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samedi 23 novembre 2024

Kamel Daoud, le BHL de Macron, a une femme : une émigrée chanceuse

Jacques-Marie Bourget

Depuis la naissance de sa renommée sur le dos d'une fake news, celles des "Viols de Cologne", Kamel Daoud vit sa carrière sur le mode de "Thomas l'imposteur". 

Arabe détestant les Arabes, défenseur des femmes alors qu'il a été condamné pour violences, il vogue d'un avatar l'autre. C'est un homme précieux pour les néo-coloniaux qui ont besoin de sa bouche pour exprimer leur propre dégout d'un monde hâtivement qualifié "d'arabo-musulman".

Dans un pays guidé par le grand panseur Retailleau, l’homme qui étrille, l’éradicateur ventre à chou, nous savons que tout cheveu trop frisé est maintenant coupé en quatre. Le parcours exemplaire d’une jeune émigrée, assez forte pour échapper aux pièges tendus par un pays dont la patron s’appelle Bruno, est donc exemplaire. Nous avons découvert cette vertu vivante capable d’un tel courage, de grimper son Everest à mains nues. Elle nous vient d’Oran, heureusement sans avoir eu à traverser la Méditerranée à la nage. Son nom est Aïcha Dahdouh-Daoud. Comme un bonheur ne voyage jamais seul, son mari, Kamel, vient d’obtenir le Prix Goncourt. Pour les égarés, précisons Prix de « littérature ». Et l’égérie du lauréat de chez Drouant vient d’obtenir en France le statut de « réfugiée politique ». Elle le mérite bien. Son dossier a été bouclé le temps de quelques claquements de doigt. Déjà, par une grâce tombée du ciel de Saint Honoré, patron de ceux qui roulent dans la farine, Kamel a obtenu la nationalité française le 28 janvier 2020. C’est ce qui est imprimé dans le Journal Officiel de la République. Le saint chrême qui l’a fait fils de gaulois coulant d’une fiole conservée dans le tabernacle de l’Elysée, la naturalisation s’annonçait peu difficile. Nous avions le « fait du prince », la République l’a transformé en « fait du Président ».

Revenons à Aïcha, assez brillante médecin psychiatre d’Oran pour avoir obtenu le Prix Maghrébin Bensmail, pour elle un Goncourt. À l’hôpital de la ville « radieuse », le docteur Dahdouh reçoit des patients comme Saâda Arbane, une rescapée de l’horrible temps où le GIA, géniteur de Daech et consorts était en guerre contre la République d’Algérie. Enfant, celle qui est aujourd’hui trentenaire, a « vu » et vraiment vu, sa famille être massacrée. Elle ? Le coup de sabre à la gorge l’a laissée vivante, mais privée de cordes vocales. Avec, soudé dans les méandres du cerveau, un « syndrome post traumatique » plus violent qu’un ouragan. Pour tenter de se défaire des idées noires nées dans ses années noires, Saâda Arbane avait un besoin vital de soins d’un psychiatre, ce fût ceux de madame Daoud.

Aujourd’hui, après la publication de Houris, roman goncourisé de naissance par la magie des fées penchées sur son berceau, une Arbane martyrisée, pleure la trahison qui lui est faite : elle affirme avoir retrouvé sa vie, celle contée douloureusement à sa psychiatre, encrée dans les pages du Goncourt ! Dès la sortie du livre, chez Gallimard, la jeune femme a été alertée par des amis répétant une même litanie « Mais c’est ton drame, ta vie, que décrit Daoud ! Tu t’es fait voler ton martyre par ta psy ! ».

Au début de l’année 2024, le docteur Dahdouh se fait rare à Oran. Aïcha prépare son transfert vers la France. Normal puisque son mari occupe maintenant une fonction de casque colonial, accroché au porte manteaux de la pensée néoconservatrice française. Sur le sentier de la gloire, elle se devait de le suivre.

Mais comment faire pour mettre en accord le statut de l’épouse et la renommée de l’essayiste ? Elle doit, à Paris, retrouver un titre de psychiatre hospitalier... Et la chanceuse émigrée va réussir. Déclarée « réfugiée politique », elle entre dans une petite cohorte de médecins auxquels la loi rend plus facile l’accès à l’exercice. C’est une martyrisée de l’Etat Algérien qui atterrit donc dans un service de psychiatrie de l’hôpital Pompidou à Paris.

C’est vrai que Aïcha a de bonnes raisons de fuir Oran. La sécurité n’y est pas assurée quand on est femme. Un exemple, une dénommée Nadjat, ex-épouse du Prix Goncourt et mère de ses deux jeunes enfants, a été mise à la porte de chez elle, puis frappée par un homme violent équipé d’un bâton. 

Heureusement, le battant a été identifié et condamné. Son nom : Kamel Daoud. Futur Nobel.

Le Grand Soir

lundi 18 novembre 2024

Marine Le Pen et l'égalité devant la loi

Antoine Manessis

Dura lex sed lex. Marine Le Pen devra s'y faire la loi s'applique à toutes et tous. Du moins en théorie.

A la suite de l'affaire des "assistants parlementaires européens du RN"  les procureurs ont demandé, à l’encontre de la députée du Rassemblement national (RN) une amende de 300.000 euros, cinq ans de prison, dont deux ans ferme aménageables, et une peine de cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire.

La cheffe du RN déclare au JT de 20h sur TF1 qui lui ouvre grand les bras: "Ce réquisitoire est révoltant. Il est profondément outrancier. Il réclame des condamnations qui sont sans commune mesure, allant jusqu’à demander la peine de mort politique avec exécution provisoire contre moi".

Et nous qui pensions bêtement que le RN était justement pour la peine de mort et  trouvait la justice trop laxiste...la voici qui est "outrancière". Pourquoi ? Parce qu'elle applique la Loi. Les procureurs n'inventent rien, ils proposent d'appliquer ce que le pouvoir législatif a décidé contre ceux ou celles qui détournent l'argent public. Détournement estimé dans ce dossier à près de 7 millions d’euros.  Mais appliquer la loi à l'héritière en chef du RN, quelle insolence !

L’exécution provisoire qu’a demandée le parquet dans ses réquisitions, empêcherait très probablement Marine Le Pen d’être candidate à une prochaine élection présidentielle. Mais rien n'est fait. On ignore quelle décision sera prise en définitive, même si le RN en profite pour faire de l'agitation et de la propagande.

Ce qui est notable c'est que l'extrême-droite et la droite, comme Darmanin jouant au sauveur de Marine, sont tous à réclamer que la loi ne s'applique pas avec trop de rigueur puisque le parti de Le Pen a réuni 10 millions de voix. On pourrait penser que cela ajoute encore à la responsabilité des dirigeants dans ces magouilles financières. 

Mais voilà que très soudainement le RN et la droite voit dans l'application stricte de la loi une atteinte aux libertés et une manœuvre politique.

Faudrait savoir...

De plus Marine Le Pen n'est pas la seule qui puisse porter la voix du RN. Il semblerait même qu'une opération médiatico-politique mette Jordan Bardella sur le devant de la scène soutenu par Vincent Bolloré ses chaînes de télé, de radio et ses maisons d'édition (Fayard). Les grenouillages, les trahisons, les "nuits des longs couteaux" sont une tradition  au sein du fascisme.

Rien, aucune décision de justice,  n'épargnera à la gauche politique et syndicale, aux organisations anti-racistes, aux associations attachées aux libertés de combattre politiquement le RN. Même une dissolution (certains l'envisageaient il n'y a pas si longtemps) ne réglerait pas le problème. Les questions politiques n'ont de solutions que politiques.

Quant à la justice, nous sommes marxistes. Nous considérons qu'en tant qu'institution de l'Etat bourgeois, elle est un des appareils de la classes dominante. Difficile de ne pas en faire le constat tout au long de l'histoire.  De la répression anti-syndicale, dès la naissance du mouvement ouvrier organisé, à celle contre le mouvement des Gilets jaunes. Sans oublier l'attitude de la magistrature durant l'occupation hitlérienne.

Bien entendu il ne s'agit pas d'avoir une vision dogmatique. Comme toutes les institutions la justice est traversée par des rapports de forces politiques, idéologiques. La justice n'est pas un bloc homogène mais un espace de lutte, un champ conflictuel et non un simple "outil"  de la classe dirigeante tel que la vision mécaniste du matérialisme vulgaire la conçoit.

En tous les cas, quel que soit le cas de figure, la lutte politique contre le néofascisme sera un des axes principaux de toute politique pour les forces de gauche, ce combat a une dimension stratégique et les aléas tactiques n'y changeront rien.

Antoine Manessis

Comment Jacques-Marie Bourget a survécu à la balle du sniper israélien

Le Grand Soir

Tuer des journalistes est une vieille tradition israélienne.

L’importance du timing en politique : Jacques-Marie Bourget, alors en reportage à Ramallah pour Paris-Match, se lève au moment précis où la balle du sniper de l’armée d’Israël devait percer son coeur. C’est un poumon qui est touché.

Bien plus tard, l’imitateur Donald Trump tourne la tête au moment précis où une balle devait percer son crâne. C’est son oreille qui est touchée.

La différence, c’est que le bobo de Trump a été soigné aussitôt alors que, vous allez voir, les autorités israéliennes ont tout essayé pour que Bourget crève sur place. Il a fallu une intervention énergique du président français, Jacques Chirac, pour que la victime puisse être rapatriée en France et y soit soignée.

Et voici pourquoi Jacques-Marie Bourget a pu donner 160 articles au Grand Soir. Qu’il en soit remercié.

Dans l’interview ci-dessous (16 minutes) accordée à Al Jazeera les questions sont en langue arabe. Mais Jacques-Marie Bourget s’exprime en français.

Le Grand Soir

samedi 16 novembre 2024

Prison et inéligibilité pour le RN : détourner 6,8 millions ça paye, mais ça peut coûter cher

Antoine Chantin

Mercredi le Marine Le Pen a dû faire face à une nouvelle déconvenue dans le cadre du procès sur les assistants du RN. Les procureurs ont requis des peines records contre les apparatchiks d’extrême droite, faisant planer une inéligibilité pour la dirigeante du parti aux prochaines présidentielles.

Mercredi 13 novembre, le parquet a rendu ses réquisitions dans le cadre du procès des assistants du RN. Une véritable douche froide pour le parti d’extrême-droite et particulièrement pour sa présidente Marine Le Pen. Les procureurs ont en effet requis des peines inédites dans une affaire de détournement de fond publics elle-même historique. Comme l’ont rappelé les procureurs : « les faits ont un caractère inédit par leur ampleur, leur durée, et leur caractère organisé et systémique ».

Le procès d’un immense système de détournement de fonds

Le parti d’extrême-droite est en effet accusé de détournement de fonds publics, de « recel » et de « complicité » dans le cadre d’emplois fictifs au Parlement européen de 2009 à 2016, dont le préjudice est évalué à 6,8 millions d’euros. À l’issue de cette journée, les principales têtes du parti risquent, en plus de très fortes amendes, des peines de prison ferme mais également des peines d’inéligibilité qui seraient immédiatement applicables. Un véritable coup dur pour le parti, et particulièrement pour sa cheffe Marine Le Pen. Les magistrats du parquet ont requis à son encontre 300 000 euros d’amende ainsi que deux ans de prison ferme, immédiatement applicables même en cas d’appel, et trois ans avec sursis. Une peine qui, si elle était prononcée, empêcherait à la figure du RN de se présenter aux prochaines échéances électorales, notamment aux présidentielles de 2027.

Pourtant, la dirigeante d’extrême-droite a donné de sa personne tout au long du procès pour éviter un tel scenario. En plein cœur des discussions sur le budget au Parlement, elle s’est rendue trois demi-journées par semaine au tribunal afin de répondre des accusations visant son parti. Malheureusement pour l’extrême-droite, Marine Le Pen n’a pas fait mouche devant les magistrats du Parquet qu’elle cherchait à convaincre, au cours de ses prises de parole, que son parti était en réalité victime d’une véritable machination judiciaire.

D’après elle, l’ensemble des éléments présentés à charge contre le RN auraient été construits de toute pièce par les magistrats en charge de l’instruction. Une posture également mobilisée contre la présidente du tribunal elle-même, face à laquelle Marine Le Pen s’est lamentée : « J’ai le sentiment qu’à maintes reprises, votre opinion était déjà faite ». Ce masque de victime s’est heurté au vide abyssal des éléments portés par la défense. Des contradictions que les procureurs n’ont pas manqué de soulever au cours de leurs réquisitions. « La fiction alternative qui vous est soutenue en défense n’est corroborée par aucun élément », lance par exemple un procureur après avoir exposé le véritable système mis en place par le parti.

Un système assimilé à une « entreprise de détournement systématisée » qui, loin de l’image « anti-système » que cherche tant bien que mal à se donner le RN, assurait des « salaires confortables (…) aux proches et aux fidèles de la famille Le Pen », finançant par exemple un majordome au service de Jean-Marie Le Pen financé grâce à ce détournement...

Marine Le Pen menacée d’inéligibilité

Marine Le Pen a joué un rôle central dans toute cette opération. Prenant la suite de son père la tête du parti, la députée aurait cherché à « faire des économies grâce au Parlement européen » et donné une mission « d’équilibrage et d’optimisation financière » à son bras droit en charge du détournement de fonds, selon les procureurs. « Les embauches sont décidées par Marine Le Pen sans que les députés soient consultés préalablement » ont également rappelé ces derniers, d’où les réquisitions qui la visent.

Si la posture victimaire n’a pas attendri les magistrats, elle a en revanche parlé à certaines figures du régime qui n’ont pas hésité à voler au secours du RN et du clan Le Pen. L’ancien ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron, Gerald Darmanin, a poussé des cris d’orfraie à l’issue des réquisitions. « Il serait profondément choquant que Marine Le Pen soit jugée inéligible et, ainsi, ne puisse pas se présenter devant le suffrage des Français. Combattre Madame Le Pen se fait dans les urnes, pas ailleurs. Si le tribunal juge qu’elle doit être condamnée, elle ne peut l’être électoralement » a expliqué l’ex-ministre de l’Intérieur.

Une position qui vise avant tout à dialoguer avec l’électorat du RN, que Darmanin convoite depuis de longues années, puisant régulièrement dans le programme de l’extrême-droite. Or, si les peines d’inéligibilité constituent en effet des mesures anti-démocratiques, le ministre est moins préoccupé de cet enjeu lorsque les tribunaux les prononcent automatiquement contre les soutiens de la Palestine, réprimés au titre de « l’apologie du terrorisme »… « Ils distribuent des peines d’inéligibilité automatiques à la pelle pour des tweets de soutien à la Palestine mais crient au scandale et se victimisent quand ça touche l’un d’entre eux » a ainsi dénoncé Elsa Marcel sur X.

Quelle que soit la peine prononcée, une chose est sûre, le procès aura permis de souligner combien le Rassemblement national est un parti bourgeois corrompu, prêt à détourner de l’argent public à son profit dès que l’occasion se présente, en tirant profit de ses positions dans les institutions. Alors que le RN est l’un des soutiens essentiels de la surenchère austéritaire et néolibérale du gouvernement...

....son intégration profonde à un système où la corruption est la règle pourrait d’ailleurs être son principal atout pour éviter une condamnation aussi lourde que celle requise par la procureure.

Révolution Permanente

vendredi 15 novembre 2024

Marine Le Pen, ça va, ça vient… (I)

Bernard Gensane

Marine Le Pen est connue, dit-on, pour la fermeté de ses engagements. Le problème, c’est que c’est rarement la même fermeté et pas toujours les mêmes engagements.

 

On dit que sur le voile, le mariage pour tous, le laxisme de la Justice, l’immigration, les positions de Marine Le Pen ont toujours été claires. Mais dans ces domaines qui fondent le substrat de l’engagement d’extrême droite, elle est désormais bien souvent doublée par les autres formations de droite et d’extrême droite, telle Reconquête ! par exemple.

Le voile, a-t-elle pu dire, est le marqueur d’une idéologie aussi dangereuse que le nazisme : « un marqueur d'une idéologie que j'entends combattre avec la plus grande virulence, qui est l'islamisme, qui n'est pas une religion, qui est une idéologie totalitaire (…) Je la crois aussi dangereuse que le nazisme ». Mais, pour se garder sur sa gauche, elle prend bien soin de préciser que « l’islamisme n’est pas l’islam ». Un peu plus tard, interrogée dans le Vaucluse, un département où réside une forte population musulmane, elle estime que le voile est un problème complexe qui nécessite des mesures progressives. Jordan Bardella vient à la rescousse en affirmant que Marine Le Pen ne recule pas du tout sur l'interdiction du port du voile.

À propos de l'avortement elle affirme que l'avortement de confort semble se multiplier. Le 8 mars 2012, lors de la journée des droits des femmes, elle réitère son projet de dérembourser l'IVG : « l'avortement de confort, qui est un terme qui a scandalisé tout le monde et qui est pourtant utilisé par les médecins, semble se multiplier dit-elle dans “Les 4 vérités” sur France 2. Ce qu'on appelle les avortements répétitifs, c'est à dire 2 à 3 fois concernerait une femme sur 10 il y a 10 ans et 2 sur 10 aujourd'hui. De nombreuses femmes se servent de l'avortement comme un véritable moyen contraceptif." Depuis, Marine Le Pen s'est montrée plus mesurée : elle contredit sa nièce Marion Maréchal-Le Pen qui estimait qu'il fallait revenir sur le remboursement intégral et illimité de l'IVG. Marine Le Pen explique qu'il n'y aura aucune modification ni du périmètre ni de l'accès ni du remboursement de l'IVG si elle est élue présidente de la République. Mais ses élus au Parlement ont voté contre l'allongement du délai d'IVG de 12 à 14 semaines. Au Parlement européen ils ont voté contre une résolution visant à condamner la décision de la Pologne d'interdire la quasi-totalité des avortements en novembre 2020 puis en 2021.

Á propos du mariage entre homosexuels, elle demande dans un premier temps si on ne pourrait pas carrément autoriser la polygamie. En 2011 Sur France Inter, elle explique : « Nous sommes les enfants d'une civilisation qui a fondé les règles de notre société. Le mariage s'effectue entre un homme et une femme ; je ne pense pas qu'il soit positif de changer cette règle parce qu'alors on peut aller à la limite très loin dans la modification de notre civilisation. On peut décider qu'après tout pourquoi n'a-t-on le droit que de se marier avec un homme ? Pourquoi pas avec plusieurs ? Pourquoi pas donc l'autorisation de la polygamie ? En 2016 elle se prononçait pour la suppression du mariage homosexuel qu'elle souhaitait remplacer par un pacs amélioré. Sur ce point aussi son discours a bien évolué. Lors de son déplacement dans le Vaucluse, une femme mariée à une femme l'avait interpellé pour savoir si elle comptait changer les droits des homosexuels. Elle répondit qu'elle ne retirerait « aucun droit aux Français ». Dans le programme actuel du Rassemblement national Marine Le Pen envisage de renforcer l'interdiction de la gestation pour autrui et propose un moratoire d'au moins 3 ans sur les sujets sur les évolutions sociétales significatives qui ont particulièrement touché les familles et profondément diviser les Français ces dernières années.

En 2011 elle se déclare pour la peine de mort. Elle propose de rétablir cette peine pour les trafiquants de drogue. Elle suggère ensuite d'organiser un référendum à ce propos. Elle propose de choisir entre la peine de mort ou la perpétuité « réelle » sans remise de peine : « Moi je suis pour la peine de mort. Nos sociétés ne sont pas des sociétés de Bisounours. » Plus récemment, elle déclare que la question de la peine de mort pourrait passer par un référendum tout en concédant que le référendum d'initiative citoyenne ne peut pas modifier la Constitution.

La Collaboration demeure toujours une pilule amère qui ne passe pas. En avril 2017, Marine Le Pen affirme que la France n'est pas responsable de la rafle du Vel’ d'Hiv’ de juillet 1942 quand 13 000 juifs furent arrêtés par des policiers français avant d'être acheminés dans les camps d'extermination nazis : « S'il y a des responsables, ce sont ceux qui étaient au pouvoir à l'époque. Ce n'est pas la France. La France a été malmenée dans les esprits depuis des années. On a montré à nos enfants qu'ils avaient toutes les raisons de la critiquer. Ne donnant à voir que les aspects historiques les plus sombres. Je veux qu'ils soient à nouveau fiers de la France », affirme-t-elle lors de la campagne pour l'élection présidentielle. Le Crif dénonce « des propos révisionnistes qui dévoile le véritable visage de son parti et qui rejoignent quelque peu les positions de son père. »

Concernant la religion musulmane, elle doit faire en sorte de ne pas choquer le peuple français. En plein débat sur l'identité nationale et la polémique sur les minarets en février 2010, Marine Le Pen est interrogée par des internautes sur le site du Monde. L'un d'eux lui demande : « Si laïcité il y a, devrions-nous cacher les croix et cloches des églises ? » Ce à quoi la vice-présidente à l'époque du FN répond : « Non, car nous sommes dans un pays de culture chrétienne et cette culture fait partie intégrante de notre identité nationale. La religion musulmane est récente. En France, elle doit donc être raisonnable dans ses réclamations et faire en sorte de ne pas choquer le peuple français, ou d'ailleurs le peuple européen. Mais de toute façon, la laïcité est déjà quotidiennement violée par nos dirigeants. Quelques exemples : le financement public des mosquées par l'intermédiaire des communes entre autres ; les spécificités alimentaires imposées dans les cantines ; les prières sur la voie publique comme c'est toujours le cas dans plusieurs villes de France. Les exemples sont hélas innombrables. » lors d'une réunion du Front national à Lyon en décembre 2010, Marine Le Pen suscite la polémique : « il y a 15 ans on a eu le voile, puis il y a eu la burqa, puis il y a eu des prières sur la voie publique. C'est une occupation de pans du territoire dans lesquels la loi religieuse s'applique. Certes il n'y a pas de blindés, il n'y a pas de soldats, mais c'est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants. Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s'il s'agit de parler d'occupation, on pourrait en parler pour le coup parce que ça c'est une occupation du territoire. »

Le 1 mai 2003, Marine Le Pen est interrogée a France Inter à l'occasion du défilé du Front National à Paris. Il lui est demandé si elle a eu une pensée pour Brahim Bouarram, jeté dans la Seine par un militant d'extrême droite le 1er mai 1995 : « Je crois qu'il n'y a pas de victimes plus respectables que d'autres. Je crois que si on rendait hommage à toutes les victimes de la voyoucratie et de la criminalité, on pourrait paver le périphérique. »

Marine Le Pen n'a pratiquement pas varié sur le traitement qu'il faut réserver aux délinquants étrangers : « Les délinquants français seront mis en prison et les délinquants étrangers dans l'avion. » Dans le même ordre d'idée, elle proclame qu'il faut repousser dans les eaux internationales les migrants qui voudraient entrer en Europe.  Aujourd'hui, elle estime toujours que l'immigration est « incontrôlée » et menace la « souveraineté » de la France. Dans son programme pour la présidentielle de 2022 elle proposa notamment de supprimer le droit du sol et de mettre fin au regroupement familial.

Marine Le Pen n'a jamais été tendre avec les syndicalistes qui pour elle « sont toujours ceux qui font semblant de combattre et enterrent en général les travailleurs. »

Marine Le Pen fait partie de l'immense cohorte des politiques et des gens des médias qui confondent ou, plus exactement, qui font semblant de confondre absence et absentéisme. Elle propose de suspendre les allocations familiales et les bourses scolaires en cas d'absentéisme, donc de revenir au principe de la loi Ciotti de 2010 qui prévoit « la suspension des allocations familiales et des bourses scolaires en cas d'absentéisme avéré et de perturbations graves et répétées au sein des établissements scolaires ».

Cadeau. Une petite dernière de la Marine : "Nos compatriotes juifs le savent, l'antisémitisme est dû à l'implantation de l'islamisme dans notre pays."

Même Pétain et Laval l'avaient dit avant elle.

Bernard Gensane

lundi 11 novembre 2024

Trump, Cromagnon libertarien

Gérard Filoche

Cette « victoire » de Trump est une désolation pour l’humanité entière, pour les US et pour la planète, désolation pour l’intelligence, la culture et la science, contre la démocratie et les droits des femmes, un succès de l’obscurantisme en négation de la fraternité et de la paix.

Ça concerne le monde entier et pas seulement les US. Ceux qui disent qu’il a fait et veut la paix, désenchanteront très vite, un protectionniste nationaliste finit toujours par faire la guerre. Et sa vision du monde est identique à celui qu’il n’a cessé de proclamer comme son meilleur ami : Netanyahu. Ceux qui disent qu’il a signé pour la paix en Afghanistan savent aussi qu’il l’a fait en donnant le pouvoir direct sans condition aux Talibans, et vu ce que Trump pense des femmes, ça ne surprend personne. Trump, c’est le protectionnisme anti-chinois, et ça va de pair avec le renforcement du lobby militaro-industriel US, et il veut brutalement que l’UE fasse pareil, qu’elle s’arme, qu’elle ait son propre lobby militariste renforcé ! Il aime les armes de ses citoyens plus que leur santé et leur bien-être.  Trump est proche du libertarien facho-Cromagnon anti social, Elon Musk, il favorisera tous les Milei du monde, de Buenos Aires à Budapest, de New Delhi à Rome. La carte de sa diplomatie sera à son image, brutale et impériale. L’attention portée par la première puissance du monde à la lutte contre le dérèglement climatique sera nulle. Idem pour toutes les coopérations internationales en matière de santé, d’éducation, de développement, tous les besoins humains seront sacrifiés sur l’autel de la balance commerciale US.  Business US d’abord. États-unis-xit ! Isolationnisme et menace sur le monde vont de pair.

Et ceux, aveugles qui disent, que Trump ne sera « pas pire » que Biden-Harris, et même que ce sera « mieux pour le peuple américain » qui l’a « démocratiquement choisi », de quel « peuple », de quoi parlent-ils ? De celui qui, par dizaines de millions, n’a pas de logement, pas d’école, pas d’emploi stable mais trois boulots asservissants par jour ? Ceux auxquels il est accordé un « jour de santé gratuite » par an dans des camps de toile éphémères ? Comme dit Bernie Senders : « Lorsqu’il est traité pour un cancer, un américain sur 4 fait faillite ou perd son logement … Nos confrères oncologues US appellent cela « financial toxicity »…  (Spécialement dédicacé à tous ceux qui passent leur temps à vomir sur les « charges sociales »)

D’abord, tous les capitalismes, tous les impérialismes ne sont pas « pareils », c’est comme dans les films, il y surgit des Dark Vador. Les US ont conduit 278 guerres depuis 200 ans pour défendre leurs intérêts commerciaux, c’est une constante de leur impérialisme. Nixon, les deux Bush, Clinton, Obama ou Biden n’ont pas fait autre chose. C’est très vrai (et en dépit de l’admiration que lui portait Hollande) Biden n’a jamais rien fait de mieux ni de différent, il n’a jamais eu à voir avec le « new deal » de Roosevelt (encore moins avec sa tranche d’impôt à 91 % pour ceux qui gagnaient plus que 20 fois le smic) il n’a même pas développé les timides tentatives de l’intelligent Barak Obama de lever le blocus de Cuba, ou d’initier un début de début de Sécurité sociale, il n’a pas fait reculer d’un pouce les inégalités dans le pays et quoique femme et noire, Kamala Harris, dans sa campagne, ne proposait pas davantage de progrès.

Faute de gauche radicale à la Bernie Senders, c’est l’extrême-droite qui gagne. C’est vrai partout.

Donc, oui, Trump est pire que Biden : ça vient d’en haut, à cause de la volonté des grands manipulateurs de médias, de la formation et de l’information, des milliardaires à la Elon Musk, de la pire des puissances du fric qui a choisi de cultiver l’obscurantisme, et donc de nourrir délibérément la pauvreté, la faim, la guerre de classes et la cruauté. Car même parmi tous les tenants du fric, il y a des sous-catégories, et celle qui gagne avec Trump et Elon Musk fait partie de la pire, celle qui a besoin et qui veut abrutir le peuple, pour enlever toute culture au salariat. Trump c’est pire parce qu’il offre un modèle mafieux, barbare anti culture, cynique, menteur, illuminé, délirant mentalement, au monde entier. Il est une victoire des congrégations religieuses, évangélistes, anti-évolutionnistes, qui croient que la terre est plate, qui racontent que les humains sont sortis de la cuisse de Dieu, mais naturellement pas les femmes, qui « s’attrapent par la chatte », et auxquelles il faut supprimer l’IVG. De ceux à qui il a été enseigné que Hitler était de gauche, libéral et pour le confinement. De ceux qui veulent des « murs » pour se défendre des virus et des immigrés et auxquels Trump raconte que lesdits immigrés mangent leurs animaux de compagnie.

Ce qui s’est passé n’a rien à voir avec la démocratie mais avec l’abrutissement volontaire, ce n’est pas le choix d’un peuple, c’est le résultat de la manipulation délibérée, voulue, organisée, d’une partie d’un peuple. Ne dites pas « ils l’ont librement choisi » : faisons les bonnes distinctions, avec la partie du salariat, celle qui fait des grèves puissantes et victorieuses, pour ses salaires dans l’automobile ou l’aéronautique, la partie cultivée encore massive, qui résiste à ça, et qui a voté Kamala Harris seulement par défaut  : l’ensemble du pays est soumis aux ravages idéologiques des libertariens, et pour les chasser, les « insurrections civiques » n‘y suffiront pas, il y faudra des soulèvements sociaux, puissants et révolutionnaires du salariat US afin que ce gigantesque pays reparte en avant, se libère de l’emprise des sectes, et des préjugés primitifs distillés savamment par le capitalisme.

Nous pouvons les aider, par nos propres luttes, dans cette voie, en ne sous résignant pas nous-mêmes et en dénonçant partout dans nos pays, comme il le faut l’ignoble caricature et le danger résistible incarné par l’affreux Trump...

....c’est le moment, avant que ça nous arrive avec Le Pen, de relever le défi et non pas de ployer, d’être une ferme alternative socialiste et non pas des libéraux de rechange, d’être radicalement pour la révolution sociale afin d’empêcher ce monde entier de se trumpiser.

 Gérard Filoche

mercredi 30 octobre 2024

Prix Sakharov décerné à deux marionnettes

André Lacroix

Dans tous les journaux du vendredi 25 octobre 2024, on a pu lire en substance : « Le prix Sakharov, la plus haute distinction de l’Union européenne pour les droits humains, a été décerné jeudi à Maria Corina Machado et Edmundo Gonzalez Urrutia, respectivement cheffe et candidat de l’opposition vénézuélienne à la présidentielle de juillet. » 

Une fois de plus, nous assistons à une initiative exécrable du Parlement européen. Une fois de plus, nous assistons à un manque criant d’esprit critique de la part de la presse.

Les nombreuses pantalonnades du Parlement européen

1) Le 19/09/2019, par 535 voix pour, 66 contre et 52 absentions, le Parlement européen vote une résolution mettant sur le même pied le nazisme et le communisme, comme si on pouvait condamner à parts égales le régime génocidaire hitlérien, fondé sur le racisme biologique, et le communisme. Ce dangereux amalgame a été dénoncé dans une carte blanche signée par des professeurs d’université, des essayistes, des auteurs et des cinéastes (1).

2) Dans sa résolution du 09/06/2022, ce même Parlement déclare que « les preuves crédibles concernant les mesures de prévention des naissances et la séparation des enfants ouïghours de leur famille constituent des crimes contre l’humanité et représentent un risque sérieux de génocide ». Cet avis, s’appuyant notamment sur les fantasmes d’Adrian Zenz, est loin d’être partagé par de nombreuses sommités internationales, comme, par exemple, l’anthropologue française Danielle Bleitrach, le professeur allemand Thomas Heberer, le professeur émérite australien Colin Mackerras, le chercheur étatsunien Michael O’Halon, le professeur italien Fabio Massimo Parenti, le juriste britannique Graham Perrry, le juriste canadien William Schabas ou l’expert turc des droits de l’homme Mehmet Sukru Guzsel, etc., etc. (2).

3) Le 23/10/2008, le Parlement européen avait qualifié l’Holodomor de « crime contre l’humanité » et voilà que, quatre ans plus tard, le 15/12/2022, pour ce même parlement, le même fait historique devient un « génocide ». Sur quelles révélations historiques récentes, sur quelles archives nouvellement découvertes les parlementaires européens se sont-ils basés pour franchir ce cap ? Aucune. Mieux (ou pire) : de nombreux spécialistes ont démontré que cette accusation reposait sur du vent. Citons notamment les historiens britanniques Robert W. Davies et Stephen G. Wheatcroft, les historiens étasuniens J. Arch Getty, Stephen Kotkin, Marc Tauger et Frank E. Sysyn (d’origine ukrainienne), l’historien canadien David R. Marples, l’historien canado-étatsunien (d’origine ukrainienne) John-Paul Himka, l’historienne allemande Franziska Davies, l’historienne française Annie Lacroix-Riz, l’économiste britannique Stephen Rosefielde, l’économiste britannique Michael Ellman... Excusez du peu. Mention spéciale à Oleg Nesterenko, dont les grands-parents ont été confrontés à la terrible famine des années 1930 qui a sévi dans d’autres provinces de l’URSS que l’Ukraine (3).

4) Dernière initiative partisane du Parlement européen : l’attribution du Prix Sakharov à deux opposants vénézuéliens dont la Présidente Roberta Metsola affirme, sur base de leur soutien par Washington, qu’ils défendent « les valeurs qui sont chères à des millions de Vénézuéliens (...) : la justice, la démocratie et l’État de droit ». Mais que cachent ces titres ronflants ? N’eût-il pas été plus sérieux de demander l’avis critique d’Alfred de Zayas, ce célèbre historien et juriste de nationalité étatsunienne et suisse, qui connaît bien le Venezuela pour y avoir enquêté en tant qu’expert mandaté par l’ONU (4) ?

Comment expliquer une telle série d’« exploits » sinon par le fait que le Parlement européen est de plus en plus dominé par la droite, elle-même influencée par l’extrême droite et que la faction majoritaire de la gauche et des écolos s’est ralliée aux thèses russophobes et sinophobes ?

Une grande presse aux ordres

Mais comment expliquer que de telles initiatives partisanes ne suscitent guère d’opposition chez les citoyens européens ?

Si, au cours d’un un micro-trottoir dans nos pays on posait les questions suivantes :
1) Oui ou non peut-on mettre sur le même pied le communisme et le nazisme ?
2) Oui ou non les Ouïghours sont-ils victimes de génocide ?
3) Oui ou non l’Holodomor (la famine des années 1930 dont ont souffert les Ukrainiens) était-il un génocide ?
4) Oui ou non, le parlement européen a-t-il bien fait de décerner le Prix Sakharov à deux opposants au gouvernement vénézuélien ?

Nul doute que les réponses seraient OUI à 90%.

Comment est-ce possible, sinon parce que la grande presse manque cruellement d’esprit critique ? Pour rappel, la Charte de Munich qui est un peu pour les journalistes ce qu’est le Serment d’Hippocrate pour les médecins oblige chaque journaliste à « ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste (art. 9) et à « rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte » (art. 6).

Il est symptomatique, par exemple, que parmi les signataires de la carte blanche dénonçant l’amalgame entre le nazisme et le communisme (1), on ne trouve que deux journalistes retraités, à savoir Jean-Marie Chauvier et Hugues Le Paige (5).

Aujourd’hui on assiste au triomphe du « journalisme de révérence » dénoncé par Serge Halimi. Cela s’explique notamment par la concentration des organes de presse dans les mains de quelques milliardaires ayant eux-mêmes tout intérêt à maintenir le « désordre établi », pour reprendre la formule d’Emmanuel Mounier.

Rares, sinon très rares, sont les journalistes, surtout les jeunes, qui ont la liberté de nager à contre-courant. Pour ne pas être virés, ils sont obligés de s’autocensurer. On peut les comprendre quand ils apprennent, par exemple, qu’une personnalité comme Pascal Boniface, le fondateur et directeur de l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) a été « blacklisté » par France Inter, France Culture et Le Monde (6).

Heureusement, il existe d’autres canaux que les médias installés. Beaucoup sont très sérieux et abondamment documentés, ce qui leur vaut d’être régulièrement accusés de complotisme pour la simple raison qu’ils ne bêlent pas comme le reste du troupeau.

Pour en revenir au Prix Sakharov, comment se fait-il qu’aucun grand journal à ma connaissance, n’ait pas profité de cette occasion pour donner la parole à de grands connaisseurs de la situation au Venezuela, comme, par exemple, les journalistes Romain Migus ou Maurice Lemoine ? Comment n’ont-ils pas profité de l’occasion pour faire écho au témoignage et aux analyses d’Alfred de Zayas, pour qui Maria Corina Machado et Edmundo Gonzalez Urrutia ne sont que des « marionnettes de Washington » ?

(2) À lire aussi les excellents articles du journaliste canadien Ajit Singh, comme, par exemple : https://thegrayzone.com/2021/03/17/report-uyghur-genocide-sham-university-neocon-punish-china/.
(5) À noter aussi que Marc Molitor, le seul journaliste belge francophone à avoir mouillé sa chemise en faveur de Julian Assange est aussi retraité.

Le Grand Soir

lundi 28 octobre 2024

Fabien Roussel...pathétique

NBH

"Si je devais me représenter, ce ne serait pas dans une alliance avec LFI" a  déclaré Fabien Roussel chef du PCF qui a perdu son siège de député du Nord, un bastion du parti communiste, aux dernières législatives précisant que cette position "n’engage que lui".

Le secrétaire national du PCF, quand il s'exprime dans la presse "n'engage que lui". On se demande de qui il se fiche : de ceux qui tentent de comprendre ce qu'il dit ou des adhérents de son parti ? Il a poursuivi  "Si j’avais pas fait cette alliance, j’aurais conservé mon poste", estime le numéro un du PCF, partie prenante du Nouveau Front Populaire  (NFP) mis en place au lendemain de la dissolution avec le PS, EELV et LFI pour mener la bataille des législatives.

"Cet accord NFP, il fait élire dès le premier tour Sandrine Rousseau à Paris et battre Roussel. Ça doit nous interroger"  selon qui "l’alliance, telle qu’elle a été construite, ne permet pas de gagner". On ne voit d'ailleurs pas pourquoi l'élection de Sandrine Rousseau serait moins importante que celle de Roussel. On serait même tenté de penser le contraire.

Pauvre Roussel. A-t-il oublié son score aux présidentielles de 2022 ? 2,2% des voix exprimées. On attend toujours l'explication de la débâcle.

Aux législatives de cet été, post-dissolution, Roussel est battu dans une circonscription tenue par le PCF depuis de décennies par un néofasciste du RN dès le premier tour. On attend toujours l'autocritique. 

Parce que mettre ça sur le dos du NFP grâce auquel le PCF a sauvé quelques députés, c'est déjà gonflé. Mais quand, en plus de cela, on tente de cacher sa médiocrité et son incohérence politique en accablant le NFP qui a permis de stopper le RN qui se voyait déjà à Matignon, ça devient franchement pathétique. La claque monumentale qu'il a prise dans sa circo n'est due qu'à  la longue agonie du PCF et à la nullité de son chef.

Le NFP n'existait pas en 2022 quand il s'est ramassé à la présidentielle avec 2,2%.

Le NFP n'existait pas quand la liste du PCF s'est ramassé une méga gamelle avec 2,3% et pas un seul député.

Les PCF n'a eu besoin de personne pour passer de 20% à 2% en 50 ans. Même Georges Marchais, qui n'était pas une flèche, faisait encore15% en 1981. Roussel prépare donc les prochaines présidentielles où il entend briller ? Il n'y a que lui pour le croire. En tous les cas, il prend l'initiative de briser le NFP.

"Fabien, on t’aime bien, mais Mélenchon, on n’en veut pas", aurait-il entendu au gré de sa campagne. Ah bon ? 22% pour l'un, 2% pour lui...Est-il bien sûr que c'est de Mélenchon que les gens ne veulent pas ?

Cette prise de distance avec La France Insoumise, Roussel entend la mettre à l’ordre du jour de son parti, qui tient bientôt une conférence nationale. Il reprend les calomnies des droites contre le "communautarisme", le "combat identitaire" de la FI. Après avoir défilé derrière les flics, il reprend le discours de C-News. 

Même sur la solidarité avec la Palestine, qui était historiquement un point fort du PCF, Roussel a déserté ce combat. Heureusement la FI a pris le relai et avec quel courage.

Et heureusement  le fossoyeur de l'unité n'a plus guère d'influence.

NBH

Quand Yael Braun-Pivet s’attribue illégalement des pouvoirs de police

Régis de Castelnau

La mise en place petites touches par petites touches, du fascisme réellement existant se poursuit.

Madame Yael Braun-Pivet, réélue présidente de l’Assemblée nationale grâce à la stratégie des castors, vient de s’attribuer des pouvoirs de police !

Elle interdit l’accès dans les locaux de l’Assemblée au collaborateur d’une députée pour des propos qu’il aurait tenus. Usant à cette occasion de sa liberté d’expression fondamentale garantie par l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme. Cette violation de la liberté fondamentale de Monsieur Ritchy Thibault, et de la liberté politique de la députée est invraisemblable.

Bruno Retailleau, jamais en retard d’une ânerie, a déposé une plainte contre Thibault pour « injure publique » à la suite de ses propos sur la « police enfants de Pétain ». C’est une procédure de la loi sur la presse dont il n’est absolument pas sûr qu’elle aboutisse à une condamnation, et en tout cas, dont le jeune collaborateur qui ne risque pas grand-chose, est présumé innocent. Avec de bonnes chances de le rester compte tenu du caractère grotesque de cette plainte. Il lui est également reproché l’usage, à une occasion, du terme « d’intifada » au sens de « révolte ». Là aussi, c’est la liberté d’expression qui est en cause.

Enfin, et c’est là le plus grave, la « proximité » de Richy Thibault avec les mouvements palestiniens est invoquée comme critère de sa « dangerosité pour l’Assemblée ». Pardon ? La solidarité avec la cause palestinienne est l’exercice d’une liberté politique fondamentale, tout comme d’ailleurs le soutien à l’État d’Israël. D’où sort cette dangerosité ? Les mouvements palestiniens auraient appelé à prendre d’assaut le Palais-Bourbon ? Ils préconiseraient des attentats dans l’hémicycle ?

Donc, pour la présidente de l’Assemblée nationale française (encore merci les castors…) être favorable à la cause palestinienne fait de vous un proscrit privé de ses droits politiques et de sa liberté fondamentale d’expression.

Cette décision est évidemment illégale, mais l’absence de réaction parmi les députés devant ce scandale en dit long sur l’effondrement dans la classe politique, de la culture des libertés publiques.

Vu du Droit

 

vendredi 25 octobre 2024

L’autre Trump

Olivier Cabanel

Un ex-conseiller de l’homme aux cheveux oranges se lâche, nous faisant découvrir un autre visage de celui qui brigue une nouvelle fois le fauteuil présidentiel…

Bien évidemment, les opposants à Trump n’ont jamais hésité à dénoncer, sans beaucoup de mesure, les errances du candidat des républicains, et n’y vont jamais avec le dos de la cuillère, et c’est de bonne guerre, Mais il est beaucoup plus étonnant de découvrir que c’est du rang même des républicains que viennent les attaques les plus virulentes…

Ainsi, il n’y a pas si longtemps, l’un des ex-conseillers du vitupérant chef républicain n’avait pas hésité longtemps avant de lâcher quelques boules puantes, en éclairant les médias sur les rapports que Trump entretient avec l’autocrate russe.

L’un d’eux s’appelle Steve Bannon, et avait carrement dénoncé une trahison de son ex-patron, évoquant la rencontre qui eut lieu en 2016 entre Trump et un avocat russe, sur fond de blanchiment d’argent, concernant le fils du leader des républicains, mouillé jusqu’au cou dans les relations avec la Russielien

D’ailleurs, le 20 octobreFrance 5 s’est fendu d’un reportage, réalisé par Antoine Vitkine, éclairant sur les relations qui lient les deux hommes politiques. lien

Isabelle Poitte n’écrit pas autre chose dans les colonnes de Télérama, étayant les soupçons de compromission entre Trump et Poutine. lien

En 2016Bob Woodward a publié «Fear : Trump in the White House  » dont plusieurs grands médias américains ont extrait les « bonnes feuilles » et on apprend que, devant l’intention de Trump de renégocier, voire de se retirer, des traités commerciaux qui, selon lui, allaient à l’encontre des intérêts américains, Gary Cohn, son conseiller à l’économie, atterré par les conséquences potentielles de cette décision, s’est faufilé dans le bureau ovale, et a subtilisé le document : « je l’ai volé sur son bureau, je ne voulais pas qu’il le voie. Il n’aura jamais ce document entre ses mains, il faut protéger le pays ». lien

Mais plus près de nous, Anne Lamotte, sur l’antenne de France Inter, s’est permis une compilation de plusieurs déclarations d’ex-proches de Trumplien

Michael Cohen, son ancien avocat personnel, évoque un autre Trump qui, lorsqu’il était « en liberté », (dans un club de strip tease par exemple) c’est à dire non surveillé par d’éventuels journalistes, montrait son vrai visage : « un tricheur, menteur, imposteur, une brute, un raciste, un prédateur, un escroc...  »,

C’est le même Michael, qui, en 2016, a plaidé coupable de fraude et d’infraction aux règles de financement de campagne, avouant, à l’instigation de Donald Trump, avoir acheté le silence de deux actrices porno qui avouaient avoir eu des relations sexuelles avec le candidat. Lien

Or, Trump, sur FoxNews, s’en est pris à ceux qui « retournent leur veste », et jouent les informateurs en échange d’une remise de peine, en faisant allusion à ce même Michael Cohen. lien

Quelques jours plus tôt Trump s’en était pris au « rat » John Dean, un conseiller juridique dont le témoignage avait contribué à la chute de Nixon, assurant que jamais son propre conseiller juridique ne le vendrait ainsi. lien

On le sait maintenant, le candidat républicain a l’injure facile, et il aurait récemment traité sa nouvelle adversaire de « salope », même si son porte parole le dément formellement. lien

Il a récidivé récemment traitant de « bête fils de pute » Mitch McConnell, le patron des sénateurs républicains…

Chris Christie, l’ex-gouverneur du New Jersey, un ex-candidat républicain, qui avait soutenu Trump en 2016, puis en 2024, a décidé en mars dernier « je ne peux tout simplement pas soutenir Trump à la présidence », (lien) et il en a remis une couche encore plus clairement déclarant qu’il était  : « le fils de pute le plus bas de gamme qu’il ait jamais rencontré »...et qu’il avait des failles psychologiques terribles…il dépeint maintenant le milliardaire comme égocentrique et malhonnête. lien

L’une de ses ex-conseillères ajoute : «  il a un égo très fragile, il est sensible à la flatterie, extrêmement vulnérable à la manipulation »...

Un ancien procureur, William Bar affirme qu’il «  mettra toujours son propre intérêt, son propre égo, avant tout le reste  »...ajoutant : « on ne peut pas laisser notre pays dans les mains d’un homme aussi dérangé  ». lien (curseur à 1h 44’ 48’’)

En attendant, des vents mauvais semblent s’être levés contre Trump puisqu’un bus de républicains sillonne la Pennsylvanie avec comme message : « électeurs républicains votant contre Trump ». Du coup, dans la salle du théatre des arts vivants, à Philadelphie, en Pennsylvannie, plus de 200 personnes se sont entassées pour dire leur résistance anti-Trump, alors qu’elles étaient cataloguées républicaines bon teint.

Sous l’égide de Sarah Longwell, et financée par un comité d’action publique richement dotée, (10 millions de dollars) ces actions visent à diffuser les témoignages d’électeurs ayant voté pour Donald Trump par le passé, mais bien décidés aujourd’hui à lui faire barrage. lien

On pourrait s’attarder aussi sur le débat interpellant qui a eu lieu entre les deux candidats : alors que Trump était dans l’outrance, inventant des évènements vite démentis par la journaliste animatrice du débat, autant sur « les migrants qui mangeaient des chats, et des chiens », mais aussi « leurs animaux de compagnie », que sur « des enfants qui seraient tués quelques jours avant leur naissance ». lien

Mais quid, de l’autre coté de l’Océan, des soutiens politique à la droite, et à l’extrême droite française ? Ils sont partagés, d’après Lucie Delaporte et Liyes Ramdani, s'exprimant dans les colonnes de Médiapart.

Si coté LR le personnage divise, suscitant surtout la gêne, il fait l’unanimité à l’extrême droite, d’autant que le voyage que compte faire Bardella pour suivre les derniers jours de l’élection, est organisé par Harlan Hill, un chroniqueur américain soutien fervent de Trump, qui s’est illustré récemment en traitant Kamala Harris « d’insupportable pute menteuse »...lien

Quant à la cheffe du RN, elle est enthousiaste, convaincue que, lorsqu’il était à la tête des USATrump avait eu des résultats «  juste spectaculaires  » sur le chapitre de l’économie.

Et pourtant malgré les critiques qui pleuvent sur le candidat républicain, ils sont quelques uns à rappeler qu’à la précédente élection, lors de sa déclaration de candidature, le 17 juin 2015, c’était à la hauteur de 1 % d’intention de vote qu’il était crédité, jugé par une majorité d’experts comme un « candidat de pacotille »...sauf que 3 petites semaines plus tard, il en était à 17 % de voix potentielles...on connaît la suite. lien

Aujourd’hui, les mêmes experts sont plus prudents, d’autant que Biden a passé la main, et que Kamala Harris n’a plus trop de temps pour convaincre, et que l’homme quasi le plus riche de la planète à décidé de soutenir le candidat républicain.

En effet, Elon Musk s’est lancé dans la partie, en promettant 1 million de dollars chaque jour, à un électeur tiré au sort. lien

À ce jour, les sondages qui donnaient la candidate démocrate gagnante, découvrent une montée de son adversaire, qui finalement les mets tous deux quasi au coude à coude. lien

Pour l’instant elle devance Donald de 2,5 points, mais qu’en sera-t-il le 5 novembre ?

Bien malin qui pourrait le dire, car comme dit mon vieil ami africain : « ce qui est dans la parole est dans le silence ».

agoravox.fr