Victor Ayoli
Pendant que les me (r) dias de grande diffusion s’enferraient et nous
enfumaient avec les péripéties croquignolesques de Xavier de
Ligochépakoi, trois nouvelles importantes – une bonne et deux mauvaises -
sont passées inaperçues. Les trois concernent l’industrie nucléaire.
La bonne nouvelle : l’enterrement de la dénommée Astrid, joli nom
pour une belle horreur. En fait le réacteur dit de « 4e génération »
n’était qu’une pure invention publicitaire de l’industrie nucléaire. La
supposée « génération 4 » n’était en réalité que le recyclage de vieux
projets qui avaient été auparavant écartés par l’industrie nucléaire. Le
réacteur de 4e génération c’était le retour des surgénérateurs de type
Superphénix. Un bide retentissant s’il en est et un danger pour des
milliers de générations. Superphénix, démarré en 1986, arrêté en 1997
après 53 mois de fonctionnement et de nombreux déboires graves, n’ayant
même pas fourni l’électricité nécessaire à son fonctionnement ! Sa
construction et son entretien avaient coûté 12 milliards d’euros et son
démantèlement est actuellement un casse-tête. Au point que des têtes
d’œufs envisageraient carrément une solution Tchernobyl : un sarcophage
acier et béton au-dessus du monstre, le tout recouvert de terre. Avec
des arbres et des petits oiseaux à trois becs et cinq ailes ! Ils
seraient pittoresques nos nucléocrates s’ils n’étaient pas si nuisibles
et dangereux…
De profondis Astrid…
La belle nous aura tout de même coûté plus de 700 millions engloutis
en pure perte (c’est la tradition dans le nucléaire de jeter NOS sous
par les fenêtres). Applaudissons tout de même chaleureusement les
responsables qui ont enfin fermé ce robinet-là.
Mais logiquement l’abandon d’Astrid devrait s’accompagner de l’arrêt
de la filière plutonium, puisque Astrid n’avait pour but que de
« brûler » les tonnes de déchets qu’est le plutonium, l’horreur
intégrale. Et donc d’arrêter de produire ce plutonium puisque la raison
du développement civil du retraitement des combustibles REP avec la
construction des usines du site de La Hague - usine hyperpolluante - ne
se justifiait que par la filière « surrégénération », sa finalité étant
de fabriquer du combustible pour les surrégénérateurs. Cet arrêt n’est
pas prévu. Bonjour la cohérence !
La mauvaise nouvelle : mercredi matin (9 octobre 2019), EDF a annoncé
par communiqué que l’addition du chantier EPR de Flamanville allait
encore augmenter de 1,5 milliard d’euros pour atteindre les
12,4 milliards et que le réacteur entrerait - au mieux - en service à la
fin de 2022 !
Malgré toutes leurs manœuvres contre l’ASN (autorité de sûreté
nucléaire), tous leurs dénis, les responsables d’EDF savent depuis
longtemps qu’il y a des problèmes de qualité de soudure. Et une soudure
qui pète dans la cuve de confinement, bonjour les dégâts ! Saluons le
courage et la résilience de l’ASN qui a su résister à toutes les
pressions et ne pas transiger sur la sécurité nucléaire. Mais depuis des
années, l’État et la haute fonction publique couvrent toutes les
dérives de la toute-puissante mafia des nucléocrates. Tous se tiennent
et se protègent.
Notons que ce fiasco tant technologique que financier a dix ans de
retard (il devait être mis en service en 2012) et coûtera quatre fois
plus que les 3,5 milliards initialement annoncés. Ils seraient
pittoresques ces nucléocrates s’ils n’étaient pas si dépensiers…
Le gouvernement aura-t-il enfin le courage d’arrêter la sinistre plaisanterie de l’EPR. Qui lo sa ? On peut toujours espérer.
La deuxième mauvaise nouvelle. Il ne faudrait surtout pas croire que
l’abandon raisonnablement progressif et calculé du nucléaire soit à
l’ordre du jour : les nucléocrates vont sortir une nouvelle carte de
leur manche : le réacteur Hualong ! Que saco ? Il s’agit d’un ersatz
d’EPR mais… chinois ! Cette technologie est issue de la collaboration
entre les deux grands groupes nucléaires chinois, la China National
Nuclear Corporation (CNNC) et la China General Nuclear (CGN).
Également appelé réacteur ACP1000, il s’agira donc du premier
réacteur nucléaire chinois de 3e génération à voir le jour. Plus petit
que son homologue français, l’EPR et ses 1700 MW, le réacteur chinois
de nouvelle génération affichera une puissance de 1000 MW.
Alors qu’il était ministre de l’économie, Emmanuel Macron avait signé
discrètement un accord avec le groupe chinois CGN afin que la filière
nucléaire française puisse utiliser les technologies chinoises.
Ah ! Puisqu'on y est, cerise sur le yellow cake britiche, EDF a annoncé discrètement, il y a quelques semaines, que le « fabuleux » chantier d’Hinkley Point en Grande-Bretagne allait coûter plus cher que prévu, « entre 21,5 et 22 milliards de livres sterling » (24 et 24,5 milliards d’euros), en raison de l’allongement des délais sur le chantier... La routine quoi. Et qui va payer ?
La programmation raisonnable de l’abandon du nucléaire ne passera
donc pas par Macron. Celui-ci est un fervent adepte de cette filière de
mort. Il a pesé tant qu’il a pu, lorsqu’il était en poste au secrétariat
de l’Élysée puis au ministère de l’économie, sous François Hollande,
pour trouver dans nos poches les 4,5 milliards de recapitalisation et
autant dans les poches d’EDF pour sauver Areva de la faillite. N’a-t-il
pas choisi comme Premier ministre Édouard Philippe qui a été directeur
des affaires publiques du groupe Areva pendant sa pire époque, entre
2007 et 2010 ?
Bon. Pour se débarrasser du nucléaire, il faudra, d’abord, de débarrasser de Macron…

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