par Albert Anor
Le grand écart
© Bruno Cupillard
quand
je n'entendrai plus tes pas
ni ces arbres d'ici de ce bois que l'on scie
quand
tu ne me regarderas plus
même à travers la jalousie
que tu ne seras plus là
un peu lasse de ma vie
quand
je ne vibrerai plus au contact de ta peau
(présence agissante)
que mes os seront à la débandade
dispersés à la cantonade
quand
l'eau que j'ai bu n'étanchera plus ma soif
ni éteindra mon incendie
quand
la neige fera écran sur le poste de TV
que je serai brouillé hors circuits et sans programme
quand
je ne pourrai plus voir ce que tu regardes
à perte de vue
quand
le soleil ne me réchauffera pas
par manque de peau
quand
le vent sera tombé
pour de bon à mes pieds nus
quand
le bruit des voitures aura cessé
de nous importuner
pour toujours à jamais
quand
le réveil ne sonnera pas à temps
ni le téléphone
que rien ne pourra me réveiller pour longtemps
© Bruno Cupillard
quandje voudrai écrire en vain
faute de mains
et que mon corps ne sera plus à moi
ni à la science
mais à vau-l'eau
quand
je ne pourrai plus dire ni penser
" rien ne va plus "
quand
moi, je ne pourrai plus même plus rien
vous avez compris…
les jeux seront faits
ce sera foutu
et foutu pour foutu
j'irai visiter le chaos au fond d’une fosse
où ma seule cause commune arrachée au néant
sera cette certitude : " quand "
arrive toujours trop top!
© Albert Anor


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