jeudi 2 juillet 2009

Défendre sa terre et la nature.

Par Abderrahmane Zakad, urbaniste, romancier.


Je ne te ferai qu’un seul trou dit le foret à l’arbre
Justement c’est ce trou qui servira aux palabres
Eloignez l’intrus, crie la forêt amazonienne
Accordez-lui un trou et la forêt sera sienne.


Dès qu’on touche aux intérêts de l’impérialisme ou du colonialisme, dès que les états pauvres ou les petits états montrent des velléités à demander des droits de regards concernant leur devenir, dès que se manifeste une volonté pour que cela change, il se met en branle toute une panoplie de rétorsion pour juguler la contestation contre l’abus et l’injustice. C’est ce qui se passe au Pérou où les péruviens des forêts amazoniennes se battent pour que soient sauvegardés leur identité, leurs forêts et leur honneur.

L’Algérie, mon pays, dont l’indépendance a été arrachée par la guerre, est sortie victorieuse de nombreuses confrontations et défis lancés à son endroit, particulièrement à la suite de la nationalisation des hydrocarbures le 24 février 1971. Mon pays avait alors subit un embargo en signe de représailles à sa décision souveraine portant sur la nationalisation de ses hydrocarbures. Cela avait ouvert une brèche dans le camp impérialiste et avait permis aux pays africains et sud américains d’entreprendre également les revendications pour la défense des peuples à disposer de leurs propres richesses.

En Iran du temps de Mossadegh en 1953, au Chili hier, en Irak aujourd’hui, au Venezuela, dans les pays du Sahel (prochaine zone de confrontation pour les richesses minières) les forces occultes n’ont de cesse pour fomenter des troubles afin de donner l’occasion aux puissances étrangères d’intervenir. Et quand les conquérants armés de feu et de haine débarquent dans ces pays sans défense, après la comptabilité des morts, des veuves et des orphelins, c’est la désolation sur des territoires convoités devenus cimetières. On a assisté par le passé à la disparition de civilisations et de peuplades : les bochimans, les Kikuyus en Afrique, les incas au Pérou. Aujourd’hui, c’est en Irak, en Afghanistan - quoiqu’on dise, parce que les afghans ne sont pas tous des talibans - en Somalie et au Soudan, c’est dans ces pays convoités que disparaissent des tribus et des civilisations construites patiemment depuis des millénaires, vivant en paix jusqu’à l’arrivée du Diable : le dollars ou l’euro.

C’est ainsi que s’infiltrent dans l’Amazonie péruvienne, des sociétés pétrolières voraces, la Perenco, la Pétrolifera et autres Petrobas, pétrissant d’arrogantes conquêtes tels des piranhas échappés aux lois de la pesanteur, allant mordillant dans la chair des indiens, ce qui restent de leurs biens, la forêt et les rivières. Assisterons-nous, par la réaction des indiens massacrés le 8 juin 2009 à l’éclosion d’un mouvement qui rappelle celui du Sentier Lumineux de 1980, que les pays occidentaux avaient alors diabolisé. Les Indiens manifestent depuis deux mois contre une série de lois qui ouvrent leurs forêts communautaires aux compagnies pétrolières. L’Amazonie a été divisée en concessions et la récente découverte de plusieurs gisements importants menacent de détruire la plus grande partie des forêts vierges où vivent les Indiens. Des projets similaires ont déjà eu un effet dévastateur en Equateur et ont entraîné une pollution chronique et de graves conséquences sanitaires sur les Indiens, c’est ce que dénonce Survival.

Comme les palestiniens, les Indiens péruviens sont contraints de prendre des mesures désespérées pour tenter de sauver les terres spoliées.

Le seul moyen de défense contre cette pratique nouvelle des conquêtes par l’argent et la compromission c’est l’éveil des consciences des ‘damnés de la terre’ selon le mot de Fanon. Et tout d’abord, il faut que les peuples rejettent cette idée de mondialisation sous-tendue par l’argent pour s’ouvrir aux autres par la culture. Ils doivent s’accrocher à leur culture comme le font les péruviens qui veulent sauver leurs forêts et leurs manières de vivre. La résistance devra s’organiser autour des gens connus pour leur attention au genre humain et à la paix, rallier les intellectuels honnêtes et désintéressés et les leaders indiens plébiscités par leur peuple.

C’est ce que font les palestiniens qui ont su, en maintenant l’esprit de leur idéal et les valeurs de leur peuple par la voix de leurs poètes, Mahmoud Darwich, Hanna Abou Hanna, Samir El Qacim, poursuivre un combat qui dure depuis 1948 face à l’armée la plus puissante du monde, celle d’Israël.

Le 28 mars 2009, à l’occasion de la célébration en Algérie de l’année de la culture arabe, dont El Qods a été désignée capitale, notre ministre de la Culture, Madame Khalida Toumi a rendu hommage à tous les poètes palestiniens, aux femmes et aux hommes de ce pays, qui ont pu sauvegarder leur personnalité, sauver également l’honneur des pays arabes qui perdurent dans la mollesse. La ministre avait alors déclaré, en parlant des états-majors israéliens qui avaient refusé l’organisation de cette manifestation dans la ville sainte : « Ils ont voulu faire taire la voix culturelle de la Palestine. Ils ont commis un autre crime. Ils ont prouvé au monde entier, par leur esprit colonial, leur peur de la culture. Ils ne veulent pas reconnaître qu’El Qods est une réalité arabe…Nous ne céderons pas. Plus de compromission. Pas de normalisation. La résistance doit continuer ». Sur l’exemple des palestiniens, la résistance devra également se poursuivre au Pérou afin que les droits des indiens soient respectés.

L’histoire l’enseigne. Dès lors que la patrie ou une communauté se trouvent en péril, menacées dans leur existence ou leur devenir, elles ne trouvent pas seulement des soldats pour combattre l’envahisseur ou des populations qui se rebellent contre l’injustice. Des artistes, des poètes se rallient et chantent pour perpétuer et sauvegarder les vertus du peuple et du sol. Ce qu’avaient fait Neruda, Darwich et Kateb Yacine.

Ces peuples, ces communautés qui défendent leurs doits doivent-ils tendre la main aux multinationales qui cherchent à gagner votre sympathie par des promesses fallacieuses et des ruses qui ne trompent personne ? Doivent-ils accorder leur confiance à des gouvernements inféodés aux banques et qui reviennent sur les promesses déjà faites à leur peuple ? Ces multinationales, ces gouvernements feront semblant d’agir dans votre intérêt et souhaitent votre progrès. Ils vous peindront leurs erreurs sous les traits de la vérité pour vous abuser plus sûrement. Ils substitueront des points de vue qui les arrangent à vos idées clairement exposées de sorte que vous finirez à les adapter et vous en servir jusqu’à ce que vous deveniez entre leurs mains un instrument dont ils peuvent user efficacement, ensuite le calme revenu, vous dépouillent de vos propres droits, vous humilient et consolident leurs positions en veillant à leurs intérêts. En Palestine, en Irak comme au Pérou, quelque soit la dimension des conflits, l’homme étant un, les intérêts des uns ne sont pas nécessairement ceux des autres. Surtout quand les intérêts sentent le naphte ou sont régis par l’argent.


Et l’arbre immuable accroché à la terre
Ne se laisse pas trouer par l’idée et le fer
Au Pérou comme ailleurs on se méfie donc
Du foret renifleur qui nous vide nos banques.

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