par Jean Dornac
Il est des époques plus sombres que d’autres dans la vie d’un pays. C’est ce que nous vivons, malheureusement, aujourd’hui. Entendre qu’un Président assimile immigration et délinquance, qu’il proclame la chasse aux Rom, qu’il a l’intention de faire voter des lois, espérons-le, inconstitutionnelles, qui dénaturent profondément l’esprit d’ouverture au monde qui était le nôtre, m’oblige à reprendre ma plume pour quitter, un instant, le monde de la poésie. Et moi qui croyais, naïvement, que l’un des rôles des Présidents était de veiller à la cohésion nationale !
Ces gens vont trop loin, ils provoquent en moi autant de dégoût que de colère. Ils défigurent la France qui vient d’être montrée du doigt, à juste titre, par le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU (CERD), qui a dénoncé une « recrudescence notable du racisme et de la xénophobie ». Franchement, je ne pensais pas que mon pays aurait à subir une telle honte à la face du monde. Quelle chute, quelle déchéance ! Nous voilà jugés à l’aune des pays les moins démocratiques, mentalement les plus rétrogrades. Et comment ne pas être en accord, hélas, avec le CERD ? Mes quelques contacts, tous des poètes, à l’étranger, me disent leur peine de voir sombrer ainsi le pays qui fut (car il faut bien parler au passé) le symbole des terres d’accueil. Oublié, dans la France de Sarkozy, la Liberté, l’Égalité, la Fraternité ! Le slogan actuel ? La préférence française et rien d’autre, et même cette préférence est bannie lorsqu’il s’agit des Rom puisque près de 90% d’entre sont Français.
Il est fort possible, comme le pense Jean-François Kahn dans son article fameux, intitulé « Le voyou de la République », que Sarkozy ne soit pas raciste et qu’il ne soit qu’un opportuniste. Je doute d’ailleurs qu’il ait d’autres convictions que celles qui concernent « sa destinée ». Il ne vit, à l’évidence, que selon ce que lui dicte son ego. Bien entendu, il n’a pas digéré l’affaire Woerth ; qu’il se rassure, nous non plus ! Il plane sur cette affaire une odeur nauséabonde, notamment des manœuvres pour étouffer l’affaire et nous ne sommes pas prêts d’oublier. Quoi de plus efficace pour l’étouffement que la conjonction des vacances et du racisme mis à la première place ? C’est ça, l’opportunisme. Pour autant, je ne trouve aucune circonstance atténuante au Président. Que ses mots, ses actes, ses tentatives de lois inconstitutionnelles soient d’essences racistes ou opportunistes, les résultats sont les mêmes : Honte pour la France ; exclusion avant expulsion pour les Rom ; la transformation de « la présomption d’innocence » pour les fils de l’immigration en « présomption de culpabilité ». Il est curieux, d’ailleurs, que personne n’ait vraiment relevé cette phrase de Brice Hortefeux prononcée à l’encontre de Liès HEBBADJ. Que cet homme soit coupable ou innocent n’est pas mon propos. Mais je constate le mépris total du ministre envers la Constitution et les principes fondamentaux de la Justice en France.
Concernant le ministre de l’intérieur, je dois ajouter mon écœurement lorsque je l’ai vu, il y a quelques jours, exprimer, devant les caméras de la télévision, sa joie et sa fierté quant aux nombreux démantèlements de camps Rom. Comment peut-on se réjouir et être fier devant le malheur de nombreuses familles ? Il y a vraiment quelque chose de pourri en France…
Et voilà que l'on apprend, comme si la marrée nauséabonde des mesures contre la démocratie n’était pas suffisante, que Christian Estrosi, maire de Nice et ministre de Sarkozy, voudrait que la loi impose un odieux chantage aux maires socialistes si ceux-ci n’acceptent pas le diktat et n’appliquent pas les lois sécuritaires et répressives dans leurs villes.
Je crains puissamment que nous ne sommes qu’au début de la destruction de ce que fut la France. Pierre après pierre, ils abattent l’édifice.
Au terme de cet article, je dois avouer mes regrets de n’avoir plus l’âge ni la force de m’exiler. Cela peut paraître excessif, c’est pourtant mon opinion. Non pas pour déserter, mais parce que ce pays, mon pays, me devient totalement étranger. Les valeurs qui étaient les siennes et que j’avais adoptées, sont foulées aux pieds par ceux que d’inconscients français ont élus, il y a trois ans.
Il ne me reste comme possibilité que d’exprimer tout mon mépris pour ce « machin » qui dirige la France. Et, ultime espérance, que les Français aient un sursaut salvateur dans deux ans, aux prochaines élections présidentielles et législatives.
Jean Dornac

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire