Victor Ayoli
Branle-bas de combat à la mairie de Paris : en cause, le partenariat de
« sponsoring » signé par le Comité international olympique CIO) avec la
plateforme Airbnb.
« Ce partenariat est inopportun et il est outrageux de
faire de cette entreprise qui joue de la déréglementation dans tous les
pays du monde un partenaire mondial du CIO. Où est la moralité ? »
Airbnb, c’est une entreprise faite pour faire du fric et pas payer
d’impôts, pour « boire un coup et pas payer son verre » comme disait
l’autre. Ces plateformes de location créent une hausse mécanique de la
valeur locative des logements en portant l’offre et la demande sur le
plan mondial. À terme, c’est toute l’offre locative locale qui est en
péril car les prix des loyers ne sont plus que spéculatifs en fonction
de la demande. Ainsi à Biarritz pour le G7 avec des nuits chez le
particulier jusqu’à 5 000 €, un loyer annuel habituellement. Les JO vont
faire exploser les prix des loyers à Paris et l’activité d’Airbnb, si
elle n’est pas sévèrement réglementée, va vider Paris de ses derniers
« Parigots ».
Eh ! Oh ! Les Parigots, vous avez signé, c’est pour en chier, non ?
Pour avoir les Jeux Olympiques à Paris, vous avez tout fait, vous avez
tout accepté, vous êtes allègrement passés sous les fourches caudines de
cette sulfureuse et puissante secte helvétique appelée CIO et qui
impose ses lois. « Vous voulez avoir les Jeux ? Alors voilà nos conditions. »
Ces conditions sont définies dans la Charte olympique
dont l’article 33 alinéa 3 stipule clairement que les lois du pays hôte
devront se conformer aux exigences du CIO ! Ainsi est-il écrit : « Le gouvernement national du pays de toute candidature doit remettre au CIO un acte légalement
contraignant par lequel ce gouvernement garantit et prend l’engagement
que le pays et ses autorités publiques se conformeront à la Charte
olympique et la respecteront ».
Et voilà les Parigots. Non seulement vous vous êtes aplatis mais vous
avez su manipuler les députés et sénateurs afin qu’ils fassent passer
les exigences du CIO dans la loi « olympique »
votée le 21 décembre 2017 par les députés à l’unanimité à l’exception
de LFI. Alors faut pas vous plaindre maintenant si le CIO vous met
Airbnb dans les pattes !
C’est une loi d’exception découlant du chantage que le CIO impose à
toute ville candidate aux J.O., une loi scélérate que nos représentants
ont (presque) unanimement voté à main levée.
Qu’est-ce qu’elle dit cette loi d’exception ? Elle suspend la loi
ordinaire, le droit commun, en un lieu donné et pour une période
déterminée afin de « sécuriser l’évènement olympique », c’est-à-dire
assurer les profits des margoulins agréés par le CIO – dont Airbnb !
Ainsi, pendant la période concernée, l’État remet une partie de ses
pouvoirs régaliens entre les mains d’une organisation privée extérieure
au pays. Par exemple elle « prévoit certains aménagements juridiques
pour accélérer et/ou simplifier les procédures administratives
existantes, notamment relatives : - aux conditions de douanes et de
visas pour la Famille olympique et paralympique ; - à l’obtention
d’autorisation de travail de long terme ; - au renforcement de la
protection de la propriété intellectuelle ; - à la possibilité pour le
Gouvernement de statuer par voie d’ordonnance sur les modifications
législatives rendues indispensables par l’accueil des Jeux ; - à une
utilisation élargie du domaine public pour permettre un accès libre à
certains lieux pour les Jeux ».
Putaing ! De véritables diktats. Et nos « représentants » ont voté sans barguiner. Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi l’exonération fiscale des « grands évènements sportifs » !
Ce sont les mêmes exonérations que celles qui ont sévi lors de l’Euro
de foot de 2016. Aucun impôt sur les bénéfices, pas de cotisations
sociales et zéro taxe d’apprentissage. Sans oublier les emplois masqués
de dizaines de milliers de « volontaires bénévoles »… Tout bénef pour
les sponsors et les organisateurs, toute la merde pour l’État
organisateur.
Les sénateurs - oui il y en qui suspendent de temps en temps leur
sieste – sont allés voir un peu comment ça s’était passé aux JO de
Londres. Un rapport du Sénat, en 2012, s’essayait à tirer quelques leçons des Jeux de Londres. On peut notamment y lire, au paragraphe intitulé « Les étranges règles économiques des Jeux olympiques », que « les
règles de protection des marques fixées par le CIO apparaissent
clairement excessives. À titre d’exemple, dans tout le périmètre
olympique (enceintes sportives, centres de presse), on ne pouvait
retirer de l’argent ou même payer des consommations qu’avec une carte
Visa, sans pouvoir utiliser de Mastercard ou d’American Express ! De
même, afin de protéger le Mc Donald’s, aucun stand ne pouvait vendre des
frites, à l’exception toutefois des Fish & Chips, mais uniquement
accompagnées de poisson… […] Il a été interdit aux athlètes de parler
sur les réseaux sociaux ou Internet de produits non commercialisés par
un sponsor officiel. […] Londres a aussi établi une zone d’exclusion de
marques autour des principaux sites olympiques, où les publicités pour
des marques non-partenaires ont été interdites ».
Fatche ! C’est beau les J.O. ! Plus vite (dans l’embrouille), plus haut (dans la manipulation), plus fort (dans l’arnaque).

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire