obsolète.

Un référendum peut être envisagé à partir de l'article11 de l'actuelle Constitution où les citoyens devraient répondre à cette question : "Voulez-vous une nouvelle Constitution, élaborée par une Assemblée Constituante" ? La composition de la Constituante est importante et pourrait mêler différentes sources pour être la plus représentative de la population dans son ensemble (tirage au sort, proportionnelle...).

L'expérience chilienne où une Constituante démocratique a élaboré une Constitution progressiste, écologique et sociale qui fut refusée, rejetée par une large majorité du peuple lors du référendum de ratification montre que rien n'est joué d'avance et qu'un travail politique doit impérativement accompagner le processus constituant.

Et quand nous parlons de travail politique dans ce processus, nous l'entendons dans les deux sens : des Constituants vers les citoyens mais aussi des citoyennes et des citoyens vers les Constituants de façon à ce que ceux-ci fassent des propositions à la fois issues du peuple et admissibles par le peuple.

Elaborer démocratiquement une Constitution est encore le plus sûr moyen qu'elle soit démocratique. En tous les cas on n'en voit guère d'autre. Les comités restreins d'experts, comme ce fut le cas avec la Constitution gaulliste, ne sont plus adaptés, s'ils le furent un jour, aux conditions d'exercice de la vie démocratique. 

Le caractère "bonapartiste" de la loi fondamentale de la Ve République dénoncé en 1958 et en 1962 (avec l'élection du président de la République au suffrage universel) par le Parti communiste n'est plus à démontrer. C'est désormais une évidence. Sans même parler d'articles dangereux pour la démocratie et le République tel l'article 16.

Mitterrand avait parlé de "coup d'Etat permanent" à juste titre même s'il se glissa avec une évidente délectation dans ces institutions qu'il avait combattu. Mais enfin il est passé aussi de la "rupture avec le capitalisme" à un néolibéralisme bon teint...et de la Francisque à la Résistance...On va dire que le bonhomme était, c'est notre jour de bonté, souple.

La VIe République doit donc être à la fois une mise à jour des institutions au regard de l'histoire, l'expression d'une volonté démocratique et populaire forte et déterminée et le cadre institutionnel nouveau d'un processus "réformiste révolutionnaire" visant à affirmer et à incarner la République sociale, comme expression de la volonté et de la souveraineté populaire.

En tous les cas devant la dérive autoritaire du macronisme et ses compromissions avec le néofascisme menaçant, la perspective de la VIe République s'impose de façon urgente non comme un gadget politique, ni même comme une réponse seulement institutionnelle mais comme la mise en forme d'une démocratie nouvelle digne de sa définition théorique "le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple". 

Nous voyons bien comme nous en sommes encore éloignés.

Antoine Manessis