jeudi 22 février 2024

Transports : la macronie prête à interdire la grève sur de larges périodes

Typhaine Cendrars

Mardi 20 février matin à l’antenne de Sud Radio, Marie Lebec, ministre déléguée auprès du Premier ministre a annoncé qu’il faudrait « sanctuariser » des périodes de grève dans les transports. Une annonce de plus pour le gouvernement qui, dans le contexte des grèves à la SNCF, avance ses pions pour attaquer le droit de grève. 

C’est sur Sud Radio que la ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée des Relations avec le Parlement, s’est exprimée le matin du 20 février dans la lignée des dernières annonces du gouvernement qui questionnent le droit de grève. Marie Lebec a alors mentionné « s’interroger sur le recours au droit de grève quand on a une mission de service publique » en faisant référence aux grèves des contrôleurs de la SNCF qui ont fortement perturbé le trafic ferroviaire le week-end dernier. La ministre déléguée évoque que « la grève c’est un droit légitime mais je crois qu’il y a des moments où on peut estimer qu’il faut sanctuariser ces périodes », après avoir rappelé l’importance des vacances scolaires pour les français mais surtout l’accueil des jeux olympiques à Paris l’été prochain qui « mettent la France à l’honneur ». C’est donc au nom de « l’honneur » de la France et des « missions de service publiques » que la ministre assume la volonté du gouvernement de s’attaquer au droit de grève en les interdisant sur des périodes spécifiques.

Suite au mouvement de grève important des cheminots le weekend dernier et des nombreux trains annulés en conséquence, ces derniers jours ont été marqués par un débat sur la « nécessité » d’encadrement des grèves, un « débat » médiatique qui permet au gouvernement d’avancer des pions pour faire reculer ce droit. Alors que la droite et le centre-droit ont proposé au Sénat une loi visant à rendre possible l’interdiction par décret de grèves 60 jours par an, ce n’est pas un hasard que la ministre déléguée demandait ce matin « Est-ce que les modalités doivent forcément passer par la loi ? Est-ce que ça peut faire l’objet d’un accord ou autre avec les représentants syndicaux ? ». Pour elle, « toutes les options sont ouvertes », une menace à peine voilée contre les travailleurs. Le gouvernement ne se cache pas de profiter du « débat » actuel pour faire avancer ses mesures visant à restreindre le droit des travailleurs à faire grève.

Gabriel Attal avait déjà, dans une interview du 14 février, déclaré que « on peut parfois avoir le sentiment d’une forme d’habitude à chaque vacances qui arrivent d’avoir l’annonce d’un mouvement de grève » avant d’appeler les grévistes à « la responsabilité ». Si les mots de Gabriel Attal étaient plutôt prudents, il avait tout de même rappelé que « la grève est un droit », tout de suite suivi de « mais travailler est un devoir ». Le premier ministre avait bien préparé le terrain aux propos de Marie Lebec qui représentent un nouveau cap dans les attaques du gouvernement contre le droit de grève. Un gouvernement qui garde encore des pincettes en s’empressant tout de même à chaque prise de parole de rappeler que le droit de grève est un « droit constitutionnel » comme pour ne pas s’attirer les foudres de tous ceux qui luttent pour de meilleures salaires à l’instar des contrôleurs en lutte ce moment.

Ces déclarations marquent une intensification de l’offensive contre le droit de grève en proposant de le réglementer et de le limiter dans le temps, et s’inscrivent dans un contexte plus large d’attaques contre le monde du travail et ses organisations. En effet, alors que plus d’un millier de syndicalistes CGT fait aujourd’hui face à des poursuites pour leur engagement syndical, le mouvement ouvrier se confronte à un nouveau niveau d’offensive pro-patronale du gouvernement. 

Les menaces contre le droit de grève ne peuvent se faire plus claires.

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