mercredi 23 décembre 2009

PASSAGE VERLAINE

par Florence Issac


PASSAGE VERLAINE de De John Gelder

Comment se libérer des chaines du passé si ce n’est en les épousant et en les absorbant au plus profond de ses entrailles ?

Luc, quinquagénaire à la retraite, se retrouve propriétaire d’un immeuble parisien, héritage de son grand-oncle. Il choisit sous la menace permanente de ses co-locataires « la horde sauvage » comme il les désigne, de se terrer au sous sol et de pratiquer l’immobilisme défensif.

Les ombres, les fantômes et la Mort règnent sur un monde étrange et poétique où il est question d’être ou de ne pas être. C’est un enfer où les bassesses de l’humain deviennent la règle à suivre ; pures délices et jouissances à prolonger indéfiniment. « Il faut apprendre à couler très bas, au nadir. Cette traversée sera longue mais chargée d’infinies promesses » souffle les voix impénétrables de l’au-delà.

L’amour rode, parle, s’enfuit mais revient toujours. Il est comme un vol de vautours, insaisissable, meurtrier et omniscient. Sa démesure est impossible à réguler. Absence, présence ne sont là que pour nous signifier qu’il nous faut franchir les limites des évidences, grandir vers un mystère qui nous dépasse, un trou noir qui serait la logique elle même.

Ecorché vif est notre héros pour une rédemption qui ne peut se faire que selon le principe de moindre résistance au temps assassin, aux objets vampires du quotidien qui avalent notre âme, aux amours éternels qui se délectent de notre sang.

Un roman fascinant, tendre et cruel qui agit par petites touches burlesques et dramatiques à la fois pour nous piquer et nous faire dériver en questionnement de nous-mêmes et de nos actes inachevés, en quête d’un sens qu’il nous faut creuser au fil du jour ennemi qui passe.

De Florence Issac le 13/12/09

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