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lundi 7 janvier 2013

Le trafic illégal de corne de rhinocéros

WWF              

Il serait le cinquième trafic après la contrefaçon, la drogue, les armes ou le pétrole. Le commerce illégal des espèces menacées draine aujourd’hui des sommes conséquentes.

Encouragés par la faiblesse des peines encourues, les braconniers sont aussi bien organisés, équipés et financés qu’une armée avec l’appui d’organisations criminelles parfois plus puissantes que les gouvernements eux-mêmes.

L’engrenage est infernal. Moins une population est nombreuse, plus ses produits dérivés sont convoités, accentuant ainsi la probable disparition de l’espèce. A poids égal, une corne de rhinocéros équivaut à deux fois le prix de l’or.

Une fois de plus, c’est la richesse de l’Afrique, et notamment celle de sa faune, qui attire toutes les convoitises.

En Afrique du Sud où les cinq grands mammifères africains, les big five, représentent un trésor national ainsi qu’une source de revenus non négligeables pour le tourisme, la richesse des données et des histoires recueillies montre l’importance du sujet… Et l’engagement du gouvernement dans cette guerre sans précédent.

À l’autre extrémité de ce marché : l’Asie où la corne de rhinocéros est synonyme de richesse et de puissance.

Au Vietnam, le principal débouché pour ce produit dérivé, les données sont presque inexistantes. On ne trouve étonnamment que des observations ou des anecdotes, alors que les chiffres sud-africains montrent très clairement l’essor de la demande. Preuve s’il en fallait, que l’application des conventions internationales est encore loin d’être optimale.

Comment le citoyen peut-il agir ?
En faisant pression pour que la protection des espèces soit une priorité pour les gouvernements. Il ne s’agit pas simplement de renforcer la coopération internationale. Il s’agit aussi de faire appliquer les lois. Le commerce d’espèces menacées repose sur un crime. Laisser commettre ce crime contre la nature n’est pas une option.
Au même titre que l’or, le platine, le pétrole, la vie animale fait aussi partie de la richesse des nations. Aujourd’hui il faut faire vite car chaque espèce en danger est un champ de bataille.

3 questions à Stéphane Ringuet, chargé de programme WWF et TRAFFIC :

Quels sont les facteurs expliquant l’essor du trafic de cornes de rhinocéros d’Afrique vers l’Asie et plus particulièrement le Vietnam ?

Le sort du rhinocéros en Afrique est lié de façon inextricable aux forces du marché en Asie, et en particulier au Vietnam. Pour alimenter cette demande, des syndicats criminels se sont organisés en Afrique du Sud, entrainant des massacres importants d’animaux au cours de ces 3 dernières années.

Globalement, le commerce illégal de cornes de rhinos en Afrique du sud a évolué rapidement en un phénomène hautement adapté, efficace et sophistiqué qui lient des acteurs « voyous » de l’industrie de la faune sauvage, des rangers gouvernementaux ou des officiels qui sont contraints, compromis ou corrompus dans des activités illégales, et des opérateurs du crime asiatique.

Sur les 43 asiatiques arrêtés en Afrique du Sud, 24 sont vietnamiens, et 13 sont chinois.
C’est un développement unique et dévastateur dans ce pays, qui ternit sévèrement l’image de l’Afrique du Sud, même si la majorité des propriétaires de rhinocéros et des personnels de l’industrie de la faune sauvage sont engagés dans la protection des rhinos et soutiennent leur conservation.

Le braconnage est-il une menace sur les rhinocéros ?

Le braconnage s’est intensifié dans les années 1970s et 1980s alors que la demande pour la corne de rhinocéros augmentait, cette corne étant considérée comme un ingrédient apprécié par les Médecines Chinoises Traditionnelles et valorisée à travers la fabrication de manches de poignards au Yémen.

Le nombre de rhinocéros noirs a diminué de 96% entre 1970 et 1992, et la population de rhinocéros blanc du nord a décru de 2000 en 1960 à 15 environ en 1984. Grâce à des mesures de conservation et des efforts de lutte anti-braconnage, certaines populations de rhinocéros existent encore, mais nombreuses d’entre elles restent très petites et très fragiles.

Les activités importantes de braconnage qui se déroulent en Afrique du Sud sont vraiment inquiétantes en ce sens qu’elles mettent en péril des années de travail pour la conservation des rhinocéros dans un pays qui abrite 95% de la population de rhinocéros blancs d’Afrique et environ 45% de la population de rhinocéros noirs d’Afrique.

Ici, le braconnage s’est intensifié à partir de 2008, avec 83 animaux tués, pour atteindre en 2011, un nombre record de 448 animaux abattus, soit largement plus d’un animal par jour.

Que faudrait-il faire pour éradiquer le commerce illicite de cornes de rhinocéros ?

L’éradication du commerce illicite de cornes de rhinocéros d’Afrique en provenance d’Afrique du Sud vers l’Asie (en particulier le Vietnam) passe par la mise en œuvre de nombreuses recommandations identifiées par le programme TRAFFIC.
Continuer à soutenir la mise en œuvre obligatoire de registres, du marquage et d’échantillonnage d’ADN de tous les stocks de cornes de rhinos ainsi que celles détenues légalement ; s’assurer que des peines dissuasives soient données à ceux convaincus de crimes sur les rhinos ; renforcer les contrôles dans tous les ports d’entrée et de sorties pour mieux détecter les mouvements illégaux de cornes de rhinos en Afrique du Sud.

Réviser et renforcer la législation nationale et les peines relatives au commerce illégal et mettre fin aux publicités sur internet par rapport au commerce de cornes, au niveau du marché.

Quelles sont les actions du WWF et de TRAFFIC ?

Le WWF travaille à la conservation des rhinocéros depuis plus de 40 ans et s’appuie sur ces programmes de conservation aussi bien en Afrique qu’en Asie. Le Programme Rhinocéros d’Afrique lancé en 1997 apporte un soutien technique et financier à de nombreux projets de conservation en Afrique et opère en partenariat avec les pays clés de l’aire de répartition des espèces. Il reconnait que le futur à long terme des rhinos d’Afrique ne peut être assuré que si les communautés locales et le secteur privé sont impliqués dans les efforts de conservation, et s’ils bénéficient de ces ressources sans qu’il ait une atteinte à la croissance des populations de rhinocéros.

De même, le WWF a créé en 1998 sa stratégie d’action pour les rhinocéros et éléphants d’Asie en reconnaissant que le succès de conservation ne sera possible seulement qu’à travers une approche élargie allant au-delà de protection d’aires isolées et en s’adressant aux questions des pratiques d’utilisation des terres.

Enfin, le WWF soutien le programme TRAFFIC, le réseau de surveillance du commerce de la faune et de la flore sauvages. Ce programme a pour mission de s’assurer que le commerce des plantes et des animaux sauvages ne nuit pas à la conservation de la nature. TRAFFIC surveille activement le commerce de la faune et de la flore sauvages, mène des enquêtes, et donne des informations à divers publics à travers le monde afin de mettre en place des politiques et des programmes efficaces de conservation.

Ensemble, le WWF et TRAFFIC lancent une campagne mondiale contre le commerce illégal de cornes de rhinocéros (mais aussi d’ivoire d’éléphants et de parties de tigres). Cette campagne cherche à renforcer les contrôles et l’application des lois pour stopper le trafic de faune sauvage, pour la mise en place de mesures dissuasives efficaces et la réduction de la demande de produits d’espèces menacées.


vendredi 3 décembre 2010

Iccat : échec sur toute la ligne

Greenpeace

La réunion de l’Iccat à Paris vient de s’achever et le quota de pêche au thon rouge alloué pour l’année prochaine est de 12 900 tonnes. Un résultat déplorable dans la mesure où ce chiffre ne laisse qu’environ 30 % de chance au stock de se reconstituer d’ici à 2020, alors que la communauté internationale s’est engagée à ce que tous les stocks de poissons soient exploités de façon durable à cette date, lors de la Convention internationale sur la biodiversité de Nagoya.

C’est un signal extrêmement négatif que l’Iccat vient d’envoyer. Une nouvelle fois, les délégations ne se sont pas préoccupées d’assurer la sauvegarde d’une espèce emblématique et menacée. En adoptant un quota de pêche pour 2011 pratiquement égal à celui de cette année, l’Iccat démontre que seul prime l’intérêt économique à court terme de la pêche industrielle.
Ce cas très concret du thon rouge montre que les engagements internationaux, tels celui de Nagoya ou la directive européenne sur la stratégie marine, ne sont pas appliqués.

Bruno Le Maire et les pêcheurs français sortent perdants

Depuis le début des négociations, la France, par la voix de son ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Bruno Le Maire, a défendu une position maximaliste sur le quota global de pêche au thon rouge. Elle a entraîné avec elle toute l’Union européenne. La France espérait ainsi se voir accorder un délai pour le paiement de sa dette : 1 500 tonnes de poisson à retirer de son quota en 2011 et 2012. Ce remboursement fait suite au dépassement de quota de plus de 100 % dont se sont rendus coupables les thoniers français en 2007.

Cette demande française a été rejetée. Cela signifie que sur les 2 500 tonnes de quota français pour 2011, les thoniers ne seront autorisés à pêcher « qu’environ » 1 000 tonnes de poisson.

Greenpeace estime que ces 1 000 tonnes devraient être allouées en priorité aux pêcheurs artisanaux, et non aux thoniers senneurs, la pêche industrielle étant seule responsable des dépassements de quotas en 2007.

Avec cette stratégie perdante dans laquelle s’est enfermé Bruno Le Maire, non seulement la France trahit l’engagement pris à Nagoya, et ne laisse ainsi qu’une très faible probabilité au stock de se reconstituer d’ici à 2020. Mais les pêcheurs, à qui le ministre « voulait penser en priorité » ne sont pas satisfaits ! Si la France avait dès le départ défendue une baisse du quota et une fermeture de la pêche à la senne, tous les pays pêcheurs aurait été dans la même situation, la ressource aurait été préservée et un conflit avec la Commission européenne évité. Aujourd’hui les pêcheurs français sont les seuls à rester à quai et l’espèce est toujours en mauvaise posture.

Les négociations sur la pêche au thon rouge se sont réduites à des discussions de marchands de tapis autour de chiffres et de calculs de probabilité. Il n’a jamais été question de protection d’une espèce.