Fadwa Nassar
Plus de trois semaines de grève
illimitée de la faim menée par près de 3000 prisonniers palestiniens détenus
dans les geôles de l’occupation !
Cette mesure ultime prise par les prisonniers
pour protester contre l’isolement, l’interdiction des visites familiales, les
fouilles humiliantes des prisonniers et de leurs familles, la sauvagerie des
gardiens et des forces spéciales, ne semble émouvoir ni la communauté
internationale, ni les peuples arabes et musulmans, à plus forte raison leurs
dirigeants.
Les prisonniers palestiniens
Thaer Halahla et Bilal Diab entament leur 75ème jour de la grève de
la faim, protestant contre le crime de la détention arbitraire que l’Etat de
l’occupation sioniste a commis et commet toujours, à l’encontre des dizaines de
milliers de Palestiniens vivant en Cisjordanie, y compris al-Qods, et avant
2005, à Gaza. Six autres prisonniers ont dépassé les deux mois de grève de la
faim, malgré les pressions exercées par l’administration pénitentiaire, certains
pour protester contre la détention arbitraire, d’autres réclamant le statut de
prisonniers de guerre ou tout simplement pour autoriser les visites familiales
(le combattant Abdallah Barghouty, dirigeant des Brigades d’al-Qassam, condamné
à la plus lourde peine prononcée par les sionistes). Malgré ces lourds
sacrifices consentis par les prisonniers, ces résistants et combattants devenus
symboles de la résistance, l’Etat colonial sioniste est à peine égratigné par la
communauté internationale, qui dévoile une fois encore son visage impérialiste
et inhumain, et surtout son hypocrisie.
Le peuple palestinien l’a
compris, et depuis longtemps déjà. C’est pourquoi les manifestants ont bloqué, à
Ramallah, l’entrée de la mission de l’ONU, interdisant aux employés d’y entrer,
en solidarité avec la lutte des prisonniers. Ils ont également bloqué l’entrée
du siège du CICR, qui avait déjà montré sa complicité avec l’ennemi, en
autorisant les bandes armées sionistes de kidnapper les députés maqdisis, qui
s’y étaient réfugiés, refusant leur déportation. C’est contre le silence et la
collaboration de la communauté internationale avec les bourreaux sionistes que
protestent les Palestiniens, qui s’attendent d’un moment à l’autre à recevoir la
nouvelle du décès d’un ou de plusieurs grévistes.
Ce n’est pas la première fois que
les Palestiniens protestent contre la complicité de la communauté internationale
avec l’occupation et ses pratiques barbares, s’agissant des prisonniers. Il y a
quelques mois, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, avait été accueilli
par des slogans hostiles par les familles des prisonniers à Gaza, qui
protestaient contre son refus de recevoir leur délégation à Ramallah, tout comme
ils avaient protesté, il y a plus d’un an, contre un ministre français, qui
avait ignoré la cause des prisonniers, pour ne parler que du soldat sioniste
kidnappé par la résistance.
Si la communauté internationale,
c’est-à-dire les grandes puissances et leurs structures qui exercent leur
dictature sur le monde, reste sourde à l’appel des prisonniers palestiniens et
plus généralement, à l’appel du peuple palestinien qui lutte depuis plus d’un
siècle contre le colonialisme sioniste et la domination impériale, on ne peut
s’en étonner, puisque le colonialisme sioniste avait reçu pour mission de
maintenir précisément cette domination, au prix de massacres, de nettoyage
ethnico-religieux, de déportation et d’enfermement des résistants et du peuple
dans ses sinistres prisons. Mais ce qui étonne, ou plutôt suscite la colère et
la révolte, c’est que cette communauté internationale prétend défendre les
droits des peuples, prétend même vouloir instaurer un ordre mondial juste, alors
qu’en réalité, c’est son ordre mondial qu’elle instaure, où le peuple
palestinien devra être réduit à la servitude ou inexister, pour satisfaire les
appétits insatiables des colons sionistes qui se sont emparés de son pays et sa
terre, la Palestine.
Aujourd’hui, la lutte des
prisonniers palestiniens, que menacent la mort, le handicap ou les maladies
chroniques, à cause précisément du silence de la communauté internationale, est
devenue la scène de la confrontation avec l’ennemi sioniste. Par les dizaines de
tentes de protestation, les manifestations quotidiennes, les affrontements près
des prisons, à Ascalan et près de la colonie Ofer, et dans la ville d’al-Qods,
les Palestiniens comptent faire de cette question, qui les unit, le terrain de
leur lutte contre l’occupation. C’est autour de la cause des prisonniers qu’ils
se rassemblent tous les jours et inventent de nouvelles formes de confrontation,
mettant à nu l’attitude complice de la communauté internationale et de ses
laquais arabes et musulmans.
Mue par la honte à cause de son
silence ou de l’insouciance des dirigeants arabes, la Ligue arabe décide enfin
de se réunir, sous la direction de la nouvelle figure, Nabil Arabi, issue de la
révolution égyptienne. Mais sa réunion n’accouche que d’une souris, toute
minuscule, puisqu’elle décide, à l’unanimité, de convoquer à une conférence sur
la question des prisonniers palestiniens, sous l’égide de l’ONU…. au mois de
novembre prochain. Quel exploit ! Cet organisme qui a autorisé, en quelques
jours, la destruction de pays arabes, la Libye (par l’OTAN) et la Syrie (par les
grandes puissances) n’a eu pour seule idée que de renvoyer la question des
prisonniers à l’ONU, l’organisme international qui a offert la Palestine aux
colons sionistes et qui exerce tout son pouvoir pour maintenir l’occupation en
place. Est-ce là le résultat de la révolution égyptienne ou des révoltes
« populaires » arabes ? Quelle est alors la différence entre sa récente
proposition concernant les prisonniers palestiniens et une précédente,
concernant la Palestine également, et consistant à verser 3 millions de dollars
à la ville d’al-Qods, pour soutenir sa population meurtrie par la judaïsation et
le nettoyage ethnico-religieux, somme qui n’a encore pas frôlé le sol
palestinien ? Aucune, puisque la Ligue arabe, dirigée par le candidat aux
élections égyptiennes ‘Amr Moussa ou le fils de la révolution égyptienne Nabil
‘Arabi, est toujours impuissante lorsqu’il s’agit de la Palestine et du peuple
palestinien.
Mais au-delà de l’attitude
insouciante, sinon complice, de la Ligue arabe et des dirigeants arabes, il
faudra se poser des questions sur l’attitude des peuples arabes et de leurs
mouvements contestataires ou prônant la résistance, vis-à-vis de la Palestine et
du mouvement de révolte des prisonniers, combattants et résistants palestiniens.
Il faudra également se poser des questions sur les médias arabes dont certains
se contentent de quelques flashs, comme si la Palestine pouvait se contenter de
flashs et ne pas occuper le centre des préoccupations arabes.
Quelles que soient les
préoccupations du moment, la Palestine ne peut se retrouver à la périphérie.
C’est ce que souhaitent les sionistes et leurs alliés, alors qu’ils essaient de
diriger l’attention du monde vers d’autres cieux, pour avoir les mains libres et
détruire le mouvement des prisonniers et plus généralement, détruire la
Palestine et les Palestiniens. La Palestine, et aujourd’hui la lutte des
prisonniers pour la dignité des peuples du monde, doivent rester, comme en
Palestine même, le centre de notre attention. C’est ainsi que nos révoltes
populaires peuvent éviter la récupération par les cercles impérialistes et leurs
valets, et c’est ainsi que nos slogans « la Palestine d’abord » peuvent avoir
pleinement leur sens et ne pas être juste des joutes lancées aux adversaires du
moment.
Sinon, nous ne faisons que reproduire ce que nos régimes ont fait,
pendant soixante ans et plus, et ce que fait la Ligue arabe, actuellement,
évoquer juste la Palestine pour se donner bonne conscience, mais agir
ailleurs.


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