Premiers mots d’un poète haïtien qui vient de subir le drame atroce qui a frappé son pays. S’il est, personnellement indemne, il n’en va pas de même pour certains membres de sa famille, y compris très proche. Je lui envoie mes plus sincères condoléances et lui assure ma solidarité par la publication de son poème extrêmement poignant. Souvenez-vous des images que vous avez vues à la télévision, tous ces derniers jours, en lisant le poème d’Yves. Jean Dornac
par Toussaint Yves Romel
Inquiétude
Winnie, 16 mois, dans les bras de ses sauveteurs,
symbole de la rage de vivre en Haïti qui perdure
la terre marche
au pas d'un militaire
et la mort à son tour
se donne rendez-vous
sur les cadavres.
Nos mouchoirs trempés
de larmes et de sangs
ne peuvent plus se tenir
sous leurs formes.
Les chiens quant à eux
passent à l'action.
Je n'ai plus envie de rire
le soleil avait l'œil inquiet ;
la mort est crue à mâcher
la terre vient de mettre au monde
un nouveau né
un séisme ;
et le pays se transforme
en un véritable chantier de mort
quand les montagnes s'embrassent
à tuer des rivières.
Ici c'est l'état d'urgence
la ville avait oublié son chemin
et des passants grelottant
sur des capots de voitures ;
sans vie.
J'ai trop d'images dans ma tête
qui m'empêchent de parler
à l'encre et à mon papier.
Mais avant que la porte
se referme
il y a un pas
qui ne revient pas
à la maison.
© Toussaint Yves Romel
Poète.

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