Victor Ayoli
Depuis ce matin, on entend, dans les machines à bruit, les conclusions
d’une étude menée par des médecins, chercheurs et ingénieurs à
l’université et au CHU de Rennes.
Etude publiée non pas en France mais…
ce mercredi 6 novembre dans la revue scientifique britannique British Medical Journal !
Il en résulte que les médecins généralistes français qui reçoivent des cadeaux des laboratoires pharmaceutiques
ont tendance à faire « des prescriptions plus chères et de moindre
qualité ». Et, à l’inverse, que ceux « qui ne reçoivent aucun avantage
de la part de l’industrie pharmaceutique sont associés en moyenne à de
meilleurs indicateurs établis par l’Assurance Maladie quant à
l’efficacité de leurs prescriptions, et celles-ci coûtent globalement
moins cher ». C’est quoi ces cadeaux ? Ben ça peut aller d’un bon
gueuleton offert à une invitation à un congrès sous les palmiers. Ça crée
des liens de sympathie… et de renvoi d’ascenseur !
Eh, attention, pas d’amalgame, pas de stigmatisation ! Ces résultats
ne démontrent pas de lien de cause à effet mais « renforcent l’hypothèse
selon laquelle l’industrie pharmaceutique peut influencer les
prescriptions des médecins généralistes » disent les auteurs de l’étude
qui rajoutent, que « cette influence, parfois inconsciente chez les
médecins, peut conduire à choisir un traitement qui n’est pas optimal,
au détriment de la santé du patient et du coût pour la collectivité ».
L’étude met aussi en évidence qu’« en moyenne », « le groupe de
médecins n’ayant reçu aucun avantage […] est associé à des prescriptions
moins coûteuses, plus de prescriptions de médicaments génériques par
rapport aux mêmes médicaments non génériques » (pour trois types de
médicaments), « moins de prescriptions de vasodilatateurs et de
benzodiazépine pour des durées longues », dont l’usage est déconseillé
par l’Assurance Maladie.
Et comment ils ont trouvé tout ça, les chercheurs de Rennes ? Ben, ils ont croisé deux bases de données : la première est le portail Transparence Santé,
sur lequel doivent être déclarés tous les « liens d’intérêt » des
professionnels de santé, et notamment les équipements, repas, frais de
transport ou d’hôtel offerts par des entreprises du secteur
(laboratoires pharmaceutiques, fabricants de dispositifs
médicaux, etc.), à partir d’un montant de 10 €. La seconde base est le Système national des données de santé (SNDS)
qui recense consultations, actes médicaux, prescriptions de médicaments
et hospitalisations remboursés en conservant l’anonymat des assurés.
L’étude concerne les prescriptions de 41 000 médecins généralistes (sur
102 000), ce qui lui donne une fiabilité.
Les labos pharmaceutiques dépensent 27 % de leurs CA pour la promo,
plus que pour la recherche. Les dépenses marketing, comprenant également
les frais d’administration, ont atteint 276,1 milliards de dollars en
2014. Les dépenses de recherche et développement des 131 plus gros
laboratoires pharmaceutiques mondiaux se sont élevées à 135 milliards de
dollars en 2014 d’après les chiffres exclusifs de GlobalData Health. 14 % de leur CA voir http://www.pharmaceutiques.com/phq/mag/pdf/phq138_36_dossier.pdf
Deux fois plus de fric pour inciter la population à acheter des
médicaments que pour chercher et développer des médicaments nouveaux et
efficaces !
Sacrés labos, va ! Tous les laboratoires pharmaceutiques ont mis en place des doubles et triples comptabilités. Si cette pratique est légale (? !), elle a pour but de rendre impossible la moindre visibilité.
La première comptabilité est destinée au fisc et abaisse le bénéfice
fiscal par des politiques d’optimisation et de prix de transferts
insultant la raison. La deuxième est pour le management local, et permet
uniquement de suivre les dépenses (marketing, promotion…) et les
ventes. La dernière est pour le groupe, qui suit et pilote ses marges
réelles sur les produits vendus partout dans le monde avec une extrême
attention. Ces marges réelles, produit par produit ne sont pas rendues
publiques. Secret des affaires, vous répondra-t-on. Mais quand votre
unique client est la Sécurité sociale qui a financé des années de
bénéfices record et que vos produits sont achetés pour sauver des vies,
cette opacité est-elle justifiable ?
Pour se faire une idée de la profitabilité globale d’un laboratoire,
il est possible de regarder leur rapport annuel, public et disponible
sur internet en quelques clics : on pourra constater que l’industrie
pharmaceutique est plus rentable que la banque, les télécoms, la
finance, le luxe, l’énergie. Ces profits sont ceux réalisés après
financement de la R & D (largement subventionnée avec nos sous en
France), et ne servent qu’à la rémunération des actionnaires ou au
rachat de concurrents, et non au financement de la recherche, comme
veulent le faire croire les laboratoires dans leur communication
publique.
Tè, c’est à vous dégoûter d’être malade…

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire