Affichage des articles dont le libellé est Interviews. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Interviews. Afficher tous les articles

dimanche 26 février 2023

Radicalité ou compromis : quelle stratégie pour battre Macron ?

NBH

Face au véritable déchaînement médiatique contre la France Insoumise Le Média propose un entretien entre deux intervenants Paul Eleke et Mathieu Slama. 

L'intitulé de la discussion est: Radicalité ou compromis: quelle stratégie pour battre Macron ?

Un lecteur, que nous remercions vivement, nous a adressé cette vidéo. La proximité entre les propos des deux invités du Média, et tout particulièrement de l'excellent Paul Eleke, et nos propres analyses est si évidentes que nous n'avons pas pu résister à l'envie de vous faire partager cette convergence. Il est toujours agréable de constater que nous sommes quelques uns à partager ce que nous estimons être le plus proche "d'une analyse concrète de la situation concrète".

Bonne écoute pour cet échange utile, pertinent, opportun, intelligent et passionnant.

Et rendez-vous le 7 mars, la victoire ne dépend que de nous, de ce que nous allons faire du 7 mars.

Vidéo 46'27" ICI

 NBH

jeudi 16 juin 2022

Guénolé, Mélenchon et le Tibet : où va la gauche française ?

André Lacroix

Dans son émission quotidienne de la RTBF « Au bout du jour », le journaliste Eddy Caekelberghs a donné la parole le lundi 13 juin 2022 à Thomas Guénolé qu’il avait déjà interviewé le 23 mai à propos de son livre "Le Souverainisme" (Que sais-je ? PUF, 2022). 

Cette fois, il s’agissait de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise, parti auquel Guénolé avait adhéré avant d’en être exclu à l’issue d’une procédure probablement contestable (*).

Pendant les dix premières minutes de l’entretien, Thomas Guénolé se livre à une critique sans merci des pratiques de Jean-Luc Mélenchon : le « procès stalinien » auquel il a été soumis lui fait penser au Procès de Kafka. Autre référence littéraire : 1984 d’Orwell, en ce sens que la France Insoumise se caractériserait par l’invocation de valeurs démocratiques pour masquer une dictature interne. En qualité d’ « intellectuel de gauche » comme il se définit lui-même, Guénolé se dit « absolument mortifié (...) de constater (...) que nous nous retrouvons maintenant avec une gauche française sous l’hégémonie d’un parti au fonctionnement antidémocratique. » Il parle encore d’ « apologie de la dictature » et de « Grand Bond en arrière ».

Le journaliste intervient alors pour interroger Guénolé sur – je cite – « les relations que Jean-Luc Mélenchon entretient avec ce qu’il faut bien appeler un certain nombre de dictatures ou des dictateurs. On se rappelle le discours qu’il a fait à la mort de Fidel Castro pour l’honorer. Il y a la rencontre non moins problématique sans doute avec Chávez. Il y a déjà même, plus lointainement, le soutien en 2008 de l’annexion du Tibet par la Chine. Là ce sont des faits objectifs (sic). »

À cette perche complaisamment tendue, Guénolé renchérit à propos du discours prononcé à la mort de Castro : « c’est quand même absolument délirant quand on y réfléchit (sic) ». Concernant Chávez, il botte en touche parce que cet exemple « a déjà été tellement médiatisé (...) que c’est difficile d’avoir une discussion raisonnable et apaisée là-dessus. »

« Donc, continue-t-il, je préfère un autre exemple, qui est celui du Tibet, c’est-à-dire que dans le cadre des Jeux Olympiques de Pékin, Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé sur la question du Tibet. Il a déclaré que le Tibet est chinois depuis des siècles et que l’annexion du Tibet par la Chine est un événement intérieur à la Chine, ce qui est en fait une négation totale du droit du peuple tibétain à la souveraineté et un soutien radical aussi à la légitimité de l’annexion du Tibet par la Chine totalitaire, qui est, je vous le rappelle, un régime totalitaire avec un parti unique et dont le bilan au Tibet, notamment en termes de persécutions religieuses est avéré et très bien documenté. Donc, c’est effectivement tout à fait inquiétant et donc on se demande où va la gauche française » (fin de citation).

Dans ce texte d’anthologie, ce que Thomas Guénolé reproche à Jean-Luc Mélenchon, c’est finalement d’avoir rappelé des réalités bien établies par l’historiographie moderne : effectivement, le Tibet est devenu une province chinoise plusieurs siècles avant que le duché de Bretagne, la Corse ou le Comté de Nice ne soient rattachés à la France. Il est donc erroné de parler d’ « annexion » alors qu’il s’est agi en 1951 de récupérer un territoire qui s’était autoproclamé indépendant en 1913, mais qui n’était en réalité qu’un protectorat britannique. Oui, la question du Tibet est bien une affaire intérieure à la Chine comme en atteste l’unanimité de la communauté internationale, y compris les États-Unis. La souveraineté dont parle Guénolé n’est qu’un fantasme cultivé par une minorité d’exilés, et le Tibet jouit, au sein de la République populaire de Chine, d’une réelle autonomie que pourraient lui envier nombre de minorités de par le monde.

Quant aux persécutions religieuses, s’il a pu y en avoir durant la Révolution culturelle, au Tibet comme partout en Chine, elles font partie du passé : s’il subsiste des tensions, c’est seulement dans les cas où la liberté de culte est instrumentalisée à des fins séparatistes. C’est avéré et très bien documenté. Ce qui aujourd’hui frappe tout visiteur, c’est la munificence des monastères et des temples, l’omniprésence des moines (quelque 60 000 rien qu’en Région autonome du Tibet) et la vitalité des pratiques religieuses.

Je laisse aussi à Guénolé la responsabilité de ses approximations sur le régime chinois comme si le multipartisme était synonyme de démocratie et je le renvoie à ma critique de certains préjugés universitaires antichinois : https://www.legrandsoir.info/ideologie-antichinoise-primaire-a-l-ulb-l....

Eh oui !, cher Monsieur Guénolé, à vous entendre, on se demande où va la gauche française quand elle se contente, comme vous, de ressasser des propos de café du commerce.

Il existe heureusement d’autres personnalités, dans les milieux scientifiques (surtout anglo-saxons) et politiques (à gauche et à droite), pour tenir des propos plus sensés. 

À cette occasion, je me permets de vous conseiller la lecture de mon petit livre qui fait le point sur les contre-vérités à propos du Tibet Dharamsalades. Les masques tombent (éd. Amalthée, 2019), disponible en librairie et sur internet.

(*) Pour écouter cette interview d’une durée de 17 minutes, il suffit de taper : RTBF Auvio → Émissions → lettre A → Au bout du Jour Thomas Guénolé 13.06.22.

Le Grand Soir

mercredi 16 février 2022

Sur France 2, l'insoumis et les poches du patron

Daniel Schneidermann

Voici donc, sur Élysée 2022 (France 2), Mélenchon confronté au président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. 

Dès le début, on sent que ce sera viril, mais respectueux, voire complice. "Vous avez lu mon livre, c'est ça ?" s'étonne le patron, apercevant l'ouvrage en question. "Dans le détail. Je le recommande." Symétriquement, Roux de Bézieux a lu le programme insoumis. Sur la mer, sur la francophonie, sur l'Ukraine, Roux de Bézieux ne serait pas loin d'être d'accord. "Très bien fait. Je le prends au sérieux. Vous êtes prêt à gouverner." La mélenchosphère se pâme sur les réseaux sociaux.

Évidemment, subsistent quelques minimes points de désaccord. Les salaires, les dividendes (70 milliards distribués aux actionnaires en 2021), les impôts sur les marges des entreprises, toutes ces petites choses. Sur ce point, annonce Roux de Bézieux, si on "prend tout" aux patrons, ce ne sera certes pas le chaos. Mais tout simplement, "ils poseront le crayon, et arrêteront d'embaucher". Variante maritime : "IIs mettront le tourmentin" (ndlr : petit foc très résistant employé par vent violent). Et ce posé de crayon sera dramatique, non seulement pour leurs marges, mais pour la planète. Déboule dans le débat une entreprise familiale, le cimentier isérois Vicat, "qui a un procédé pour décarboner le ciment. Ils ont besoin de sommes colossales. Si vous les taxez, ces gens-là, comment ils vont financer ? […] Ils vont se laisser mourir tranquillement en ne décarbonant pas", prophétise le patron, sans préciser que le cimentier est déjà soutenu par l'argent public de France Relance. 

Mélenchon :   Votre ami le cimentier, si je veux qu'il bosse, je lui passe des commandes." "Vous allez pas commander du ciment ?" "Bien sûr que si. Quand on fait des ponts, quand on fait un port…" Refrain patronal "Les entrepreneurs c'est des citoyens libres. Ils feront s'ils ont envie de faire." La bouderie est donc, en ultime recours, le seul argument patronal contre la planification écologique ? Pourquoi un tel débat, essentiel, respectueux, 100 % service public, ne s'est-il pas tenu plus tôt dans la campagne ? Jusqu'aux blagues finales : "J'aime bien voir le visage de l'homme à qui je compte faire les poches" ; "Vous allez vite en faire le tour" ; "Ce sera toujours ça de pris". Rire général.

Faire les poches du patron dans la bonne humeur : passe un rêve de concorde. N'empêche. Connaissance des dossiers, autorité, programme abouti, et bonus humour : il faut être sacrément aveugle pour ne pas voir que Jean-Luc Mélenchon, plus que tout autre à gauche, a la stature d'un chef d'État, maniant le "je" jupitérien (j'embauche, je taxe, je commande…) au sens le plus traditionnel de cette Ve République qu'il veut mettre à bas. 

C'est d'ailleurs un intéressant paradoxe de la situation.

Arrêt sur Images

vendredi 27 août 2021

Si les quartiers populaires votent, nous serons au second tour

Jean-Luc Mélenchon

Qu’attendez-vous de ces universités d’été ?

« C’est l’un des rares lieux avec la fête de l’Huma où la diversité de la pensée progressiste s’exprime en France. Là, nous allons à la rencontre de la grande élection française, la présidentielle. Nous devons mobiliser, vaincre la résignation. Car si l’on peut comprendre la protestation qu’a été l’abstention de masse lors des dernières élections, pour ce qui est de la présidentielle, si les milieux populaires ne vont pas voter, ça continuera comme avant. L’abstention vote Macron »

Le moment fort, ce sera votre meeting dimanche matin. Qu’allez-vous dire ?

« Mon discours résumera notre message au pays à quelques centaines de jours de la présidentielle. La civilisation humaine est mise au défi d’un désastre climatique et d’un désastre social. Dans cette situation nouvelle, Monsieur Macron et Madame Le Pen sont enfermés dans les idéologies les plus rétrogrades du XXe  siècle. Ils sont d’autant plus dangereux qu’ils sont dans le déni des menaces réelles. Je vais donc proposer un diagnostic, un plan de marche et une stratégie politique inscrits dans notre époque. »

Seulement, des sondages réalisés avant l’été vous placent en dessous de la barre des 10 %, comme tous les autres candidats de gauche. Est-ce inquiétant ?

« Celui d’hier dans l’hebdomadaire Challenges me place à 11 %. Dans celui que vous citez, l’évaluation se basait sur une abstention de plus d’un électeur sur deux. Là était l’info ! Mais ils ont raison et tort à la fois. Si les milieux populaires ne vont pas voter, nous serons écrasés. Si la participation atteint le niveau normal de 80 %, nous arrivons au second tour. »

Vous avez récemment dit que cette élection pouvait vous « détruire » autant que vous faire arriver au pouvoir. C’est aujourd’hui ou jamais ?

« Il n’y a jamais de situation définitive. »

Sous-entendez-vous aussi que ce sera, à 70 ans, votre dernière élection présidentielle, à titre personnel ?

« Il est évident que c’est ma dernière candidature. C’est même un argument en ma faveur : je suis le seul à ne pas organiser une carrière. »

Pour cette élection, la gauche est désunie, avec les candidatures à venir d’Arnaud Montebourg, d’Anne Hidalgo, éventuellement d’un écologiste…

« Il y a 22 candidats de tous bords aujourd’hui. J’ai pris très tôt ma décision, après avoir beaucoup consulté et vérifié qu’il n’y avait pas d’autres candidatures dans nos rangs. Je ne croyais pas un instant aux odes du PS et des Verts sur leur volonté d’union. Tournons la page. Je propose une stratégie différente : l’union populaire, le rassemblement du peuple par un programme majoritaire. Nous avons soumis à un sondage les principales idées de notre programme. Nous constatons qu’elles sont ultra-majoritaires. Le programme, c’est donc la clef de la victoire. Croire qu’il existe une poudre de perlimpinpin permettant de régler magiquement les problèmes politiques en faisant une hypocrite guirlande de logos, c’est se tromper d’époque. »

Cela ressemble à « l’arc humaniste » que défend le maire (EELV) de Grenoble Éric Piolle, et candidat à la primaire écologiste. Il revient cette année aux Amfis, après avoir affirmé vouloir « changer le monde » avec vous. Vous êtes toujours sur la même longueur d’onde ?

« C’est ce que nous appelions avant lui : fédération populaire. Le secrétaire général des Verts Julien Bayou reprend aussi l’idée. Bonne nouvelle. Oui, il y a des convergences, solides, entre de larges secteurs de l’écologie politique, et surtout de l’écologie associative. Elles permettent d’imaginer une coalition gouvernementale après le second tour. Mais il faut aussi assumer la vérité : nos divergences ne sont pas secondaires. Notamment sur l’Europe, sur les stratégies de défense et d’indépendance de la France, sur le système de retraite. Ce ne sont pas de petites questions. Puisqu’il a été impossible de s’entendre avant l’élection, c’est aux électeurs de trancher. »

Le premier tour de la primaire écologiste a lieu dans moins de trois semaines. Si vous deviez choisir quelqu’un, ce serait qui ?

« Je ne m’y risquerai pas. Certes, malgré les divergences, il y a une proximité plus grande, avec Sandrine Rousseau ou Éric Piolle. Mais nous ne nous mêlons pas d’un choix qui appartient aux écologistes. Nous le respecterons dans tous les cas. »

Vous êtes député des Bouches-du-Rhône. Quel regard portez-vous sur la situation à Marseille, endeuillée par plusieurs règlements de comptes ?

« Si on nous avait écoutés, on n’en serait pas là. Le gouvernement a concentré tous les moyens sécuritaires sur la lutte contre le terrorisme et le flagrant délit. Il a négligé un autre danger, bien plus grand : les gangs qui trafiquent la drogue, les êtres humains et les armes. C’est le cas à Marseille. Les moyens de police doivent être répartis différemment, et la formation des policiers reprise à zéro. Une ou deux lois liées à la sécurité passent chaque année, pourtant la situation est pire que jamais. »

Le ministre de la Santé Olivier Véran envisage une troisième dose vaccinale pour les plus de 65 ans à l’automne. Qu’en pensez-vous ? Allez-vous vous faire vacciner ? 

« Tout ça est organisé en dépit du bon sens. La rentrée scolaire n’est pas préparée pour faire face à la crise sanitaire. Pour moi, le pass sanitaire est une illusion dangereuse pour notre société. Il instaure de nouvelles discriminations sociales, un contrôle généralisé de la population, et l’illusion de l’immunité. Personnellement, je suis vacciné, et je milite pour la liberté d’en produire partout dans le monde. Mais je veux aussi dire la vérité : il diminue le risque mais ne nous protège que partiellement et n’empêche pas la contamination. Quant à la troisième dose, personne ne nous a prouvé quoi que ce soit au sujet de son utilité.»

Les ponts aériens se succèdent entre la France et l’Afghanistan. Faut-il accueillir tous les Afghans qui demandent à quitter leur pays désormais dirigé par les talibans ?

« Voilà le genre de débat sans objet qui est la spécialité de notre pays. Il n’y a pas de sujet ! La France a signé des conventions internationales sur le droit au refuge politique. Le pays est tenu par ça. Si des gens se présentent à la frontière et demandent ce statut, nous serons obligés de les accueillir. C’est la raison pour laquelle mieux vaudrait s’organiser avant et ne pas subir la situation. Disons aussi : l’Europe du Sud, dont fait partie la France, contribue déjà beaucoup à l’accueil des réfugiés. Ce n’est pas toujours aux mêmes de prendre en charge tout le monde. Ce ne serait ni supportable ni supporté. Commençons par donner la garantie aux Afghans déjà présents en France qui n’ont pas encore de permis de séjour et aux femmes demandeuses d’en avoir un .»

Avec les Amfis 2022, c’est la troisième fois que vous venez dans la Drôme en un an. Vous cherchez à vous installer dans le département ? 

« (rires) Pourquoi pas, c’est un assez bel endroit. Mais non, je n’ai pas l’intention de m’installer dans la Drôme. Je compte le faire à l’Elysée. »

Interview dans Le Dauphiné

Jean-Luc Mélenchon

jeudi 1 avril 2021

J’appelle le camp de l’égalité à faire bloc face à l’extrême droite

Jean-Luc Mélenchon

Ces derniers jours, vous mettez le PS dans le camp de la droite et de son extrême, ce n’est pas un peu trop?

Votre résumé grossier ne permet pas de comprendre l’alerte que je lance au pays. Je dis aux dirigeants socialistes qu’ils sont irresponsables d’apporter de l’eau au moulin des mensonges sur l’Unef. La campagne de la droite et de l’extrême droite vise la dissolution d’un syndicat historique. Ce serait un seuil sans retour pour la démocratie en France. La pente autoritaire du régime macroniste est déjà assez grave. Que fait le PS ? Il s’est abstenu sur la loi « séparatisme » contre les musulmans. Il a ensuite refusé de s’associer à une marche commune pour les libertés. Cette dérive m’inquiète. J’ai lancé l’alerte en 2013 en disant que Valls ministre de Hollande était contaminé par les idées d’extrême droite. À l’époque, toute la bonne société miaulait d’admiration devant ses coups de menton. Mais depuis, tout le monde a vu que j’avais raison. Je donne l’alerte encore une fois. L’extrême droite et les macronistes ont lancé une chasse aux sorcières contre les syndicats et le camp de l’égalité. Ils ont repris tel quel à l’extrême droite cette accusation absurde d’islamo-gauchisme. Quand Olivier Faure, Carole Delga ou Anne Hidalgo emboîtent le pas de Darmanin et Le Pen contre l’Unef le lendemain de l’attaque contre le conseil régional d’Occitanie, ils donnent le point à l’extrême droite. Leur lâchage d’Audrey Pulvar est ignoble. Même quand Madame Vidal s’en prend aux universitaires, le PS ne proteste plus ou à peine. C’est irresponsable d’agir ainsi en diviseur face au pire adversaire.

Le dialogue est-il possible avec votre ancienne famille?

Evidemment ! Mais pas au prix de la complaisance. J’ai dit que je me sentais la vocation d’un candidat commun. Quelle a été la réponse du PS ? Des insultes et la reprise des calomnies macronistes contre les insoumis. Ils s’en sont aussi pris à EE-LV. Vont-ils faire pareil contre Madame Pulvar qui refuse de jeter des pierres à l’Unef ? Si les chefs du PS veulent le dialogue, qu’ils changent d’attitude. Mais je crois qu’ils préparent surtout leur ralliement à Macron. Les socialistes authentiques et les républicains conséquents se sentent piégés. Ils finissent de quitter le PS. Je les invite à continuer ensemble le combat. Nous avons besoin d’eux dans la résistance qu’il faut organiser. Ils sont attendus et ils sont évidemment les bienvenus avec nous.

C’est quoi pour vous, être universaliste?

Je crois qu’il y a un peuple humain. Je vois que tous les êtres humains sont semblables et dépendent d’un seul écosystème compatible avec leur survie collective. Ils sont donc des égaux en droits et en dignité et tous appelés au même combat pour libérer leur vie et la nature du capitalisme qui la détruit. Devant la pénurie d’eau ou l’air et la terre empoisonnés, un homme est le semblable d’une femme. Un Noir le semblable d’un Blanc. L’universalisme ne signifie pas rendre tout le monde identique, c’est impossible. C’est agir en partant de ce qu’il y a de commun à toute l’humanité. Mais l’universalisme doit être concret, réel, sinon c’est un mot creux et un prétexte à discriminations. Il ne peut prendre le sens d’une «assimilation» au contenu de plus en plus incertain tant le monde est désormais mêlé. La créolisation est l’avenir du peuple humain. Elle est une production commune où chacun contribue sans exclusive. La devise de la République est un programme politique toujours inachevé. Il faut faire vivre sa force révolutionnaire d’émancipation contre les dominations sexistes et racistes et l’inégalité sociale. Le problème posé à l’universalisme, c’est le racisme, pas le fait que les victimes du racisme se sachent «racisées» ! En face, nous avons affaire à des tartuffes de l’universalisme. Ils disent défendre la laïcité mais refusent d’abolir le Concordat en Alsace-Moselle. Résultat ? Ils voudraient le Concordat mais pas pour les musulmans [en référence à l’affaire de la mosquée de Strasbourg, ndlr] ? Absurde et discriminatoire ! Encore une fois, c’est nous qui portons la voie raisonnable en proposant l’extension des bénéfices de la loi de 1905 à tout le territoire et l’abolition du Concordat. Aucune religion ne doit être subventionnée.

Le débat autour de l’islam et de l’identité ne cesse de prendre de la place, comment s’en sort-on?

En refusant de participer à la campagne de Le Pen. En résistant à la pression de la peur du «qu’en-dira-t-on» ! Monsieur Macron est le pyromane qui a lâché les démons de guerre. Il trahit sa fonction de garant de l’unité du pays. Il faut unir le peuple sur ce qui lui est commun au lieu de toujours le diviser par des débats stériles et stigmatisants. Il faut ramener au premier plan la question sociale et écologique. Le problème des étudiants, c’est la pauvreté, les conditions d’études, la fin des petits boulots, l’absence d’emploi après leurs études, pas les réunions internes de l’Unef ! Il faut combattre l’agression et la diversion du pouvoir macroniste sur ce sujet. Et si on doit parler d’identité, alors il faut assumer l’identité républicaine de la patrie. C’est le lien civique qui fonde la nation, pas la couleur de peau ni la religion. Le peuple français se créolise, mais il fait peuple si tout le monde est citoyen. L’identité française, depuis 1789, c’est l’égalité !

Comment peut-on qualifier l’intrusion dans l’hémicycle du conseil régional d’Occitanie?

Agresser les assemblées, interdire les syndicats, ce sont les traits typiques du fascisme. Depuis des années, nous alertons. L’extrême droite attaque des bars, des librairies, menaces des parlementaires. Eric Coquerel, député LFI, a été agressé, j’ai fait l’objet d’une tentative d’assassinat. Cinq d’entre nous ont fait l’objet de menaces de mort. Les syndicats factieux de la police ne cessent de nous insulter et de nous désigner comme cible des violents. Il a fallu des mois pour obtenir la dissolution d’une de ces bandes. Avec nous, tous ces groupuscules seront dissous et mis hors d’état de nuire avec toute la force de la loi.

Vous avez compris le sens du terme « islamo-gauchiste »?

C’est juste un rayon pour paralyser les pleutres. Nous ne sommes pas concernés. Partout où les islamistes agissent, mes amis en sont les premières victimes. En Tunisie, à Charlie, ce sont nos camarades qui ont été tués. En fait, la campagne sur ce thème a le même sens que l’accusation de « judéo-bolchevique » dans les années 1930. Le pouvoir cherche à diviser et faire diversion en fabriquant un bouc émissaire. Les déclarations d’admiration de Macron pour Pétain et Maurras, deux traîtres antisémites, ont abattu une digue essentielle. Et, pour le PS, c’est un prétexte pour justifier son regroupement avec Macron contre nous. C’est le vieil adage « Plutôt Hitler que le Front populaire ». Tout cela peut finir très mal si je ne gagne pas l’élection présidentielle !

Vous craignez la guerre civile?

La guerre de religion y conduit toujours très directement. Il faut agir sans concession, avec courage et ténacité. La France n’a pas le droit d’échouer, car il y va de son identité républicaine. La paix civile, c’est aussi le sens de ma candidature. Nous alertons. Nous résistons même sous les insultes. J’essaie de tenir la digue républicaine de la concorde, de la liberté de croire ou pas y compris pour les musulmans, de l’égalité et de la fraternité. Chacun doit mesurer la gravité du moment. Tout peut être emporté. La situation est au point que c’est nous, héritiers du combat des libres penseurs contre les clergés, qui sommes le dernier rempart de la liberté du culte, en l’espèce pour les musulmans ! C’est le moment de tenir bon, quoi qu’il en coûte. 

Toutes les bonnes volontés seront les bienvenues. L’enjeu, ce n’est pas nos partis, mais notre pays et le risque qu’il encourt. J’appelle le camp de l’égalité à faire bloc face à la menace !

Cette interview a été publiée dans Libération le 28 mars 2021 – Propos recueillis par Rachid Laïreche.

Jean-Luc Mélenchon

mardi 12 janvier 2021

Un entretien de Maxime Vivas avec l’Antidiplomatico

Maxime Vivas

Maxime Vivas a récemment accordé un entretien à l’AntiDiplomatico sur l’impérialisme des États-Unis, la Chine et quelques autres questions brûlantes.

Ci-dessous la version en français de cet entretien.

L’assaut du Capitole est un événement qui peut marquer l’avenir des États-Unis ?

L’assaut du Capitole démontre une chose : le système électoral états-unien est mauvais, les Etats-unis ne sont pas la “plus grande démocratie du monde”. En effet, le comptage des voix est compliqué, il demande plusieurs jours, il offre des possibilités de fraude. En France, les résultats des élections sont connus quelques heures après la clôture du scrutin et ils sont officialisés le lendemain. De plus, aux États-Unis, un candidat peut être proclamé vainqueur en ayant moins de voix que son concurrent à cause du poids différent des Etats et du vote des sénateurs. Quoi qu’il en soit, et même si le dépouillement des élections était parfait, les anomalies sont antérieures. Toutes les pré-campagnes ne laissent en compétition que deux candidats soutenus par des milliardaires et souvent milliardaires eux-mêmes. L’un est de droite (le “Démocrate”) et l’autre d’extrême-droite (le Républicain”). Quel que soit le vainqueur, il est un défenseur du capitalisme, un gestionnaire zélé des quelques 800 bases militaires des EU à travers le monde et un adversaire hystérique de tout ce qui ressemble, de près ou de loin, au communisme (Cuba, Venezuela, Chine, Russie...).

Donald Trump schématisait son programme en disant « America first ». Joe Biden, avant même d’être entré dans le bureau ovale de la Maison blanche, dit que les Etats-unis « sont prêts à diriger le monde ».

En tout cas, les EU vont avoir désormais plus de mal à contester les résultats des élections dans d’autres pays. Sur Internet, des moqueurs ironisent : « A cause des difficultés à se déplacer avec la Covid-19, les USA font les putschs chez eux, maintenant ». Les Vénézuéliens, en souvenir du temps où les USA proclamaient le putschiste Juan Guaido « président intérimaire du Venezuela » attribuent le titre de président provisoire des EU au manifestant tatoué vu dans le Capitole, vêtu de peaux de bêtes et coiffé d’un casque à cornes.

La Chine a vaincu Covid jusqu’à présent. Même des pays d’inspiration socialiste comme le Vietnam, Cuba, Venezuela avec leurs systèmes de santé publique ont bien fait face à cette urgence. L’Occident subit des coupes dans la santé publique depuis des années avec les conséquences que nous avons constatées. La pandémie a-t-elle montré que le socialisme peut encore être une possibilité ?

La pandémie a montré plusieurs choses en effet. Premièrement, que l’Union européenne n’a aucune compétence pour aider les peuples. Quand la Grèce a eu des difficultés budgétaires, rappelez-vous comment l’Union européenne l’a écrasée au lieu de l’aider. Quand l’Italie a été un temps submergée par la Covid, l’Union européenne n’a servi à rien. Ce sont des équipements chinois qui vous ont été fournis et des médecins cubains qui sont venus aider vos équipe de soignants. Voyez, actuellement, il n’y a toujours pas de politique européenne de lutte coordonnée contre le virus. Chaque pays fait ce qu’il veut. Par contre, là ou l’Union européenne a été efficace, c’est dans la multiplication des directives aux pays membres pour qu’ils réduisent le nombre de lits d’hôpitaux. Ces dernières décennies, il y a eu plus de 60 demandes répétées de l’Union européenne aux pays membres pour supprimer des lits. Chez nous, les présidents Sarkozy, Hollande, Macron ont obéi. On voit le dramatique résultat.

Sur l’efficacité des pays comme la Chine, le Vietnam, Cuba, le Venezuela, la propagande dans nos médias a une explication : “Dictatures !”. Que peuvent-ils dire d’autre pour justifier notre faillite ? La vérité est que dans ces pays, un choix a été fait immédiatement entre l’économie et les habitants. La Chine a confiné toute une région, réduisant à zéro toute activité économique. La France, qui manquait de masques et de lits de réanimations, a laissé circuler des métros bondés de travailleurs. À Cuba, pays que je connais et où j’ai des amis, le gouvernement a tout misé sur la préservation de la vie des habitants. Cuba a renoncé à sa principale ressource, le tourisme. Les Cubains ont immédiatement fabriqué des masques, souvent artisanaux et toujours gratuits. Le système de santé, connu pour être exemplaire, a été magnifique. Les médecins cubains (qui sont très nombreux) sont allé frapper à chaque porte de chaque maison, de chaque immuable, pour expliquer comment se prémunir, pour prendre la température frontale des habitants, pour déceler les symptômes. La population a joué le jeu, non par crainte des autorités, mais par confiance en ses dirigeants et en ses médecins. Dans ce pays soumis à un blocus inhumain, les chercheurs ont mis au point un vaccin alors qu’on attend toujours le vaccin français. Donc, pour répondre en trois mots à votre question : la gestion socialiste de la pandémie a fait ses preuves. La gestion capitaliste a fait les siennes qui sont : d’abord le PIB, les banques, l’économie.

Outre la Chine, l’ennemi de l’Occident, en particulier des États-Unis, est la Russie. Les relations entre Moscou et Pékin se renforcent, sommes-nous désormais en présence d’un monde multipolaire.

Les États-Unis sont sur le déclin. Les bêtes blessées sont dangereuses. Voyez comment avec leur loi Helms-Burton ils prétendent décider qui peut commercer avec qui. Ceux qui désobéissent sont punis d’amendes. Des entreprise et banques françaises ont été sanctionnées et ont payé. Voyez comment les EU veulent que leur soit livré un journaliste (le plus grand journaliste vivant, le plus couvert de prix). Julian Assange est Australien. Il n’a jamais mis les pieds aux EU. Il n’a commis aucun délit aux EU (ni ailleurs). Mais les EU veulent son extradition pour qu’il accomplisse 175 ans de prison ! De plus, l’US Army est la plus puissante armée que le monde ait jamais connu. Elle absorbe autant d’argent que les armées de la moitié de tous les autres pays du monde. Elle est partout. Elle est près de la Chine et de la Russie. La Chine et la Russie ont donc intérêt à s’entendre.

La Chine, pacifiquement, développe son projet pharaonique de “Nouvelle route de la soie” qui tracera des voies de commerce entre la Chine, l’Asie, l’Afrique, l’Europe.

En 2020, ce sont 138 pays et 31 organisations internationales (soit plus des deux tiers des pays dans le monde) qui ont signé des accords bilatéraux avec la Chine dans le cadre de ce projet, y compris dix-neuf pays d’Amérique latine parmi lesquels on peut citer : Bolivie, Chili, Cuba, Équateur, Guyane, Jamaïque, Panama, Pérou, République dominicaine, Salvador, Suriname, Uruguay, Venezuela, Costa-Rica, Trinité-et-Tobago. Une semaine à peine après les élections présidentielles de novembre 2020 aux EU et la victoire de Joe Biden, la Chine a signé avec quatorze pays d’Asie et du Pacifique l’accord commercial le plus important du monde : le “ Partenariat régional économique global ” (RCEP). Cet accord qui représente 30% du PIB mondial, concerne plus de deux milliards d’habitants et vise à créer une gigantesque zone de libre-échange entre la Chine et les dix États de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est ) : Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam, plus l’Australie, la Corée du Sud, le Japon et la Nouvelle-Zélande. Les États-Unis se sentent seuls.

Chine contre les États-Unis sera le conflit des prochaines années. Comment Biden conduira-t-il ce conflit ? Continuera d’exploiter les Ouïghours, Hong Kong ?

Je ne vois pas comment les EU pourraient ne pas céder du terrain peu à peu. Il faudrait qu’ils détruisent militairement la Chine, mais l’aventure pourrait être un suicide. Sur le plan économique, les accords passés par la Chine avec la plupart des pays du monde réduisent la marge de manoeuvre des EU. Leur suprématie technologique est mise à mal. 40 % des brevets déposés dans le monde sont des brevets chinois. Il reste une arme formidable que les EU manient comme personne : la propagande pour gagner la sympathie des peuples et faire détester leurs concurrents par des campagnes de presse mondiales. Là, ils sont les plus forts (mais pas invincibles) et nos médias les aident. Sur le Tibet, ils ont perdu. Sur Hong Kong aussi, semble-t-il. Il reste le Xinjiang, région grande comme trois fois la France, un sixième du territoire chinois où vivent 12, 7 millions de Ouïghours, souvent musulmans. C’est le point de départ de la “Nouvelle route de la soie”. J’étudie cette question depuis 2016, je suis allé deux fois au Xinjiang, et je dis des choses dans mon livre Ouïghours, pour en finir avec les Fake news. J’espère qu’il sera traduit en italien.

10 ans depuis les printemps arabes. Le bilan est désastreux. La Libye divisée entre des bandes et détruites. Aujourd’hui encore, la Syrie résiste, c’est un exemple, malgré dix ans de guerre et de terribles sanctions. Dans quelle mesure la manipulation médiatique a-t-elle été décisive dans la guerre syrienne et, surtout, était-ce un autre échec de l’Occident puisque le président Assad est toujours là malgré la prédiction de sa chute ?

Partout où les Etats-unis et leurs alliés (dont la France) sont allés “apporter la démocratie” on a remplacé des dirigeants qui n’étaient pas des démocrates, par des pantins qui règnent sur des pays détruits, pillés et où les fanatiques islamistes font régner la terreur. Dans ces pays, la misère s’est installée, les femmes ont perdu leurs droits d’être humains. Recherchez des photos des années 60 prises dans les rues des villes (y compris Kaboul) de ces pays. Vous y verrez des femmes en jupes courtes, en shorts. C’est inimaginable aujourd’hui. Oui, la Syrie résiste, c’est le dernier Etat laïque. Je ne fais pas l’éloge de son système politique, mais moins encore de ceux qui veulent le remplacer par des marionnettes des EU. Savez-vous qu’il y a des milliers de soldats ouïghours qui se battent avec Daech en Syrie ?

Ces dernières années, les péronistes sont retournés en Argentine, le MAS l’emporte en Bolivie, le Grand Polo Patriotic a triomphé au Venezuela. Qu’est-ce qui va changer avec l’administration Biden envers ces pays dirigés par des partis progressistes ?

Cela ne va rien changer fondamentalement, même pas la volonté de fabriquer des coups Etat. On verra peut-être des rencontres et des accords de façade, mais Biden n’est que le jouet du complexe militaro-industriel étasunien. Si j’avais un conseil à donner aux pays d’Amérique latine qui veulent prendre leur destin en main et ne pas laisser piller leurs ressources, je leur dirais de bien regarder ce qui est arrivé à Salvador Allende (Chili), à Manuel Zelaya (Honduras), à Evo Morales (Bolivie) et de s’inspirer de Cuba : un peuple solidaire, armé. Les EU savent qu’à Cuba ils perdront des hommes dans chaque bâtiment, chaque village, chaque rue, chaque port, chaque plage, chaque chemin. Fidel Castro a dit un jour que les EU peuvent détruire Cuba, mais que c’est le dernier pays qu’ils auront envie de détruire. Car, dans l’armée des EU, on aime tuer, mais pas mourir. Et le peuple étasunien veut que tous les boys entrent, intacts au pays.

Avec le livre Ouïghour pour en finir avec les fake news, vous avez refusé toute propagande occidentale contre la Chine (vous avez visité le Tibet, le Xinjiang). La propagande médiatique a toujours été confirmée comme un instrument pour préparer la guerre, pour imposer des sanctions, des troubles, sinon des guerres comme en Libye, en Syrie, les attaques contre la Russie, le Venezuela, l’Iran en sont un exemple. Assange premier héros puis traité comme un espion ou un simple hacker. Quelle voie pour des informations alternatives ?

J’ai peut-être déjà répondu un peu par anticipation. Je crois que c’est le Belge Michel Collon, qui administre le site Investig’action, qui a dit que la première victime d’une guerre est toujours la vérité. Je raconte dans mon livre comment la matrice des accusations contre le Tibet et celle contre le Xinjiang sont les mêmes. Dans les deux cas, on compte quatre thèmes identiques : génocide, religion opprimée, culture éradiquée, stérilisation des femmes. Quatre fake news.

Sur l’Iran, la question est de neutraliser une théocratie, non pas parce qu’elle est une théocratie, mais parce qu’elle pourrait contrebalancer la toute puissance d’Israël qui fait la loi dans la région.

Sur le Venezuela, j’ai écrit un roman historique pour démonter les fake news. 

Sur le Tibet, j’ai écrit un essai. Je parle de ces deux pays dans mon récent livre sur les Ouïghours. Je cite (et je prouve) des mensonges hallucinants qui deviennent vérités à force de répétitions. Vous ne pouvez pas savoir à quel point ils mentent.

Que faire ? Ce que vous faites, ce que je fais. Mais dans le contexte politique de nos pays, nous ne faisons que maintenir la flamme pour des jours où le feu pourra prendre. Il faudra des changements politiques pour que les peuple se réapproprient les organes d’information. Et je n’oublie pas le rôle de la rue.

Maxime Vivas - 9 janvier 2021 -

Le Grand Soir

lundi 11 janvier 2021

«Le pays va être à reconstruire»

Jean-Luc Mélenchon

Le président de la région Grand Est a eu des mots très forts à propos de la lenteur de la campagne de vaccination. Il parle de scandale d’État, partagez vous ce sentiment ?

On a tous le sentiment d’un déclassement de la France devenue incapable de produire des masques quand il faut et aujourd’hui des vaccins ! Pourtant nous avons avons été, un temps, capables de produire 80% des médicaments que nous utilisions. Aujourd’hui les moyens publics et les savoirs faire se sont effondrés. Le gouvernement fait appel à quatre entreprises américaines pour organiser la logistique de la vaccination ! J’ai connu une période où on vaccinait pour le BCG toute la jeunesse de France en 15 jours.

Vous expliquez, dans votre blog, qu’il ne faut pas donner la priorité aux vaccins ARN messagers pour quelle raison ?

Au cœur d’une pandémie, je trouve curieux d’abandonner les outils traditionnels d’action autrement dit les vaccins « traditionnels ». Lors de la grippe A, nous avons été capables de produire les doses et d’installer 1200 points de diffusion et de vacciner 1,5 millions de personnes par semaine. Comment se fait-il que 10 ans après on ne soit plus capables de faire des vaccins ni d’organiser une campagne de vaccination ? Et là, avec l’ARN-messager on est en pleine expérimentation. J’ai davantage confiance dans le travail de l’Institut Pasteur et des pays qui auront mis au point des vaccins traditionnels.

La France devrait donc attendre fin 2021 que les vaccins français soient près pour vacciner ?

Non puisque d’autres sont déjà prêts. Alors j’irai me faire vacciner.

Vous avez aussi souhaité que la France ait recours aux vaccins chinois, russes ou Cubains…

Oui ! Je détesterais que, par à priori politique, on refuse de partager un moyen de santé publique. Les Français ne sont pas hostiles aux vaccins mais ils n’ont pas envie de participer à une expérimentation. Ils se méfient des intérêts financiers à l’œuvre. Des gains faramineux vont être faits par les coronaprofiteurs. Les entreprises de Big Pharma ont misé, depuis longtemps, sur un seul procédé et maintenant veulent le rentabiliser. L’intérêt défendu n’est plus seulement l’intérêt général. Pour moi, les vaccins devraient être sous licence libre et diffusés à prix coûtant. Sinon on voit les Nations se livrer à des batailles géopolitiques à travers les vaccins et les grandes entreprises en compétition. Tout ça pèse dans la prise de décision macroniste. Et une sorte de fascination idéologique pour « le marché » les empêche de réfléchir librement. Ajoutons-y un facteur jamais évoqué : l’épuisement de ceux qui décident.

Vous trouvez Emmanuel Macron épuisé ?

On le serait à moins non ? C’est une situation qui est difficile à porter et pas que pour lui, pour Monsieur Véran et les autres sommités aussi.

Vous leur suggérez de céder la place ?

Non. Mais à être moins seuls. Je conteste un système de prise de décision en très petit nombre devenu aussi opaque que le Conseil de Défense qui se substitue au Conseil des Ministres ! Et cette idée de tirer au sort 35 personnes plutôt que de consulter les commissions spécialisées des Assemblées parlementaires ?

Sentez-vous, dans votre électorat, une véritable défiance vis a vis des pouvoirs traditionnels : politique, judiciaire, syndical ou médiatique?

Je vois partout une méfiance à l’égard de tout et de tout le monde. La France est en prise, depuis un certain nombre d’années, à un sentiment de doute, de rejet et de dégagisme à l’égard des autorités. Elles sont suspectées d’être incapables ou d’avoir des préoccupations idéologiques et financières étrangères à l’intérêt général. Cette crise de confiance s’est répandue dans toute la société. Notre responsabilité est de ne pas ajouter à un état d’esprit purement négatif « anti tout » et dépressif qui ne nous mènera nul part. Ce qui est en cause, c’est le mécanisme de consentement à l’autorité. Il est la condition pour appliquer les décisions même si vous n’êtes pas d’accord. C’est la base du fonctionnement de la démocratie. Mais pour qu’il y ait ce consentement, il faut qu’il y ait de la confiance. Cette confiance est accordée si vous êtes persuadé que les consignes vous sont données par des gens de bonne foi exclusivement préoccupées par l’intérêt général de bonne foi. Si vous avez l’impression que ce sont des menteurs et qu’ils agissent en fonction d’intérêts particuliers : c’est fini, tout part en morceaux. Les incohérences du gouvernement ont créé les conditions d’une méfiance collective. Et une colère silencieuse. Car la catastrophe sociale s’avance. Nous n’en sommes qu’au début. Jusqu’à présent, notre pays a vécu des formes assez traditionnelles de contestation. Mais les Gilets Jaunes ont habitué à de nouvelles formes. Bientôt en plus de millions de salariés, vous allez voir agir des dizaines de milliers de petits entrepreneurs, petits commerçants et restaurateurs. Ils n’ont pas l’habitude des anciens cadres collectifs. Leur vie sociale est en cause. Que vont-ils faire ?

Craignez-vous une balkanisation de la société, une lutte des uns contre les autres parce que les intérêts sont divergents ?

Le pouvoir macroniste y pousse. Il est persuadé que la clé de l’organisation de la société c’est la compétition. La santé est une cause commune. Sur les réseaux sociaux, on voit des camps retranchés sur chaque sujet. Ça n’est pas bon. Il faut aussi écouter et proposer. Nous avons fait 11 propositions de lois et de plans d’action.

L’augmentation de la pauvreté due à la crise économique ne risque-t-elle pas d’accroître encore cela ? Les LR remettent le revenu universel au goût du jour, qu’en pensez vous ?

C’était l’idée de Benoît Hamon. En période de crise il faut évidement examiner toutes les propositions d’où qu’elles viennent. Mais de quoi parle-t-on ici : ce revenu remplace les allocations actuelles ou pas ? Déjà, il faudrait hisser tout le monde au-dessus du seuil de pauvreté. Ensuite, il faut redéployer l’activité. Dans l’aéronautique, par exemple, il va y avoir des milliers de licenciements. Ne peut-on pas proposer un plan de redéploiement dans les différents domaines voisins de l’aéronautique ou en son sein même ? Il ne faut pas rester les bras-ballants et attendre le retour de la situation antérieure ! Augmenter les revenus est d’autant plus important que 50% de l’activité économique du pays vient de la consommation populaire. Donc, au lieu de donner de l’argent aux coronaprofiteurs qui tirent parti de la situation pour licencier, il faut d’abord se demander si les gens arrivent à vivre. Et il faut faire vite car la situation est grave. Des gens ont faim. Au total, il est certain que le pays va être à reconstruire.

Que proposez-vous afin de refaire Nation ?

Sur le plan économique la France doit être souveraine dans tous les domaines : la santé, l’éducation, l’alimentation. Ça créera des millions d’emplois.

Dans votre programme vous souhaitez restaurer la conscription, pourquoi ?

La formation militaire ne serait pas centrale. Il s’agit plutôt de constituer un grand corps d’entraide publique pour faire face aux catastrophes naturelles. C’est aussi une manière de former une conscience collective. Nous voudrions que ce soit obligatoire et payé. Bien sûr, il y aurait droit à l’objection de conscience et au refus personnel. Tout le monde irait sauf ceux qui ne veulent pas.

La loi sur le séparatisme vise aussi à éviter une forme de scission de la société, est-ce la bonne méthode ?

Le Président de la République invente un séparatisme religieux qui n’existe pas. Mais il y a d’autres séparatismes bien réels en France. Par exemple, celui des riches exilés fiscaux ou qui vivent dans des cités en camps retranchés. Il y a celui lié à l’arrogance intellectuelle des élites… Certes il y a aussi des comportements religieux inadmissibles. La loi les condamne déjà. Pour changer les mentalités, il faut convaincre. Le recours à la force radicalise les fanatiques.

Est-ce que la question environnementale forme aussi un clivage ?

Non, tout le monde a admis le problème. Mais oui, les solutions divergent. Quand on va au cœur des problèmes l’intérêt général met en cause des intérêts particuliers. Alors ils se défendent. Le principe européen d’obligation de concurrence libre empêche de corriger la situation. Pour tout changer, il faut y désobéir et appliquer une planification écologique argumentée mais impérative.

Vous avez déclaré votre candidature très tôt. Ne fermez-vous pas la porte à toute possibilité d’union de la gauche et donc à toute chance de victoire en 2022 ?

Certes la dispersion pose problème. Mais croire que réunir des logos différents suffit pour créer une dynamique c’est se leurrer ! Des divergences décisives sur le futur du pays existent. Nous ne sommes pas d’accord sur la question européenne, sur le passage à une 6eme République et sur la planification écologique. Faudrait-il mentir pour s’unir ? Les gens n’accepteraient pas cette supercherie.

2022, vous y croyez quand-même ?

Oui. Comment se dire démocrate et n’avoir confiance ni dans l’intelligence des électeurs ni dans la valeur des programmes ? Et je compte aussi sur une mobilisation citoyenne permettant d’appliquer tout notre programme ! Passer à la 6eme république nous y aidera.

Gramsci disait : « Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître, et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres », voyez vous des montres apparaître ?

Je les vois. J’ai pris mes dispositions pour qu’ils n’aient pas le dernier mot. Ma vie en atteste. Pour l’heure le pronostic n’est pas fameux. Mais l’avenir ne sera rien d’autre que notre œuvre.

Interview de Jean-Luc Mélenchon (La Dépêche, Midi Libre, L’Indépendant…).

Jean-Luc Mélenchon

mercredi 6 janvier 2021

Entretien avec Barbara Stiegler

Bernard Gensane

La crise sanitaire semble être le révélateur des failles du modèle néolibéral français de la santé publique. Vous l’aviez expliqué dans votre livre Il faut s’adapter"(1). Etait-ce prémonitoire ?

B.S. : Je n’ai eu aucune prémonition, j’ai même pris tardivement la mesure de cette pandémie. Mais c’est vrai sur le fond, mon livre démontre l’écueil du modèle néolibéral, un choix qui entraîne l’explosion des mobilités, l’accélération des rythmes, la compétition effrénée pour les ressources, autant de facteurs qui conduisent à une destruction des systèmes, qu’ils soient sanitaires, éducatifs, sociaux ou qu’ils touchent des corps vivants et des écosystèmes. Des crises comme celle-là vont se reproduire si on ne change pas. La pénurie a été sciemment orchestrée par les dirigeants des entreprises.

 

Pourquoi une telle improvisation dans la gestion de cette crise ?

 

C’est vrai que nous ne sommes pas dans un pays pauvre, nous sommes la 6e puissance économique mondiale ; les causes sont liées à une vision néolibérale de la manière de gouverner. 

La pénurie n’est pas involontaire, elle a été sciemment orchestrée par les dirigeants des entreprises pour s’adapter à la compétition mondiale.  Le modèle néolibéral organise une société de flux basée sur des ressources rares. Une entreprise qui a des stocks perd des points. À flux tendu, il est impossible de faire face à l'imprévu.

Moins il y a de lits de matériels, de médicaments, de personnels, plus il y a d’agilité, d’innovation de dépassement, d’adaptation et cela est considéré comme moteur de progrès. C’est une façon de montrer que l’on est en avance au regard du monde d’avant.

 

Il faut être performant, moderne, autrement dit "Il faut s’adapter"  ! C’est avec cette injonction que s’est faite la gestion de l’hôpital.

 

Sauf qu’à flux tendu il est impossible de faire face à l’imprévu. Cette vision néolibérale est totalement contraire aux conditions de la vie et aux besoins fondamentaux des vivants. Et ce n’est pas valable que pour l’hôpital. C’est aussi le cas dans le monde de la recherche et de l’enseignement,  détruit par cette culture de l’optimisation et de l’innovation sur fond de pénurie.  

 

Vous dénoncez la médecine proactive, est-ce une erreur d’avoir voulu remplacer le bon vieux docteur ?

 

Dans la médecine classique, on tient compte du patient de sa plainte, de son mal. Mais cela est jugé archaïque et  dépassé. La médecine proactive, portée par les prouesses du numérique, tourne le dos à la médecine traditionnelle qui porte assistance à la personne malade.La médecine dite "proactive" demande à l’individu de taire sa souffrance, de s’adapter, y compris dans un environnement dégradé et d’être comptable de la manière dont il optimise les risques.

Cette médecine de l’innovation (...) est dépourvue de toute réflexion critique sur les facteurs environnementaux des maladies et sur nos organisations sociales. Elle fait l’impasse sur ce qui est négatif, refuse d’avoir une vision critique sur les causes de nos pathologies. Refusant de regarder en face la souffrance, la mort et le négatif, elle fantasme l’optimisation de la performance.

De plus cette médecine de l’innovation, focalisée sur les nouvelles technologies et le biomédical, est incapable de prévenir ce genre de crise sanitaire car elle est dépourvue de toute réflexion critique  sur les facteurs environnementaux des maladies et sur nos organisations sociales, qui sont pourtant des déterminants fondamentaux en santé publique.

À la lumière de ce modèle, ce virus venu d’Asie ne pouvait qu’être sous-évalué, il ne pouvait apparaître que comme une « grippette » n’ayant aucune incidence sur la puissance de notre système sanitaire.

Leur aveuglement du flux et leur phobie irrationnelle des stocks qui leur a fait détruire nos stocks de masques, nos contingents de lits et nos effectifs de soignants.

Dans la vision néolibérale, la conduite des individus doit être modelée par les recommandations des experts. Mais cette crise du coronavirus, comme la crise climatique, révèle le retard des gouvernants, dont les visions sont de plus en plus inadaptées aux réalités et dont les décisions sont de plus en plus éloignées du bon sens des populations.

C’est leur aveuglement du flux et leur phobie irrationnelle des stocks qui leur a, par exemple, fait détruire nos stocks de masques, nos contingents de lits et nos effectifs de soignants.

C’est le même aveuglement qui les conduit à supprimer des postes de chercheurs et d’enseignants capables d’avoir une vision sur le temps long, pour leur substituer une main d’œuvre précaire, fluide, adaptable.

Il y a en réalité beaucoup d’argent dans la santé et l’éducation mais affecté à une logique de flux, qui détruit la stabilité nécessaire réclamée par ces métiers.

Cette pression du flux conduit à installer la pénurie et la compétition partout, alors même qu’il y a une débauche de dépenses du côté du management, de l’évaluation, de la machine normative et réglementaire.

Dans ces métiers de santé, d’éducation et de recherche, nous passons de plus en plus de temps à l’évaluation, à l’optimisation, à la compétition et de moins en moins de temps à soigner, éduquer et faire de la recherche.  

C’est cela le néolibéralisme : un Etat très fort, tatillon et bureaucratique, avec, dans les entreprises des dirigeants et des managers qui donnent des caps, appliquent  des politiques intrusives, invasives, qui harcèlent.

C'est un Etat qui est dans le contrôle de tout, à la différence de l’ultra-libéralisme " trumpien " qui lui " laisse faire " et abandonne les populations aux forces sauvages du privé ou du marché. Ces deux formes de libéralisme, qui servent le marché de manière très différente, sont tout aussi dangereuses l’une que l’autre.  

Les politiques et managers ont transformé ces métiers qui formaient la base de nos démocraties. Ils leur ont imposé des réformes permanentes, exigé de la flexibilité.

 

Comment pouvons-nous parvenir à cette démocratie sanitaire que vous appelez de vos vœux ?

 

À l’hôpital mais pas seulement, dans tous les domaines, les premières lignes doivent reprendre la main.

Dans la santé, l’éducation, la recherche, les médias, les institutions culturelles …. Les politiques et managers ont transformé ces métiers qui formaient la base de nos démocraties, ils leur ont imposé des réformes permanentes, exigé de la flexibilité et de l’adaptabilité, c'est-à-dire en fait, une forme de soumission, en imposant l’idée que c’était aller dans le sens de l’histoire. 

Au lieu de passer leur temps à dénoncer les fake news, les gouvernants gagneraient à reconnaître leur retard, ce décalage qui sape leur autorité.

Sauf que, mobilisations après mobilisations, la colère ne retombe pas, les élites continuent de se discréditer. Au lieu de passer leur temps à dénoncer les fake news des réseaux sociaux et à expliquer que pouvoir rime avec savoir, les gouvernants gagneraient à reconnaître leur retard, ce décalage qui sape leur autorité. C’est pourquoi les choix de santé publique, d’éducation, d’environnement doivent être l’affaire de tous et non des experts et des dirigeants.

Le néolibéralisme n’est pas seulement sur les places financières ou dans les entreprises. Il est en chacun de nous, dans nos minuscules façons de vivre, il est temps de retrouver notre puissance vitale et d’agir sur notre propre environnement local.

Les populations de citoyens peuvent elles aussi "s’armer" collectivement, par-delà les clivages de secteurs, de classes et de générations.  Gilets jaunes, manifestations hospitalières, crise du coronavirus, l’individu comprend qu’il n’est plus tout seul face à  son écran, face à son chef, face à sa hiérarchie et que les populations de citoyens peuvent elles aussi "s’armer" collectivement, par-delà les clivages de secteurs, de classes et de générations.  

 

Lors des manifestations, on pouvait lire sur les banderoles des hospitaliers " vous comptez votre argent, on comptera les morts". C’était il y a un an, aujourd’hui les soignants du terrain se disent prêts à reprendre les clés du camion.  

(1) Il faut s’adapter paru chez Gallimard en Février 2019

Bernard Gensane