mercredi 26 janvier 2011

Avec l'UMedefP© aux manettes, vers la tiers-mondisation de l'économie française ?

 Olivier Bonnet

Le Medef ment (non, ce n’est pas nouveau). « La France est moins compétitive que l’Allemagne car le coût du travail y est plus élevé, résume 20 minutes. C’est en substance l’une des conclusions du rapport de l’institut Coe-Rexecode, remis ce jeudi au ministre de l’Industrie, Eric Besson. » 

L’économiste Philippe Askénazy, directeur de recherche au CNRS, s’inscrit en faux : « Il y a un différentiel de compétitivité entre les deux pays: l’économie allemande a réussi à être très exportatrice contrairement à l’industrie française. Lié à la position du Medef, il n’est pas étonnant que l’institut Ceo-Rexecode explique cet écart par le coût du travail. Mais dans les faits, un salarié allemand coûte aujourd’hui plus cher qu’un salarié français. » Question de la journaliste : « Pourquoi les chiffres du rapport affirment-ils le contraire ? » L’explication tient à une grossière « erreur » des rapporteurs : « Ces chiffres proviennent de l’enquête Ecmoss sur le coût de la main d’œuvre et la structure des salaires en Europe. Cet outil d’analyse n’est cependant pas pertinent pour la France: il ne prend pas en compte la spécificité des 35 heures. Quand un Allemand a marqué «40 heures» sur sa fiche de paie, il travaille effectivement 40 heures environ. Un cadre français au forfait, officiellement à 35 heures, va dans les faits travailler 45 heures. Et Ecmoss ne tient pas compte de ces «heures annuelles effectives». Ni vu, ni connu, j’t'embrouille… Et je te réclame donc ensuite la baisse du coût du travail en France, refrain patronal repris en coeur par le parti au pouvoir. Qui gouverne la France ? L’UMedefP© ! « Si l’on se base sur les comptes nationaux, qui agrègent un maximum de critères, notamment la productivité, le coût du travail est plus élevé en Allemagne qu’en France. Et la raison est simple: les salariés allemands sont mieux payés », poursuit l’économiste. Prenons dès lors nos adeptes du benchmark bidon* de la droite et du patronat au mot : si l’Allemagne est plus « compétitive » que nous, augmentons les salaires français !

Vers la tiers-mondisation de l’économie française ?

Il s’agit d’ « un choix politique », analyse Askénazy : « Une économie avec un coût du travail élevé mais des entreprises innovantes sera toujours plus compétitive que l’inverse. L’Allemagne s’en sort mieux car, contrairement à la France, elle a beaucoup investi dans l’innovation et s’est spécialisée sur des secteurs en croissance. Pour combler ce différentiel, la France a donc deux solutions. Elle peut soit continuer à se développer dans des secteurs peu productifs et baisser son coût du travail, soit rendre ses entreprises plus innovantes et donc plus productives. » Voilà donc tout droit où nous mène la politique UMPo-Medefiste (ou Medefo-UMPiste ?) : à la tiers-mondisation de l’économie française. Les oligarques sont cupides mais leur avidité les rend stupides, sciant la branche dorée sur laquelle ils ont posé leur gras postérieur capitaliste. Si le peuple français crève la faim, qui donc fera tourner l’économie pour créer leurs profits ? Mais se laissera-t-il conduire là, ce peuple, en troupeau de moutons pelés, sans même plus de laine à tondre sur le dos, ou rejettera-t-il enfin la tyrannie moderne, celle des actionnaires et des « marchés », en un sursaut salvateur à la hauteur de la nouvelle révolution qu’il nous faudra bien conduire ?

* Lire La stratégie du benchmark pipeau : « Quand Sarkozy et ses amis comparent la France à l’étranger, c’est pour manipuler l’opinion en alignant d’énormes contre-vérités. La preuve par un festival d’exemples. »

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