Caleb Irri
Cela fait des mois que les gilets jaunes expriment leurs colères,
leurs questions, leurs volontés, leurs malheurs. Des mois que les
journalistes tentent ou font semblant de tenter de les comprendre.
Alors quand arrive un type qui, au lieu de les prendre pour des cons
ou des violents, ce type leur explique comment le système fonctionne,
que ce type donne son livre en pdf, défend (gratuitement ?) les leaders
du mouvement, cela semble difficile à croire : il ne ferait ça ni pour
de l’argent, ni pour le pouvoir, ni pour la notoriété ?
Et oui, il y a encore quelques gars comme ça, ça peut paraître un peu
désuet mais que voulez-vous, il a sans doute été nourri au romantisme
de la classe à laquelle il appartenait.
Un gars qui au lieu de demander aux gilets jaunes si ils sont
violents, antisémites ou complotistes, préfère leur donner une
explication rationnelle du monde capitaliste, comme il fonctionne pour
de vrai.
Un gars qui dit qu’il n’y a pas besoin de complot ni de juifs ni de
reptiliens pour engendrer un monde pourri comme celui dans lequel nous
vivons. Que se plaindre ici en France d’un manque de démocratie n’est
pas cracher dans la soupe mais constater que si nous pouvons nous
permettre de vivre et de gaspiller comme nous le faisons tous les jours
c’est PARCE QUE nous en exploitons d’autres… et nous le regrettons. Que
si les pauvres en chient à remplir le frigo ce n’est pas parce qu’ils
sont des losers ou des mauvais, mais parce que des types comme Bernard
Arnault ou je ne sais qui (on s’en fout des noms et des personnes vous
ne comprenez toujours pas ?) se fait des millions ou des milliards sur
notre dos, ou sur celui de notre voisin -qu’il soit étranger ou non-
avec qui on est constamment mis en concurrence.
Vous les journalistes, qui presque tous lui tombez dessus après avoir
fait semblant de l’ignorer jusqu’à maintenant, vous ne comprenez
manifestement rien à la réalité. Je ne sais pas si c’est parce que vos
situations sont vraiment trop éloignées de celles des gilets jaunes,
mais il y a un problème : que Juan Branco ne soit pas parfait, qu’il ait
fait des erreurs ou qu’il ressente des frustrations, tout le monde s’en
contrefout à vrai dire. Les gens en ont ras le bol. Ras le bol vous
entendez ?
Ils travaillent tous les jours, toute l’année, pour eux, pour leurs
enfants, et ils s’épuisent, perdre sa vie à la gagner comme on dit.
Ils vont se battre du début de leur vie pour arracher un apprentissage jusqu’à la fin de leur vie pour se payer un EPHAD insalubre ou crever sans peser sur leurs gosses à qui ils ont durant toute leur vie tout sacrifié pour leur donner l’illusion d’être « comme tout le monde ». Vous ne connaissez pour la plupart ni la peur de la carte qui ne passe pas, ni celle de devoir annoncer aux enfants qu’on ne partira pas en vacances à Pâques, cette fois-ci encore…
Ils vont se battre du début de leur vie pour arracher un apprentissage jusqu’à la fin de leur vie pour se payer un EPHAD insalubre ou crever sans peser sur leurs gosses à qui ils ont durant toute leur vie tout sacrifié pour leur donner l’illusion d’être « comme tout le monde ». Vous ne connaissez pour la plupart ni la peur de la carte qui ne passe pas, ni celle de devoir annoncer aux enfants qu’on ne partira pas en vacances à Pâques, cette fois-ci encore…
Vous n’avez finalement je crois rien compris à ce qui se passe : les
gens, eux, finissent par comprendre, grâce à des mecs comme lui, que si
le monde est tel qu’il est, c’est à cause de quelques types qui
s’arrangent entre eux pour amasser toujours plus de pognon et de
pouvoir. Que si la démocratie a été confisquée, c’est par ces gens-là qui
rachètent les journaux pour pouvoir balancer leur propagande et
empêcher la réalité d’être exposée. À l’ancienne, mais en plus grand, en
plus fort, en plus technologique, avec l’illusion de faire du
pluralisme. Et vous ne dites rien. Vous laissez faire.
Vous les journalistes, qui avez cru qu’être journaliste c’était
informer, montrer la réalité, qui avez cru que vous étiez de gauche
parce que les copains de droite du lycée vous traitait de « coco »
-parce que que vous étiez le rebelle de votre famille ?-, vous vous
retrouvez à servir la soupe en vous disant que, quand même, le monde n’est
pas si mal… Et puis vous l’avez bien méritée votre place, non ? Pourquoi ce serait à vous de balancer vos propres lâchetés
individualistes à la face d’un monde qui les partage sans le dire non
plus ?
Vous vous plaignez que les gens ne lisent plus vos journaux mais
lorsqu’ils ne sont pas toujours orientés dans le même sens, les articles
sont désormais payants ! Et puis les gens vont sur internet non pas
parce qu’ils ne croient plus les journalistes, mais tout simplement
parce que les journalistes mentent. Ou omettent. On ne vous a pas appris
au catéchisme que le mensonge par omission était un péché ?
Vous faites partie des 10%, c’est bien logique que vous pensiez
ainsi. Mais vous vous trompez. Vous n’êtes que des cons : vous n’avez
jamais rien compris, ni rien fait pour comprendre. Orwell allait
habiter avec les mineurs pendant 6 mois. Les gens ne veulent pas brûler
ni les flics ni la France. Ils veulent juste vivre bien, comme nous
sommes en droit de le réclamer dans un Etat riche et développé. Sans
aumône, sans charité, sans mépris.
Vous auriez dû remarquer que les gilets jaunes ne demandent pas du
travail mais de la justice fiscale. Ils ne demandent pas qu’on pende
les élus mais qu’on instaure le RIC. Ils ne demandent pas qu’on baisse
le prix du diesel mais qu’on change de modèle économique pour sauver la
planète. Ils ne veulent pas de la charité mais de la dignité.
Juan Branco fait partie de ces gens qui, comme Marx, ont eu la chance
d’appartenir aux deux mondes qui se font face et d’avoir choisi le bon
côté. Signifiant ainsi que ceux qui n’ont pas basculé sont du mauvais.
Vous le savez au fond de vous, vous qui me lisez, que tout ceci est un
scandale monumental.
Personne ne vaut des milliards d’euros, personne ne vaut rien non
plus. Il vaut mieux aider les gens qui ont besoin que ceux qui n’ont
besoin de rien, mais il vaudrait mieux faire en sorte qu’ils n’aient
besoin de rien. Quand ils entendent que des caissières se font renvoyer
pour un paquet de gâteaux volés tandis que certains politiques sont
encore en poste malgré des malversations avérées. Quand ils voient que
la femme du président de groupe LREM à l’assemblée trouve un poste en or
par miracle, que la fraude sociale à 5 milliards oblige nos gouvernants
à tracer le moindre gars au RSA tandis qu’on continue de ne rien faire
contre les près de 100 milliards de fraude fiscale. Que ceux qui
manifestent sont accusés d’être à loisir antisémites ou casseurs,
populistes ou anarchistes, tandis que ceux qui les provoquent, les
humilient, les insultent -à loisir aussi- sont bien au chaud derrière
leurs cordons de CRS, pauvres d’eux qui doivent subir le mépris de leur
hiérarchie, et la colère des manifestants leurs frères.
Qu’est-ce que vous nous faites chier avec Juan Branco ? Et vous Juan
Branco, qu’est-ce que vous nous faites chier avec les médias ? On n’en a
plus rien à foutre des médias. Chacun s’informe comme il peut, s’il
veut, il les aura les infos, regardez ! On s’informe, on apprend, on
s’organise, doucement mais sûrement : les assemblées où l’on parle du
RIC, de l’Assemblée Constituante, de l’écologie comme moteur d’une
nouvelle démocratie, de la lutte inévitable contre le capitalisme… C’est
cela la vraie question. On le fera tout seuls notre RIC, elle finira
bien par advenir cette Assemblée Constituante. Il n’y a pas
d’alternative, c’est cela la réalité.
Après, que les journalistes s’occupent comme ils peuvent, par exemple
en nous expliquant sérieusement en quoi monsieur Bernard Arnault
mérite-t-il de posséder une telle fortune, comment il l’a construite
(sur le dos de qui ?), et surtout ce qu’il fait de tout cet argent. D’où
vient tout cet argent, et où va-t-il ? C’est pas une enquête à faire ça
? Combien de personnes vivent avec ces 80 miliards, et combien
pourraient vivre si on lui prenait tout ? C’est pas une bonne question
ça ?
Le mérite, c’est un bon début pour la réflexion : celui qui travaille
40 heures par semaine dans des conditions pénibles pour un salaire de
misère mérite-t-il moins que celui qui fait fructifier son argent même
en dormant ? Le fait d’avoir une idée géniale ou un bon coup de pied
est-il plus méritant que le fait d’être né dans une famille pauvre ou
avec des capacités intellectuelles ou physiques diminuées ?
Croyez-vous sincèrement que Bernard Arnault est un génie, un être
exceptionnel qui mérite d’être aussi riche ? Mais s’il est un être aussi
exceptionnel, pourquoi ne partage-t-il pas sa fortune avec les plus
démunis ? Il y en a suffisamment pour devenir pauvre à son tour !
Aidez-nous à montrer la vérité au lieu de vouloir attaquer les seuls qui osent faire.

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