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dimanche 20 février 2022

De Parkeon en Flowbird

Bernard Gensane

Quand, dans l'espace public, on voit un mot dont le sens est difficilement compréhensible, en particulier lorsque ce mot a été forgé dans la langue gallo-ricaine, il faut se méfier.

 

Mot à mot, "flowbird", c'est un oiseau qui coule. Ce qui ne veut pas dire grand-chose.

 

Wikipédia nous informe que Flowbird est le nom d'une compagnie privée, qui s'appelait précédemment Parkeon – ce qui ne voulait rien dire non plus, lointaine descendante de la Compagnie des Compteurs qui a inventé l'horodateur en 1972, puis des titres de transport, puis le paiement intégré des contraventions. Une compagnie française bienfaitrice de l'humanité, donc.

Flowbird fournit plus de neuf appareils sur dix à travers le monde. Son siège social est à Paris et son site principal de production à Besançon.

Pendant des années, la société a connu des hauts et des bas, la cause en étant principalement des erreurs de gestion. Les pouvoirs publics sont venus à la rescousse, fauxcialistes en tête. Je cite Wikipédia : “ En 2011, Bertrand Barthélemy, est nommé président de Parkeon par Barclays PE qui fixe pour objectif de trouver une solution à un état de cessation de paiement latent : la dette est estimée à 200 millions d'euros alors que le chiffre d'affaires est de 175 millions d'euros. Sous la pression du ministre de l’Économie Pierre Moscovici, dont Besançon fait partie de la circonscription législative, un accord amiable intervient fin 2012 entre actionnaires, créanciers et banques. Cet accord permet de pérenniser l'avenir de la société. Fin 2014, Parkeon voit se restaurer sa rentabilité.

Wikipédia nous informe également que, dans cette entreprise, la charité est bien ordonnée : “ Fin 2015, la perspective d'une revente de la société de nouveau rentable a poussé les salariés de l'entreprise à réclamer leur part. Alors que l'équipe dirigeante de l'entreprise s'apprêterait à se répartir 947 millions d'euros, une prime de 2 millions d'euros sera allouée aux salariés français uniquement. ”

Bref, continuez à vous mal garer, ça ne sera pas perdu pour tout le monde...

Bernard Gensane

mercredi 21 octobre 2020

L'Union européenne exige le démantèlement d'EDF

Bernard Gensane

Au nom du “ respect des règles de la concurrence ”, les exigences de Bruxelles vont plus loin que le projet gouvernemental Hercule qui vise à démembrer EDF.

 

Lancée quasiment depuis l’entrée en fonction d’Emmanuel Macron à l’Élysée, la réorganisation d’EDF serait sur le point d’aboutir. Début octobre, l’agence Reuters annonçait ainsi la finalisation du projet baptisé « Hercule » dans les prochaines semaines ou mois selon des sources informées.

Durant l’été 2020, plusieurs étapes essentielles ont ainsi été franchies. La Commission de régulation de l’énergie (CRE), le « gendarme » du secteur, a publié, fin juillet, un rapport favorable à la réforme de l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique), qui règle le tarif d’accès au nucléaire historique d’EDF.

Ce tarif permet aux concurrents de pouvoir acheter jusqu’à 100 terawatts-heures (TWh) par an à un tarif bloqué de 42 euros par mégawatt-heure (MWh). Début septembre, le site d’informations Contexte dévoilait un rapport non publié de la CRE sur le coût de production du nucléaire historique : 48 euros par MWh, alors qu’EDF aurait indiqué au cours d’une réunion un chiffre de 53 euros par MWh. Selon nos informations, la CRE a programmé, le 14 octobre, une réunion avec les fournisseurs alternatifs d’électricité pour leur présenter le futur système qui remplacera l’Arenh.

La refonte de l’Arenh est considérée par EDF comme un préalable à sa réorganisation et à la mise en œuvre du plan Hercule. Ce plan prévoit la scission du groupe en plusieurs parties : une société baptisée Bleue pour le nucléaire historique, détenue à 100 % par l’État ; Bleue serait actionnaire à 100 % d’une société Azur, qui récupérerait les barrages hydroélectriques, ce qui permettrait d’échapper à la mise en concurrence des concessions échues ; enfin, une société Verte, détenue à 65 % par l’État, dans laquelle seraient logées les énergies renouvelables, la commercialisation, la distribution et les autres activités en concurrence comme Dalkia.

Cette réforme risque fort de faire porter le secteur le plus déficitaire — le nucléaire — à l’Etat, donc au contribuable, tandis que les activités plus rentables — renouvelables et distribution — seraient privatisées. Face à l’opposition des syndicats, EDF et l’État ont promis que ce projet ne remettrait pas en cause l’intégrité du groupe.

C’était sans compter avec la puissante Direction générale de la concurrence de la Commission européenne, qui veille au strict respect du dogme de la concurrence pure et parfaite. Bien obligé de venir au secours d’un EDF surendetté (il traîne une dette financière brute de 61 milliards d’euros à fin 2019) alors que le groupe est face à un mur d’investissements, notamment pour maintenir ses vieilles centrales nucléaires et renouveler son appareil de production, l’État doit en effet faire valider le plan de sauvetage de l’électricien par Bruxelles.

Et on ne peut pas dire que les services de la Commission soient laxistes.

Dans un document rédigé en mai dernier à l’issue de discussions avec la direction générale de la concurrence, que Reporterre a obtenu (lire ci-dessous), l’Agence des participations de l’État, qui porte la participation publique (83 %) au capital d’EDF, a expliqué au pouvoir politique les exigences de l’Europe. Et elles sont ahurissantes.

Les titres des deux premiers paragraphes donnent le ton de la position extrémiste de la Direction générale de la concurrence. « La position de la Commission européenne consiste à privilégier une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales et une indépendance entre celles-ci […] Cette position entraînerait l’impossibilité de maintenir un groupe intégré et irait au-delà des exigences posées par les textes européens » !

Selon l’auteur de la note, la Direction générale de la concurrence justifierait la désintégration juridique, financière, comptable et opérationnelle du groupe par « l’ampleur de l’aide qui serait octroyée à EDF du fait du SIEG (service d’intérêt économique général, le service public dans le jargon bruxellois) […] afin d’éviter que le soutien au nucléaire régulé ne profite d’une quelconque manière aux autres entités du groupe ». En définitive, si les demandes de l’Europe étaient acceptées par la France, il s’agirait d’un démantèlement pur et simple d’EDF.

Selon nos sources, la position de la Commission européenne n’aurait pas bougé de cette ligne depuis cette date. Contactée par Reporterre, la Direction générale de la concurrence a refusé de répondre à nos questions, tout en précisant que les négociations continuaient avec la France à propos de la réforme de l’accès régulé au nucléaire. L’Agence des participations de l’État a refusé, elle aussi, de nous répondre.

Mais ce document confirme les craintes des syndicats de l’électricien qui depuis plusieurs mois dénoncent le plan Hercule et ses conséquences (un démantèlement) pour l’entreprise. « L’avenir du secteur électrique, et donc de la transition énergétique, se négocie dans l’ombre à Bruxelles avec un seul crédo : sauvegarder un simulacre de concurrence, en ignorant les enjeux techniques, économiques, écologiques et industriels de ce secteur et malgré le bilan indéfendable de cette politique », déplore ainsi Anne Debregeas, la porte-parole du syndicat Sud Énergie, qui souligne que cette « désoptimisation » forcée du système électrique français se traduira forcément par une hausse des factures d’électricité pour les abonnés.

 

La concurrence est déjà la responsable des dernières hausses du tarif grand public d’EDF.

Source :  un article de Reporterre.

Bernard Gensane

lundi 24 février 2020

Les assurances santé « complémentaires » augmentent de 10 à 15 % ! Et elles ne servent à RIEN…


Victor Ayoli

« Donner à tous les Français un accès à des soins de qualité, pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie obligatoire et complémentaire, dans le domaine de l’optique, de l’audiologie et du dentaire, constitue l’un des engagements du Président de la République. » 

C’est comme ça que c’est écrit dans le site du Ministère de la santé et des solidarités.
C’est beau, c’est bon, c’est généreux. Merci not’bon présiden t ! Seulement ce qui est moins agréable, c’est que les tarifs de ces assurances complémentaires augmentent depuis le début de l’année entre 10 et 15 % pour les nouveaux assurés ou lors de renouvellement ! Une paille…
Mais au fait à quoi ça sert une assurance complémentaire ? À RIEN ! Sinon engraisser les actionnaires des assurances privées. Si vous êtes atteint d’une maladie grave, ou d’une affection chronique invalidante (diabète, cardiopathie, Alzheimer, etc.) vous serez couvert à 100 % par le régime général. Alors, pourquoi payer chaque mois 80, 100, 150 euros et plus si affinité à une "complémentaire" ? Pour se faire rembourser (tous les cinq ans ?) des lunettes ? On en trouve, verres progressifs, de bonne qualité à moins de 100 euros ! Idem pour les prothèses dentaires. Le reste, c’est du confort. Donc en fait, votre pognon sert à engraisser des actionnaires…
Ces « complémentaires » sont le cheval de Troie des mafias de l’assurance privée qui bavent de gourmandise devant l’énorme gâteau de la Sécu dont ils rêvent de se goinfrer. Ils peuvent compter, pour réussir ce forfait, sur tous les gouvernements, de gauche (enfin de gôôôche) comme de droite. À la solde du Medef, tous n’ont eu de cesse d’ouvrer pour démanteler cette conquête essentielle du Conseil national de la Résistance (CNR).
Une des mesures essentielles du programme de ce CNR fut d’instaurer « un plan complet de Sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État  ». Dans le droit fil de ce texte fondateur, dès le 4 octobre 1945 une ordonnance fut prise dont l’article 1 est le suivant : « Il est institué une organisation de la Sécurité sociale destinée à garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu’ils supportent. »
La solidarité fondatrice de la nation, qui correspond au terme « Fraternité » de notre belle devise, elle est là. C’est ce que les droites avides et cupides – et les gôches-Ganelon genres Valls-Hollande-Macron ont toujours brocardé en daubant sur « l’État providence ».
Dans le cadre de sa stratégie de démantèlement des conquêtes sociales du C.N.R., le patronat accentue avec persévérance et obstination ses attaques contre la Sécurité sociale. Le chantre du Medef Denis Kessler avait au moins le mérite de la franchise lorsqu’il disait :…/… La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !  »
La tactique pour la mise à mort de la Sécu ? On ruine celle-ci (qui pourtant était arrivée à l’équilibre avant que Macron ne décide de la racketter : les baisses de cotisations décidées par l’État étaient jusqu’ici compensées par l’État, et étaient donc neutres pour le budget de la Sécurité sociale. Ce n’est plus le cas, de façon à faire apparaître les comptes de la Sécurité sociale dans le rouge.) de façon à la déconsidérer vis-à-vis des assujettis ; parallèlement, on prend prétexte de ce déficit abyssal pour baisser les taux de remboursement des médicaments, voire on dérembourse des médicaments considérés comme peu efficaces ; le résultat est un transfert du remboursement du reste à payer sur les assurances dites « complémentaires ». Ce faisant, on habitue le cotisant à s’appuyer de plus en plus sur les assurances privées et à critiquer la Sécurité sociale. C’est de l’action psychologique destiné à préparer les cerveaux (déjà karchérisés par la télé et les merdias) à l’abandon progressif de la Sécu. Depuis que les grands groupes d’assurance rêvent de mettre leurs pattes crochues sur cet énorme gâteau !
Dans cette stratégie, il est des dispositions qui sont présentées comme des « avancées sociales » et qui sont tout le contraire. C’est le cas de l’Accord national interprofessionnel (ANI) qui a rendu obligatoire, à dater du 1er janvier 2016, l’adhésion des salariés à une assurance complémentaire santé d’entreprise. Mumm ! La bonne soupe pour les assurances privées, au détriment de la protection sociale collective ! Un énorme gâteau… qui vient d’augmenter de 10 à 15 %.
Oui mais alors on fait quoi ? On fait comment ? Ben, on rend toutes ses prérogatives à la Sécurité sociale. À défaut d’un remboursement à 100 % - ce qui devrait être pourtant la norme – il suffit de créer, au sein de la Sécu, un département d’assurance volontaire, couvrant le remboursement de ce qui ne serait pas pris en compte par la Sécu principale. Avec évidemment, pour l’assuré, le versement volontaire d’une cotisation qui, de toute façon, serait bien moins chère que celle des assurances « complémentaires » privées, mutuelles ou non. Et, surtout, supprimer toutes les exonérations de cotisations car, si les entreprises ont de l’argent pour payer des complémentaires d’entreprise, pourquoi n’en auraient-elles pas pour payer des cotisations à la Sécu ?

La santé n’est pas une marchandise.

Sources :

samedi 15 février 2020

Le Service national universel que le gouvernement veut rendre obligatoire pour les jeunes de 16 ans


Collectif non-SNU

Une opération de soumission de la jeunesse : il s’agit d’inculquer un esprit d’obéissance aux règles, un respect absolu des normes... 

Règles et normes qui, pour la plupart, ne visent qu’à perpétuer les inégalités et injustices inhérentes à l’organisation actuelle de la société. Cette volonté de soumission passe aussi par un contrôle renforcé, notamment à travers la mise en fiches de tous les jeunes de 16 à 25 ans ; on sait comment ce genre de fichier peut être utilisé ! Volonté de soumission, enfin, car elle ne reconnaît comme « engagement » des jeunes que les dispositifs étatiques.
La remise en cause des droits des travailleurs et travailleuses : les jeunes du SNU seront utilisés pour remplacer des emplois aujourd’hui occupés par des employés qui ont un salaire, une convention collective ou un statut, la possibilité de s’organiser syndicalement, des droits individuels et collectifs. Avec le SNU, chaque année, 800 000 jeunes seront exploités, sans aucun de ces droits, pour des durées variables ; ils et elles seront très vivement encouragés à poursuivre leur « engagement volontaire » par un service civique, dans les mêmes conditions de précarité.
Des dépenses considérables : 6 milliards d’euros par an, selon un rapport sénatorial de 2017. Ces milliards seraient bien plus utiles pour le service public de l’Éducation, qu’aux mains des militaires !

Le renforcement de la militarisation. Encadrement militaire, levée du drapeau, chant guerrier, uniforme, parcours du combattant, raid commando, etc. contribueront à l’endoctrinement des jeunes. La propagande visera à banaliser encore plus le rôle de l’armée, alors que celle-ci est en pointe dans la répression, sur le territoire français, dans les “ colonies ” et diverses régions du monde. Sans surprise, il n’est nullement question dans le programme de pacifisme, de non-violence, ni de remise en cause du rôle de l’armée.
Le gouvernement nous dit : Il faut que les jeunes s’engagent.
Mais c’est déjà le cas !
Ils et elles s’engagent pour lutter contre le racisme, pour que cesse la destruction de la terre, pour défendre leur droit à étudier, pour le partage des richesses, pour le droit au logement, pour l’égalité des droits et contre les discriminations, etc.
Ce n’est pas à l’État de les forcer à s’engager !
Comment peut-on parler d’apprendre la citoyenneté, lorsqu’on confie l’encadrement à l’armée (qui, par ailleurs, n’était pas demandeuse) ?

Non au SNU ! Abrogation du SNU !Le Service national universel que le gouvernement veut rendre obligatoire pour les jeunes de 16 ans.


Campagne unitaire contre le SNU : Union pacifiste, Union syndicale Solidaires, Solidaires Étudiant.e.s, ASSO-Solidaires, SUD éducation, SUNDEP Solidaires Sud Enseignement privé, Solidaires Jeunesse et Sports, Fédération SUD Collectivités Territoriales, Fédération Éducation de la Confédération Nationale du Travail, Émancipation tendance intersyndicale, Mouvement National Lycéen, Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne, Fédération nationale de la Libre Pensée, Droits Devant !!, Ni guerres ni état de guerre, Causes communes, Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre, Réseau des Centres de Recherche, d’Etude et de Formation à l’Animation et au Développement, Mouvement de la paix, Parti Communiste des Ouvriers de France, Europe Écologie – Les Verts, Fédération Anarchiste, Union Communiste Libertaire, L’insurgé, Les Jeunes écologistes, Union des Jeunes Révolutionnaires, Union Prolétarienne, Unité Communiste de Lyon, Groupe libertaire Jules Durand, Radio-Libertaire, Revue Silence.

Pour rejoindre le collectif : nonsnu@lists.riseup.net

Signer la pétition sur Change.org

Pour rejoindre le collectif : nonsnu@lists.riseup.net

Le Grand Soir

jeudi 23 janvier 2020

Bientôt dans presque tous les commissariats, un logiciel pour fouiller dans vos portables


Christophe-Cécil Garnier

Photos, vidéos, messageries (même chiffrées), géoloc… Que vous le vouliez ou non, bientôt les policiers et gendarmes pourront fouiller votre téléphone pendant les gardes à vue. 

Enquête sur un système de surveillance à la frontière de la légalité.
Milipol. Sept lettres bien connue du marché de la sécurité. Chaque année, ce salon professionnel de la sûreté est visité par 30.000 personnes de 150 pays, qui découvrent les derniers « joujoux » sécuritaires, de la reconnaissance faciale aux LBD. En novembre 2019, la police nationale y a fièrement présenté ses acquisitions en matière d’innovations technologiques. Parmi elles, le « kiosque », un « logiciel capable d’aspirer toutes les données d’un téléphone portable en moins de dix minutes », explique Reporterre, qui s’est promené dans les couloirs du salon. « Avec ce kiosque qui sera installé dans les commissariats de premier niveau, il suffira de brancher le téléphone et toutes les données seront extraites pendant la garde à vue : SMS, photos géolocalisées… Autant d’informations qui peuvent être utiles pour conduire l’interrogatoire », déclarait Clémence Mermet-Grenot, commissaire divisionnaire au sein du service de la criminalité numérique de la police.
Déjà présents dans le nord de la France, une centaine de ces dispositifs vont être installés cette année en Île-de-France et dans le Sud. Et d’ici 2024, 500 « kiosques » couvriront le territoire national. StreetPress s’est penché sur ces appareils qui aspirent vos données personnelles, que vous le vouliez ou non.

Les Ufed de Cellebrite

Ces « kiosques » font partie de la gamme des Ufed (Universal Forensic Extraction Device) : des dispositifs d’extraction universels d’investigation numérique. Ces outils sont des boîtiers portatifs ou des ordinateurs qui abritent des […] 

Suite à lire sur : Street Press, Christophe-Cécil Garnier, 21-01-2020

samedi 4 janvier 2020

Dans la réforme Macron, un cadeau au grand patronat


Patrick Le Hyaric

C’est un régime vraiment spécial que concocte le pouvoir pour ses chers « premiers de cordée ».

Au-delà de 10 000€ de salaire brut mensuel, la cotisation retraite descendrait à 2.8%. Cette ignoble disposition recèle des effets pervers que nos gouvernants prétendent combattre pour mieux les faire fructifier. Cette exonération de cotisations va en effet amputer la caisse du régime unique qu’ils prévoient, de 4.8 milliards d’euros par an. Soit 72 milliards jusqu’en 2040, année prévue pour l’entrée en vigueur totale du nouveau système ! Une somme dont devront s’acquitter, pendant une longue période de transition, tous les salariés du pays.
Le scandale ne s’arrête pas là. Les employeurs n’ayant plus de cotisations à verser au-delà de ce montant mensuel, économiseront 43 milliards d’euros en vingt ans. Comme sont rares les petites et moyennes entreprises qui rémunèrent leurs cadres au-delà de 10 000€, ce sont les très grosses entreprises qui bénéficieront de l’incroyable manne !
Les milieux patronaux et libéraux pousseront alors des cris d’orfraies devant le déficit et l’envolée de la dette publique qu’ils auront eux-mêmes aggravée pour mieux dérouler le tapis rouge aux fonds financiers et aux assureurs qui pourront délivrer aux salariés qui le pourront, le nouveau « Plan d’épargne retraite » lancé en octobre dernier. La défiscalisation de celui-ci, – comme inscrit dans la loi Pacte -, va grever plus encore les finances publiques de 1.2 milliards par an. Ce sont, en tout, 90 milliards d’euros que le saccage du système solidaire permettra de transférer dans les poches des puissances d’argent alors que l’âge de départ en retraite sera sans cesse repoussé et le niveau des pensions abaissées jusqu’à 55% du dernier salaire.
Le système par points n’est donc que le cheval de Troie d’une intégration forcée des retraites à la violence des logiques du capitalisme financier. Et, l’organisation de l’augmentation continue de la dette sert ce dessein. Les travailleurs ne s’y trompent pas. Ils n’ont pas besoin de pédagogie gouvernementale. Ils ont compris qu’il n’y a aucune trêve dans la guerre sociale qu’on leur livre derrière les mots totalement pervertis « solidarité », « universalité », « équité », crachés par les haut-parleurs de la macronie. 

Seulement 19% des employés et ouvriers soutiennent le funeste projet gouvernemental. Ils ont bien conscience des destinataires des cadeaux cachés.

Patrick Le Hyaric

mercredi 27 novembre 2019

Paris, les Jeux Olympiques et Airbnb… Eh ! Les Parigots, fallait y penser avant, non ?


Victor Ayoli

Branle-bas de combat à la mairie de Paris : en cause, le partenariat de « sponsoring » signé par le Comité international olympique CIO) avec la plateforme Airbnb.

«  Ce partenariat est inopportun et il est outrageux de faire de cette entreprise qui joue de la déréglementation dans tous les pays du monde un partenaire mondial du CIO. Où est la moralité ? »
Airbnb, c’est une entreprise faite pour faire du fric et pas payer d’impôts, pour « boire un coup et pas payer son verre » comme disait l’autre. Ces plateformes de location créent une hausse mécanique de la valeur locative des logements en portant l’offre et la demande sur le plan mondial. À terme, c’est toute l’offre locative locale qui est en péril car les prix des loyers ne sont plus que spéculatifs en fonction de la demande. Ainsi à Biarritz pour le G7 avec des nuits chez le particulier jusqu’à 5 000 €, un loyer annuel habituellement. Les JO vont faire exploser les prix des loyers à Paris et l’activité d’Airbnb, si elle n’est pas sévèrement réglementée, va vider Paris de ses derniers « Parigots ».
Eh ! Oh ! Les Parigots, vous avez signé, c’est pour en chier, non ? Pour avoir les Jeux Olympiques à Paris, vous avez tout fait, vous avez tout accepté, vous êtes allègrement passés sous les fourches caudines de cette sulfureuse et puissante secte helvétique appelée CIO et qui impose ses lois. « Vous voulez avoir les Jeux ? Alors voilà nos conditions. »
Ces conditions sont définies dans la Charte olympique dont l’article 33 alinéa 3 stipule clairement que les lois du pays hôte devront se conformer aux exigences du CIO ! Ainsi est-il écrit : « Le gouvernement national du pays de toute candidature doit remettre au CIO un acte légalement contraignant par lequel ce gouvernement garantit et prend l’engagement que le pays et ses autorités publiques se conformeront à la Charte olympique et la respecteront ».
Et voilà les Parigots. Non seulement vous vous êtes aplatis mais vous avez su manipuler les députés et sénateurs afin qu’ils fassent passer les exigences du CIO dans la loi « olympique » votée le 21 décembre 2017 par les députés à l’unanimité à l’exception de LFI. Alors faut pas vous plaindre maintenant si le CIO vous met Airbnb dans les pattes !
C’est une loi d’exception découlant du chantage que le CIO impose à toute ville candidate aux J.O., une loi scélérate que nos représentants ont (presque) unanimement voté à main levée.
Qu’est-ce qu’elle dit cette loi d’exception ? Elle suspend la loi ordinaire, le droit commun, en un lieu donné et pour une période déterminée afin de « sécuriser l’évènement olympique », c’est-à-dire assurer les profits des margoulins agréés par le CIO – dont Airbnb ! Ainsi, pendant la période concernée, l’État remet une partie de ses pouvoirs régaliens entre les mains d’une organisation privée extérieure au pays. Par exemple elle « prévoit certains aménagements juridiques pour accélérer et/ou simplifier les procédures administratives existantes, notamment relatives : - aux conditions de douanes et de visas pour la Famille olympique et paralympique ; - à l’obtention d’autorisation de travail de long terme ; - au renforcement de la protection de la propriété intellectuelle ; - à la possibilité pour le Gouvernement de statuer par voie d’ordonnance sur les modifications législatives rendues indispensables par l’accueil des Jeux ; - à une utilisation élargie du domaine public pour permettre un accès libre à certains lieux pour les Jeux ».
Putaing ! De véritables diktats. Et nos « représentants » ont voté sans barguiner. Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi l’exonération fiscale des « grands évènements sportifs » ! Ce sont les mêmes exonérations que celles qui ont sévi lors de l’Euro de foot de 2016. Aucun impôt sur les bénéfices, pas de cotisations sociales et zéro taxe d’apprentissage. Sans oublier les emplois masqués de dizaines de milliers de « volontaires bénévoles »… Tout bénef pour les sponsors et les organisateurs, toute la merde pour l’État organisateur.
Les sénateurs - oui il y en qui suspendent de temps en temps leur sieste – sont allés voir un peu comment ça s’était passé aux JO de Londres. Un rapport du Sénat, en 2012, s’essayait à tirer quelques leçons des Jeux de Londres. On peut notamment y lire, au paragraphe intitulé « Les étranges règles économiques des Jeux olympiques », que « les règles de protection des marques fixées par le CIO apparaissent clairement excessives. À titre d’exemple, dans tout le périmètre olympique (enceintes sportives, centres de presse), on ne pouvait retirer de l’argent ou même payer des consommations qu’avec une carte Visa, sans pouvoir utiliser de Mastercard ou d’American Express ! De même, afin de protéger le Mc Donald’s, aucun stand ne pouvait vendre des frites, à l’exception toutefois des Fish & Chips, mais uniquement accompagnées de poisson… […] Il a été interdit aux athlètes de parler sur les réseaux sociaux ou Internet de produits non commercialisés par un sponsor officiel. […] Londres a aussi établi une zone d’exclusion de marques autour des principaux sites olympiques, où les publicités pour des marques non-partenaires ont été interdites ».

Fatche ! C’est beau les J.O. ! Plus vite (dans l’embrouille), plus haut (dans la manipulation), plus fort (dans l’arnaque).

agoravox.fr

jeudi 7 novembre 2019

Qu’est-ce qui vous ferait plaisir, docteur ?


Victor Ayoli

Depuis ce matin, on entend, dans les machines à bruit, les conclusions d’une étude menée par des médecins, chercheurs et ingénieurs à l’université et au CHU de Rennes. 

Etude publiée non pas en France mais… ce mercredi 6 novembre dans la revue scientifique britannique British Medical Journal !
Il en résulte que les médecins généralistes français qui reçoivent des cadeaux des laboratoires pharmaceutiques ont tendance à faire «  des prescriptions plus chères et de moindre qualité  ». Et, à l’inverse, que ceux « qui ne reçoivent aucun avantage de la part de l’industrie pharmaceutique sont associés en moyenne à de meilleurs indicateurs établis par l’Assurance Maladie quant à l’efficacité de leurs prescriptions, et celles-ci coûtent globalement moins cher  ». C’est quoi ces cadeaux ? Ben ça peut aller d’un bon gueuleton offert à une invitation à un congrès sous les palmiers. Ça crée des liens de sympathie… et de renvoi d’ascenseur !
Eh, attention, pas d’amalgame, pas de stigmatisation ! Ces résultats ne démontrent pas de lien de cause à effet mais « renforcent l’hypothèse selon laquelle l’industrie pharmaceutique peut influencer les prescriptions des médecins généralistes » disent les auteurs de l’étude qui rajoutent, que « cette influence, parfois inconsciente chez les médecins, peut conduire à choisir un traitement qui n’est pas optimal, au détriment de la santé du patient et du coût pour la collectivité  ». L’étude met aussi en évidence qu’«  en moyenne  », « le groupe de médecins n’ayant reçu aucun avantage […] est associé à des prescriptions moins coûteuses, plus de prescriptions de médicaments génériques par rapport aux mêmes médicaments non génériques  » (pour trois types de médicaments), «  moins de prescriptions de vasodilatateurs et de benzodiazépine pour des durées longues  », dont l’usage est déconseillé par l’Assurance Maladie.
Et comment ils ont trouvé tout ça, les chercheurs de Rennes ? Ben, ils ont croisé deux bases de données  : la première est le portail Transparence Santé, sur lequel doivent être déclarés tous les «  liens d’intérêt  » des professionnels de santé, et notamment les équipements, repas, frais de transport ou d’hôtel offerts par des entreprises du secteur (laboratoires pharmaceutiques, fabricants de dispositifs médicaux, etc.), à partir d’un montant de 10 €. La seconde base est le Système national des données de santé (SNDS) qui recense consultations, actes médicaux, prescriptions de médicaments et hospitalisations remboursés en conservant l’anonymat des assurés. L’étude concerne les prescriptions de 41 000 médecins généralistes (sur 102 000), ce qui lui donne une fiabilité.
Les labos pharmaceutiques dépensent 27 % de leurs CA pour la promo, plus que pour la recherche. Les dépenses marketing, comprenant également les frais d’administration, ont atteint 276,1 milliards de dollars en 2014. Les dépenses de recherche et développement des 131 plus gros laboratoires pharmaceutiques mondiaux se sont élevées à 135 milliards de dollars en 2014 d’après les chiffres exclusifs de GlobalData Health. 14 % de leur CA voir http://www.pharmaceutiques.com/phq/mag/pdf/phq138_36_dossier.pdf
Deux fois plus de fric pour inciter la population à acheter des médicaments que pour chercher et développer des médicaments nouveaux et efficaces !
Sacrés labos, va ! Tous les laboratoires pharmaceutiques ont mis en place des doubles et triples comptabilités. Si cette pratique est légale (? !), elle a pour but de rendre impossible la moindre visibilité.
La première comptabilité est destinée au fisc et abaisse le bénéfice fiscal par des politiques d’optimisation et de prix de transferts insultant la raison. La deuxième est pour le management local, et permet uniquement de suivre les dépenses (marketing, promotion…) et les ventes. La dernière est pour le groupe, qui suit et pilote ses marges réelles sur les produits vendus partout dans le monde avec une extrême attention. Ces marges réelles, produit par produit ne sont pas rendues publiques. Secret des affaires, vous répondra-t-on. Mais quand votre unique client est la Sécurité sociale qui a financé des années de bénéfices record et que vos produits sont achetés pour sauver des vies, cette opacité est-elle justifiable ?
Pour se faire une idée de la profitabilité globale d’un laboratoire, il est possible de regarder leur rapport annuel, public et disponible sur internet en quelques clics : on pourra constater que l’industrie pharmaceutique est plus rentable que la banque, les télécoms, la finance, le luxe, l’énergie. Ces profits sont ceux réalisés après financement de la R & D (largement subventionnée avec nos sous en France), et ne servent qu’à la rémunération des actionnaires ou au rachat de concurrents, et non au financement de la recherche, comme veulent le faire croire les laboratoires dans leur communication publique.

Tè, c’est à vous dégoûter d’être malade…

agoravox.fr

vendredi 1 novembre 2019

La construction de 6 EPR est déjà actée ! Sans aucune décision démocratique, le gouvernement a donné à EDF une lettre de mission pour poursuivre sa fuite en avant


Sortir du Nucléaire


Le lundi 14 octobre, le Monde vient de rendre publique l’existence d’un courrier adressé à EDF par les ministres de la Transition écologique et solidaire et de l’Économie et des Finances.

Il en ressort que la décision du gouvernement concernant la construction de nouveaux réacteurs est déjà prise, et que les ministres demandent à EDF de fournir des gages en vue de la construction de 6 EPR ! Nous dénonçons cette fuite en avant absurde et suicidaire, qui met en danger à la fois l’environnement, les alternatives énergétiques et les finances publiques.

Construction de nouveaux réacteurs : pour le gouvernement, la messe est déjà dite !

Lors de la publication de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie, en novembre 2018, Emmanuel Macron avait annoncé qu’aucune décision ne serait prise avant 2021 concernant la construction de nouveaux réacteurs. Au vu du retard sur le chantier de l’EPR de Flamanville, il semblait même évident que rien ne serait décidé avant que celui-là ne soit achevé.
Or, selon le courrier évoqué dans Le Monde, la décision gouvernementale serait déjà prise. Dans cette lettre datée du 12 septembre, le gouvernement demande à EDF de procéder à un état des lieux de la filière nucléaire, d’identifier ses manques et les actions à mener pour regagner en compétence, afin d’assurer la construction de trois paires d’EPR « Nouveau Modèle » sur trois sites différents.
Le gouvernement a donc suivi le scénario préconisé par le rapport Collet-Billon-Escatha, dont les grandes lignes ont été dévoilées juste après la démission de Nicolas Hulot et qui préconisait la construction de 6 EPR [1]. On comprend mieux les achats de terrain effectués par EDF autour des centrales [2], tout comme l’appel d’offre déposé par EDF pour la construction de deux EPR à partir de 2023 !
Il en ressort que les procédures réglementaires à prévoir (enquête publique, débat public), voire les débats sur le sujet avec les parlementaires, constituent un non-sujet pour le gouvernement, comme pour EDF. Peu importe qu’une écrasante majorité de citoyennes et citoyens ait exprimé son opposition à la construction de nouveaux EPR, y compris pendant le débat public sur la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie [3] : comme d’habitude, concernant le nucléaire, on ne s’embarrasse pas avec la démocratie !

Refusant de voir la réalité en face, le gouvernement acte une fuite en avant absurde

Cette décision de fait n’est pas seulement gravement antidémocratique, elle témoigne d’un aveuglement accablant. Il suffit d’ouvrir les yeux : le chantier de l’EPR de Flamanville n’en finit pas de s’enliser ; EDF est en quasi-faillite ; la perte de compétences est flagrante à tous les niveaux ; les affaires de malfaçons et de fraude organisée s’accumulent et l’Autorité de sûreté nucléaire elle-même doute des capacités de la filière à réaliser de gros travaux ! Qui peut sérieusement croire que celle-ci pourra se mettre rapidement en ordre de marche pour construire de nouveaux réacteurs ? Et comment attendre d’EDF un état des lieux honnête, au vu de sa tendance récurrente à dissimuler malfaçons et mauvaises pratiques ?
Il est gravissime que le gouvernement cautionne ainsi la fuite en avant d’EDF, incapable de penser la fin du nucléaire et d’envisager une transition vers le 100% renouvelable. « EDF doit continuer à construire des réacteurs, comme le cycliste doit pédaler pour ne pas tomber », avait déclaré le PDG d’EDF. Avec son soutien, EDF va donc pédaler droit dans le mur !

Sauver le nucléaire… en sacrifiant les services publics et le climat ?

Dans cette lettre, le gouvernement invite EDF à recenser les besoins de la filière en « contrats » et en « investissements ». Fidèle à la tradition, Bruno Le Maire ira donc faire le VRP pour décrocher des contrats ? Surtout, qui paiera ces « investissements »  ? EDF accroîtra-t-elle encore les économies sur la maintenance des installations, quitte à accélérer le dumping social entre entreprises sous-traitantes et dégrader toujours plus la sûreté ? Les contribuables devront-ils encore renflouer les caisses d’EDF ?  

Dans quels postes budgétaires, quels services publics le gouvernement taillera-t-il pour financer ces nouveaux projets inutiles et imposés ?

Cette volonté de sauver le soldat nucléaire à tout prix en dit long sur les priorités du gouvernement. Les dizaines de milliards qui seraient gaspillés pour soutenir cette technologie dangereuse et dépassée sont autant de moyens qui feront défaut à la lutte contre le changement climatique. En préparant la production de nouveaux déchets radioactifs et en bloquant un nécessaire changement de système de production et de consommation de l’énergie, nos responsables politiques affichent leur mépris pour les générations futures.

Le Réseau “Sortir du nucléaire“ appelle à faire front pour empêcher ces projets mortifères de voir le jour. En finir avec le nucléaire est une urgence !

Contacts presse :
Charlotte Mijeon - 06 64 66 01 23
Laura Hameaux - 06 85 23 05 11

Notes

[1Rédigé notamment par un ancien administrateur du CEA et conseiller d’EDF et un ancien délégué général à l’armement, ce rapport préconisait la construction de 6 EPR à partir de 2025 pour un démarrage en 2035 (lire notre réaction).
[2Depuis quelques années, EDF est en train de procéder à l’achat de terrains à proximité des centrales de la vallée de la Loire, du Tricastin et de Cattenom, sans préciser explicitement leur destination.
[3En 2018, 67% des 400 personnes tirées au sort à l’occasion du débat public sur la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie s’étaient prononcés contre la construction de nouveaux réacteurs avant 2028.

mardi 22 octobre 2019

Le FMI met le feu aux poudres


Jérôme Duval

L’organisation internationale poursuit son travail de gendarme économique, quel qu’en soit le prix à payer par les populations concernées, afin qu’aucun de ses 189 États membres ne s’écarte du chemin néolibéral qui leur est tracé.

Les « révoltes FMI », conséquences de mesures antisociales imposées par l’institution basée à Washington en contrepartie de prêts à rembourser avec intérêts, n’ont pas disparu. L’organisation internationale poursuit son travail de gendarme économique, quel qu’en soit le prix à payer par les populations concernées, afin qu’aucun de ses 189 États membres ne s’écarte du chemin néolibéral qui leur est tracé.
L’Équateur et l’Argentine où ont émergé les slogans « que se vayan todos », (qu’ils s’en aillent tous) à l’égard de la classe politique sur fond d’accords avec le FMI, en illustrent l’actualité.

Insurrection contre le FMI en Équateur

L’Équateur vit un puissant soulèvement insurrectionnel. Depuis le 3 octobre, la colère se déchaîne dans les rues du pays en réponse à l’annonce d’un ensemble de mesures économiques antisociales concocté en échange d’un prêt de 4,2 milliards de dollars du FMI. Une grève générale des transports est convoquée le 3 octobre, pour contester les mesures économiques du gouvernement de Lenín Moreno, élu en 2017 comme successeur de Rafael Correa.
Il s’agit notamment du Décret 883, qui comprend la suppression des subventions aux carburants d'un montant total de 1,3 milliard de dollars, en vigueur dans le pays depuis 40 ans. Cette mesure impopulaire fait automatiquement multiplier par deux les prix à la pompe (123 % d’augmentation du prix de l’essence) et entraîne également l’augmentation du prix des aliments par leur transport depuis les zones de production. Elle est un élément clé d’un ensemble de réformes économiques appelé « el Paquetazo » néolibéral.
Celui-ci comprend également des facilités fiscales octroyées aux entreprises exportatrices et une réforme du travail réduisant les congés payés des fonctionnaires de 30 à 15 jours. Le président Moreno qui a choisi de rétablir des liens avec le FMI, rompus par Correa en 2006, doit maintenant en apprécier l’ampleur des implications. En réponse au soulèvement insurrectionnel des mouvements populaires, indigènes et étudiants, qui a lieu dans tout le pays, Moreno décrète l’état d’urgence (« estado de excepción ») le 3 octobre.
De son côté, le puissant mouvement indigène équatorien Conaie (Confédération des Nationalités Indigènes de l’Équateur) décrète son propre état d'urgence le 5 octobre, et menace de détenir des agents de police ou de l’armée qui s’aventureraient en territoire indigène : « Les militaires et les policiers qui s’approcheront de nos territoires seront interpellés et soumis à la justice autochtone », déclare l’organisation. Dans le même temps, alors qu’elle met sa menace à exécution et détiendrait une cinquantaine de policiers, la Conaie poursuit son avancée vers Quito la capitale qu’elle prend d’assaut le 8 octobre, certains manifestants parvenant même à pénétrer brièvement dans l'Assemblée nationale en scandant « nous sommes le peuple ».
On parle alors de plus de 40 000 représentants des peuples originaires mobilisés dans la capitale. Moreno, quant à lui, fuit Quito et délocalise les affaires gouvernementales dans la ville côtière de Guayaquil, qu’il a transformée en nouvelle capitale du pays. Le vendredi 11 octobre, plusieurs centaines d’indigènes d’Amazonie, le visage peint en signe de combat et munis de lances, viennent gonfler les rangs de la contestation à Quito, devenue ville assiégée avec de nombreuses routes coupées et commerces fermés, les puits pétroliers d’Amazonie sont à l’arrêt. Finalement, après 11 jours de révoltes, le président Lenin Moreno fait marche arrière le 14 octobre et accepte de retirer le décret du FMI supprimant les subventions au carburant, rétablissant ainsi les prix à leur valeur initiale.
Selon le bureau du Défenseur du peuple, organisme public de défense des droits, on dénombre huit morts, dont le dirigeant indigène de la Conaie Inocencio Tucumbi, 1 340 blessés et 1 192 arrestations depuis le 3 octobre. Malgré ce lourd tribut, on peut parler d’une victoire historique du peuple et du puissant mouvement indigène équatorien qui était déjà parvenu à mobiliser massivement et provoquer la chute de 3 présidents : Abdala Bucaram (1997), Jamil Mahuad (2000) et Lucio Gutiérrez (2005). C’est aussi un camouflet pour le FMI qui, le 2 octobre, s’était empressé de saluer la réforme sitôt annoncée : « Les réformes annoncées hier par le Président Lénine Moreno visent à améliorer la résilience et la viabilité de l'économie équatorienne et à favoriser une croissance forte et inclusive ».
Fidèle à la doctrine néolibérale de l’institution, l’économiste en chef du FMI, Gita Gopinath, appuie le gouvernement Moreno malgré sa défaite historique, pour défendre l’accord signé en février avec l’Équateur... et les mesures impopulaires qui lui sont liées. En conférence de presse à Washington le 15 octobre, elle avoue : « Nous soutenons les autorités. Nous traversons une période difficile et nous voudrions que des réformes soient menées à bien et qu'elles soient couronnées de succès. ». Car en effet, même s’il est incité à assouplir ses conditions, le FMI compte bien renégocier le calendrier des réformes dont dépend le déboursement des fonds promis.

L’Argentine succombe aux exigences du FMI

Dix-sept ans après la crise de 2001 en Argentine, le gouvernement Mauricio Macri, arrivé au gouvernement en décembre 2015, précipite le pays dans les mêmes affres dont le Fonds monétaire international détient la recette : Macri met en place un féroce plan d’austérité envers sa population en contrepartie du plus gros prêt de l’histoire du FMI : 57,1 milliards de dollars sur trois ans. Mais dans un pays où 11 millions de personnes sont considérées pauvres selon l’Institut national de statistique INDEC, les mesures qui accompagnent ce prêt, accroissent la pauvreté et la malnutrition dans un contexte d’inflation galopante qui frôle les 60 %. Les soupes populaires se multiplient, le Parlement argentin a voté à l’unanimité « l'urgence alimentaire » le 18 septembre et le gouvernement de Mauricio Macri se voit forcé d’augmenter son budget destiné aux aides alimentaires pour les cantines scolaires.
Un mois plus tôt, plusieurs milliers de manifestants avaient campé dans le centre de Buenos Aires pour exiger l'instauration d'un état d'urgence alimentaire. Pendant ce temps, les capitaux fuient massivement le pays à raison de plus de 20 milliards de dollars depuis le début de l’année. Même si le président Macri, dans un geste désespéré, a pris quelques mesures sociales en août pour calmer les esprits, tous les ingrédients sont là pour une nouvelle révolte FMI que connaît bien le pays.
Mais l’attention est ailleurs : l’Argentine se trouve en pleine campagne électorale avec les présidentielles prévues pour le 27 octobre. Le vainqueur des élections, qui selon toutes vraisemblance devrait être le candidat Alberto Fernández sous l’étiquette Frente de Todos – avec Cristina Fernández de Kirchner comme colistière à la vice-présidence – devra affronter des remboursements de 223 milliards de dollars au cours de son mandat, un cadeau empoisonné du FMI... Faisant honneur à sa réputation de fer de lance du mouvement féministe, l’Argentine a marqué l’agenda d’un nouveau succès de mobilisation. Bravant une pluie diluvienne, plus de 200 000 femmes se sont retrouvées le 13 octobre dans les rues de La Plata, à soixante kilomètres de Buenos Aires pour les 34e Rencontres nationales de femmes (Encuentro Nacional de Mujeres).
Elles ont adressé leurs principales revendications – le droit à l’avortement, la lutte contre la violence de genre, l’éducation sexuelle à l’école et les droits des minorités – au gouvernement sortant de Mauricio Macri mais également au grand vainqueur des primaires d’août, Alberto Fernandez.  
Macri et sa politique néolibérale pro-FMI ont mené le pays à la déroute, voire à une crise humanitaire emprunte de famine, c’est une évidence, mais une question demeure :

Son successeur pourra-t-il mener ses propres politiques sans être limité par les remboursements colossaux qu’il est censé servir au FMI ou bien devra-t-il rompre avec l’institution contrôlée par Washington pour s’émanciper de sa tutelle encombrante ?

cadtm

mercredi 16 octobre 2019

Nucléaire : une bonne et deux mauvaises nouvelles…

Victor Ayoli

Pendant que les me (r) dias de grande diffusion s’enferraient et nous enfumaient avec les péripéties croquignolesques de Xavier de Ligochépakoi, trois nouvelles importantes – une bonne et deux mauvaises - sont passées inaperçues. Les trois concernent l’industrie nucléaire.

La bonne nouvelle : l’enterrement de la dénommée Astrid, joli nom pour une belle horreur. En fait le réacteur dit de « 4e génération » n’était qu’une pure invention publicitaire de l’industrie nucléaire. La supposée « génération 4 » n’était en réalité que le recyclage de vieux projets qui avaient été auparavant écartés par l’industrie nucléaire. Le réacteur de 4e génération c’était le retour des surgénérateurs de type Superphénix. Un bide retentissant s’il en est et un danger pour des milliers de générations. Superphénix, démarré en 1986, arrêté en 1997 après 53 mois de fonctionnement et de nombreux déboires graves, n’ayant même pas fourni l’électricité nécessaire à son fonctionnement ! Sa construction et son entretien avaient coûté 12 milliards d’euros et son démantèlement est actuellement un casse-tête. Au point que des têtes d’œufs envisageraient carrément une solution Tchernobyl : un sarcophage acier et béton au-dessus du monstre, le tout recouvert de terre. Avec des arbres et des petits oiseaux à trois becs et cinq ailes ! Ils seraient pittoresques nos nucléocrates s’ils n’étaient pas si nuisibles et dangereux…
De profondis Astrid…
La belle nous aura tout de même coûté plus de 700 millions engloutis en pure perte (c’est la tradition dans le nucléaire de jeter NOS sous par les fenêtres). Applaudissons tout de même chaleureusement les responsables qui ont enfin fermé ce robinet-là.
Mais logiquement l’abandon d’Astrid devrait s’accompagner de l’arrêt de la filière plutonium, puisque Astrid n’avait pour but que de « brûler » les tonnes de déchets qu’est le plutonium, l’horreur intégrale. Et donc d’arrêter de produire ce plutonium puisque la raison du développement civil du retraitement des combustibles REP avec la construction des usines du site de La Hague - usine hyperpolluante - ne se justifiait que par la filière « surrégénération », sa finalité étant de fabriquer du combustible pour les surrégénérateurs. Cet arrêt n’est pas prévu. Bonjour la cohérence !

La mauvaise nouvelle : mercredi matin (9 octobre 2019), EDF a annoncé par communiqué que l’addition du chantier EPR de Flamanville allait encore augmenter de 1,5 milliard d’euros pour atteindre les 12,4 milliards et que le réacteur entrerait - au mieux - en service à la fin de 2022 !
Malgré toutes leurs manœuvres contre l’ASN (autorité de sûreté nucléaire), tous leurs dénis, les responsables d’EDF savent depuis longtemps qu’il y a des problèmes de qualité de soudure. Et une soudure qui pète dans la cuve de confinement, bonjour les dégâts ! Saluons le courage et la résilience de l’ASN qui a su résister à toutes les pressions et ne pas transiger sur la sécurité nucléaire. Mais depuis des années, l’État et la haute fonction publique couvrent toutes les dérives de la toute-puissante mafia des nucléocrates. Tous se tiennent et se protègent.
Notons que ce fiasco tant technologique que financier a dix ans de retard (il devait être mis en service en 2012) et coûtera quatre fois plus que les 3,5 milliards initialement annoncés. Ils seraient pittoresques ces nucléocrates s’ils n’étaient pas si dépensiers…
Le gouvernement aura-t-il enfin le courage d’arrêter la sinistre plaisanterie de l’EPR. Qui lo sa  ? On peut toujours espérer.

La deuxième mauvaise nouvelle. Il ne faudrait surtout pas croire que l’abandon raisonnablement progressif et calculé du nucléaire soit à l’ordre du jour : les nucléocrates vont sortir une nouvelle carte de leur manche : le réacteur Hualong ! Que saco ? Il s’agit d’un ersatz d’EPR mais… chinois ! Cette technologie est issue de la collaboration entre les deux grands groupes nucléaires chinois, la China National Nuclear Corporation (CNNC) et la China General Nuclear (CGN).
Également appelé réacteur ACP1000, il s’agira donc du premier réacteur nucléaire chinois de 3e génération à voir le jour. Plus petit que son homologue français, l’EPR et ses 1700 MW, le réacteur chinois de nouvelle génération affichera une puissance de 1000 MW.
Alors qu’il était ministre de l’économie, Emmanuel Macron avait signé discrètement un accord avec le groupe chinois CGN afin que la filière nucléaire française puisse utiliser les technologies chinoises.
Ah ! Puisqu'on y est, cerise sur le yellow cake britiche, EDF a annoncé discrètement, il y a quelques semaines, que le « fabuleux » chantier d’Hinkley Point en Grande-Bretagne allait coûter plus cher que prévu, « entre 21,5 et 22 milliards de livres sterling » (24 et 24,5 milliards d’euros), en raison de l’allongement des délais sur le chantier... La routine quoi. Et qui va payer ?
La programmation raisonnable de l’abandon du nucléaire ne passera donc pas par Macron. Celui-ci est un fervent adepte de cette filière de mort. Il a pesé tant qu’il a pu, lorsqu’il était en poste au secrétariat de l’Élysée puis au ministère de l’économie, sous François Hollande, pour trouver dans nos poches les 4,5 milliards de recapitalisation et autant dans les poches d’EDF pour sauver Areva de la faillite. N’a-t-il pas choisi comme Premier ministre Édouard Philippe qui a été directeur des affaires publiques du groupe Areva pendant sa pire époque, entre 2007 et 2010 ?

Bon. Pour se débarrasser du nucléaire, il faudra, d’abord, de débarrasser de Macron…

agoravox.fr