Julian Vadis
Dans un scrutin marqué par une abstention historique, les résultats du
second tour des municipales permettent de tirer quelques enseignements.
Pour LREM, la déroute annoncée a bien eu lieu. Pour Europe Écologie les
Verts, la poussée est significative, dans la continuité des européennes.
0,5 % de participation : une abstention jamais vue pour les municipales
Tout au long de la journée, les analystes politiques médusés n’ont pu
que constater une abstention qui s’annonçait historique pour les
élections municipales. À 20h, le verdict est tombé : 40,5 % de
participation, selon une première estimation Harris Interactive-Epoka
pour LCI, soit 21,5 points de moins qu’au second tour du scrutin
municipal en 2014.
Bien sû, le contexte sanitaire a très certainement joué sur cette
abstention record, mais il n’explique pas tout. Alors que les Maires
sont, d’une manière globale, les élus les plus populaires de l’ensemble
de la V° République, les élections municipales n’échappent pas à la
tendance générale de montée de l’abstention qui touche l’ensemble des
scrutins depuis les années 2000. Entre le second tour de 2001 et celui
de 2014, le taux de participation, au premier comme au second tour, a
continuellement baissé, passant de 69 à 62% concernant le second tour.
La cuvée 2020 marque donc un tournant, avec pour la première fois un
taux de participation en dessous des 50% de participation, sans aucun
doute amplifié par la situation actuelle, mais qui s’explique avant tout
par une tendance de fond qui dévoile une défiance de plus en plus
marquée envers les représentants politiques, y compris locaux.
EELV, la poussée
Ce n’est pas une grande vague, mais une poussée significative. Dans
la continuité des élections européennes, Europe Écologie les Verts a
fait une véritable poussée ce 28 juin. Dans diverses combinaisons,
incluant ou non des alliances, EELV a non seulement gardé, sans
surprise, l’hôtel de ville de Grenoble, mais s’est également imposé dans
une série de villes moyennes, comme à Besançon, Annecy ou à Poitiers.
Mais c’est aussi dans de très grandes villes qu’EELV a remporté de
grandes victoires. La plus importante, sans aucun doute, est la prise de
l’hôtel de ville de Lyon avec 53,5% des voix, fief du soutien
historique d’Emmanuel Macron, Gérard Collomb. Selon les premières
estimations, la candidate écologiste l’a également emporté à Strasbourg,
tout comme à Bordeaux historiquement à droite, et à Marseille.
LREM : Édouard Philippe, l’arbre qui cache la forêt ?
Pour La République En Marche, si Édouard Philippe (qui n’est pas
adhérent au parti présidentiel) a largement été réélu avec 58,8% au
Havre, le résultat des élections municipales prend des allures de
claques pour la formation présidentielle. Lyon est donc tombé, et LREM
n’aura au final gagné aucune grande ville, contrairement aux objectifs
initiaux. Au final, c’est y compris l’objectif extrêmement minimal de 10
000 conseillers municipaux qui risque d’échapper à En Marche.
Surtout, c’est la percée écologiste qui met une nouvelle épine dans
le pied de Macron, en particulier en vue de 2022. Les alliances -
majoritairement à droite - n’auront finalement pas endigué la chute. À
Paris, Agnès Buzyn n’aura obtenu que 16% à Paris, où Anne Hidalgo a
largement remporté le scrutin (50,2%). À ce titre, la confirmation
d’EELV après les européennes lorgne sur « l’aile gauche » d’En Marche,
ce qui devrait amplifier la tendance des manœuvres de parti présidentiel
visant à occuper l’espace au delà du centre-droit.
RN : Une victoire symbolique à Perpignan qui cache le « raté » en terme d’ancrage territorial
L’autre information phare de la soirée, c’est la victoire du candidat
Rassemblement National Louis Aliot à Perpignan (53% des voix). Une
première pour le parti d’extrême droite, qui sera donc aux affaires dans
une ville de plus de 100 000 habitants.
Si la formation de Marine Le Pen gagne-là une victoire symbolique
extrêmement forte, qui plus est dans une ville marquée par un fort
chômage, le bilan à l’échelle de l’ensemble des élections municipales
est plus que mitigée. L’objectif initial, c’est à dire opérer un
véritable ancrage sur l’ensemble du territoire en vue de la conquête de
l’Élysée en 2022, est loin d’être atteint. Au contraire, la progression
du Rassemblement National aura été somme toute marginale.
À Bordeaux, malgré la pression du vote utile, Poutou stabilise son score historique du 1er tour
Seul candidat anticapitaliste et révolutionnaire encore en lice au
second tour, Philippe Poutou, candidat de Bordeaux En Lutte, aurai
obtenu des résultats sensiblement équivalent à ceux du premier tour,
soit aux alentours des 10%.
Un résultat extrêmement satisfaisant, tant la pression au « vote
utile » était forte à Bordeaux. Au final, le candidat écologiste Hurmic
aura raflé l’hôtel de ville, mettant fin à plus de 70 ans de règne de la
droite à Bordeaux. Dans ce cadre, Bordeaux En Lutte sera en mesure de
siéger au « parlement bordelais » et ainsi être un point d’appui pour
les luttes sociales. Une véritable victoire, dans un contexte social et
économique explosif.

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