dimanche 3 octobre 2010

Rûmî : Pensée Pour Un Poète…

Georges Stanechy

Le 30 septembre, certains pays ont célèbré un poète.
Comme en Iran, “Journée Nationale de Rûmî ”, marquant l’anniversaire de sa naissance.

C’est si rare, de fêter un poète…

Un des plus grands de l’histoire de l’humanité. Rûmî vécut au 13° siècle, contemporain de Saint François d’Assise en Europe.

Né en Afghanistan, à Balk, près de Mazār-e Shārif, fuyant avec sa famille les invasions mongoles qui détruisirent la ville.

Longue errance, riche de rencontres exceptionnelles, comme tout nomadisme. De Nichapour, à Damas, avant de se fixer à Konya dans la Turquie actuelle. Où il mourut en 1273. Dante, devait avoir huit ans. Les Turcs lui ont construit un magnifique mausolée.

Poète mystique, qui disait : “plusieurs chemins mènent à Dieu, j’ai choisi celui de la danse et de la musique”. Une œuvre immense, écrite en persan. La musicalité de ses poèmes, rythmes et sonorités, mélodies, en témoignent. Dont le célèbre Mâthnawi, aux 45.000 vers.

Paradoxe : il est plus lu en tant que poète aux USA (1) qu’en Turquie contemporaine où beaucoup de ses ouvrages ne sont pas traduits. Il est vrai que les dictatures militaires se succédant, dès la prise du pouvoir d’Atatürk, en dissuadaient l’édition. La soldatesque et la poésie n’ont jamais fait bon ménage…

En France la quasi-totalité de son œuvre a été traduite par une personnalité hors du commun : Eva de Vitray Meyerovitch. (2)

Directrice du service « sciences huamines » du CNRS, à la Libération. Elle a abordé l’Islam en travaillant l’œuvre du poète et penseur, Muhammad Iqbal, objet de son ouvrage : Reconstruire la pensée religieuse de l’Islam. (3)

Puis ce fut sa découverte de l’œuvre de Rûmî. Elle entreprit d’apprendre le persan, soutenant une thèse de doctorat en 1968 : Thèmes mystiques dans l’œuvre de Jalâl ud Dîn Rûmî. Le reste de sa vie fut consacré à l’étude, la traduction commentée, de ce poète.

Décédée en 1999, elle a été finalement enterrée, en 2008, après de multiples démarches, suivant ses vœux car devenue musulmane, dans la ville de Konya face au mausolée de Rûmî, dont elle disait :

« J’ai consacré ma vie au grand poète soufi Rûmî car j’ai trouvé que son message était d’une grande actualité : c’est un message d’amour avec une puissante dimension fraternelle et œcuménique. »

Notes

(1) William Darlrymple, What goes round…, The Guardian, 5 novembre 2005, http://www.guardian.co.uk/books/2005/nov/05/featuresreviews.guardianreview26


(3) Eva de Vitray, Reconstruire la pensée religieuse de l’Islam, de Muhammad Iqbal, éditions Maisonneuve, 1955, réédition 1996, éditions du Rocher – Unesco.

Aucun commentaire: